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Jean-Luc EINAUDI : Mort d’un chercheur militant (Afriques en Lutte)

par Gisèle Felhendler 6 Juin 2014, 20:54 Jean-Luc Einaudi Militant Chercheur

Jean-Luc EINAUDI : Mort d’un chercheur militant (Afriques en Lutte)
Jean-Luc EINAUDI : Mort d’un chercheur militant
6 juin 2014 par Gisèle Felhendler

Jean-Luc Einaudi, ce « héros moral », ainsi que le nommait Mohammed Harbi, est mort le 22 mars d’une maladie foudroyante. L’auteur de nombreux ouvrages rigoureusement documentés sur l’Algérie, a focalisé ses recherches sur le rôle et l’implication de l’État français dans la répression des luttes pour l’indépendance algérienne.

Éducateur de jeunes en difficulté, militant devenu historien, Jean-Luc Einaudi a poursuivi avec ténacité un travail de recherche dans les archives afin d’articuler histoire et mémoire des luttes de la période coloniale contemporaine. Mettre en lumière les épisodes occultés de cette histoire, l’engagement des anticolonialistes et surtout la répression meurtrière, le 17 octobre 1961, de la manifestation pacifique des Algériens immigrés de la région parisienne, battus, torturés, jetés dans la Seine où beaucoup se noyèrent.

En 1990, son livre La Bataille de Paris. 17 octobre 1961 (Le Seuil), fit l’effet d’un électrochoc en décrivant avec précision, ce crime d’État orchestré par Maurice Papon, systématiquement dissimulé par les autorités françaises. Papon contre lequel il témoigna en 1997 lors du procès pour complicité de crimes contre l’humanité sous l’occupation allemande. Papon encore, débouté de sa plainte en diffamation lorsqu’Einaudi écrivit dans Le Monde en 1998 : « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon. »

Une conscience pour laquelle la connaissance et la transmission étaient plus importantes que les paroles officielles, qui fit de la solidarité avec les peuples colonisés une exigence morale et politique. Honnêteté et lucidité sur les responsabilités historiques. Celles par exemple de François Mitterrand, ministre de l’Intérieur fin 1954 et début 1955, dans la réaction répressive de l’État français face aux revendications indépendantistes algériennes, dans les condamnations à mort des militants indépendantistes algériens et français, au nombre desquels Fernand Yveton, communiste ayant rejoint le FLN, « guillotiné pour l’exemple ». Ce fut d’ailleurs le sujet de son premier livre. Jean-Luc Einaudi est mort le jour d’une manifestation internationale antiraciste et antifasciste accompagné de la voix des sans-voix, lui qui a su faire entendre les silences.

Gisèle Felhendler

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