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La filière jihadiste irako-syrienne concerne au moins 870 individus venant de France (Opex)

par Opex 11 Juillet 2014, 02:20 France Irak Syrie Djihadistes français 870 individus EIIL

La filière jihadiste irako-syrienne concerne au moins 870 individus venant de France (Opex)
La filière jihadiste irako-syrienne concerne au moins 870 individus venant de France
Opex

Invité à s’exprimer devant les députés de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, le 1er juillet dernier, Alain Zabulon, le coordonnateur national du renseignement français, a donné des chiffres très précis concernant les filières de recrutement jihadistes à destination de la Syrie et de l’Irak.

Ainsi, il est estimé que le nombre d’étrangers ayant rejoint la Syrie est compris entre 9.000 et 10.000, dont 200 Ouïghours venus de Chine, 1.500 ressortissants de l’Union européenne. Au moins 332 sont partis de la France. Pour ces derniers, comme les chiffres varient chaque jour, il ne s’agit que des « individus qui ont été repérés ».

« Ces 332 jeunes venus de France combattre en Syrie font partie d’un ensemble plus vaste. S’y ajoutent 147 individus qui s’y acheminent; 168 qui ont quitté la Syrie, dont plus d’une centaine est revenue en France, les autres ayant gagné un pays tiers; 187 dont on a repéré qu’ils manifestent des velléités de départ; 32 qui ont perdu la vie; un, enfin, serait détenu par le régime syrien. La filière irako-syrienne concerne donc, à ce jour, 870 individus venant de France », a ainsi détaillé M. Zabulon. Et certains sont actuellement en Irak où « l’on sait, a-t-il précisé, quelques uns ont commis des attentats suicide ».

Quant au profil de ces jihadistes, M. Zabulon a indiqué qu’il « s’agit majoritairement d’hommes » mais que « de plus en plus de femmes rejoignent les zones de combat, soit que l’on parte en famille, soit qu’elles partent rejoindre un combattant pour l’épouser ». Ils sont « sont français pour deux tiers, étrangers pour un tiers » et les Français convertis à l’islam « représentent quelque 20 % de l’ensemble ». Enfin, ils viennent « essentiellement d’Île-de-France, de Provence-Alpes-Côte d’Azur, du Nord et de Rhône-Alpes », même si des zones rurales commencent à être concernées.

« Certains apprentis jihadistes présentent une faiblesse psychologique qui les rend réceptifs à une certaine propagande ; ce n’est pas rassurant car, à leur retour en France, leur absence d’inhibition à l’idée d’user de la violence peut les faire passer à l’acte », a poursuivi M. Zabulon, qui a insisté sur le rôle d’Internet dans le processus de radicalisation.

À la question de savoir ce que font ces jihadistes venus de France une fois arrivés en Syrie ou en Irak, M. Zabulon a expliqué qu’ils étaient « cantonnés à des tâches sulbaternes ou logistiques » jusqu’à récemment. Mais, ce n’est plus le cas maintenant. « Le témoignage d’individus revenus sur notre sol et qui se sont confiés aux services, soit à la faveur d’une procédure judiciaire soit au cours d’entretiens menés par la DGSI, nous permet de dire (…) qu’ils participent désormais à des exactions effroyables, notamment sous l’égide d’EIIL (État islamique en Irak et au Levant, ndlr), le groupe le plus sanguinaire », a-t-il affirmé.

Pour M. Zabulon, « ce phénomène extrêmement inquiétant est d’une ampleur inédite », expliquée notamment par la relative facilité de se rendre en Syrie. « Une carte d’identité et quelques centaines d’euros y suffisent, que l’on peut se procurer par exemple en demandant un crédit à la consommation », a-t-il expliqué.

Et la difficulté est de pouvoir suivre ces jihadistes à la trace afin de « se faire une opinion du degré de dangerosité de chacun pour ajuster les moyens de surveillance en conséquence ». Ce travail peut être rendu plus facile quand il y a matière à poursuivre sur le plan judiciaire ceux qui reviennent de Syrie, la loi française permettant de poursuivre les individus « ayant commis des actes terroristes à l’étranger ». Mais encore faut-il être en mesure d’en apporter la preuve.

« Même quand les suites judiciaires sont impossibles, en particulier avant les départs, la DGSI procède systématiquement à des entretiens. Au 28 juin 2014, 185 entretiens ont été conduits, dont 118 avec des parents (…), 59 procédures judiciaires ont été engagées, qui impliquent près de 300 personnes, 99 arrestations ont eu lieu, dont quatre à l’étranger sur mandat d’arrêt international, 95 personnes ont été placées en garde à vue, 62 mises en examen, 40 incarcérées et 22 sont sous contrôle judiciaire. (…) Outre cela, six arrêtés d’expulsion d’étrangers impliqués dans les filières syriennes ont été pris, et la mesure administrative de gel des avoirs a été utilisée plusieurs fois », a précisé M. Zabulon. Au passage, ces jihadistes de retour en France font l’objet d’un signalement aux services sociaux… Ce serait quand même le comble qu’ils puissent profiter de la générosité de leur pays après l’avoir menacé…

Ce phénomène a conduit le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à prendre de nouvelles dispositions pour alourdir l’arsenal antiterroriste afin de mieux lutter contre la menace des « loups solitaires » et de limiter les départs vers les zones de jihad. Présentées le 9 juillet en Conseil des ministres, elles permettront d’interdire à des individus de quitter le territoire s’il est possible de prouver qu’ils ont l’intention de participer à des activités terroristes, d’introduire la notion « d’entreprise individuelle terroriste » (ce qui était réclamé par le juge Marc Trévidic) et de bloquer l’accès à des sites Internet faisant l’apologie du terrorisme.

Le souci est que ces mesures auront très probablement une portée limitée. Interdire quelqu’un de quitter le territoire? « Nous devons être conscients que nous habitons un pays dans lequel le droit d’aller et venir constitue une liberté fondamentale. Autant dire que toutes les mesures que nous prenons auront une efficacité certaine mais aussi des limites évidentes », a expliqué Alain Zabulon aux députés. D’autant plus que dans l’espace Schengen, il n’y a pas besoin de passeport et que les contrôles sont aléatoires (en fait, ils sont « l’exception », a souligné le coordonnateur du renseignement).

Quant au blocage des sites Internet prosélytes qui s’imposerait aux fournisseurs d’accès, cela risque de freiner la diffusion de leurs messages (à condition que la jurisprudence européenne en matière de liberté d’expression ne vienne pas s’en mêler…). Et puis il est facile de contourner une telle interdiction en utilisant des outils en ligne permettant de modifier une adresse IP (quelques intervenants réguliers de Zone Militaire le savent bien…). En outre, des logiciels de cryptage sont utilisés par les jihadistes. Dans son édition du 9 juillet, Le Parisien raconte comment procédait un apprenti jihadiste, fidèle d’un site bien connu de cette mouvance, pour échanger un membre d’AQMI. Et puis comment faire, par exemple, pour limiter l’accès à des comptes Facebook de recruteurs jihadistes?

Enfin, il peut y avoir un intérêt pour les services de renseignement (notamment la DGSI) à laisser disponible un site jihadiste, ne serait-ce que pour le surveiller et repérer de possibles suspects.

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