Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ukraine: un oligarque milliardaire déclaré vainqueur de l'élection présidentielle (WSWS)

par Thomas Gaist, 28 Mai 2014, 19:49 Ukraine oligarque milliardaire Elections Président Petro Poroshenko

Ukraine: un oligarque milliardaire déclaré vainqueur de l'élection présidentielle (WSWS)
Ukraine: un oligarque milliardaire déclaré vainqueur de l'élection présidentielle

Par Thomas Gaist, 28 mai 2014
WSWS

L'oligarque Petro Poroshenko a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle qui s'est tenue en Ukraine dimanche 25 mai. D'après les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, ce milliardaire pro-Union européenne, surnommé « roi du chocolat », aurait obtenu près de 56 pour cent des voix, loin devant l'autre oligarque et ex-Premier ministre Yulia Timoshenko.

L'objectif de ces élections était de fournir un semblant de légitimité politique au régime de droite installé il y a trois mois avec le soutien des États-Unis et de l'UE, et soutenu par des forces fascistes. De larges portions de la population ont boycotté ces élections, en particulier dans l'Est et le Sud du pays, où beaucoup de bureaux de vote étaient fermés. Elles ont été menées dans des conditions de violence et d'intimidation grandissantes à l'égard des opposants au gouvernement de Kiev.

Si le régime ukrainien et ses partisans ont déclaré que les élections étaient un grand succès, la participation au scrutin a été faible, seulement 55 pour cent pour l'ensemble du pays.

Le gouvernement Obama a envoyé des observateurs sous la houlette de l'ex-ministre des Affaires étrangères Madeleine Albright dans un effort pour influer sur l' élection. Vendredi, un croiseur lance-missiles de la marine américaine est arrivé en Mer noire, soulignant ainsi l’implication active de l'armée américaine et des agences de renseignements dans le pays.

Le président américain Barack Obama a rapidement déclaré que cette élection était un succès, la qualifiant de « pas important en avant dans les efforts du gouvernement ukrainien pour unifier le pays. » - une référence à l'hostilité du nouveau gouvernement aux mouvements séparatistes pro-russes à l'Est, où la population est majoritairement russophone.

Dans les semaines qui ont précédé l'élection, Poroshenko est apparu comme le candidat du consensus parmi les éléments de la classe dirigeante ukrainienne favorables à des relations plus étroites avec l'UE et à l'imposition de mesures d'austérité sévères contre la classe ouvrière. Il a reçu le soutien de l'ex-champion de boxe Vitali Klitschko qui a lui, été élu maire de Kiev.

Poroshenko est un politicien expérimenté qui a servi pendant cinq ans à la tête du conseil d'administration de la Banque nationale ukrainienne. Il est propriétaire de la Roshen Confectionnary Corporation qui a un capital net de 1,3 milliard de dollars, et il fut également le principal soutien financier de la « révolution orange » soutenue par l'Occident en 2004.

La tâche de Poroshenko sera de poursuivre l'intégration de l'Ukraine dans l'UE, la question qui avait fait que le précédent président, Victor Yanukovitch, était devenu la cible des impérialismes américain et allemand. Poroshenko a juré de compléter un accord d'association économique et politique avec l'UE initié en mars et engageant le pays dans des mesures d'austérité sévères déguisées en « réformes. » La signature de la deuxième partie de cet accord a été délibérément reportée au lendemain de l'élection pour que les mesures impopulaires qu'il rend obligatoires ne soient pas discutées dans le cadre de l'élection.

Avant de voter, Poroshenko a insisté sur l'importance de développer « un très bon climat d'investissement » en Ukraine, et d'adopter « toutes les mesures nécessaires pour attirer les affaires. »

Tout en indiquant que la stabilité en Ukraine exigeait une sorte ou une autre de dialogue avec la Russie, Poroshenko a également insisté sur le fait qu'il ne reconnaissait pas l'annexion de la Crimée par la Russie, ni l'indépendance des provinces orientales de Donetsk et Lugansk, qui se sont déclarées elles-mêmes autonomes.

La deuxième place est revenue à Yulia Timoshenko, la milliardaire qui a fait fortune dans le gaz naturel. Elle avait reçu près de 13 pour cent des voix selon une première estimation. Timoshenko, dont la peine de prison de 7 ans a été commuée après le putsch de février dernier, a réagi à la victoire de Poroshenko en appelant à l'unité nationale et à un référendum sur l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN.

Durant les semaines qui ont précédé ces élections, les forces du Secteur droit ont roué de coups, intimidé et assassiné des membres du groupe Borotba (« lutte ») et du parti communiste d'Ukraine (KPU). Oleg Tsarnev, du Parti des régions de Yanukovitch, a également été frappé par des forces de droite. Tsarnev et le candidat du KPU ont tous deux retiré leur candidature et appelé au boycott de l'élection.

Le nouveau régime s'est appuyé sur des forces fascistes comme sections d'assaut de sa « révolution » et pour terroriser l'opposition politique, mais le soutien populaire à ces groupes est très faible, à l'est comme à l'ouest du pays. Le dirigeant de Svoboda Oleg Tyahnybok n'a reçu que 1,3 pour cent des voix, et le chef de Secteur droit, Dmitry Yarosh, n'a reçu que 1,1 pour cent.

L'élection a eu lieu dans des conditions d’intensification de la guerre civile, en particulier à l'Est. Son caractère frauduleux a été révélé par le boycott suivi par des millions d'électeurs dans les parties industrielles et majoritairement russophones du pays. Il y a également eu des informations faisant mention de la prise de contrôle des urnes ou la fermeture des bureaux de vote par les forces séparatistes.

La Commission centrale des élections a établi que la participation dans le Donetsk était d'à peine plus de 12 pour cent. D'après des sources citées par Ria Novosti, les élections n'ont pas eu lieu du tout dans 23 des villes du Donetsk.

Pendant même le déroulement de ces élections, ces zones étaient soumises à l'occupation et au bombardement par les forces du régime. Des vidéos qui montrent des forces ultranationalistes ukrainiennes attaquer des troupes régulières ukrainiennes qui refusaient de tirer sur des civils et des groupes séparatistes ont fait surface vendredi. Des heurts ont eu lieu la veille de l'élection près de Slavyansk où un journaliste italien et son collègue russe furent tués dans des échanges de tirs.

Le Premier ministre Arseniy Yatsenyuk a clairement indiqué que la répression contre la population à l'Est, où l'hostilité au régime quasi-fasciste de Kiev est particulièrement forte, allait continuer dans les jours à venir. « J'aimerais assurer à nos compatriotes des régions du Donetsk et de Luhansk, qui ne pourront pas venir voter à cause de la guerre menée en Ukraine : les criminels n'ont plus beaucoup de temps pour terroriser votre pays. »

Craignant que la situation de plus en plus explosive en Ukraine ne déclenche une montée de l'opposition contre son propre gouvernement, le président russe Vladimir Poutine a réagi à ces élections par plusieurs déclarations conciliantes.

Poutine a déclaré qu'il était prêt à travailler avec quiconque gagnerait l'élection, en dépit de ce qu'il a décrit comme « un chaos et une véritable guerre civile. »

Poutine a indiqué son désir de forger un compromis avec l'impérialisme américain et de désescalader la crise. « En dépit de nos approches divergentes, peut-être diamétralement inconciliables, dans l'évaluation des situations critiques, nous continuons néanmoins à coopérer, » a-t-il dit. « Ils [les États-Unis] n'ont pas suspendu le transit des cargaisons à destination et en provenance de l'Afghanistan et passant par notre territoire parce que c'est bien pratique pour eux. En fait, nous ne l'avons pas interdit non plus, » a-t-il ajouté.

(Article original paru le 26 mai 2014)

commentaires

Haut de page