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Libye, le chaos est une mine d’or pour les milices (Mondafrique)

par Clément Fayol 28 Juin 2014, 12:16 Libye OTAN Milices Chaos Profit

Libye, le chaos est une mine d’or pour les milices (Mondafrique)
Libye, le chaos est une mine d’or pour les milices

Par Clément Fayol
Mondafrique

Les trois années de chaos libyen ont favorisé la concentration des activités économiques autour des trafics et de la sécurité. Dans un passionnant rapport, l’Institut de la Paix des Etats-Unis montre comment les milices s’enrichissent en Libye grâce à l’absence d’Etat et empêchent sa reconstruction.

L’économie libyenne est malade. Touchée par la chute de plus d’un million de barils de pétrole à moins de 200 000 par jour, les activités économiques illégales ont pris le dessus. Dans un rapport passionnant l’Institut de la Paix des Etats-Unis, s’arrête sur ces nouveaux maux libyens. Après plus de quarante années de stabilité à coups d’arrestations arbitraires et d’autoritarisme par le régime de Mouammar Kadhafi, le pays semble s’installer dans l’ère des milices et du chaos. « Sous le régime de Kadhafi, l’économie illicite était largement sponsorisée par l’Etat, explique le rapport, les trafics et la contrebande restaient largement dans les mains de ceux qui étaient favorisés par le régime. » Aujourd’hui l’Etat n’existe presque plus et les milices sont en concurrence pour le contrôle des sources de revenus illégales.

L’affaire du tanker libyen de mars est la démonstration de la perte de contrôle de l’économie par l’Etat. Les milices fédéralistes de l’Est, qui tiennent d’importants gisements de pétrole, tentent alors d’exporter une cargaison. La communauté internationale intervient et des Navy Seals américains mettront finalement un terme à cette tentative quelques jours plus tard.

Business et sécurité

« La large présence d’armes a complètement changé la donne en Libye et a conduit à la création d’une industrie de la protection criminelle » continue le rapport. Deux grandes tendances sont soulignées par le document de l’Institut. D’abord, la désintégration de l’Etat, des forces de sécurités, et par la même occasion du premier employeur du pays, a fait passer au premier plan l’économie illicite. Les grands secteurs professionnels sont désormais les armes, la drogue, les migrants et toutes sortes de produits de contrebande. « Beaucoup de conflits ont pour origine la compétition pour des ressources illicites » et ainsi « la capacité de garantir la protection des échanges illégaux est devenue un levier d’influence majeur. » S’ajoute à ce phénomène la crainte des opérateurs internationaux qui osent encore s’installer en Libye - l’Etat est incapable de leur donner des garanties. Ces freins à l’investissement laissent aux trafiquants le contrôle de la plupart des secteurs (médicaments et produits de premières nécessités compris).

Chaos lucratif

Après avoir rappelé que la situation libyenne oblige à s’appuyer sur les milices pour reconstruire l’Etat et instaurer plus de sécurité, l’Institut pour la paix s’inquiète des intérêts que celles-ci dégagent du chaos. « Les observateurs se focalisent souvent sur l’engagement des milices dans le processus politique. Cependant, pour beaucoup de ces groupes, les ressources des trafics et de la contrebande sont une source de pouvoir et donc sapent leur engagement pour un processus pacifique et démocratique. » Voilà le casse-tête libyen, ceux-là même qui pourraient peser pour une évolution politique s’enrichissent grâce au chaos.

L’équilibre du pays est fragile. Tant que la reconstruction de l’Etat ne sera pas dans l’intérêt des milices, la situation politique ne saurait évoluer. Au chapitre des solutions, l’Institut pour la Paix n’a pas de recette miracle. « La réponse appropriée doit plutôt s’appuyer sur une meilleure gouvernance politique et des stratégies de développement que sur des interventions dans le domaine de la justice et de la sécurité. » Plus loin les auteurs affirment que la communauté internationale doit aider à détruire ce marché de la protection des milices et rétablir le contrôle de l’Etat.

Jusqu’ici les partenaires occidentaux de l’Etat central se bornent à signer de gros contrats de partenariat sécuritaire et militaire. Cette approche ne saurait être payante tant qu’un consensus, même fragile, autour du projet de reconstruction des institutions reste introuvable.

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