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L'impérialisme étatsunien et les écolières nigérianes (ICH)

par Sam La Touch 3 Juin 2014, 18:47 Articles de Sam La Touch Nigeria USA Boko Haram Terrorisme Impérialisme Néocolonialisme Libye Mali

L'impérialisme étatsunien et les écolières nigérianes (ICH)
L'impérialisme étatsunien et les écolières nigérianes
Article originel : U.S. Imperialism and Nigerian Schoolgirls

Par Ivan Eland
Information Clearing House

Traduction SLT

Il a fallu un certain temps pour localiser les écolières nigériannes enlevées par le groupe radical islamiste Boko Haram. Durant cette période des officiels des gouvernements occidentaux - comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France - ont dénoncé anonymement la lenteur du gouvernement nigérian à accepter l'aide étrangère, ainsi que pour son incompétence dans les recherches. Ces gouvernements occidentaux subissent une énorme pression de leur opinion pour montrer qu'ils "font quelque chose" au sujet des écolières. C'est parce que, en dépit des actes antérieurs encore plus monstrueux de Boko Haram - comme le massacre de villageois et la mise à mort sur un bûcher de 59 écoliers - l'enlèvement choquant des écolières (qui n'ont pas été tuées) est devenue une cause défendue par des femmes occidentales célèbres, qui à leur tour ont exercé une énorme pression sur leurs gouvernements pour retrouver les filles.

Cependant, tout ce battage et cette pression autour de Boko Haram, alors qu'aucune mobilisation n'existait avant cet enlèvement de masse, semble avoir quelque chose à faire avec l'impérialisme et a des relents d'instrumentalisation par des politiciens et des groupes occidentaux dans un pays étranger. Après tout, bien que Boko Haram soit l'un des groupes terroristes les plus odieux de la planète, c'est un groupe local avec des griefs locaux qui n'est pas une menace pour la sécurité étatsunienne. Le gouvernement nigérian est évidemment inquiet que l'afflux d'aide occidentale, pour aider les écolières et renforcer l'armée nigériane au nom de la lutte contre le terrorisme, réhausse la popularité du groupe et lui permettre d'attirer plus de combattants et de financement dans une bataille contre "l'impérialisme occidental."

Compte tenu des antécédents de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme en Afrique, les inquiétudes du gouvernement nigérian pourraient être particulièrement bien fondées. Ainsi, le gouvernement étatsunien a également intensifié la formation et l'assistance à la lutte contre le terrorisme au Niger, en Mauritanie, en Libye et au Mali. Il a également soutenu des combattants pro-étatsuniens en Somalie. C'est la version de l'administration Obama de la doctrine de Nixon au début des années 1970, quand les Etats-Unis, plutôt que d'envoyer les forces étatsuniennes, ont décidé de former des militaires étrangers pour mener à bien leurs objetifs.

Certains des efforts étatsuniens de lutte contre le terrorisme en Afrique ont déjà été suscité des problèmes. Au Mali, des chefs des unités d'élites formés par des officiers US ont fait défection pour rejoindre les rebelles islamistes, qui ont pris le contrôle de la partie nord du pays l'année dernière. La formation à la lutte contre le terrorisme n'a pas encore commencé parce que le gouvernement civil malien est encore sous le choc du coup d'Etat militaire survenu l'année dernière. Après ce qui s'est passé avec les commandants des unités d'élite, c'est peut-être une bonne chose. De même le programme de formation des États-Unis en Libye qui se termina par un désastre fut contre-productif. Ainsi des armes étatsuniennes et de véhicules blindés sont tombés dans les mains d'une milice libyenne après qu'elle ait pris d'assaut l'entrepôt faiblement gardé et se soit enfuie avec l'équipement.

Pire encore, en Somalie, en Libye et au Mali, les actions étatsuniennes ont créé la menace de terrorisme ou exacerbées la menace existante. En Somalie, le soutien étatsunien pour les seigneurs de guerre corrompus a conduit à la montée du groupe islamiste Shabab, qui revendique le maintien de l'ordre et la constitution d'un gouvernement propre. En Libye, l'Occident a renversé le seul homme - Mouammar Kadhafi - capable d'assurer la cohésion d'un pays fragilisé par les tensions tribales créant ainsi la situation actuelle où des milices s'entredéchirent dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile totale. Ces milices en récupérant les grands stocks d'armes de Kadhafi, sont bien armées, tout comme les combattants islamistes qui ont pris le contrôle de la partie nord du Mali l'année dernière et ont nécessité une intervention militaire française pour les disperser temporairement.

Ainsi, les efforts occidentaux pour lutter contre le terrorisme en Afrique ont généralement été inefficaces. Alors, comment ces gouvernements peuvent donner des conseils à un gouvernement comme celui du Nigeria dans l'enlèvement d'écolière ? Pourtant, ils continuent de le faire. Le gouvernement nigérian a apparemment conclu un accord avec la secte Boko Haram pour libérer les écolières en échange de la libération des membres du groupe détenus par le gouvernement. Cependant l'accord a échoué juste après que le président nigérian Goodluck Jonathan ait rencontré des dirigeants occidentaux, qui ne veulent pas d'un tel accord. Ainsi, les pays occidentaux ont opposé probablement leur veto à cet accord, et le gouvernement nigérian s'est retiré de celui-ci à la dernière minute. Apparemment, les gouvernements occidentaux refusent les négociation avec des terroristes ou de verser des rançons pour les otages, sauf quand ils - se souviennent de l'Irangate - dans lequel des armes ont été vendues à l'Iran dans une tentative pour obtenir la libération des otages étatsuniens détenus au Liban ?

Au lieu d'accentuer le terrorisme en popularisant des groupes locaux, comme Boko Haram, l'Occident - et les États- Unis en particulier - ne devraient pas apporter une "assistance" de la sorte à la lutte contre le terrorisme.



Ivan Eland : directeur du Centre pour la paix et la liberté, The Independent Institute

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