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Centrafrique : Les non-dits de l’intervention militaire française (Afriques en Lutte)

par Jean Nanga 1 Juillet 2014, 18:24 Afrique Centrafrique France Françafrique Séléka Bozizé Anti-Balaka Sangaris

Centrafrique : Les non-dits de l’intervention militaire française (Afriques en Lutte)
Centrafrique : Les non-dits de l’intervention militaire française

Par Jean Nanga
Afriques en Lutte

En mars 2013, la rébellion armée centrafricaine dite Séléka (1) a réusssi à chasser le régime du général François Bozizé, considéré comme liberticide, népotique et gabegique. Elle mettait ainsi un terme au processus déclenché en 2006 et interrompu plus d’une fois par des accords de paix — le dernier datant de janvier 2013 — dont l’application a chaque fois été précaire, inaboutie.

Toutefois cette supposée libération n’a pas provoqué une liesse générale à Bangui (la capitale habitée par près du quart de la population centrafricaine), car l’avancée des troupes de la Séléka s’est accompagnée de diverses exactions sur les populations, d’assassinats, de destructions d’habitations villageoises qui n’ont pas cessé avec la prise de Bangui. Ce qui a suscité, au-delà de la « résistance » des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA), identifiés au régime déchu, l’apparition, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines, des milices d’auto-défense (contre la Séléka) dites « anti-balakas ».

Une confrontation qui a acquis une dimension confessionnelle, du fait que les troupes de la Séléka seraient majoritairement composées de Centrafricains de confession musulmane, accompagnés de Tchadiens et Soudanais supposés musulmans aussi. De quoi alimenter le chauvinisme (la République centrafricaine — RCA— conquise par des hommes du président tchadien Idriss Déby) et l’amalgame, devenu à la mode dans plusieurs parties du monde, entre musulmans et jihadistes. Les jihadistes nigérians de Boko Haram étant supposés avoir fait des incursions au Cameroun, voisin occidental de la RCA. Et il est question de temps à autre d’écarter un danger terroriste — islamiste, sous-entendu — dans la sous-région, à partir de la situation en RCA. Cela dans une société centrafricaine qui est considérée comme chrétienne à 70 % au moins. Ce qui donne dans le langage de l’hebdo parisien Le Point (3 décembre 2013) : « Centrafrique, pays majoritairement chrétien, mis en coupe réglée par les mercenaires musulmans de la Séléka venus des pays voisins. » Il est vrai que, avant Michel Djotodia, le seul « musulman » à avoir été à la tête de l’État centrafricain est le maréchal Jean-Bedel Bokassa pendant sa conversion à l’islam (1976, par le colonel Mouamar Kadhafi), assez vite reniée d’ailleurs pendant la marche vers la consécration impériale (1977).

La situation s’est ainsi gravement dégradée sous forme de cercle infernal d’attaques meurtrières, de massacres et de représailles, entre supposés musulmans et chrétiens, sous le regard plutôt impuissant que complaisant du gouvernement dit d’unité nationale de transition — dirigé par l’ex-rebelle armé devenu, assez brièvement, président, Michel Djotodia de la Séléka et l’ancien opposant démocrate, aussi brièvement Premier ministre, Nicolas Tiangaye. Cela malgré la présence, qui aurait été dissuasive, de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC) — caractérisée par « “la non-valeur militaire des 2 500 Africains présents”, selon la formule d’un officier français » (2) — ainsi que de environ 200 soldats français de l’opération Boali (stationnée depuis 2002 et coûtant 22 millions euros par an). À tel point que des officiels étatsuniens et français se sont mis à parler de situation « pré-génocidaire » et de « risque de génocide ». Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, paraissant alors comme le plus sensible au danger qui pesait sur la population centrafricaine. Il fallait, par conséquent, une intervention militaire proportionnelle à la menace, sous mandat du Conseil de sécurité. Et c’est la France, initiatrice du projet, qui s’est portée volontaire pour servir de force d’appui à la quasi-impuissante FOMAC dans le cadre de la résolution 2127 (2013). Par devoir moral ou purement humanitaire, ont déclaré François Hollande et ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, comme pour se protéger de toute accusation de prolongation de la FrançAfrique (déjà plusieurs fois supposée enterrée), dans ce pays qui en a été un des terrains les plus grotesques avec les Comores (du temps où le « corsaire de la République » française, Bob Denard, y était actif, comme « Sultan blanc » des Comores). Une tutelle française sur la Centrafrique qui semble d’ailleurs manifeste dans le tout récent renvoi, accompli à N’Djamena, du gouvernement de Djotodia et Tiangaye et l’élection de la nouvelle présidente de la transition, Catherine Samba-Panza.

Une tradition particulière d’intervention politico-militaire en FrançAfrique

Une intervention militaire française en RCA que le gouvernement « socialiste » français a présentée comme étant en rupture avec la tradition néocoloniale, françafricaine. Cette tradition a commencé, en 1959, avec le soutien implicitement apporté à David Dacko lors de la succession du Premier ministre centrafricain au sein de la Communauté (néocoloniale), Barthélemy Boganda (mort accidentellement). Son rival d’alors, considéré comme son vrai successeur, Abel Goumba, était trop progressiste ou socialisant, pour le destin français de la RCA devenue « indépendante ». Mais le manque de caractère de David Dacko, ayant pourtant motivé en 1960 le choix de la France, a été, au bout de cinq ans, considéré comme incompatible avec les intérêts de la métropole gaullienne dans cette ancienne colonie. Ainsi a t-il été question de le remplacer.

Cependant au lieu du commandant Izamo, de la gendarmerie, prévu par la métropole, il a fallu s’accommoder du colonel Bokassa qui, au courant des intentions de la métropole néocoloniale, l’avait court-circuitée en se mettant à la tête de la troupe qui va renverser Dacko, la nuit de la Saint Sylvestre 1965-1966, tuant au passage Izamo et exprimant immédiatement son dévouement à la France dont il était demeuré un citoyen, et très fier de l’être. Ce qu’il a bien prouvé, lui permettant ainsi de présider la RCA pendant une décennie, fort d’un soutien presque aveugle de l’État français, malgré son attitude ubuesque. Soutien qui ira jusqu’à co-financer son dispendieux sacre impérial (1977). La République Française étant alors présidée par Valéry Giscard d’Estaing qui était accessoirement l’un de ceux à qui l’Ubu centrafricain avait eu à offrir quelques diamants, après quelques parties de chasse dans la giboyeuse forêt centrafricaine.

Malgré cette corruption de dirigeants politiques français (au delà de Giscard) par Bokassa, V. Giscard d’Estaing a profité du choc produit au niveau international par la répression meurtrière — faisant suite à bien d’autres couvertes par Paris (3) — d’une manifestation des élèves centrafricains, sur ordre de l’empereur (franco-)centrafricain, et d’une visite de ce dernier en Libye, pour le remplacer par l’ancien président Dacko à la tête de la Centrafrique, ainsi redevenue une modeste république,. L’empereur avait commis le crime de lèse-FrançAfrique en faisant ami-ami avec le colonel Kadhafi, dont l’ingérence dans la crise tchadienne agaçait les autorités françaises. La France étant devenue insensible aux difficultés de trésorerie de l’État centrafricain.

C’est avec les militaires de l’opération Barracuda, dans leur avion, que l’ancien président Dacko est parti de la métropole et s’est retrouvé président en atterrissant à Bangui. Un président, marionnette de la France, qui s’avérera bien plus dépourvu de dynamisme néocolonial que lors de sa première présidence. Même si la France avait mis à sa disposition un officier supérieur du SDECE ayant participé en très bonne place à la préparation de l’opération Barracuda, le lieutenant-colonel Mantion, un conseiller spécial chargé de sécuriser cette nouvelle présidence Dacko. Assez vite, en 1981, l’option était prise de remplacer Dacko par le général André Kolingba. La présidence de celui-ci (1981-1993) va se caractériser par, entre autres, le statut de vice-président informel que s’était octroyé le colonel Mantion (qui n’avait pas quitté le palais présidentiel avec le départ de son protégé Dacko). À l’instar de Bob Denard régnant en « sultan blanc » aux Comores — envoyé et exfiltré « par nos services secrets sans que personne ne voie rien, ni ne sache rien », selon Rocard (4) —, le colonel Mantion, officiant légalement comme représentant de la DGSE, va, pendant cette décennie de présidence Kolingba, faire beaucoup plus la pluie que le beau temps dans cette RCA. Il a fallu d’ailleurs son rappel en métropole — difficilement négocié — pour que soit brisée la résistance de son protégé, Kolingba, à exécuter l’ukase du président François Mitterrand aux chefs d’État africains lors du Sommet de La Baule (juin 1990 — imposant l’instauration du multipartisme et l’organisation d’élections « libres et transparentes » en réponse aux mobilisations populaires contre surtout les injustices sociales) et que soient organisées en 1993 des élections, selon le calendrier établi par Paris et considéré comme non négociable. Pour la réussite du processus, les autorités françaises (sous la cohabitation Mitterrand-Chirac) avaient envoyé à Bangui un autre « haut représentant spécial », Michel Lunven (un des derniers secrétaires de Jacques Foccart). C’était la solution au conflit ouvert et ternissant l’image de la métropole françafricaine, entre l’ambassadeur de France (également un colonel de la DGSE, appelé aussi à d’autres fonctions) et le colonel Mantion que le premier accusait d’avoir dévoyé sa mission « républicaine » en contribuant à l’entêtement du général-président Kolingba.

Les dites « élections démocratiques » ont finalement eu lieu, supervisées par le « haut représentant spécial » français, sous l’observation de la « communauté internationale », avec les soldats français basés en RCA dans le rôle de sentinelles du matériel électoral. Pour Paris, il ne fallait pas que, par quelques manœuvres maladroites de Kolingba et son proconsul, le vent de la « démocratisation » qui soufflait alors sur l’Afrique échappe — par une radicalisation populaire — au contrôle de la métropole françafricaine qui tenait tant à cette si stratégique base militaire qu’était la RCA.

L’élection au deuxième tour de l’impétueux Ange-Félix Patassé, ancien Premier ministre de l’empereur Bokassa — plutôt que celle du socialisant et ami de Kadhafi, Abel Goumba (arrivé deuxième au premier tour, et Kolingba quatrième) — constituait une garantie pour la perpétuation aménagée de la FrançAfrique. Ainsi avait-il, par exemple, été aidé militairement par la France, en 1996-1997 (opérations Almandin I et II), contre des mutineries, ayant aussi une dimension sociale, dans l’armée centrafricaine. Mais quelques tensions entre la métropole et le régime de Patassé, qu’elle ne considérait que comme un gouverneur alors qu’il se prenait pour le président démocratiquement élu de la RCA et croyait pouvoir décider du partenariat économique (des exploiteurs), sans avoir au préalable obtenu l’autorisation métropolitaine, ont conduit à son renversement.

L’incurie et la prévarication caractérisant le régime Patassé l’avaient rendu si impopulaire, avec un pic en 2001 (cohabitation Chirac-Jospin), que continuer à le soutenir desservait la France. D’autant plus que Patassé avait eu recours non seulement aux combattants du Mouvement pour la libération du Congo de Jean-Pierre Mbemba — en guerre contre l’armée de la République démocratique du Congo (RDC) — mais aussi à l’armée de Kadhafi pour sécuriser son pouvoir.

C’est ainsi qu’en mars 2003 une coalition de la rébellion armée, dirigée par le général François Bozizé, le chasse du pouvoir avec l’appui aussi bien de l’armée tchadienne d’Idriss Déby que de l’armée française. L’État français met des généraux français, de deux à cinq étoiles (d’une grande discrétion, contrairement au proconsul Mantion) à la disposition du nouvel homme fort centrafricain, le général Bozizé.

La coopération militaire entre Paris-N’Djamena et Bangui va être très effective, par exemple sous forme de bombardement par l’aviation française, en 2006-2007, des colonnes d’une rébellion centrafricaine en provenance du Soudan, dirigée entre autres par Michel Djotodia (Union des forces démocratiques pour le rasemblement) et Abdoulaye Miskine (Front démocratique du peuple centrafricain). Ces opposants armés au régime de Bozizé étaient sur le point de prendre le dessus sur les FACA dans des villages septentrionaux. L’armée républicaine française avait même été accusée, à cette occasion, d’avoir été présente quand « les troupes des FACA et de la GP [garde présidentielle] ont commencé à mettre le feu à des habitations dans la ville gula de Ouandja » (5). Un incendie des villages soupçonnés de complicité avec les rebelles, qui n’est pas sans rappeler les expéditions punitives coloniales.

C’est ce que font aussi, aujourd’hui, les Sélékas et les anti-balakas, mais avec l’armée française dans le rôle de pompier ou de force « neutre » auquel les Centrafricain·e·s n’avaient pas été habitué·e·s pendant cinq décennies d’indépendance. Même si, en fin de compte, le mandat onusien de l’armée française, accueillie au début avec soulagement par une grande partie de la population banguissoise (comme au Mali), ramène une importante présence militaire française, qui s’était faite peu visible avec la fermeture officielle des bases militaires de Bangui et de Bouar, en 1998 (sous le régime de Patassé).

L’opération Boali — justifiée en 2002 par l’appui à la Force multinationale africaine en Centrafrique (FOMUC, devenue, en 2008, Mission de consolidation de la paix en Centrafrique, MICOPAX), ayant remplacé la troupe envoyée, en 2001, par Kadhafi à son ami Patassé victime d’une tentative de putsch — était cantonnée à Bouar et plutôt numériquement faible (environ deux cents de militaires). Les bombardements aériens français de 2006-2007 avaient eu lieu loin des villes, dans les zones septentrionales, les plus frappées par le sous-développement inégal et combiné. Il en était autant de la mission militaire européenne de sécurisation des camps de réfugié·e·s soudanais·e·s en RCA et au Tchad (European Force RCA/Tchad, 2007-2009) dont le contingent le plus important était celui de l’armée française.

Il n’y a donc, à en croire les autorités françaises — qui ont été sourdes à l’appel à l’aide militaire lancée, en décembre 2012, par le président Bozizé contre l’offensive des rebelles de la Séléka — aucune intention de rénovation de la tradition politico-militaire françafricaine, avec l’opération Sangaris. Même si, comme l’ont relevé les envoyés spéciaux de l’hebdomadaire panafricain de Paris, Jeune Afrique, le comportement de François Hollande à Bangui était très néocolonial : « Lorsqu’il a décidé de se poser à l’aéroport de Bangui M’Poko au retour de Johannesburg, le 10 décembre au soir, François Hollande n’a demandé l’autorisation de personne. Accueilli au bas de l’échelle de coupée de son Falcon par un obscur directeur du protocole flanqué de l’ambassadeur de France et du général commandant de l’opération Sangaris, le président français s’est ensuite adressé à ses troupes, avant de convoquer le chef de l’État centrafricain par intérim et son Premier ministre à entendre ses admonestations sous les lambris du salon d’honneur. » (6) Toujours cette « curieuse persistance d’un droit de tutelle français » (7).

Une mission humanitaire sans arrière-pensées économiques ?

Les autorités françaises ont dit et redit que la disponibilité française à voler militairement au secours de la population centrafricaine, sollicitée au Conseil de sécurité et obtenue en décembre 2013, ne pouvait avoir des motivations économiques, eu égard à l’insignifiance des intérêts économiques français dans ce pays, classé parmi les tout derniers de l’économie capitaliste mondiale et du développement humain. Comme cela tend à devenir une habitude, même une partie de la gauche dite anti-impérialiste française s’en est faite l’écho, avec d’autres présumés humanistes, à l’instar du Ghanéen Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU. Certes, la RCA n’est pour la France, économiquement parlant, ni le Gabon, ni la Côte d’Ivoire, ni le Sénégal. Elle n’est classée que 32e parmi les clients de la France. Cependant, l’investissement capitaliste français y est le plus important, avec la présence par exemple du Groupe BGI Castel qui y est propriétaire de la Mocaf (production des boissons), de la Sucaf (production du sucre), de la Sodisca (distribution du sucre importé) ; de Bolloré qui s’occupe de la distribution de l’eau, de la production des cigarettes et du fret grâce à sa présence au port de Douala ; de Total dans le stockage et la distribution des hydrocarbures. C’est Bivac Centrafrique, du Groupe Bureau Veritas qui s’occupe de la sécurité des recettes douanières provenant de l’exportation du bois, un des deux principaux produits d’exportation centrafricains. D’autres entreprises comme Air France, Sécurité Sans Frontières du Groupe Sofema (ayant parmi ses actionnaires : Dassault, EADS, Thales) y sont aussi présentes, non par générosité, mais pour le profit qu’elles en tirent, malgré la pauvreté souvent rappelée de la RCA.

En 2010, par exemple, le rapport du Conseil des investisseurs français en Afrique (CIAN, syndicat patronal hérité de la colonisation) ne se plaignait pas de la situation de ses adhérents : « Les résultats bénéficiaires ont été bons presque partout en 2009, à quelques exceptions. La rentabilité qui s’est située à un niveau relativement élevé, n’a finalement pas vraiment pâti de la crise (mise à part la Guinée où la chute a été forte). Elle est restée stable dans une douzaine d’autres (Maroc, Nigeria, Ghana, Sénégal, Cameroun, Tchad, Afrique du Sud, ou Angola notamment) et elle s’est même accrue dans cinq pays (Algérie, Tunisie, Mali, Togo et RCA). En 2010, selon les projections, la rentabilité augmenterait dans près d’une vingtaine de pays », parmi lesquels la RCA (8). La situation de monopole leur permet de compenser le caractère restreint du marché (au moins 62 % de la population vivant en deça du seuil de pauvreté). Par ailleurs, ces entreprises, qui, normalement, contribuent au PNB de la France et à la vie des banques métropolitaines, à moins qu’elles ne préfèrent les paradis fiscaux, bénéficient d’un code des investissements qui dispose du « droit de transférer librement les revenus de toute nature provenant des capitaux investis » ainsi que de « la liberté de transférer hors du territoire national les fonds correspondants à des paiements normaux et courant pour les fournitures et des prestations effectuées, notamment sous forme de redevance ou d’autres rémunérations » (9). Il a été établi récemment, par un panel international dirigé, entre autres, par Thabo Mbeki, que la fuite des capitaux, si élevée en Afrique, y est surtout le fait des entreprises multinationales. Il n’est pas certain que celles opérant en RCA fassent exception.

À propos de la situation de monopole, c’est à partir d’une remise en cause par le ministre de tutelle (un co-ethnique de Bozizé, parmi ses favoris) du monopole détenu par Total dans le stockage et la distribution des hydrocarbures, que les relations ont commencé à se détériorer entre la RCA et la France de Nicolas Sarkozy. Comme l’avait écrit le bourgeoisement respectable International Crisis Group (ICG) : « L’enjeu du bras de fer qui agace l’Elysée [alors occupé par Sarkozy], au point d’avoir fermé la porte à une visite du chef de l’État centrafricain à Paris, est la société de stockage et de distribution des carburants en RCA, la Sogal. Selon Total, le ministre Ndoutingaï, qui a fait adopter trois textes législatifs en ce sens par le parlement centrafricain, veut la “dépecer” » (10).

Même si l’intervention militaire française n’était pas motivée par la défense des intérêts de Total et consorts, on peut penser que la RCA n’est pas seulement un pays stratégiquement placé pour les opérations militaires françaises dans la sous-région et la base arrière de l’aide française à ses alliés pendant le long conflit tchadien. Certes, la RCA est un pays où les capitaux français n’ont pas, pendant longtemps, manifesté un grand intérêt à mettre suffisament en valeur les ressources naturelles. On peut même dire que les autorités françaises ont co-organisé la reproduction du sous-développement global, comme l’a rappelé à ses collègues la sénatrice Michelle Demessine (groupe communiste, républicain et citoyen) lors du débat à l’Assemblée nationale : « les politiques successives de la France portent une large part de responsabilité dans la situation de ce pays, car nous y avons souvent joué un rôle d’influence discutable en soutenant des gouvernements peu recommandables » (11).

La fonction militaire prioritaire, assignée à la RCA depuis la colonisation, ne gênait pas cette reproduction du sous-développement, néanmoins profitable à quelques entreprises françaises implantées, aux marchands de diamant d’Anvers, ainsi qu’à une minorité locale souvent satisfaite de sa condition de larbin de la métropole, de gestionnaire gabegique des entreprises d’État et d’intermédiaires privés, dans le mépris du peuple. Une situation de gouvernance françafricaine qui ne pouvait demeurer sans changement dans le contexte de la restructuration néolibérale de l’économie mondiale, à partir des années 1980, exigeant de la métropole néocoloniale le partage de la tutelle économique et financière à travers les programmes d’ajustement structurel coordonnés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Le régime de Bozizé, un élève moyen des institutions financières internationales

Du régime de Kolingba à celui de Bozizé, il a fallu passer sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods. Une épreuve à laquelle n’avait même pas pu échapper le régime d’Houphouët-Boigny, pourtant parrain africain de la FrançAfrique et à l’économie réputée beaucoup plus dynamique que la centrafricaine. Les combines françafricaines ne disparaissaient pas du jour au lendemain, mais elles devaient, surtout à partir de la présidence Patassé, s’adapter aux contraintes de la néolibéralisation.

Par exemple, selon « La Lettre du Continent », si bien informée, Chirac attendait de Bozizé que le permis d’exploration pétrolière detenu par RSM Petroleum (du magnat étatsunien Jack Grynberg) et arrivant à terme en 2004 ne soit pas renouvelé et soit confié à la pétrolière privée française Maurel & Prom, de son ami Jean-Français Hénin (11). Mais la justice, par un recours de Grynberg, n’a tranché que cinq années plus tard, dans une autre phase des relations franco-centrafricaines, postérieures à la présidence Chirac.

Bozizé, de son côté, comptait sur le soutien du président français concernant l’allègement de la dette centrafricaine — par le Club de Paris, par exemple — ou la facilitation d’un emprunt, même auprès de la Banque des États de l’Afrique Centrale, co-administrée par la France (12). Car la situation héritée du régime de Patassé, en matière de dette publique extérieure, était catastrophique (environ 680 milliards de FCFA en 2002 — derrnière année pleine de la présidence Patassé —, pour un PIB de 723 milliards). Puisque la double tutelle de la France et des institutions financières internationales — Banque africaine de développement comprise — faisait la promotion de l’ouverture des marchés, favorable à une meilleure diversification du partenariat, le régime de Bozizé a pu s’orienter vers d’autres partenaires (en exploitation de la force de travail ainsi que des resources naturelles centrafricaines, et en domination du peuple centrafricain) que les traditionnels.

Cette diversification du partenariat a contribué à ce qui a été considéré par des technocrates néolibéraux comme un démarrage de l’économie centrafricaine, amorcé dès 2004-2005, principalement sous forme de croissance du PIB et de service de la dette publique extérieure assuré. Ce n’était plus la « Centrafrique [qui] a été incapable [sous les présidences Kolingba et Patassé] d’entreprendre un quelconque processus de réforme économique crédible, comme l’attestent les échecs successifs des différentes initiatives entreprises avec les institutions de Bretton Woods » (13). Après avoir remboursé régulièrement une partie de la dette publique extérieure et appliqué des contraintes de l’ajustement structurel, l’État centrafricain a ainsi pu bénéficier, en 2009, de la réduction de la dette dite Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) ainsi que de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM). Pour justifier l’octroi à l’État centrafricain d’un prêt « au titre de la facilité élargie de crédit », en 2012, le FMI s’est basé sur les lendemains chantants : « La croissance du PIB réel devrait s’accélérer pour avoisiner 6 % en 2014, grâce à la vigueur persistante de la production agricole, à un redressement de l’investissement privé dans le secteur minier, porté par les entrées d’investissements directs étrangers, et à un rebond de la demande extérieure [la zone euro étant le principal marché]. À compter de 2013, l’inflation devrait retrouver un niveau compatible avec le taux de convergence de 3 % de la CEMAC [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ou Zone franc d’Afrique centrale arrimée à l’euro]. L’exploitation des ressources naturelles à moyen terme devrait soutenir la croissance et les recettes budgétaires. Parmi les projets en cours figurent des mines d’or et la prospection pétrolière. » (14)

Cette prétendue amélioration de la situation économique s’est évidemment accompagnée, en bonne logique néolibérale, d’une réduction des dépenses sociales aux dépens de l’une des populations les plus pauvres de la terre (15). Par exemple, les fonctionnaires avaient, en 2003, jusqu’à trente-quatre mois d’arriérés de salaires — le paiement de cette partie de la dette intérieure étant secondaire par rapport à celui de la dette extérieure. Les créanciers internationaux considérés comme étant plus dans le besoin, les salariés centrafricains doivent être patients. Il a fallu, pendant le règne de Bozizé, des menaces de grève et des grèves pour obtenir parfois le paiement d’un ou deux mois d’arriérés, sans cependant les solder.

Toutefois, même quand il arrive que soit relevé le manque de progrès en matière de « réduction de la pauvreté », pour les institutions de Bretton Woods, la Banque africaine de développement et autres institutions du même acabit, le régime de Bozizé n’était pas considéré comme un mauvais élève en matière d’ajustement structurel néolibéral, car il avait remis la RCA dans la voie de la croissance du PIB (autour de 3 % jusqu’en 2012). La Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (UNECA) la compte parmi les « douze pays africains (…) [qui] ont aujourd’hui des exportations un peu plus diversifiées qu’en 1998 » (16). Certes, il demeure encore des réformes (néolibérales) à faire réaliser, à l’instar de l’instauration d’un vrai climat néolibéral des affaires (plus de facilités pour la création des entreprises et plus de liberté et de pouvoir accordé aux grandes entreprises), vu que la Centrafrique occupe l’avant-dernière place dans le classement Doing Business (établi par le Groupe de la Banque mondiale).

Diversification du partenariat : du retour de la Chine à la poussée sud-africaine

Parmi les dits partenaires non traditionnels de la RCA, ayant aussi contribué depuis 2004 à cette croissance de l’économie, il y a surtout la Chine, présente dans la construction des infrastructures et dans l’octroi de prêts à de meilleures conditions que les créanciers traditionnels. Mais comme ailleurs, la Chine est aussi intéressée par les nombreuses ressources naturelles de ce pays dont la pauvreté de la population est un paradoxe, phénomène assez fréquent en Afrique. C’est ainsi, par exemple, que la China National Petroleum Corporation (CNPC) — leader de l’exploitation pétrolière au Soudan d’avant la partition — a obtenu, après une décision de justice (2010) en défaveur de RSM Petroleum, le permis d’exploration dans le nord-est ainsi qu’un autre dans le sud. Quelque temps après va s’ajouter une entreprise sud-africaine, Dig Oil. Il n’y a pas de société pétrolière française choisie pour l’exploration du pétrole en RCA — un fait inhabituel en FrançAfrique.

La restructuration de l’ordre économique mondial en cours, avec l’émergence de nouvelles puissances économiques, est mise à profit par des régimes d’Afrique subsaharienne pour acquérir une plus grande autonomie à l’égard des puissances assurant traditionnellement leur tutelle. Dans le cas de la RCA de Bozizé — ainsi que quelques autres régimes parmi les anciennes colonies françaises qui profitent du partenariat avec les capitaux chinois ou avec ceux d’autres puissances économiques dites émergentes — il s’agit non seulement de faire du chantage à la France, mais aussi de la pousser vers ce statut de « partenaire économique parmi d’autres » (17), déploré par les rédacteurs d’un récent rapport appelant à une reconquête française en Afrique. C’est cette plus grande autonomie recherchée par les satrapes africains, de partenariat moins inégalitaire, voire gagnant-gagnant entre la « bourgeoisie politico-bureaucratique » et les partenaires/investisseurs étrangers, que Bozizé a exprimée dans son évocation du bras de fer de l’État centrafricain avec Total : « Nous avons constaté que Total réalisait des bénéfices exagérés dans le domaine de la distribution des carburants en Centrafrique. Nous avons attiré l’attention de ses dirigeants sur ce point et créé une nouvelle société mixte de distribution, au sein de laquelle Total était appelé à prendre sa part » (18). Une initiative qui relève en fait du crime de lèse-majesté…

Le fait a été aggravé par le litige concernant la mine uranifère de Bakouma, tombée dans l’escarcelle d’Areva lors de son acquisition de l’entreprise minière canadienne UraMin, dont la filiale sud-africaine exploitait la dite mine. N’ayant pas été prévenu de la transaction, par UraMin, l’État centrafricain exigeait d’Areva un « ticket d’entrée », considéré comme non justifié par l’entreprise française. La demande du régime de Bozizé se référait, entre autres, à l’obtention par l’État nigérien d’une petite hausse de la rente versée par Areva, inférieure à ce que rapporte l’exportation nigérienne de l’oignon (19), avec en arrière-plan l’octroi à un consortium chinois, quelques mois auparavant, de deux permis d’exploitation de l’uranium nigérien qui était jusque-là une exclusivité française. Au moment de la crise franco-centrafricaine, les Chinois ne cachaient pas leur convoitise d’exploiter cet uranium centrafricain. Mais le régime de Bozizé, pas encore suffisamment autonome, avait dû reculer en retirant le portefeuille des finances au superministre et co-ethnique Ndoutingaï, considéré comme l’inspirateur de ces initiatives « anti-françafricaines ».

Il faut rappeler que le processus d’introduction des Chinois dans le champ uranifère nigérien s’était accompagné d’une rébellion touarègue revendiquant, entre autres, l’exclusivité de l’exploitation uranifère par Areva,

mais aussi que l’un des reproches de la métropole à la première présidence Dacko avait été son établissement d’une coopération avec la Chine de Mao Tsé Toung. Coopération qui tendait à se développer dans le domaine agricole sans doute pour changer la politique agricole héritée de la colonisation… et ses compagnies concessionnaires. Pour l’ancien lieutenant de Jacques Foccart (chef d’orchestre très gaulliste de la Françafrique, de la présidence de Gaulle à la présidence Chirac, exception faite des présidences Giscard et Mitterrand), Maurice Robert : « Au début des années 1960, après l’indépendance, il n’y avait guère, hors la France, que la Chine pour s’y intéresser. Sa volonté de s’implanter en RCA nous inquiétait d’ailleurs. Les Chinois accordaient des prêts importants et apportaient une assistance technique conséquente dans le domaine agricole. Compte tenu de la position géographique [stratégique] particulière du pays, au cœur de l’ex-Afrique noire française, nous avions la crainte de le voir tomber entre les mains des rouges. » (20) Ainsi, l’un des actes d’allégeance à la France du putschiste Jean-Bedel Bokassa avait été la rupture des relations avec la Chine dès la première semaine de sa présidence de la RCA (21). De nos jours la Chine n’est plus « rouge » et elle a beaucoup plus de moyens financiers qu’il y a un demi-siècle, suscitant ainsi, dans l’ancien centre du capitalisme mondial, admiration et crainte pour son dynamisme capitaliste, la conduisant presque logiquement de la périphérie du capitalisme à son centre. Sa présence en Afrique, où elle renoue aussi avec des pays qui intéressaient la Chine des années 1960-1970, y comtribue.

En ces premières années néocoloniales, dans le climat de la Guerre froide, la relation sino-centrafricaine préoccupait déjà les États-Unis qui, contrairement à l’affirmation de Maurice Robert, étaient aussi intéressés par la Centrafrique : la Diamond Distributors exploitant alors abondamment le diamant centrafricain, en concurrence principalement avec une entreprise israélienne (22). Ce n’est plus un secret, grâce à Wikileaks, qu’en 2009 l’ambassadeur états-unien s’inquiétait de nouveau de la « croissance de l’influence chinoise » sur le régime de Bozizé en utilisant même un langage aux relents de Guerre froide : « Le Président Bozizé peut de plus en plus adopter les Chinois en tant qu’alternative aux bienfaiteurs français ou autres occidentaux » (23). Ce qui préoccupe les États-Unis — présents militairement dans le sud-est de la RCA sous forme de forces spéciales traquant, avec des troupes ougandaises, la rébellion messianique et criminelle ougandaise de la Lord Resistance Army de Joseph Kony — c’est l’éventuelle mainmise de la Chine sur des ressources naturelles et des marchés de la RCA, en train d’échapper au capital occidental, ne pouvant être que « bienfaiteur » à la différence du capital chinois (24). En négligeant certains actes qui signalaient la volonté centrafricaine de desserrer l’étreinte néocoloniale traditionnelle, sans rupture brutale toutefois avec la FrançAfrique, la France n’accomplissait pas correctement sa mission de conservation de l’hégémonie occidentale en Centrafrique.

Si le partenariat militaire de la RCA avec la Chine ne portait alors que sur des bourses de formation et le matériel, celui avec la République sud-africaine (RSA) avait l’allure de la préparation d’une alternative à la Centrafrique comme un « point d’appui » pour les interventions militaires françaises en Afrique. Une menace qu’avait subodorée, en 2006, l’ambassadeur des États-Unis en RSA (25).

Ce partenariat, établi au nom de la solidarité entre États africains contre les oppositions armées manifestes en Centrafrique en 2006-2007, prend en 2007 la forme d’un Accord de défense quinquennal portant sur la participation des South African National Defence Force (SANDF) à la formation et à l’équipement des FACA. Ce qui était alors une exclusivité française, à partir des accords de défense, contenus dans le pack des Accords particuliers signés en août 1960, au moment de l’accession de la RCA, du Congo et du Tchad à l’indépendance formelle (26). Un an après sa signature, cet accord de 2007 va être agréé publiquement par Nicolas Sarkozy en visite officielle en RSA (sous la présidence Thabo Mbeki) en février 2008 : « En plein accord avec les autorités de la République centrafricaine, la Force de défense nationale sud-africaine et les Forces armées françaises ont été mandatées par les présidents Mbeki et Sarkozy pour s’associer afin de réaliser ensemble des actions complémentaires et se renforcer mutuellement pour aider la République centrafricaine dans son programme de réforme du secteur de la sécurité. » (27) Il semble que, pour Nicolas Sarkozy, les intérêts des grands groupes français, dont l’Afrique du Sud est un grand marché (le plus important partenaire commercial de la France en Afrique) ont prévalu sur cet écart centrafricain. De toute façon, la garde présidentielle de Bozizé était toujours assurée par des militaires tchadiens, mis à sa disposition par Idriss Déby. Lui-même dépendant relativement du soutien de l’armée française en cas d’attaque menaçante de la rébellion tchadienne. Ledit accord est reconduit en décembre 2012, pour cinq ans encore, après la signature en avril 2010 d’un « Accord (…) instituant un partenariat de défense » — désormais d’une durée de cinq ans renouvelable — entre la France et la RCA qui « abroge les accords et arrangements conclus antérieurement dans les domaines de la défense », mais avec une annexe maintenant le détachement français de l’opération Boali. C’est dans ce cadre, postérieur à la formalisation de la perte de l’exclusivité militaire française en RCA, qu’ont été envoyés en Centrafrique, en janvier 2013, des éléments de la SANDF, appelés à y rester jusqu’en 2018. Ils étaient censés y contribuer aussi au « processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion » (28) consécutif à l’accord signé, en janvier 2013, entre le gouvernement de Bozizé et l’opposition pour la formation d’un gouvernement d’union nationale.

La RCA et la nouvelle doctrine économique française en Afrique

On peut dire qu’à la différence de certains anti-impérialistes métropolitains, le capital français — même s’il participe, à travers ses médias, à la diffusion des clichés sur l’Afrique, la Centrafrique en l’occurrence — a aussi une autre connaissance, sérieuse, portant sur sa dynamique économique réelle, sur ses tendances (29). Comme cela apparaît ci-dessus, l’économie centrafricaine était relativement dynamique, du point de vue capitaliste (ne se préoccupant pas de la répartition démocratique de la richesse nationale), avant les destructions économiques, les pillages (pires que ceux accomplis lors de la prise du pouvoir par Bozizé) et rackets des entreprises ayant accompagné la guerre et continuant après la prise du pouvoir par la Séléka. Ce qui a rendu la situation centrafricaine « très difficile » et l’a transformé en « trou noir » (30). Arriver à restaurer la paix en Centrafrique le plus vite possible, c’est ne pas prolonger l’interruption de cet élan économique qui ne manque pas d’intéresser la France, entre autres. Au bout de l’humanitarisme militaire, il y a les perspectives économiques. Comme il est arrivé au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de l’exprimer en guise de péroraison d’un discours humanitaire : « Vous avez enfin un enjeu de développement économique. Il s’agit d’un pays potentiellement riche. Il possède des forêts, des diamants et d’autres ressources, mais il a été pillé. Il ne fonctionne plus et ne reçoit plus de recettes car les routes qui vont vers le Cameroun sont coupées et peu sûres. Il faudra se préoccuper donc de son développement économique. » (31) Un an auparavant, dans une RCA qui n’avait pas attendu les lumières économiques de Laurent Fabius, l’ambassadeur français en RCA avait été un peu plus clair en lançant un vibrant appel à y investir : « le potentiel de la République centrafricaine est exceptionnel, tant en matière agricole, qu’hydraulique (…) Je salue toutes les entreprises françaises qui permettent à la manifestation de ce soir de vous accueillir. Elles le font dans le meilleur esprit citoyen (…). Je suis persuadé qu’il y a de la place pour de nombreuses PME françaises en République centrafricaine. » (32)

Eu égard aux changements dans les rapports de forces, même néocoloniaux, nul besoin désormais de situation monopolistique pour y aller. Comme l’a déjà fait France Télécom (33) en lançant, en fin 2007, Orange Centrafrique sur le marché de la téléphonie mobile. Marché considéré comme l’un des secteurs à croissance exceptionnelle en Afrique (plus d’un million d’usagers en 2012, en Centrafrique), qu’il faut partager avec les trois autres opérateurs l’ayant précédé, dont le plus ancien et considéré comme le plus étendu sur le continent, Telecel, installé en RCA depuis 1996. Ce qui n’a pas empêché le directeur d’Orange Centrafrique de considérer qu’il va permettre « aux Centrafricains de “s’ouvrir au monde” » (34). Les entreprises françaises en Afrique, principalement dans les anciennes colonies, ont toujours, une « mission civilisatrice » à accomplir en faveur de ces peuples considérés comme des attardés. Même si par une de ces ironies de l’histoire que permet la complexité actuelle du développement inégal et combiné, la RCA est l’un de ces pays africains du capitalisme sous-développé qui fait usage de la 4G depuis 2012, soit avant la France, et grâce à une entreprise non française. Ce qui, dans le cadre technolâtrique, situe, au moment présent, les usagers de France en retard sur ceux de la RCA, comme pour symboliser le très déséquilibré dynamisme de cette RCA souvent présentée comme statique ou qui attendrait encore son entrée dans l’histoire, pour parler comme Nicolas Sarkozy.

Paraissant mal préparée, jusqu’à la nécessité de recourir au subtil coup d’État de N’Djamena contre Djotodia et Tiangaye, la mobilisation française pour la restauration de la paix en RCA peut ainsi se justifier aussi bien par l’intérêt géostratégique (militaire) que par la dynamique économique de la société centrafricaine qu’il faudrait vite relancer. Derrière la paix pour les Centrafricain·e·s, il y a indéniablement le souci d’instauration urgente d’un climat sécurisé pour les investisseurs français en particulier. Car l’une des raisons souvent avancées par le Conseil des investisseurs français en Afrique concernant la faible présence des PME françaises en Afrique, c’est leur crainte de l’instabilité et de l’insécurité. La Centrafrique étant, à la différence du Sénégal, l’un des pays où se produisent souvent des situations d’insécurité.

L’appel lancé par l’ambassadeur de France en RCA n’était pas un propos isolé. Il s’inscrivait dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle « doctrine » de la politique économique française en Afrique. Amorcée publiquement sous la présidence Sarkozy (35), en 2008, avec la constitution d’une mission d’information parlementaire sur la politique de la France en Afrique (36), elle accorde de l’importance à une expansion africaine des PME françaises, qui manifestent trop de frilosité. Comme l’a rappelé le député Jean-Louis Christ (président de ladite mission parlementaire) : il faut « soutenir la présence des entreprises françaises en Afrique, ainsi que le développement des PME françaises : on est vraiment au cœur du sujet » (37). Dans le cas de la Centrafrique, l’atout c’est que la place n’est pas encore prise par les entreprises chinoises en train de « chasser » ailleurs les françaises, qui « peinent à s’adapter à la nouvelle donne économique en Afrique » (38).

Ainsi, à peine l’équipe de Djotodia installée, certains observateurs ont constaté le défilé d’affairistes français, dont certains, à l’instar de Jean-Christophe Mitterrand, ont déjà été indexés pour des grenouillages en Afrique. C’est comme si l’avenir de la RCA était appelé à ne ressembler qu’au passé et au présent, malgré quelque changement quantitatif éventuel. On peut se demander si, en cette période d’accaparement des terres en Afrique, telle entreprise française, active au Cameroun voisin et en RCA, ne va pas s’intéresser aux terres centrafricaines et à la main-d’œuvre si bon marché (le SMIG à 35 000 FCFA, parmi les dix derniers en Afrique et dans le monde), une fois que les infrastructures routières menant de la RCA au Cameroun seront de meilleure qualité ?

Si la rébellion de la Séléka s’était manifestée au mois de décembre 2013 et non pas un an auparavant, la RCA n’aurait pas été considérée comme un des « trous noirs » par la mission sénatoriale d’information ayant produit en octobre 2013 le rapport « L’Afrique est notre avenir ». Eu égard à la religion du taux de croissance du PIB, la RCA aurait été ouvertement classée dans cette « Afrique dynamique, une Afrique courtisée par les pays émergents, une Afrique qui peut être pour nous un formidable réservoir de croissance » (39).

La restauration de la paix en RCA grâce à l’armée française appuyée par la MISCA (plutôt que l’inverse, a contrario de la résolution onusienne — qui tarde néanmoins à venir) ressemble beaucoup à un atout de la traditionnelle métropole néocoloniale face aux pays émergents « courtisans ». Les nouveaux dirigeants de la RCA ne pourront pas faire comme si la France n’avait rien fait méritant quelque gratitude de leur part. Ce n’est pas par hasard que les émergents les plus en vue en RCA, la Chine et la RSA, ayant contribué à la croissance néolibérale de la RCA de Bozizé, ont déjà été nommément indexées par celui qui était alors « le nouvel homme fort de Bangui », Michel Djotodia. Ce dernier « a déclaré que son gouvernement va se pencher sur les contrats miniers signés avec l’Afrique du Sud et des entreprises chinoises par le leader déchu, François Bozizé » (40)… et les annuler au cas où ils ne seraient pas conformes aux normes en vigueur. Ce qui ressemblait fort à une demande de faveurs de la métropole néocoloniale, qui ne cachait plus déjà son irritation à l’égard de Djotodia et sa Séléka. Le départ de Djotodia et Tiangaye ne change presque rien à l’affaire, eu égard à la francophilie très prononcée de la nouvelle présidente, Catherine Samba-Panza, ainsi qu’au profil de son Premier ministre, André Nzapayeke. Avant sa nomination, ce dernier était vice-président de la Banque de développement des États d’Afrique centrale, cette antenne de la politique française de « développement » dans la Zone franc d’Afrique centrale. Les entreprises françaises de BTP et de pétrole pourront se frotter les mains. Au cas où les nouvelles autorités centrafricaines de la transition (voire les futures de la « post-transition ») relanceraient le projet d’une centrale nucléaire en RCA, ce ne serait plus l’entreprise chinoise prévue sous Bozizé qui aurait le marché. Même si, vu le rang économique mondial actuel de la Chine, il n’est pas évident qu’elle disparaisse complètement du paysage centrafricain (41). À moins que la RCA de Catherine Samba-Panza ne choisisse de renouer avec Taïwan.

Par contre, il y a trop peu de chances que les entreprises sud-africaines ne cèdent pas la place à des entreprises françaises (de préférence) ou occidentales (pour apaiser la diplomatie états-unienne). Car la coopération entre l’Afrique du Sud et la Centrafrique semble avoir été la plus menaçante pour les intérêts français à cause de sa combinaison économico-militaire. Comme dans les « accords particuliers » entre la France et ses nouvelles anciennes colonies, avec leur annexe « concernant les matières premières et produits stratégiques », dans l’accord entre la RCA et la RSA, le militaire s’accompagnait de l’économique. Au-delà de la consommation des équipements militaires sud-africains et de la remise à neuf des infrastructures militaires de Bouar et de Bangui (tout un symbole, eu égard au destin colonial et néocolonial français de la Centrafrique), il y était question aussi du commerce et de l’exploitation minière. Concernant celle-ci, le numéro un mondial du diamant et de l’or (deux ressources « sous-exploitées » en RCA), le conglomérat sud-africain Anglo-American/De Beers détient un permis depuis 2004. Autrement dit, jusqu’en mars 2013, l’État sud-africain organisait la participation en bonne place des capitaux sud-africains à la mise en valeur de la Centrafrique. La RSA a, certes, moins de capitaux disponibles que la Chine, mais elle a, à son avantage, l’idéologie de la « renaissance africaine » capitaliste portée principalement par la nouvelle bourgeoisie noire née du Black Economic Empowerment et assez liée à l’ANC.

En fait, l’État sud-africain post apartheid n’a pas réussi à cacher son projet de reconversion des ambitions et pratiques sous-impérialistes traditionnelles du capital sud-africain en Afrique en dynamique de « renaissance africaine ». Les interventions françaises, militaires surtout, comme héritage de la domination coloniale de l’Afrique, sont, pour les autorités sud-africaines, incompatibles avec ladite « renaissance ». Cela a déjà opposé l’Afrique du Sud à la France pendant les crises en Côte d’Ivoire, à Madagascar, en RD Congo. Que l’on se souvienne de Chirac reprochant, du haut de son expérience françafricaine, à son homologue sud-africain Mbeki (qui a été représentant de l’ANC au Nigeria dans les années 1970), assurant la médiation dans la crise ivoirienne, de ne pas comprendre la psychologie et l’âme ouest-africaines. Mais, ces divergences, entre la France et la RSA, n’avaient pas atteint auparavant la même visibilité qu’en RCA. À tel point que le renforcement, en janvier 2013, de la présence de la SANDF a été interprété comme une volonté de sauvegarder, à tout prix, les intérêts économiques sud-africains à travers la protection militaire de Bozizé, considéré comme lâché par la France. L’envoi de renforts français en provenance du Gabon, bien avant la résolution 2127 (2013) du Conseil de sécurité de l’ONU, considéré comme défavorable au gouvernement de Bozizé, était même vu comme un facteur du renforcement de la SANDF : « ce fut le récent renforcement de la présence des troupes françaises en RCA, de 250 à 600, qui a pu provoquer l’augmentation par l’Afrique du Sud de sa propre présence militaire, a dit à Irin News David Zoumenou, un analyste de l’Institut d’études de la séciruté (ISS) de Prétoria » (42). Une telle présence militaire sud-africaine a déplu non seulement à la France, mais aussi à des dirigeants de la sous-région, présentés jusqu’en mars 2013 comme des amis de Bozizé, voire ses parrains françafricains.

Rivalités africaines et centrafricaines

En effet, la présence de la SANDF en Centrafrique (abritant le siège de la CEMAC) au nom de l’accord de défense liant les deux pays, mais sans mandat de l’Union Africaine, sans concertation préalable avec les États de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), présents sur le terrain militaire comme FOMAC, n’a pas été bien appréciée par les dirigeants de ladite communauté sous-régionale. Il s’agissait d’une intrusion étrangère à la sous-région, comme l’avait été — à la différence près, concernant la lusophonie partagée — celle de l’Angola (dans le cadre de la mission de la Communauté de pays de langue portugaise et de l’UA pour la formation de la police nationale qui s’était accompagnée d’investissements miniers) en Guinée-Bissau aux yeux de certains dirigeants d’Afrique de l’Ouest. Comme avait failli l’être la présence tchadienne au Mali, si elle ne s’était pas illustrée rapidement par des succès militaires contre les groupes armés islamistes. Une présence sud-africaine mal appréciée particulièrement par les présidents congolais et tchadien, car François Bozizé avait accédé au pouvoir et s’y était maintenu aussi grâce au soutien qu’ils lui avaient apporté. Au nom aussi de leur fraternité maçonnique ; les loges maçonniques métropolitaines ayant depuis la période coloniale leur volet françafricain (43). Ainsi, le choix fait par leur ancien protégé, Bozizé, de développer les relations bilatérales de la RCA avec l’Afrique du Sud, de la présidence Mbeki à celle de Zuma, jusqu’à solliciter une intervention militaire sud-africaine en janvier 2013, malgré la présence de la FOMAC, est apparu comme une menace pour leurs intérêts.

Du côté tchadien, il y avait le contrôle de sa frontière méridionale, grâce à la présence des troupes mises à la disposition de Bozizé par son parrain Déby, ainsi que l’usage par l’armée française de la RCA pour voler au secours du régime de N’Djamena, en cas de grave menace de la rébellion tchadienne. Une vraie garantie pour le président tchadien que pouvait fragiliser le développement de la coopération militaire entre la RCA et la RSA, car cette dernière est réputée vouloir débarrasser l’Afrique de la présence des armées non africaines, au nom du principe « l’Afrique aux Africains ». L’accord RCA-RSA, en disposant de la possibilité d’une protection rapprochée de Bozizé par la SANDF, paraissait aussi préparer le renvoi des soldats tchadiens assurant la garde rapprochée du président centrafricain. Une marque d’ingratitude de celui-ci à l’égard de l’un de ceux qui l’ont fait président. D’où le passage, en quelques mois, du soutien habituel apporté à Bozizé contre les rebelles, à l’aide que le régime de Déby est présumé avoir apportée à la Séléka, ne serait-ce que par son manque d’opposition à sa prise du pouvoir (44).

Du côté du régime de Brazzaville, il n’y a pas de menace de rébellion armée, ni même une opposition civile, qui se serait installée à la frontière avec le voisin centrafricain. Ainsi, il semble qu’au delà du statut de doyen que veut s’attribuer le président congolais dans la sous-région, la présence sud-africaine susciterait plutôt un malaise économiquement motivé. Car, selon une enquête de l’ICG, la contribution du président congolais à la conquête du pouvoir par le général Bozizé — avec ses alliés de l’opposition armée — n’a pas été militaire, à la différence de celle de ses collègues le chef de l’État tchadien Déby (troupes) ainsi que celui de la RD Congo, Kabila (matériels) (45), mais en espèces sonnantes et trébuchantes : « le président (…) finance l’opération à hauteur de 3 milliards de francs CFA, soit environ 4,6 millions d’euros » (46). En cassant sa tirelire personnelle ? Une telle générosité de la part d’un président dont la famille est couramment considérée comme une pratiquante effrénée de l’accumulation capitaliste peut-elle être dépourvue de quelque retour d’ascenseur ? Vu que le conquérant du pouvoir centrafricain, François Bozizé, était appelé à présider un pays dont le diamant est l’un des deux principaux produits d’exportation. Diamant à propos duquel Brazzaville va être indexée et punie (exclusion temporaire, de 2004 à 2007, du Processus de Kimberley pour la traçabilité des diamants), faute d’explication officielle, pour son exportation (5 millions de carats) de diamant cent fois supérieure à la production nationale (50 000 carats). En fait, « le Congo servait surtout de plaque tournante pour la contrebande des diamants en provenance des pays voisins, et plus particulièrement de la République Démocratique du Congo et de l’Angola (…). Après avoir parlé de “complot”, les autorités du Congo, par la voix du président de la République (…) en personne, ont annoncé une série de mesures visant à “réintégrer le pays dans le Processus de Kimberley” » (47). Parmi ces « pays voisins », il y a aussi la RCA. Ainsi, selon l’ICG encore, en 2010, soit trois ans après la réintégration du Congo dans le Processus de Kimberley, « les diamants de la RCA passent également en plus petites quantités vers la République du Congo et la RDC où les taxes d’exportation sont bien moindres et où les risques d’êtres pris sont minimes, tant les pierres locales ressemblent à celles de la RCA » (48). Dans un de ces pays où se manifeste assez bien cet esprit du temps — un certain dynamisme capitaliste ou affairiste (qui n’est pas souvent assumé publiquement par les dirigeants politiques et administratifs) — le commerce de cette pierre précieuse ne peut manquer de les intéresser. Par exemple, dans un document diffusé en ligne, principalement par les réseaux de l’opposition aussi bien congolaise que gabonaise, daté de 2004, qui recensait des entreprises attribuées alors à la famille présidentielle congolaise (avec indication de leur emplacement ou siège, ainsi que les prête-noms et associés), figure entre autres, un comptoir congolais du diamant (CCD) (49). Mais au-delà d’autres informations pouvant être traitées comme des indices concernant un certain intérêt pour le diamant centrafricain (50), il y a le fait indéniable d’une volonté officielle de développer une coopération entre les deux États — patrimonialistes comme diraient les africanistes — en matière d’exploitation diamantifère (51). Ce projet ne pouvait que souffrir de l’offensive sud-africaine sur le diamant centrafricain.

Le projet le plus menaçant concernant le diamant centrafricain était celui d’Inala Centrafrique, une joint-venture entre le gouvernement de la RCA et des partenaires sud-africains assez liés à l’ANC. Projet qui a évolué de l’achat du diamant aux mineurs artisanaux à la mise en place d’une police des mines, au service de l’État centrafricain, contre l’important trafic illégal du diamant centrafricain (plus de 50 % de la production). Inala Centrafrique allait ainsi faire ce que l’entreprise française BIVAC Centrafrique faisait concernant l’exportation du bois, victime aussi d’un important trafic illégal. Pire, Inala Centrafrique, envisageait le monopole de l’exportation du diamant centrafricain (52). Un projet dont les ambitions ont été revues à la baisse (53), à partir de la fin 2008. C’est, comme par coïncidence, en cette même année 2008 que le tandem Bozizé-Ndoutingai, avait, sous le prétexte de remettre de l’ordre dans le secteur du diamant, séquestré les diamants des trois quarts des bureaux de vente centrafricains (interdits d’activités par conséquent) ainsi que ceux de riches collecteurs. D’où le rapprochement, voire le soutien de ces diamantaires expropriés à la rébellion armée (54), animée en partie par des anciens compagnons de Bozizé, pendant la prise du pouvoir en 2003 et frustrés par la suite, qui ne pouvait être indifférente aux conséquences possibles du deal entre le régime de Bozizé et ses partenaires sud-africains.

L’accumulation des richesses : de Bokassa à l’après-Bozizé

Les diamants ont non seulement contribué à la défaite électorale de Giscard d’Estaing en 1981, mais ils ont aussi et surtout contribué aux malheurs du peuple centrafricain, de Bokassa à Bozizé. Objet d’exploitation et d’exportation par des entreprises étrangères, la gestion du diamant est aussi l’une des principales sources d’accumulation primitive pour la « bourgeoisie politico-bureaucratique » et la « petite bourgeoisie technocratique ». En 1969, à partir d’un « chevauchement entre les pouvoirs politico-administratifs et économique » hérité du temps des compagnies concessionnaires (55), Bokassa s’était transformé en entrepreneur diamantaire avec la Centradiam, source de démêlés avec les entreprises occidentales (étatsunienne, française, hollandaise) et israélienne alors en situation de monopole. Ce qui lui permettra d’être le président-capitaliste (grand exploitant agricole aussi) devenu empereur. Un esprit entrepreneurial alors partagé par son Premier ministre, Patassé, mais qui atteindra les sommets après l’élection « démocratique » de ce dernier en 1993, avec sa multitude d’entreprises dans les différents secteurs les plus rentables de l’économie centrafricaine : « en plein dans l’affairisme, M. Patassé émarge comme personnel de direction de plusieurs sociétés : Catadiam, Centrafondor, Colombes-Bois, Colombes Mines, etc. et il en perçoit les salaires » (56). Une réussite capitaliste telle, que face à l’incapacité du Trésor public centrafricain d’assurer le versement régulier des salaires des fonctionnaires, des pensions des retraités, des bourses des étudiants, le président Patassé s’était proposé, en 2000, de faire don à l’État qu’il dirigeait de quelques milliards de francs CFA de sa fortune privée. Une insolence, accompagnée d’une instrumentalisation des affinités ethniques et d’une féroce répression qui avaient favorisé une large et solide coalition politique contre son régime, s’appuyant sur un fort rejet populaire de celui-ci, jusqu’à sa chute en 2003.

C’est ainsi que l’une des principales tâches proclamées du régime de Bozizé, avec pour Premier ministre (mars-décembre 2003), Abel Goumba, réputé honnête, était de mettre un terme à l’enrichissement à partir de la détention du pouvoir politique ou administratif, à la « gestion économique catastrophique, caractérisée par l’affairisme des dirigeants, les scandales financiers (Zongo-Oil, Beac, Centrafrican Airlines, Colombes Mines, Trans-Oil…) (…). Obligation [était alors] faite à tous les membres du gouvernement de procéder, par acte notarié, à la déclaration de leurs biens au moment de leur entrée en fonction » (57). Le genre de proclamation ou de posture qui ne résiste pas longtemps à l’épreuve du pouvoir. Car en ces temps dits de « fin des idéologies », mais en fait d’hégémonie presque incontestée du capitalisme, la principale motivation politique des organisations politiques et de leurs leaders, aussi bien des gouvernants que de leurs principaux opposants, non seulement en Afrique, est la participation en bonne place à la reproduction du capital. Voire en en tirant le plus de profit privé possible.

Dans le cas de la fraction de Bozizé, il s’agissait de satisfaire les institutions de Bretton Woods — dont la conception de la privatisation des entreprises publiques et de la libéralisation des marchés, privilégiant les « investisseurs stratégiques » n’était pas partagée par l’entrepreneur capitaliste et chef de l’État centrafricain, Patassé — tout en procédant à son tour à l’accumulation privée, en développant son esprit entrepreneurial ainsi qu’un clientélisme qui ne peut être réduit aux affinités familiales ou ethniques. Ce qui s’accompagnait de la diffusion d’un discours sur « la création des incitations au développement du secteur privé d’où la nécessité de prôner une bourgeoisie centrafricaine » (58), la promotion du « développement de l’économie du pays, par l’émergence d’une bourgeoisie centrafricaine » (59).

Contempteur, lors de son arrivée au pouvoir, de la gabegie de la fraction de Patassé, la fraction de Bozizé a été à son tour accusée de prévarication, de développement des inégalités, d’accumulation de dessous de tables : « Bozizé concentre entre ses mains le pouvoir d’accorder l’accès aux diamants et le contrôle sur les revenus miniers. Lui seul peut signer les décrets octroyant aux compagnies minières des permis d’exploration et d’extraction et lui seul peut autoriser les bureaux d’achat à exporter des diamants. Le régime est ainsi assuré de recevoir une part satisfaisante des profits, et ceux qui gravitent autour du pouvoir sont sûrs d’obtenir des postes lucratifs » (60). Avec aussi une diversification des partenaires plutôt que la conservation d’un rapport léonin néocolonial (qui fragilise le contrôle du pouvoir) cette fraction ne pouvait que participer en très bonne place au développement d’une bourgeoisie centrafricaine. Ce que ses tombeurs ont voulu empêcher en mandatant « plusieurs émissaires [des cabinets d’avocats parisiens] pour lancer une opération “Bien mal acquis” contre le président déchu en mars » (61), s’octroyant ainsi du même coup un certificat d’intégrité dans la gestion, alors en cours, de la transition.

Ce qui tranche toutefois avec le pillage du diamant et de l’or, l’extorsion des biens des petits paysans dans les zones contrôlées par les forces de la Séléka, le vol des biens de l’État et autres forfaits qui leur sont attribués, ainsi qu’aux « mercenaires étrangers », non sans quelque dose de chauvinisme. Un comportement qui relève, aussi bien de la part des dirigeants de l’ex-opposition armée — parmi lesquels des dinosaures recyclés (62) — que de leurs miliciens, du principe des oppositions armées menées en Afrique, depuis la fin des guerres de libération nationale anticoloniales ; les déficiences théoriques des mouvements de libération nationale, que pointait déjà Amilcar Cabral, ont favorisé la transformation de ces oppositions en viviers d’oligarques post-coloniaux. Derrière les résolutions, plutôt destinées à l’Union européenne, aux États-Unis et leurs réseaux humanitaires, prises par ces opposants, y compris au risque quotidien de leur vie, contre la « dictature », le « tribalisme », le « népotisme », la « mauvaise gouvernance » du régime en place, en l’occurrence celui de Bozizé, il y a presque toujours des ambitions d’enrichissement privé (accumulation primitive et affairisme) à partir de la participation en position privilégiée à la gestion de l’État. Surtout quand il s’agit, comme dans le cas centrafricain, d’une participation assez limitée dans le temps : une transition de trois ans, avec la restriction que « le Premier ministre ainsi que les autres membres du Gouvernement ne peuvent être candidats à la prochaine élection présidentielle » (article 6, alinéa 1er de l’Accord politique de Libreville). Même l’annonce faite par l’équipe aujourd’hui déchue de Michel Djotodia de la révision des contrats miniers et pétroliers n’a rien d’original dans l’histoire de la Centrafrique. Le régime de Bozizé l’avait annoncée et accomplie, mais au profit de sa fraction surtout, en fin de compte. Par la révision de tels contrats, sont restructurés aussi bien les rapports aux richesses nationales entre les différentes fractions que les alliances internationales, y compris en Afrique (64).

Les manœuvres dilatoires de Bozizé contre sa perte du contrôle de la répartition des privilèges que constituait l’Accord de Libreville ont conduit la Séléka, en mars 2013, au terme du processus de la rébellion armée. Elle a été à son tour victime de la cupidité qui est, avec la frustration de certains ex-privilégiés de la fraction Bozizé, le principal facteur des violences meurtrières, qui ont pris une tournure confessionnelle, voire ethno-régionale et chauvine à l’égard des Tchadiens et des Ouest-Africains en s’autonomisant au fil des mois. Ce qui non seulement allongeait la liste des morts et aggravait la catastrophe humanitaire, mais aussi compromettait la sécurisation « de la croissance par la paix ».

Ainsi, en principale suzeraine de la transition centrafricaine, la France a fait démettre, le 10 janvier 2014, par les chefs d’État de la CEEAC et les parlementaires centrafricains convoqués à N’Djamena, le président centrafricain Michel Djotodia et le Premier ministre Nicolas Tiangaye, comme dommage « collatéral ». Accomplissement de l’impossibilité de continuer la transition avec Michel Djotodia, déjà annoncée par François Hollande, sur une chaîne télévisée, au début décembre 2013. Cette démission a été précédé d’une mission d’information du ministre français de la Défense auprès des présidents du Congo-Brazzaville et du Gabon, alors que la décision avait été préalablement prise en concertation avec le président tchadien.

Comme par hasard, la nouvelle élue à la présidence de la transition est une patronne, réputée intègre, ne cachant pas son admiration pour la France officielle. Il ne s’agit pas d’une personne tout à fait étrangère au monde politique centrafricain, car si elle n’est pas affiliée à un parti politique, elle est néanmoins la compagne d’un ancien ministre des présidents Kolingba et Bozizé. Ceci ne l’ayant pas empêchée d’être par ailleurs une activiste des droits humains, principalement des violences contre les femmes. D’où, sans doute, le choix par le gouvernement précédent de la nommer mairesse de la ville de Bangui. Malgré tout, c’est une personne du sérail qui ne semble pas disposée à s’écarter de la conception de la transition centrafricaine telle que définie, avec l’aide des chefs d’État sous-traitants d’Afrique centrale, par une France néocoloniale dite en plein « redéploiement » (65).

La durée et le programme de ladite transition promettent une post-transition ne pouvant être qu’un réaménagement de l’État centrafricain, comme l’a été celui des États africains francophones, passés par les conférences nationales : une « démocratisation » néolibérale qui ne sera pas centrée sur l’organisation d’une vraie participation du peuple centrafricain — mieux informé et formé, y compris en matière de distinction entre les identités ethniques ou régionales, confessionnelles, politiques, de classe, etc. — à la prise des décisions et au contrôle de leur exécution. Ce qui ne peut s’organiser en quinze ou vingt-quatre mois, surtout dans un pays comme la RCA où la particularité de l’histoire néocoloniale, la fonction de la RCA (ex-Oubangui) dans le dispositif colonial, puis françafricain, a sérieusement affecté le niveau de la conscience politique.

Un choix de la courte durée, motivé par l’impatience de procéder à la relance de la croissance économique de la RCA, qui ne profitera surtout qu’aux « investisseurs stratégiques » étrangers ainsi qu’aux Centrafricains appartenant à la même classe sociale que la présidente Samba-Panza. Le gouvernement des technocrates promis par la nouvelle présidente et dirigé par un Premier ministre membre de la technocratie néolibérale et néocoloniale (Banque africaine de développement, puis Banque de développement des États d’Afrique centrale) ne peut avoir pour horizon que le néolibéralisme et sa minimalisation de la démocratie entendue comme participation du peuple à l’organisation de la vie commune et du bien-être de tous et de toutes.

Le gouvernement Djotodia-Tiangaye n’avait à aucun moment affirmé quelque intention que ce soit de s’écarter des instructions de la technocratie néolibérale (institutions de Bretton Woods, institutions de la Zone franc et consorts), exprimées par l’article 5 de l’Accord de Libreville, ni de la continuation plus stricte de l’Ajustement structurel néolibéral.

Pourtant, c’est en tournant le dos au catéchisme néolibéral appliqué depuis au moins deux décennies en RCA, en choisissant une organisation de l’économie centrafricaine en fonction de la satisfaction des besoins du peuple centrafricain, aussi dans une perspective d’intégration régionale animée par le même principe, sans les conséquences écocides évitables, que réside une solution durable du problème social qu’est la disponibilité d’une partie de la jeunesse à servir de chair à canon et d’exécutant des crimes des fractions politiciennes centrafricaines en quête d’enrichissement privé, de participation à la reproduction du capitalisme à partir du contexte local et aux dépens du bien-être de tous et toutes. Les jeunes de la Séléka, par exemple, sont avant tout des produits de la déscolarisation, du chômage, de la paupérisation, du consumérisme des images, etc., renforcés par les politiques néolibérales et néocoloniales pratiquées des présidences Kolingba à Bozizé. Une situation partagée avec des anti-balaka, avec lesquels ils devraient, plutôt que de se combattre, s’organiser ensemble pour la défense de leurs intérêts de victimes des injustices sociales, avec les syndicats des salariés publics et privés, les associations paysannes, les syndicats étudiants, des collectifs de malades du sida et autres associations, en exigeant, par exemple, de la prétendue « communauté internationale », dont la « sidération humanitaire » semble partagée même par des anti-impérialistes, l’annulation pure et simple des 350 milliards de la dette publique extérieure — multilatérale (environ 6 %) et bilatérale (93 %) — de la RCA et de les réserver à des dépenses sociales, y compris le payement de quelques arriérés de salaires, sans se faire d’illusion sur l’efficacité durable d’une telle mesure. Car d’abord, il ne peut y avoir, dans le contexte néolibéral, de solution positive durable aux problèmes sociaux d’au moins 62 % de Centrafricain·e·s vivant dans la pauvreté.

Ce n’est pas en RCA que le néolibéralisme va se transformer de facteur de paupérisation massive, qu’il s’avère sur tous les continents, en facteur d’amélioration des conditions de vie des exploités et autres couches sociales populaires. Malgré la feuille de vigne du « cadre structurel de lutte contre la pauvreté », le progrès social et culturel pour les majorités ne relève pas du logiciel néolibéral.

L’actuelle classe politique centrafricaine se caractérisant par l’absence d’un courant porteur d’un projet alternatif à l’ordre néocolonial et capitaliste en RCA, comme ailleurs, l’émancipation des salariés, des paysans, des jeunes précaires, des chômeurs et autres victimes dudit ordre en RCA ne sera possible qu’à partir de leur auto-organisation pour la défense des intérêts particuliers de leurs catégories sociales ainsi que de la construction des convergences, en vue de l’instauration d’une société centrafricaine émancipée du néocolonialisme en particulier, du capitalisme en général. ■

Jean Nanga

Notes

1. Fidèle à ce que le sémiologue Roland Barthes nommait la grammaire coloniale, France TV Infos du 5 décembre 2013 parle d’une « floraison de rébellions aux acronymes indéchiffrables (CPJP, UFDR, UFR, FDPC, MCCP, CPSK, LRA) » (Gaël Cogné, « Neuf questions que vous n’osez pas poser sur la Centrafrique »). Alors qu’en quelques clics le CPJP devient la Convention des patriotes pour la justice et la paix ; l’UFDR, l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement, l’UFR, l’Union des forces républicaines ; le FDPC, le Front démocratique du peuple centrafricain ; le MCCP, le Mouvement centrafricain pour le changement et la paix, le CPSK, la Convention des patriotes pour le salut de Kodro, et que la LRA, l’Armée de résistance du Seigneur est… ougandaise. Ces acronymes sont-ils plus indéchiffrables que ceux de certaines organisations politiques françaises, par exemple : RFN-GNR, CRAF, SLJP, MHAN ?

2. Claude Angeli, « Missions impossibles dans le “merdier” centrafricain », « le Canard enchaîné », 11 décembre 2013, p. 3.

3. Sur l’hypocrisie de la France officielle et de la grande presse, concernant les événements de 1978-1979, ainsi que le comportement de « l’opposition centrafricaine » et les relations néocoloniales d’alors, cf. l’analyse très instructive de Nguinza Akamgbi Kodro, « À propos des barricades et des massacres de Bangui », « Peuples Noirs Peuples Africains » n° 11 (1979), pp. 16-48, http://mongobeti.arts.uwa.edu.au/is...

4. Entretien de M. Rocard avec Bruno Fay, cité par celui-ci dans « Complocratie. Enquête aux sources du nouveau conspirationnisme », Paris, Éditions du Moment, 2011, p. 137-138.

5. Human Rights Watch, « État d’anarchie — Rébellions et exactions contre la population civile », septembre 2007, Vol. 19, N° 14 (A), p. 115.

6. F. Soudan, V Duhem, « Hollande en terrain miné », « Jeune Afrique », 18/12/2013, http://www.jeuneafrique.com/Article...

7. Amiral Antoine Sanguinetti, « Les interventions militaires françaises », Tricontinental, numéro spécial : 1-1981 : « La France contre l’Afrique », Maspero, p. 94.

8. « Les résultats 2009 de l’enquête CIAN (Rapport CIAN 2010) », Le Baromètre CIAN.

9. Extraits de l’article 13 de la loi n° 96-019 du 13 mai 1996 portant Code des investissements en République centrafricaine.

10. International Crisis Group, « République centrafricaine : Anatomie d’un État fantôme », Rapport Afrique n° 136, 13 décembre 2007, p. 20. L’ICG est une « ONG » portée par des grandes figures de la bourgeoisie internationale (individus, fondations privées, agences et départements gouvernementaux chargés du développement international, etc.)

11. Sénat (France), Compte rendu intégral de la séance du 10 décembre 2013.

12. « Maurel & Prom à la frontière centrafricano-soudanaise ? », « La Lettre du Continent », 22 septembre 2006, p. 4.

13. En octobre 2003, soit quelques mois après la victoire militaire de Bozizé, l’État français attribue à l’État centrafricain une aide de 700 millions FCFA.

14. Primature de la République centrafricaine, Consultation UE/ACP sur la situation nationale en République centrafricaine. Mémorandum présenté par le Gouvernement de Transition, Bangui, juin 2003, p. 4.

15. FMI, « Le Conseil d’administration du FMI approuve un bouvel accord de 63,2 millions de dollars EU en faveur de la République centrafricaine au titre de la facilité élargie de crédit et un décaissement de 10,5 millions de dollars EU », Communiqué de presse n° 12/237, 25 juin 2012, http://www.imf.org/external/french/...

16. Cette situation, cela va de soi, est favorable au développement de la petite corruption dans les services étatiques et au recrutement des jeunes — souvent non scolarisés et déscolarisés — désœuvrés dans les milices.

17. Conseil économique pour l’Afrique (Nations unies), Rapport économique sur l’Afrique 2013, « Tirer le plus grand profit des produits de base africains : l’industrialisation au service de la croissance, de l’emploi et de la transformation économique », Addis Abeba, 2013, p. 69.

18. Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino, Hakim El Karoui (rapporteurs), « Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France », ministère de l’Économie et des Finances (France), décembre 2013, p. 18.

19. Interview de François Bozizé, « La Centrafrique n’est pas un État sauvage », « Jeune Afrique » du 21 octobre au 3 novembre 2007. Deux ans auparavant, la compagnie sud-africaine South Africa Airways avait exprimé le souhait d’avoir sa propre structure de stockage du carburant pour l’approvisionnement de ses avions en escale à Bangui, afin d’en réduire la facture (« La Lettre du Continent », 1er décembre 2005).

20. C’est un constat ironique de l’ambassadeur de Chine au Niger : « Si le Niger exploite l’uranium depuis quarante ans et que ça ne lui rapporte pas plus que ses exportations d’oignons, c’est qu’il y a un problème. », Tom Burgis, « Uranium : Chine et France à fronts renversés », Financial Times et Jeune Afrique, 21 juin 2010, http://www.jeuneafrique.com/Article...

21. Maurice Robert (entretiens avec André Renault), « “Ministre” de l’Afrique », Seuil, Paris 2004, p. 295.

22. Bokassa avait rétabli les relations en 1976, Kolingba à son tour les avait rompues en 1991 et Patassé les avait rétablies en 1999 sans toutefois qu’elles aient la même importance qu’à partir de 2004-2005.

23. Conseiller militaire de l’Ambassade de France auprès de la République centrafricaine, Rapport annuel 1966, Bangui, 18 novembre 1966, in Sébastien Laurent (dir.), « Les espions français parlent. Archives et témoignages des services secrets français », Paris, Nouveau monde, 2011, p. 211-219.

24. Embassy Bangui, Cable #09BANGUI237, « Growing Chinese Influence In the CAR Evident », 4 November 2009, http://wikileaks.org/cable/2009/11/...

25. Cette surveillance de la poussée chinoise en Centrafrique ne doit pas faire oublier l’importance des relations intercapitalistes Chine-USA qui ferait déjà craindre à certains l’établissement à venir d’un « “G2” condominium » mondial (Frederick Kempe, Qu Xing, China-US Cooperation : Key to the Global Future, Atlantic Council, Brent Scowcroft center on International Security, September 2013, p. 20, http://www.atlanticcouncil.org/publ...). Cf. aussi Xie Feng, « China-US Relations at a new Historic Starting Point », China-US Focus, November 5, 2013, http://www.chinausfocus.com/print/?...

26. Embassy Pretoria, Cable 06PRETORIA5017, « South Africa to Provide Military Training Car », 12 décembre 2006, http://wikileaks.org/cable/2006/12/...

27. Journal officiel de la République française, Décret n° 60-1230 du 23 novembre 1960.

28. Joint Statement by President Thabo Mbeki and President Nicolas Sarkozy following their bilateral discussions on the occasion of the french state visit to South Africa, Cape Town, 28 february 2008. À en croire Bozizé, « le président Mbeki avait à l’époque informé le président Chirac de sa volonté de répondre favorablement à ma demande d’assistance [en instructeurs militaires]. Il n’y a donc pas eu d’effet de surprise. », « La Centrafrique n’est pas un État sauvage » op. cit. (cf. note 19).

29. Republic of South Africa, The Presidency, « President Jacob Zuma employs South African National Defence Force personnel for service in the Central African Republic », 6 january 2013, http://www.thepresidency.gov.za/peb...

30. Du point de vue néocolonial, les ministres des Finances de la zone franc (France + États d’Afrique centrale et occidentale utilisant le franc CFA + l’Union des Comores) font le point de la situation économique deux fois par an.

31. Jeanny Lorgeoux, Jean-Marie Bockel (co-présidents), Rapport d’information sur la présence de la France dans une Afrique convoitée, Sénat (France), 29 octobre 2013, p. 481. Ce rapport est aussi connu sous le titre « L’Afrique est notre avenir ».

32. Ministère des Affaires étrangères (France), Intervention de M. Laurent Fabius (Paris, 26 novembre 2013).

33. Discours de l’ambassadeur, Haut représentant de la République française en RCA à l’occasion de la fête nationale, 14 juillet 2012, Globe Le Visionnaire, 17 juillet 2012.

34. France Télécom détenait auparavant 40 % des parts de la Société centrafricaine des télécommunications (Socatel), société mixte (60 % à l’État centrafricain)

35. Cité par l’Agence centrafricaine de presse (ACAP), « Orange désormais opérationnel en Centrafrique », 5 décembre 2007.

36. Si l’on a surtout retenu la fanfaronnade de Sarkozy (alors ministre de l’Intérieur) à Bamako, en 2006 — « la France n’a pas besoin de l’Afrique » — le même, en tant que ministre des Finances, aurait déclaré, en septembre 2004, dans le cadre d’une réunion de la zone franc : « Je ne concevrai jamais l’avenir de la France sans cette relation d’exception avec l’Afrique » (rapporté par « La Lettre du Continent », 30 septembre 2004, p. 3). Rappelons que pour le Mitterrand colonialiste, en 1957 : « Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXIe siècle » (Présence française et abandon) et en 2013, le Sénat français pense encore que « L’Afrique est notre avenir », après l’ouvrage de Jacques Godfrain (ministre délégué à la Coopération de Jacques Chirac) « L’Afrique, notre avenir » (1998).

37. Jean-Louis Christ (président), Jacques Remiller (rapporteur), Rapport de la mission d’information sur la politique de la France en Afrique, Assemblée nationale (France), 17 décembre 2008.

38. Jean-Louis Christ, Sébastien Fourmy, Roland Marchal, « Débat sur le rapport parlementaire sur “La politique de la France en Afrique” », Institut français des relations internationales, 9 mars 2009, p. 8.

39. Jean-Louis Christ, Sébastien Fourmy, Roland Marchal, idem, p. 86.

40. « L’Afrique est notre avenir », p. 481 (travaux en commission), cf. note 31, 36.

41. « RCA : Michel Djotodia veut renégocier les contrats miniers », Camer.be (repris d’Afrika7.com), 30 mars 2013, http://www.camer.be/index1.php?art=.... Cf. aussi, « Des mesures annoncées dans les secteurs minier et forestier », La Nouvelle Centrafrique, 13 mai 2013, http://www.lanouvellecentrafrique.i...

42. Il faut avoir aussi à l’esprit l’existence du co-actionnariat franco-chinois. Par exemple : c’est aux capitaux chinois (China Guangdong Nuclear Power Company) qu’Areva a ouvert, en 2008, le capital d’UraMin, à 49 %, en gardant bien sûr la part majoritaire. Et une autre entreprise chinoise pourrait être intéressée par l’uranium centrafricain dont Areva a pu conserver le monopole, même si elle ne cesse de reporter le moment de l’exploitation.

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