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Afrique, la ruée vers l’or (Mondafrique)

par Roger Calmé 3 Juillet 2014, 16:39 Afrique Or Anglo Gold Ousmane Cissé endeavour mining mark bristow taurus gold ltd

Afrique, la ruée vers l’or (Mondafrique)
Afrique, la ruée vers l’or
Roger Calmé
Mondafrique

Grâce à des gisements d'or colossaux répartis sur tout le territoire, le continent africain connait une hausse record de l'extraction du précieux métal jaune. Les sociétés minières internationales se précipitent vers ce nouvel Eldorado où elles décrochent des contrats d'exploitation particulièrement avantageux. Souvent au détriment des Etats.

Mark Bristow aime les affaires rondement menées. Le PDG de Randgold Resources, société sud-africaine cotée à la Bourse de Londres et au Nasdaq, montrait donc quelques signes d’impatience en janvier dernier en Côte d’Ivoire. Principal actionnaire des mines de Tongon (89 %), il a obtenu la délivrance de douze autres permis, « mais les procédures administratives ralentissent leur développement ».

Chasseurs d'or

Il faut dire que cette junior, comme les autres sociétés de prospection aurifère, jouit des meilleures conditions de développement. Exonérations fiscales, taxes réduites au minimum, participation limitée de l’État, le gâteau est savoureux. Depuis trois ou quatre ans, les entreprises étrangères se pressent donc au portillon. Début 1013, les Canadiens d’Endeavour Mining ont ainsi inauguré la mine d’or d’Agbaou, avec une production estimée à 3 tonnes annuelles. Les 160 millions de dollars investis doivent rapporter au plus vite. La production de la Côte d’Ivoire grimpe en flèche et elle atteindra les 16 tonnes dès la fin de cette année. Passez la frontière et vous retrouvez les mêmes ambitions... et les mêmes acteurs au Mali. À Bakolobi, au sud du pays, Randgold Ressources s’est associé à Taurus Gold Ltd, également présent au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, avec un portefeuille de dix-neuf permis couvrant environ 5 700 km2. Troisième pays producteur d’Afrique, le Mali pesait environ 51 tonnes d’or en 2013, pour 47 produites industriellement. Des sociétés souvent jeunes, à l’image de Randgold qui, partie d’un premier site minier au Mali, est devenue un acteur stratégique incontournable du secteur. En ouverture du dernier Mining Indaba Conference à Cape Town, Mark Bristow estimait 2013 « comme la meilleure année de la société, affichant une hausse de 15 % de sa production, avec 910 373 onces d’or ». La tendance ne devrait pas fléchir dans les cinq prochaines années, la direction espérant « une hausse de 25 % à 30 %, pour atteindre 1,2 million d’onces ».

Profits records

Outre l’Afrique de l’Ouest, la société a aussi investi en République démocratique du Congo, où le site de Kibali représente un potentiel de 11 millions d’onces. Opération menée au pas de charge, puisque Randgold n’est arrivé qu’en 2010, « un véritable exploit en matière de géologie […], ainsi que sur le plan de la négociation et de la diplomatie » selon Mark Bristow. Quatorze villages et 4 000 foyers ont été déplacés et une cité « modèle » construite à Kokiza. À plein rendement, la mine produira 600 000 onces annuelles. De quoi justifier l’investissement initial de 2,5 milliards de dollars, partagé avec AngloGold Ashanti, partenaires à 45 %, tout comme Randgold. Autre exemple, le Burkina Faso, qui n’a mis que trois ans pour devenir le 4e pays producteur continental. En 2008, l’extraction était insignifiante. Un an plus tard, elle atteint déjà les 12,2 tonnes et devient la première ressource en devises. L’activité va générer quelque 5 000 emplois en 2011 et représenter un chiffre d’affaires global de 750 milliards de francs CFA. Un an plus tard, on estime la production à 41 tonnes, principalement sur les sites industriels de Mana, Youga, Belahouro et Essakane.

Les sociétés qui investissent ne lésinent pas sur les moyens. Cluff Gold a dépensé plus de 14 milliards de francs CFA pour l’acquisition d’un nouveau projet près de Kalsaka. En janvier 2012, les Canadiens de Volta Resources ont également investi 9,5 milliards dans la valorisation du gisement de Kiaka. Des investissements au rendement quasi immédiat. En 2011 déjà, Stephen J. F. Letwin, président de Iamgold, notait : « L’année 2011 a été excellente : nous avons enregistré un revenu, un profit net et des flux de trésorerie records. Le produit a augmenté de 53 %, pour atteindre 1,7 milliard de dollars, et les flux de trésorerie […] se sont accrus de 70 %, pour atteindre 590 millions de dollars. » En toute transparence ? Les responsables l’affirment la main sur le coeur. Tous les accords ont été respectés. Président de la Semafo, Benoît La Salle soutient : « Notre société est guidée par les normes les plus élevées de gouvernance d’entreprise. Nous respectons tous les codes miniers et les lois des pays où nous menons nos activités et nous adhérons à l’Initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) soutenue par la Banque mondiale. »

De faibles retombées pour les Etats

Mais les rapports officiels sont plus critiques. Au Burkina, l’État ne semble pas recouvrer l’intégralité des taxes et impôts dus par les sociétés minières. Même cas de figure au Sénégal où le contrat minier impose le financement au fonds social à hauteur de 5 %. Depuis 2007, le site de Sabodala aurait ainsi alimenté de quelque 3,5 milliards de francs CFA de taxes et redevances les collectivités locales. Or, cet argent semble s’être volatilisé. Premières colères en 2013 : les étudiants descendent dans les rues de Kédougou. Les autorités sénégalaises ont alors décidé de revoir leur cahier des charges. Directeur au ministère des Mines, Ousmane Cissé le déclarait : « Il faut que l’État profite directement de la production et que les populations en soient aussi bénéficiaires. Nous nous dirigeons donc vers moins d’exonérations fiscales. » La Banque africaine de développement (Bad) avait dejà appelé de ses voeux la maximalisation des retombées pour les États et à une réelle transparence dans la gestion des rentrées financières en provenance de l’or. Depuis 2013, le Sénégal a soumis sa candidature au processus ITIE. Désormais, tous les revenus et les nouveaux contrats seront publiés. On pourra enfin déterminer ce qui revient à l’État comme aux populations. Les acteurs locaux le réclament. Pas sûr que les multinationales le fassent avec le même enthousiasme.

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