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La FIFA revenue au temps béni des colonies (Mondafrique)

par Xavier Monnier 14 Juin 2014, 13:55 Fifa Coupe du monde Brésil COlonialisme néocolonialisme Qatar

La FIFA revenue au temps béni des colonies (Mondafrique)
La FIFA revenue au temps béni des colonies
Par Xavier Monnier 

Mondafrique

Sur le site "Bakchich.info" partenaire de "Mondafrique", le journaliste Xavier Monnier décrit les conditions imposées à la FIFA aux pays d'acceuil, surtout si comme en Afrique du Sud et au Brésil, ils sont confrontés à d'énormes problèmes de sécurité et d'organisation: lois d'exception durant la compétition, mercenaires dépêchés pour assurer la sécurité, Bantoustan érigé autour des stades. Comme en Afrique du Sud, la fédé internationale de foot réinvente, le temps du mondial au Brésil, le temps béni des protectorats...

Sous le feu roulant des accusations de corruption, critiquée pour son organisation mais jamais sanctionnée, la fédération internationale de football (FIFA) aurait tort de se priver. Alors l'association plus que centenaire continue de parader. Tous les 4 ans, elle étend ses tentacules sur un pays, un mois durant, le pompant toujours plus allègrement. De plus en plus consentant, les Etats hôtes de la Coupe du Monde, se soumettent d'autant mieux, et plus qu'ils ont désiré l'évènement, garant de sa renommée sur la scène internationale, touristique ou diplomatique.

Ainsi le sémillant Jérôme Valcke, n°2 encore trop méconnu de l'organisation, peut-il jouer sur les mots. En janvier 2012, devant les protestations politique et sociales (déjà) de personnalités brésiliennes, le secrétaire général a pu affirmer sans ciller: «Nous n’exigeons rien de plus que ce que nous avons demandé à l’Allemagne ou à l’Afrique du Sud, et que ce que nous allons demander à la Russie et au Qatar». Sans doute les maîtres du ballon rond n'ont-ils rien exigé de plus, mais ils obtiennent chaque fois de nouvelles concessions.

Lors du Mondial 2006 en Allemagne par exemple, les autorités du football avaient pu bénéficier d'un allégement conséquent des taxes auxquelles la compétition aurait dû être soumise. Mais la première économie d'Europe n'avait pas cédé sur des demandes encore plus exhorbitantes. Comme par exemple des zones commerciales exclusives et dédiées à la Fifa aux alentours des Stades, la création de tribunaux d'exception pour la durée de la compétition ou la criminalisation de vendeurs à la sauvette.

Tribunaux d'exception

Pour assister à une telle colonisation, il a fallu attendre que les apôtres du «beau jeu» daignent se poser en Afrique, tout au bout du continent noir pour la Coupe du Monde sud africaine en 2010. Sur place, Bakchich avait pu constater la mainmise de la Fifa, qui, 16 ans après la fin officielle de l'apartheid, avait réinstauré à la fois Bantoustan, lois d'exceptions et les noms afrikaners des villes hôtes de la compétition, au grand dam de journalistes tel le caricaturiste Jonathan Shapiro, alias Zapiro. "Ce sont des abrutis ! La Fifa est une mafia. Elle contrôle tout, nous avons tout abandonné pour elle. La Fifa a colonisé le pays, se permet de nous dire ce qu’il faut faire, quels vêtements il faut porter, ce qu’il faut boire, comment nous devons nous comporter, ce que nous pouvons vendre aux abords des stades.» Et le célèbre dessinateur de décrire ce qui fait la force de l'institution. «Quand la Fifa est venue en Afrique du Sud, au début des années 2000, nous tentions d’obtenir l’organisation de la Coupe du monde. Tout le monde, des structures locales au gouvernement, voulait que la Fifa nous aime, nous dise : « Vous pouvez le faire, vous êtes un super pays ! » On aurait fait n’importe quoi pour accueillir la compétition. Par exemple, au Cap, nous avons construit un stade juste en face de Table Mountain, à un endroit où nous n’en avions absolument pas besoin. Et pourquoi ça ? Parce que Sepp Blatter [le président de la Fifa, ndlr] est monté dans son hélicoptère et a décrété : « Je veux mon stade ici ! » Et, au final, les politiciens, même si certains n’étaient pas d’accord au départ, se sont tous inclinés.» Surtout ce furent les tribunaux d'exception Fifa, instaurés par une loi spéciale Fifa qui emportèrent sa plus grande colère.

« Il y a des gens libres qui marchent dans les rues alors qu’ils ont commis des actes terribles : des politiciens, des businessmen qui ont volé des millions… Et, pourtant, on condamne des petites gens pour l’exemple. C’est comme ça que fonctionne la Fifa. Je trouve que c’est incroyable qu’elle ait pu nous imposer ça si vite. Cela ressemble à des tribunaux spéciaux de la pire espèce » Des mots d'une rare violence, que les Brésiliens peuvent reprendre à la lettre. Comme en Afrique du Sud, une loi spéciale a été votée pour régir le pays durant le mois de juin. Quasi une réplique à 4 ans d'écart.

Et les prochaines éditions promettent d'être à l'unisson, en Russie et au Qatar. Avec le doux avantage que les deux Etats ne sont pas connus pour leur véhémence dans la contestation sociale, pour le plus grand bonheur de la Fifa. «Un moindre niveau de démocratie» a avoué Valcke en avril 2013 est sans doute «préférable pour organiser une Coupe du Monde (…) Quand on a un homme fort à la tête d'un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c'est plus facile pour nous, les organisateurs, qu'avec un pays comme l'Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux.»

Jamais sanctionnée, la Fifa aurait tort de se gêner...

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