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France: Rafle policière de réfugiés à Calais (WSWS)

par WSWS 11 Juillet 2014, 08:56 Rafle Calais France Police Emgrés

France: Rafle policière de réfugiés à Calais (WSWS)
France: Rafle policière de réfugiés à Calais

Par Antoine Lerougetel
11 juillet 2014

Le 2 juillet à Calais, 200 CRS (police anti-émeutes) ont procédé à la rafle de 600 réfugiés qui essayaient de trouver un moyen de traverser la Manche pour atteindre l'Angleterre. Précédemment, le 28 mai, les abris de fortune d'un camp de réfugiés avaient été rasés au bulldozer.

La police a utilisé du gaz lacrymogène et du gaz poivré contre les réfugiés et les bénévoles associatifs qui les défendaient. En même temps elle a ciblé les journalistes pour les empêcher de filmer leur action. Plus de 15 autocars avaient été apprêtés pour emmener les réfugiés. Du matériel fourni par les bénévoles aux réfugiés a été saisi et détruit.

L'opération aurait été lancée à la demande de la maire de Calais, Natacha Bouchart du parti droitier UMP (Union pour un mouvement populaire). Selon La Voix du Nord du 3 juillet: « Parmi eux, 270 majeurs sont actuellement en cours d’audition administrative » dans des centres de rétention aussi éloignés que Paris et Rennes. 121 enfants ont été admis dans des centres de réception tandis que 219 étaient toujours retenus sur le macadam d'un quai désaffecté connu sous le nom de Camp Salam. Quelque 600 migrants s'y étaient regroupés après le 28 mai, et un lieu de distribution de repas avaient été installé par des associations de défense des réfugiés. Ils dormaient à même le sol, sans protection, avec juste un robinet d'eau non-potable.

Les quelque 1 400 réfugiés autour de Calais, principalement originaires de Syrie, d'Afghanistan et d'Erythrée fuient les conflits ethniques et les guerres instiguées, depuis l'invasion de l'Afghanistan en 2001, par l'impérialisme occidental avec la participation des gouvernements français, y compris l'actuel gouvernement du président PS François Hollande et du premier ministre Manuel Valls.

Atteindre Calais prendrait en moyenne huit mois pour un Syrien ou un Afghan, en passant par la Turquie, la Grèce, l'Albanie, la Croatie et l'Italie. Les migrants font face à d'innombrables périls, dont notamment Frontex, l'agence des frontières de l'Union européenne, dont le blocage de l'accès à l'Europe a provoqué la mort horrifique de milliers de personnes cherchant à traverser la Méditerranée. (lire en anglais: Dozens of refugees suffocate in boat off the coast of Italy). Une fois arrivés à Calais, les 1000 euros qu'ils apportent pour payer la traversée clandestine sont souvent volés par la mafia.

La situation des migrants s'est détériorée de façon catastrophique à Calais depuis 2002, où Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait fermé le centre de la Croix Rouge de Sangatte qui abritait quelque 1 000 réfugiés. Elle s'est encore détériorée sous l'actuel gouvernement PS.

On sait que huit réfugiés sont morts cette année en cherchant à traverser la Manche. Rue 89 cite le cas d'un migrant de 50 ans, John, qui a laissé derrière lui sa femme et ses fils dans la province de Kunar en Afghanistan. Début mai, « un policier lui a fracturé le nez d’un seul coup de pied, affirme-t-il... nombreux sont les migrants du camp qui portent des bandages aux bras et aux jambes, victimes de fractures provoquées par des matraques télescopiques. »

John s'est vu refuser les soins à l'hôpital local et ce n'est que lorsqu'il s'est fait accompagner par un bénévole qu'un médecin a bien voulu le soigner.

Jamal, de Jalalabad en Afghanistan, parle d'un policier de Calais surnommé « Batista » d'après le footballer brésilien célèbre pour ses féroces coups du pied gauche, et d'une policière surnommée « Madame Natacha » du fait des gifles qu'elle distribue afin de provoquer les migrants à réagir pour qu'ils puissent ensuite être inculpés pour coups et blessures envers un policier. Jamal dit: «Vos policiers français sont les mêmes que chez nous, ils n’ont juste pas de barbes. »

Dans ce climat d'extrême-droite attisé par la politique anti-immigration et de persécution des Roms du gouvernement PS, les migrants sont de plus en plus la cible d'attaques. L'un d'entre eux a été tué avec un fusil de chasse près de Calais en février dernier. Adam, un Soudanais de 45 ans, s'est fait tirer dans le dos par un membre présumé du groupe d'extrême-droite Identitaire dans la nuit du 17 au 18 juin.

La tentative des représentants du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste (PCF) de Calais dans le journal La Voix du Nord, de se distancer de l'attaque des CRS contre les réfugiés le 2 juillet est profondément hypocrite.

Le PS effectue des déportations de masse de Roms, en renforçant la police et en faisant voter des mesures anti-immigration qui sont quasiment impossibles à distinguer des mesures de l'ex-président Nicolas Sarkozy de l'UMP. Cette attaque de Calais montre que la réponse du PS et de ses alliés de la pseudo-gauche à leurs défaites aux élections municipales et européennes du printemps et à la montée du Front national (FN) néo-fasciste, est de prendre un virage à droite encore plus marqué.

Le député PS du Pas-de-Calais, Yann Capet, a cyniquement fait l'éloge de la proposition de Valls de détenir les migrants dans des maisons et l'a qualifiée de pas en avant. Selon Capet, « l’idée des maisons des migrants, amenée par Manuel Valls ... revient à proposer un accueil digne, humain. »

Après avoir qualifié d' « humains » les divers systèmes de détention proposés par le PS, il a eu tôt fait de se contredire en déclarant: « Ma crainte, c’est de voir les associations se décourager. Car le peu d’humanité que reçoivent les migrants, ce sont les associations qui le donnent. »

Jacky Hénin, conseiller municipal PC et ex-maire de Calais de 2000 à 2008 s'est aussi plaint de ce que Valls n'avait pas suivi sa proposition de créer des « maisons pour migrants. »

Le PCF avait dirigé la ville de Calais pendant 37 ans avant de la perdre à l'UMP lors des élections municipales de 2008 et à nouveau cette année. Il est, au niveau national et local, dans des coalitions avec le PS depuis l'élection présidentielle de 1981 qui avait mis au pouvoir François Mitterrand du PS, avec le soutien du PCF. Les coupes budgétaires qu'ils avaient fait voter avaient dévasté la classe ouvrière, en particulier dans la région du Nord autour de Calais qui a été anéantie par les fermetures d'usines et de mines.

(Article original paru le 10 juillet 2014)

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