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L’Express contre la Révolution cubaine (LGS)

par Jean-Luc LAURENT 12 Juin 2014, 08:50 Fidel Castro L'Express Brûlot Barbier

L’Express contre la Révolution cubaine (LGS)
L’Express contre la Révolution cubaine. Un brûlot de L’Express contre Fidel Castro
Par Jean-Luc LAURENT
Le Grand Soir 

 

 

Certes on se doutait un peu pour qui roulait Christophe Barbier, l’un des « Nouveaux Chiens de Garde » du PAF, que l’on voit une fois sur trois à l‘émission de F 3 « C dans l’air » nous expliquer avec sérieux la marche supposée du monde et la réalité « politique » du pouvoir dans notre pays. La remarque est à prendre au sérieux car elle montre, idéologiquement, que le capitalisme en « crise » depuis sept ans – une crise une fois de plus partie des Etats-Unis, comme une évidence, sans que personne ne trouve à redire - sait où frapper afin d’imposer son hégémonie sur l’univers. Le brûlot du rédacteur de L’Express contre Fidel Castro (numéro du 21 au 27 mai 2014) (1), nous en indique davantage à ce sujet. L’homme de médias veut tout nous expliquer sur Cuba, et naturellement sur Fidel Castro, en deux pages, avec ce titre : La vie de nabab de Fidel Castro. Serait-ce une façon de nous indiquer que la mafia serait revenue à Cuba, après celle établie par les yankees dans la première moitié du XXème siècle ? Il y aurait alors un contre-sens car « nabab » vient du vocabulaire indien et veut dire « grand officier ». Comme Cuba est une république, Fidel Castro serait alors le grand officier du peuple cubain qui lui préfère la qualification de « Commandant en chef ». Deuxièmement le nabab désignait également les riches qui venaient d’Europe s’établir en Inde pour briller. On s’approche alors de la définition qui conviendrait. A rebours cependant, car aujourd’hui les médias européens sont d’une telle servilité quand il s’agit de Cuba que l’on est en droit de se demander si tant d’autocensure est involontaire ou au contraire tout à fait consciente ? Et si le but du jeu n’est pas de briller dans les arrière-cours du pouvoir tout en vendant du papier.

Avant d’entrer dans le vif du sujet voyons rapidement un exemple de cet abaissement assumé en cette fin du mois de mai 2014. Cela concerne une nouvelle affaire d’argent, seule vraie « valeur » en Occident. Cette affaire met en jeu une banque française. BNP-Paribas en effet a eu l’audace d’avoir voulu jouer avec le blocus US contre Cuba, en utilisant imprudemment le dollar, blocus qui dure depuis plus d’un demi-siècle et condamné par la majorité des pays de l’ONU, qui pourtant continue… L’Empire a pris l’habitude d’imposer des embargos envers les Etats qui ne lui plaisent pas sous les prétextes les plus mensongers. S’il y a un Etat terroriste c’est bien lui avec sa tentaculaire CIA et ses armées qui sillonnent la planète. Cuba en sait quelque chose. Alors qu’ont dit les médias français à propos de cette « affaire » ? Qui est en fait une extorsion de plus de la part des Etats-Unis et alors que les « alliés » s’apprêtent à commémorer en grande pompe le « D Day » (anglicisme à ranger dans le désormais très épais dictionnaire du « franglais » qui montre bien le degré de colonisation des esprits). La banque va devoir payer dix milliards de dollars (on ne sait pas dans l’histoire si elle a payé ses impôts en France…), soit le maximum de l’amende infligée par la « justice » américaine. Qu’ont dit les services de l’information en France ? Dans un premier temps rien. Une semaine après, l’histoire commençait à remuer un peu d’encre, d’autant que notre président a dit qu’il en parlerait à M. Obama au cours des célébrations du Débarquement. La honte nationale est sauve ! Plus grave, et qui en dit long sur certains médias, c’est que parfois ils sont pires que la « classe politique » qui a réagi, certes dans son style… Les donneurs de leçons médiatiques ont continué en effet à entériner la version étasunienne en faisant mine de n’y voir que du feu. La position des Etats-Unis est simple : récupérer à la fois l’argent des « fraudeurs », Suisses par exemple, mais aussi punir tout commerce avec les pays frappés d’embargo… par eux-mêmes. A la question d’une collègue de France Culture : « mais alors les Etats-Unis sont les rois du monde ? », la journaliste « informée » sur le sujet a laissé entendre que s’il y avait un embargo c’était certainement pour une bonne raison, surtout quand il s’agit de lutter contre le terrorisme ! On mélange ainsi, sans aucune conscience professionnelle, surtout quand il s’agit des Etats-Unis, fraude (récupérer les avoirs illicites d’une banque suisse) et un embargo contre un pays qui n’a rien à voir avec le terrorisme. Au contraire c’est Cuba qui est constamment attaqué par le terrorisme d’Etat américain. Rappelons que tout blocus est considéré par l’ONU et les organisations humanitaires internationales, comme un acte de guerre s’apparentant à un génocide. Voilà un exemple de « l’objectivité » tant revendiquée par le journalisme français ou européen.

Nous en avons un autre exemple avec l’article d’une vedette du petit écran en la personne de Christophe Barbier. Pour appuyer sa « thèse », le journaliste a donc présenté un « nouveau » livre contre le leader de la Révolution cubaine. Un de plus serait-on tenté de dire. On peut faire le compte depuis 1959, date de la Révolution cubaine, de tels livres contestataires d’un pouvoir qui serait totalitaire. L’intention en soi n’est pas condamnable. La critique a été et restera une action idéologique contre tous les abus de pouvoir. C’est un acquis des Lumières, des mouvements révolutionnaires, puis de l’Idée communiste et de tous les progressismes politiques qui visent l’émancipation de l’humanité contre les oligarchies en tout genre. Le problème c’est qu’actuellement les principaux médias mélangent tout, à dessein. Notamment, noblesse oblige, dans les médias français qui sèment le trouble dans l’information que les citoyens sont en droit de recevoir « objectivement ».

Les attaques propagandistes contre Cuba, dans un premier temps vinrent des Etats-Unis, furieux d’avoir étaient « spoliés » par ces barbudos, ces prolétaires et ces ouvriers de la canne unis et victorieux contre le néo-colonialisme US. De nos jours, outre les indécrottables anticastristes de Miami - au fort pouvoir électoral – ce sont les anti-communistes congénitaux qui sont à la manœuvre, encouragés par l’Etat nord-américain et ses alliés. Il est à remarquer que les « arguments » du journaliste de l’Express, outre qu’ils déconcertent par leurs futilités, sont distillés avec une telle hargne, qu’ils prétendent à autre chose.

Attaquer de la sorte le révolutionnaire cubain, retiré des affaires du pays depuis huit ans, étonne tant ces propos sont jetés en pâture au lecteur qui, espérons-le, aura été révolté par un baragouin aussi trivial montrant une mauvaise fois évidente. Le journaliste, à l’allure du gendre idéal, retrace en quelques lignes ce nouveau récit d’un « nouveau » dissident résidant à Miami : Juan Reinaldo Sanchez, ancien garde du corps du « Lider maximo » (expression occidentale). Le langage n’est guère châtié avons-nous dit. Qu’on en juge : « geôlier des poètes… militaire insensible… un dictateur au fond de ses ténèbres… despote… Fidel l’infidèle avec ses maitresses et ses bâtards… révolutionnaire paranoïaque… mégalomanie… cerbère…dictateur de la pire espèce… Castro invente l’auto-épuration ethnique ! …Sans foi ni loi, Castro se fait aussi narcotrafiquant, pour empoisonner l’Amérique et enrichir son système. Aucun principe, aucune morale ne l’arrête… ». Stop ! N’en jetez plus !

Ce petit échantillon d’amabilités en dit long sur la tromperie de ce bon père de famille. C’était sans doute son but : en mettre plein la vue aux lecteurs par les moyens de l’invective, en mettre plein la tête aux imprudents qui se seraient laissés aller à lire un papier quelconque dans un journal quelconque. Devenant de ce fait des lecteurs vraiment désinformés. Au reste de nos jours les articles irrespectueux sont toujours bons pour le pipol. Les pages suivantes du magazine n’étaient-elles consacrées à… M. Attias et Cécilia ex-Sarkozy sous le titre : Richard cœur de millions ? Ah ! Là c’est bon ! C’est du sérieux ! La preuve que l’on peut parler de tout, des choses qui intéressent les vrais gens. On peut écrire ce que l’on veut dans notre démocratie, grâce notamment à cette belle presse libre. C’est pourquoi il faut la défendre becs et ongles, et donc attaquer tout ce qui ne lui ressemble pas. Plus sérieusement, la question à poser n’est-elle pas plutôt : ceux que l’on a pris pour des pigeons ont-ils été réellement informés sur la réalité de Cuba et en l’occasion ont-ils lu un portrait honnête de Fidel Castro ?

Se contenter d’attaquer un homme politique de la trempe de Castro - parti en retraite à quatre-vingt ans pour cause de maladie, mais toujours là, avec sa force et son passé vivant - avec cette lourdeur stylistique indique des effets de propagande qui ne se cachent plus – c’est l’époque, « décomplexée » ! - et cela indique bien l’orientation d’un certain journalisme qui fleurit en nos contrées « nationales ». Nous sommes en droit de nous étonner et de répondre aux médiocres qui soutiennent le « monde comme il va », tout riches et médiatiques qu’ils sont (2). Ce monde pour eux finalement ne va pas si mal, c’est pourquoi il faut le défende avec les moyens classiques du quatrième pouvoir qui dans les sociétés vouées au Capital a toujours à voir avec le monde de l’argent facile, des profits colossaux et de la rapine généralisée. Les grands groupes de presses financés par les milliardaires, par ailleurs marchands d’armes, sont là pour l’attester.

On aurait pu s’étonner quand même, venant de l’Express, qui a ses débuts se présentait comme de « gauche ». Une telle haine contre le président cubain et son régime, qui depuis 55 ans s’est affronté avec brio à l’Empire et a bâti parallèlement une société qui peut-être n’est pas parfaite – quelle société peut y prétendre ? - mais qui est fière des orientations socialistes qu’elle a su prendre dans des domaines aussi cruciaux que l’éducation ou la santé gratuite pour tous. Y compris pour les jeunes étrangers qui viennent du monde entier faire des études de médecine à Cuba, alors que le pays n’est pas riche. D’autant moins que le « Crocodile » est empoisonné quotidiennement par cet embargo parfaitement illégal. Un blocus qui rappelons-le est condamné par la « communauté internationale », expression servant d’habitude à désigner l’Occident mais qui ici veut vraiment dire quelque chose puisque tous les pays du monde, sauf les Etats-Unis et Israël, votent chaque année contre ce blocus à l’ONU.

Est-ce que M. Barbier a parlé des effets de ce blocus indigne ? Non. Il ne s’est guère retourné non plus sur un autre scandale étasunien de triste réputation : Guantanamo, nouveau déni de justice « démocratique », où occupation d’un morceau de territoire cubain rime avec prison de torture US. Ce fait se présente à la vue de tous mais ne semble pas devoir émouvoir M. Barbier et ses collègues.

Pour parler de l’humain à Cuba, M. Barbier a-t-il entendu parler de l’opération « Milagro » (« Miracle ») ? Ces interventions ophtalmologiques cubaines qui ont rendu la vue à plus de deux millions de pauvres d’Amérique du sud et des Caraïbes qui n’avaient pas le moindre sou. Des millions d’aveugles potentiels savent ce que vaut réellement Cuba. Comme les haïtiens occupés par les étasuniens et les français mais qui bénéficient des soins des médecins cubains depuis des années. Pour rester dans ce domaine, l’Ile pratique depuis longtemps et à son rythme, qui n’a rien à voir avec la rentabilité capitaliste, une recherche médicale approfondie dans les domaines du bio et de l’écologie (initiés par le Che), de la vaccination, notamment contre le cancer, ou encore dans le domaine de l’homéopathie. Le pays a aussi favorisé l’émulation de son peuple par le sport, l’art et la littérature (combien d’écrivains, de peintres, de sculpteurs et de musiciens à Cuba qui font salles combles lors des salons internationaux consacrés à leurs disciplines). Le plein emploi est une réalité et la lutte contre le chômage, qui est une sanction de l’économie en Europe, est une priorité là-bas. Certes il y a des personnes sans qualifications qui n’ont pas de travail, qui sont malades ou handicapées. Ou des personnes qui ne reçoivent pas d’argent des familles émigrées aux Etats-Unis. Tout ceci favorise des poches de réelles pauvretés, comme dans tous les pays du monde qui subissent de plein fouet les effets mondiaux du capitalisme, car Cuba ne vit pas en autarcie. L’Etat « providence » qui n’est pas un gros mot là-bas – on parle plutôt de socialisme - prend en charge les minimas sociaux et s’occupe comme il le peut de ces cas très soucieux. Il y a du reste des inégalités et des privilèges dans l’Ile : le socialisme est une société où coexistent encore différentes classes sociales. On y vote d’ailleurs abondamment après des débats interminables. Bien des peuples aimeraient vivre à Cuba, un pays qui se tient debout, où la majorité de la population possède son logement, l’arrange et le rend beau. Comme le peuple cubain tente de rendre beau son pays, à la fois sous les assauts d’un soleil de plomb et des ouragans qui dévastent tout. Faits que les nombreux touristes peuvent constater, participants d’ailleurs eux-mêmes, pour certains, à une forme de « redistribution » qui favorise une sollicitation pressante des cubains les plus pauvres.

L’élaboration d’un socialisme inédit et résistant à Cuba n’a rien à voir avec les obsessions de la rentabilité dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée. Sait-on réellement les dégâts que les Etats et les multinationales occidentales font au reste du monde ? Qu’ils colonisent la planète non pour aider les peuples mais pour en tirer le maximum de ressources et d’énergie. Naturellement on nous présente les choses autrement : c’est pour favoriser « la croissance », soit le « toujours plus » pour les mêmes. Pour ces raisons le système de domination mondiale ne pardonne pas au Cuba moderne, et donc à Castro, d’avoir participé avec beaucoup d’autres à la construction d’une société « autre ». Premièrement en rendant l’indépendance et la souveraineté à son pays colonisé depuis des siècles par les Espagnols puis par les Américains blancs du nord. Dans un second temps, Fidel a bâti avec son peuple retrouvé, un pays qui dans de nombreux domaines, nous le disions, peut donner des leçons aux puissances gouvernées par le Capital et les pouvoirs qui vont avec, produisant corruption massive et « affaires » régulières, notamment les scandales sanitaires à répétition. Nous demande-t-on notre avis sur les fondamentaux de « l’économie » (capitaliste) qui nous sont imposés ? La bourse (véritable casino mondial) ; les banques avec leurs traders qui extorquent plus vite que leurs ombres ; la spéculation sur les matières premières qui favorisent les famines ; les paradis fiscaux tout à fait légaux, d’où l’hypocrisie des Etats. Les marchands de canons qui font les guerres et les hommes de pouvoir qui se servent au passage (les rétro-commissions). Les multinationales qui pillent les peuples et polluent leurs pays en toute impunité (le golfe du Niger, le continent de plastique, l’air, le massacre des animaux). Les dictats du FMI, de la banque mondiale ou européenne.

Il faut quand même réaffirmer que les agressions caractérisées contre ce petit pays n’existent que parce que Cuba ne se soumet pas politiquement. Le terrorisme n’est pas cubain, mais bien nord-américain, ces « colons » perpétuels disait Sartre en rentrant des Etats-Unis, envoyé par Combat, juste après la seconde guerre mondiale. La scandaleuse histoire des « Cinq » anti-terroristes qui croupissent dans les geôles de l’Empire l’atteste là encore. Ces cinq « héros », disent les cubains, n’ont en effet commis aucun crime. Sinon celui d’avoir été des agents de renseignements de leur pays qui a lui-même remis un volumineux dossier sur les vrais terroristes anticastristes de Miami à l’Etat nord-américain, véritable acteur de ce conflit « local ». Lequel, pour toute action, a emprisonné et jugé les prévenus à… Miami. Ce qui contraire à toutes les lois du Droit international.

Cuba gène. Par sa Révolution qui dure depuis trop longtemps. Et qui durera le temps de ses principaux protagonistes, toujours en vie. Et sans doute après pour une « certaine » durée : les pensées de José Marti, de Fidel Castro, de Guevara et celles des patriotes, communistes ou pas, de la Révolution de 1959 sont encore là pour un moment, indéfini.

Cuba gène encore, parce que sa révolution est la seule du monde occidental à avoir triomphé à la fois d’une dictature interne, celle de Batista et de celle de la CIA qui a toujours usé de sa brutalité contre l’Ile, en voulant assassiner par exemple Fidel Castro un nombre incalculable de fois. Après on s’étonnera, comme le faux niais de l’Express, que l’ex-chef de L’Etat cubain « possédait » de nombreuses résidences à Cuba ! Oui Castro a dû se cacher dans son propre pays pour échapper au bras vengeur des étasuniens qui n’ont jamais hésité à perpétrer des coups d’Etat et des crimes contre des chefs de gouvernement, y compris dans leur propre pays ! Depuis 1991 et la chute du « communisme », il n’y a jamais eu autant de guerres menées par l’OTAN contre des « dictateurs » déchus par l’Occident mais qui, juste avant, les « protégeaient ». Cuba a eu raison de n’avoir jamais fait confiance aux occidentaux qui pratiquent une curieuse conception des alliances et de la parole donnée.

Les néo-libéraux – autant dire les impérialistes contemporains – ont, pour ce faire, et « objectivement », leurs hommes de main qui couvrent « objectivement » les journaux, les télévisions, et les radios du monde entier (L’Express, et les autres journaux, grassement payés par la publicité sont aussi subventionnés par l’Etat français). Sans parler d’internet et des communications où nous savons maintenant que nous sommes écoutés, vus, enregistrés par les services d’informations étatsuniens (et français…). Ces actes liberticides ont été renvoyés d’une pichenette des salles de rédactions du « monde libre », juste après avoir fait la Une pendant quelques semaines, le temps de rentabiliser l’affaire. Quant aux « lanceurs d’alerte », présentés comme des « traîtres », mais soutenus par Cuba, ils ont dénoncé ces actes anti-libertaires n’écoutant que leur courage. Mais Castro lui c’est du solide. Qui marche toujours. D’autant qu’il y a toujours un dissident de service pour faire la manchette. Aujourd’hui c’est un des gardes du corps du Commandant qui s’y colle. Son témoignage au passage, comme celui d’Elisabeth Burgos, la « meilleure spécialiste du castrisme », s’ils sont à charge contre « Fidel », ne sont pas aussi accablant que l’article du propagandiste français. Combien de contre-sens de sa part : « Il y a en cet homme de la folie, mais surtout de la raison » ; de puérilité aussi : « il ne boit que du lait de la même vache (n° 5, comme pour Chanel) » et de ragots. Il y a fort à parier que M. Barbier n’a jamais mis les pieds à Cuba, où alors comme un touriste qui ne serait jamais sorti de son cinq étoiles subjectif. Comme beaucoup aujourd’hui, il se réclame sans doute des « valeurs » de la démocratie ou de cette commode étiquette dite des « droits de l’homme » qui sert notamment à mener les guerres actuelles. A l’identique de la marque déposée « liberté » pour les étasuniens. Un comble. Ce sont des supplétifs de bonne conscience que doit avoir l’idéologie ultra-libérale si elle veut rester un peu crédible aux yeux du monde. Le bon élève de l’Express ne fait pas exception.

Pour conclure, son article inclut une photo de Françoise Sagan, alors jeune reporter envoyée par l’Express à Cuba en 1960 avec la mention : « Refroidie. A l’été 1960, de retour de Cuba, la jeune reporter met déjà en garde les lecteurs de l’Express ». Oui, la Françoise Sagan qui s’est occupée de Sartre quand il était malade, quasi aveugle. Sartre qui, comme d’habitude, d’après Barbier : « se trompe de fond en comble », comme ces « thuriféraires ridicules du Lider maximo ». Sartre qui avait écrit : Ouragan sur le sucre. Alors que disait-elle sur Fidel, Françoise ? Simplement ceci : «  A Cuba les gens l’adorent… Les cubains se retrouvent en lui… Castro est bon, il aime son peuple, il s’adresse à lui directement et il est foncièrement honnête et désintéressé… Fidel lui, parle aux paysans de leur vache (tiens, revoilà la vache !),  leur donne des conseils si elle est malade, vit dans la rue. Et il leur parle simplement sans affectation. Il s’intéresse à eux… Pour revenir à l’humanité de Castro, il faut bien ajouter ceci : il a horreur du sang… Ca même les opposants de Castro le reconnaissent » (comme pour le Che). C’est un autre son de cloche. On dira : « oui mais c’était au début de la Révolution ». Certes. On sait que le pouvoir corrompt. Où qu’il soit. Mais il y a aussi des incorruptibles. Et qui n’a pas vu Cuba ne peut parler de Cuba. L’enquête commence par la pratique. On peut comprendre que des gens, gardes du corps haut placés, évincés pour des raisons que nous ne connaissons pas, trouvent la potion amère. Que, par ailleurs, le culte de la personnalité existe, incarné en un ou plusieurs héros reconnus et aimés par les peuples qui ont fait leurs révolutions avec eux. Che Guevara et Tania, la seule femme morte en Bolivie avec lui, en sont des figures exemplaires qui, à Cuba, ornent le fronton des écoles.

En nos villes enfumées et « branchées », où se côtoient la misère et la richesse sur le même trottoir, en même temps que le bruit des armes et des urnes, il y a beaucoup de choses que les vrais nababs ne peuvent ou ne veulent pas voir. Parce qu’elles sont dérangeantes. Alors on répète. C’est plus facile et ça évite de penser. On répète les vieux réflexes de soumission à l’ordre. Un ordre incertain qui bien souvent est celui de l’injustice.

Jean-Luc LAURENT



(1) Nouveau tir groupé médiatique, comme souvent quand paraît un livre de ce genre : après une émission sur Arte, le 22 mai à 20 h, Le Figaro magazine du 30 mai était aussi de la partie. Reprenant pratiquement les mêmes « arguments » on ne parlera ici que de l’Express.

(2) - Voir à ce propos : 1) Cuba et le meilleur des mondes et 2) Le guévarisme était-il un humanisme ? Deux livres de votre serviteur qui répond à d’autres « spécialistes » de Cuba (non publiés).

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