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Cameroun. Comment gagner la guerre contre Boko Haram et ses sponsors? (Sphinx Hebdo)

par Sphinx Hebdo 7 Juillet 2014, 15:59 Boko Haram Nigeria Occident Suisse Irak Libye USA France Grande-Bretagne Terrorisme

Cameroun. Comment gagner la guerre contre Boko Haram et ses sponsors?
Par Gabriel Makang
Le Sphinx Hebdo
www.lesphinxhebdo.com

Je m'entretenais il y a quelques semaines avec un ainé à propos de la situation qui règne au Cameroun en général et de la menace que représente Boko Haram.

Il m'a dit en substance, en réponse à mes questions que maintenant que la communauté internationale s'est organisée contre Boko Haram, c'en est fini de ce groupe terroriste. Il va être anéanti, disait-il. Cette lecture de la situation est justement l'objectif visé par la formidable opération de propagande médiatique conçue par les sponsors de Boko Haram. Et c'est cette perception des évènements qui mène à la défaite, et dans ce cas précis, à la destruction, avant même que le véritable conflit ait vraiment éclaté.

On ne peut pas vraiment blâmer ce brave camerounais car l'opération est sophistiquée et peut facilement tromper plus d'un. Apres tout, elle est ponctuée d'actes de charité, de discours rassurants et pleins de bienveillance de la part des dirigeants des pays occidentaux qui prétendent nous aider à combattre Boko Haram.

Il y avait d'abord l'offre du président français, François Hollande, en visite au Nigeria en Février 2014, d'aider le Nigeria à combattre Boko Haram, elle qui n'a pas offert cette aide lorsque ce pays combattait les rebelles du Delta qui représentaient un danger plus sérieux sur l'économie du pays. Ensuite il y a cette curieuse affaire de l'enlèvement de plus de 200 lycéennes nigérianes qui a semblé provoquer un tel émoi que des personnalités telles que Michelle Obama se sont impliquées. Le sénateur Mc Cain a semblé tellement « meurtri » par cette affreuse affaire qu'il a suggéré que les Etats-Unis interviennent même sans l'approbation du gouvernement nigérian.

Nous nous rappelons tous la conférence de Paris de Mai 2014 convoquée par le président François Hollande sur la riposte à donner à Boko Haram et rassemblant 5 chefs d'Etats africains. Cette conférence a été suivie d'une autre rencontre en juin de la même année, de niveau ministériel cette-fois-ci, à Londres puis de la promesse de la Suisse de fermer les comptes de Boko Haram dans ce pays. Qui aurait cru que Boko Haram ait des comptes bancaires en Suisse alors que cette organisation a été déclarée organisation terroriste par le Département d'Etat américain depuis Novembre 2013 ?

C'est justement cette apparente bienveillance de la part d'entités impitoyables et cruelles qui inquiète et donne froid au dos. Elles qui ont provoqué et financé des guerres en Irak, Libye et en Syrie entrainant au passage des centaines de milliers de morts et la destruction de sociétés entières? Ces puissances qui pillent l'Afrique et la maintiennent dans un état de captivité, comment peuvent-elles soudainement vouloir l'aider à combattre un ennemi qui en réalité prépare le terrain pour eux ?

La réalité est qu'elles sont en train de jouer double-jeu en se présentant comme des adversaires du terrorisme qu'ils soutiennent en cachette. La condamnation officielle des gouvernements et leur soutien militaire ne gêne pas l'action des services de renseignements qui entrainent, financent et équipent ces groupes par l'intermédiaire de puissances satellites alliées telles que l'Arabie Saoudite et le Qatar.

En fait ces puissances ont l'habitude de soutenir les deux camps d'un même conflit. Ils l'ont fait pendant la révolution cubaine, pendant le conflit de Bakassi et sont en train de le faire en Irak en ce moment.

Ne nous égarons cependant pas. Le but de cet article n'est pas de démontrer l'hypocrisie de certains acteurs de la scène internationale. Ce rappel avait pour but de reposer le véritable diagnostic de la situation car pour gagner ce conflit, nous devons le voir dans sa véritable dimension, comprendre ses origines et ses objectifs. Tant que nous le verrons simplement comme le fait de vulgaires bandits transfrontaliers, nous allons le perdre. En Libye, et en Syrie, la déstabilisation a commencé par des attaques isolées de petits groupes qui se sont progressivement transformés en véritables mouvements rebelles bien financés et dotés d'armement sophistiqué. C'est pour cela que nous traitons ce problème dans la perspective d'une tentative de déstabilisation du Cameroun.

Qu'il soit tout de suite dit ici que nous pouvons gagner ce conflit. D'autres peuples au Vietnam et en Algérie l'ont fait dans des circonstances difficiles. La Syrie est en train de gagner la guerre de sa déstabilisation. Cette victoire ne va devenir réalité que si nous anticipons. Aucune puissance ne peut battre une population de 23 millions d'habitants determinés Pour y arriver, nous avons circonscrit 5 actions que le gouvernement et autres acteurs doivent rapidement prendre.

1. Impliquer le peuple dans le conflit

Il est évident que si les puissances occidentales sont derrière Boko Haram, comme démontré dans l'article précédent intitulé Pourquoi Boko Haram prend-t-il le Cameroun pour cible ?, ce n'est pas une guerre qui va être gagnée par le détachement militaire envoyé dans l'extrême-Nord. Cette guerre qui va être à la fois militaire, diplomatique, médiatique, économique et psychologique ne peut être gagnée qu'avec la participation de tout le peuple. La guerre se gagne d'abord dans les esprits informés des masses.

C'est parce que le président Assad a su faire basculer le peuple de son côté après la campagne de désinformation qui a failli diviser l'opinion et le renverser, que son régime résiste encore. Malgré la défection de généraux et de certaines personnalités politiques, c'est lorsque le peuple syrien a compris que la guerre de Syrie en était une contre la nation qu'il a su dépasser ses frustrations et ses divisions pour combattre pour sa survie. Cette prise de conscience du peuple a été démontrée par les résultats des dernières élections à l'issue desquelles le président Assad a été réélu à 88.7%.

Si nous nous y mettons tous ensemble, nous allons gagner. Il est vrai que la toute fraiche débâcle des Lions Indomptables en Coupe du Monde ou les autres « scandales » de la République ne contribuent pas à rendre le gouvernement populaire. Nous sommes outragés comme tous les camerounais par les derniers développements de l'actualité nationale, mais au risque de se répéter, nous encourageons les camerounais à choisir le bon combat. En ce moment, tout en nous donnant libre cours à nos frustrations, n'oublions pas que se liguer complètement contre le gouvernement ne va que nous conduire à la défaite d'un combat aux enjeux très élevés. La défaite n'est pourtant pas une option lorsqu'on considère la violence qui règne en ce moment en Libye ou en Côte d'Ivoire ou des « dictateurs » auraient été remplacés par des gouvernements « démocratiques ». Peut-être n'arriverons-nous pas au stade de l'embrasement général, mais il faut déjà s'y préparer. Et c'est une mobilisation populaire qui justement pourrait nous en préserver

L'implication du peuple passe par son information. Malheureusement, c'est un aspect du conflit sur lequel le gouvernement est impuissant. Vous imaginez bien que la CRTV ou Cameroon-Tribune ne peuvent oser présenter les choses de cette façon sans attirer au gouvernement de nombreux problèmes avec les puissances étrangères. Il ne semble même pas capable de faire une communication interne à ce sujet pour coordonner son action à tous les niveaux de l'appareil de l'Etat car certains camerounais seraient déjà en train de travailler avec les ennemis pour le positionnement dans le nouveau régime.

Cette guerre de l'information qui doit être menée par la presse privée panafricaniste est en train d'être gagnée grâce à des medias tel qu'Afrique Media TV et le Sphinx Hebdo. Nous vous encourageons à les soutenir de quelque façon que ce soit.

Le gouvernement de son côté devrait aussi poser des actes pour apaiser les frustrations, calmer les tensions et favoriser la réconciliation nationale. Cet aspect a été très bien développé dans un autre article du Sphinx Hebdo intitulé, Paul Biya : 5 Préalables pour gagner le pari de l'Emergence.

2. Empêcher l'extension en une véritable rébellion

La région de l'Extrême-Nord du Cameroun n'est certainement pas celle qui a le plus de perspectives d'avenir. Tout le contraire lorsqu'on sait qu'elle souffre du manque d'infrastructures et constitue même l'une des régions les plus touchées par l'insécurité alimentaire. Tous ces facteurs de pauvreté qui constituent des éléments de recrutement des populations de la région dans un éventuel mouvement rebelle devraient être désactivés.

C'est pour cela que les opérations militaires doivent s'accompagner d'actions civilo-militaires. Ou pour le dire brutalement, l'armée doit travailler à gagner les cœurs et les esprits des populations de l'Extrême-Nord. Le génie militaire devrait donc s'impliquer dans la construction des infrastructures les plus manquantes, à l'instar de centres de santé, ponts, points d'eau potables et même routes. Et tout ce programme ne devrait être que le démarrage d'un vaste programme de développement ayant pour objectifs de sortir cette région qui ne manque pas pourtant d'atouts, de la pauvreté.

Non seulement ces actions vont renforcer le patriotisme de ces populations au pouvoir central, mais elles vont aussi les encourager à participer plus au travail de renseignements sans lequel cette guerre ne peut franchement être gagnée. Il n'est pas suffisant d'obtenir le soutien officiel des leaders politiques ou religieux. Il faut gagner la confiance des populations elles-mêmes. Le fait d'être camerounais n'est pas pour tous, une motivation suffisante pour rester loyal au pouvoir central, lorsqu'en plus, on court un risque de représailles de la part de l'organisation terroriste. Pour le moment, les agents de Boko Haram qui disposent de fortes liquidités étrangères gagnent sur ce terrain.

Pour le même objectif, les chefs militaires devraient faire des rencontres avec non seulement les chefs religieux et traditionnels, mais aussi avec les populations auxquelles ils pourraient commencer à enseigner le rôle qu'elles peuvent jouer dans ce conflit et les rudiments de l'auto-défense. Dans bien de contrées en Iraq, ce sont les milices locales qui ont combattu avec succès les rebelles. Ces rencontres créeraient un climat de confiance et une connexion émotionnelle entre les combattants et les populations.

3. Créer une union sacrée face à la menace extérieure.

Au moment où le conflit prendra sa véritable dimension, la guerre sera déjà perdue. En ce moment même, l'ennemi est en train de travailler silencieusement pour infiltrer l'appareil de l'Etat en recrutant des personnalités pour le faire crouler comme un château de cartes. Il y aurait déjà des individus dans les forces armées et pourquoi pas dans le gouvernement qui travaillent avec Boko Haram et ses sponsors. Il faudrait aussi s'attendre a ce que les medias occidentaux donnent accès au public à certaines personnalités de l'opposition pour hausser leur profil, dans leur tentative de créer une coalition.

Le gouvernement naturellement devrait déjà travailler à contrer cette opération silencieuse. La discipline gouvernementale ou la peur des punitions administratives qui perdent leur effet dissuasif lorsque le Régime commence à vaciller, ne sont plus suffisantes pour s'assurer la fidélité des responsables.

Sans alarmer le public, le gouvernement devrait travailler à créer une union sacrée de tous les leaders politiques. Ekane Anicet du Manidem a fait dans ce sens une proposition qui ne semble pas avoir eu beaucoup d'échos. Pourtant cette union des leaders politiques qui va isoler « les traitres », pourrait désorganiser le plan de l'adversaire et même désamorcer la bombe sociale qu'il est en train d'activer silencieusement.

De plus, ces leaders politiques et la société civile, contrairement aux membres du gouvernement ont la liberté de dire tout haut ce qui se passe dans les coulisses. Ils sont aussi capables de mobiliser les populations lorsque les ministres et autres responsables sont limités par la réserve protocolaire.

4. Passer à l'offensive et décapiter Boko Haram

Nous ne gagnerons pas cette guerre en nous contentant de riposter aux attaques de Boko Haram. On ne gagne pas une guerre en restant sur la défensive. Peut-on seulement envisager rester sur la défensive pendant 10 ou 15 ans avec le drainage de ressources que cela entraine ? Nous devons détruire cette menace une fois pour toutes.

Les forces armées camerounaises doivent faire changer à la peur de camp et mettre Boko Haram sur la défensive maintenant que nous lui sommes toujours militairement supérieurs. Elles doivent concevoir des actions commandos ayant pour but de détruire le leadership de ce mouvement, ce qui semble plus facile à dire qu'à faire.

En effet, cela suppose travailler en collaboration avec l'armée nigériane, qui doit elle aussi avoir été infiltrée par les puissances occidentales si l'on s'en tient à cette curieuse affaire de l'enlèvement des jeunes lycéennes dont on ne semble pas retrouver les traces, malgré les énormes moyens mis à contribution. Peut-être faudra-t-il pour y arriver que le président Biya rencontre son homologue nigérian.

Ce n'est probablement pas la peine d'ajouter qu'il faudrait sécuriser les communications et discrètement renforcer la sécurité des personnalités civiles et militaires impliquées dans la gestion de ce conflit, la plus grave erreur étant d'admettre des experts occidentaux dans nos Etats-Majors.

5. Créer un mécanisme pour soutenir l'effort de guerre.

Il ya probablement des individus qui souhaitent, pour des raisons compréhensibles la fin de ce Régime mais qu'ils sachent qu'ils n'en profiteront pas s'il est éliminé par la violence pour être remplacé par un autre aux ordres des occidentaux. En fait ce Régime est renversé par la violence sera remplacé par une multitude de milices Bassa, Bamilékés, Anglophones, musulmanes, Bétis et j'en passe... comme cela s'est fait dans d'autres pays ayant été « démocratisés ».

Nous ne défendons pas ici la cause du gouvernement. C'est la liberté du Cameroun gagnée à prix de sang par nos nationalistes, et l'intérêt national que nous voulons préserver. Pour le moment, ce gouvernement est à la tète de notre pays et nous devons faire avec lui un mariage de raison pour repousser ensemble un adversaire extérieur hautement plus dangereux.

C'est un conflit qui risque de durer longtemps et de drainer les ressources limitées de l'Etat. Une partie de ce conflit se jouera d'ailleurs dans le monde de la finance où les ennemis travaillent à asphyxier financièrement le pays, le forçant à trouver de l'argent par des circuits lui imposant des taux d'intérêt très élevés.

C'est ici que la diaspora camerounaise peut aider en suivant l'exemple de l'Erythrée. Les membres de la diaspora de ce pays d'Afrique orientale sont sollicités pour soutenir l'effort de développement, contrer les effets de la guerre économique que le monde occidental, qui le considère comme « pays récalcitrant » au même titre que le Cuba ou la Libye mènent contre lui et supporter le coût du conflit latent avec son grand voisin éthiopien. C'est une idée qui avait été évoquée par Léon Tuam, un activiste des Droits humains et un écrivain, fréquent intervenant dans ces colonnes.

Les Erythréens de la diaspora à cet effet versent régulièrement dans leurs ambassades respectives, des impôts qui sont transférés au pays. Etant donné le peu de confiance qu'inspirent les autorités camerounaises dans la gestion des finances, cette idée ne recevra pas d'écho favorable à moins que la gestion en soit confiée à une personne ou une autorité crédible. Soyons pratique et organisons donc ce débat autour de nos medias panafricanistes à savoir www.cameroonvoice.com ou www.allainjules.com . Ecrivez-leur ou appelez-les pour proposer des noms ou associations de personnes crédibles. Ils sauront ensemble coordonner cette démarche.

En attendant de trouver la perle rare, nous pouvons déjà suggérer que ce fonds ne soit pas localisé dans un pays occidental qui peut le geler à tout moment pour n'importe quelle raison. Il devrait être logé au Cameroun, en Chine ou en Russie. Et lorsque l'on a des problèmes avec Washington ou Paris, on a automatiquement contre soi Londres, Berlin, Bernes, Ankara, Rome, Bruxelles etc..

Gabriel Makang
Le Sphinx Hebdo
www.lesphinxhebdo.com

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