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Les faux succès de l’opération Serval (Mondafrique)

par Mondafrique 14 Juillet 2014, 17:19 Mali France Serval Barkhane François Hollande Françafrique IBK Le Drian Echec

Les faux succès de l’opération Serval (Mondafrique)
Les faux succès de l’opération Serval

Mondafrique

Au Mali, où la fin de l’opération Serval vient d’être annoncée, il faut saluer le talent de magicien de "Papa Hollande" et de son ministre de la Défense, Jean Yves le Drian à transformer les ratés en réussites. Hier, ces bons phraseurs n’ont pas hésité à vanter le succès d'une mission « parfaitement accomplie ». Souvenons nous que l'opération Serval devait "sauver" le Mali, dixit Laurent Fabius. Or, pas plus tard que fin mai, on assistait à un regain de terrorisme dans le Nord Mali et à la relance des conflits à Kidal. Les négociations entre les groupes armés du nord et le pouvoir malien n'ont pour leur part apporté aucune solution concrète au conflit. Une drôle de réussite... Quant au lancement de l’opération "Barkhane" pour lutter contre le terrorisme au Sahel, il sonne comme un aveu à demi-mots de l’incapacité à régler en profondeur le problème djihadiste.

Fin mai dernier, de violents affrontements ont eu lieu dans la région de Kidal. Ces combats entre touaregs et soldats maliens qui continuent encore aujourd’hui fragilisent l'ensemble du Nord Mali et permettent aux sanctuaires djihadistes de se renforcer considérablement. Enfin la profondeur stratégique que représente le Sud libyen, livré à l’anarchie, permet aux terroristes d’AQMI et du MUJAO, de s’appuyer sur une base arrière riche en armes et en combattants. Le harcèlement des groupuscules violents est plus fort que jamais. « Nous assistons à un retour des djihadistes dans le Nord du Mali, nous avons peur », ont affirmé de nombreux maliens à notre correspondant, Mohamed Ag Ahmedou.

Un fiasco annoncé

Du coup, 3000 à 4000 soldats français sont encore nécessaires pour assurer un semblant d'ordre au Mali, alors que le président français avait promis que seulement un millier de soldats serait nécessaire en décembre 2013. Une telle présence suppose de mobiliser trois ou quatre fois plus de militaires. L'armée française doit en effet faire face à la relève des troupes et assurer la logistique. La note est salée pour le ministère de la Défense et réglée au titre des « opérations extérieures. Dans les faits, l'addition n’est financée que par une réduction des dépenses de fonctionnement de l’armée française. Certains gradés de l’armée de l’air expliquent qu’aujourd’hui il a fallu réduire les exercices d’entrainement, faute de carburant !

Encore faut-il parvenir, face à l’opinion française, à travestir la réalité. C’est à ce moment là qu’interviennent François Hollande et Jean-Yves le Drian passés maitres dans l’art de jouer les bonimenteurs. Le ministre français de la défense vient d’annoncer le lancement de l’opération Barkhane dont l’objectif essentiel est la lutte contre le terrorisme dans l’ensemble du Sahel. Trois mille hommes, des drones, des hélicoptères et des avions de chasse seront déployés dans la région a affirmé le ministre. La ville de Gao, au nord du Mali restera cependant la principale plate-forme militaire du dispositif. Cet habillage conceptuellement créatif n’abuse personne. L’essentiel des troupes restera au Mali, sous peine que le pays n’explose, miné par la corruption, les fractures ethniques et la faiblesse de ses forces armées. La base militaire que la France possède au Tchad, la poignée de militaires tricolores qui veillent sur les mines d’Areva au Niger et l’antenne de la DGSE en Mauritanie n’absorberont pas l’essentiel des troupes de « la bande sahélo-sahélienne ».

Nos amis les touaregs

Autre tour de passe passe, le président Hollande et le ministre de la Défense n’évoquent toujours pas le rôle essentiel que joue aujourd’hui, sur le terrain, les militants du Mouvement National de Libération de l’Awazad (MNLA), le mouvement touareg laïque qui est l’allié de toujours des services et des militaires français. Ce sont eux, nous indique notre correspondant au Mali, Mohamed Ag Ahmedou, qui, le premier mai 2014, affrontent les jihadistes d’AQMI à Boghassa, un village du massif de l’Adrar des Ifoghas. Ce sont eux encore qui ont combattu les terroristes, quelques jours après, au sud de Kidal. Pour la première fois, le MNLA, adossé aux troupes françaises, parvient à capturer neuf prisonniers.

Lorsqu’il faut aller déloger les terroristes à la pince à escargot dans leurs réduits montagneux, les alliés touaregs de la France perdent de nombreuses vies humaines. Lorsque les mêmes partent dans la brousse retrouver leur famille, certains se font assassiner. Ces sacrifices sont tus comme l’étaient très largement les pertes humaines tchadiennes lors de l’opération Serval. Cet ingrat de François Hollande salue, certes, les militaires français au défilé du 14 juillet et la mémoire du soldat français tué le 8 mai au Mali, mais point celle des fidèles alliés de l’armée française.

IBK, une fausse valeur

La stratégie d’alliance de l’armée française avec les touaregs du MNLA est mise à mal par le président malien Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, qui avait été élu aux forceps, le 11 aout 2013, avec le soutien éhonté de Hollande, fidèle héritier de la Françafrique. Or depuis, le pouvoir de Bamako joue sur la corde nationaliste des ethnies Bambaras du sud du pays; mais rien n'a été fait pour amorcer une véritable négociation avec le Nord, jeter les bases d’une réconciliation, amorcer une autonomie des régions.

Un ministère a été créé à cet effet, des conseillers spéciaux envoyés à Kidal et à Gao et les partenaires algérien et marocain sollicités pur jouer les médiateurs. Mais rien n’avance concrètement. IBK fait la sourde oreille face a à la revendication du MNLA de voir accorder un statut particulier à la ville de Kidal, leur fief depuis toujours.

Le retour de la Françafrique

La diplomatie française, coincée dans une double alliance avec IBK et le MNLA, qui ne parviennent pas à s’entendre, est dans une totale impasse. D’autant plus que le président malien ne fait pas preuve de la reconnaissance élémentaire face à ses amis français qu’il agresse, le 4 décembre 2013, à la veille du sommet franco-africain. « La communauté internationale (comprenons la France) oblige le Mali à négocier avec un groupe armé (à savoir le MNLA) ». C’est peu dire que les déclarations du président malien dans « le Monde » n’ont guère plu en haut lieu.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Des fuites sont organisées par le ministère français de l’Intérieur dans « le Monde » sur l’instruction judiciaire qui met en cause en les liens financiers entre le président malien et les frères Tomi, ces affairistes corses qui ont connu leur heure de gloire sous Charles Pasqua. Soit un message envoyé au pouvoir de Bamako. L’alternative proposée par Paris à Bamako est simple : ou vous cédez du terrain à notre allié du MNLA, ou l’enquête ira à son terme.

Hélas, le président malien est tout occupé à acheter un luxueux avion pour son compte personnel au cout prohibitif de vingt milliards de francs CFA et à laisser son fils Karim piller le pays. IBK est-il capable d’infléchir sa politique, alors qu’il n’a pas de véritable « feuille de route », comme l’avait noté récemment le chef de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé? Gageons que la tournée des médias à laquelle s’adonne "le frère" d'IBK, Michel Tomi depuis sa mise en examen en France ne va pas améliorer l'image du président malien dans le pays !

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