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Obama convoque l'Afrique à Washington pour discuter du commerce (et sur la manière de contrer la Chine) (BAR)

par Sam La Touch 1 Août 2014, 08:20 Africom Américafrique Afrique USA Chine Concurrence UE Impérialisme Articles de Sam La Touch

Obama convoque l'Afrique à Washington pour discuter du commerce (et sur la manière de contrer la Chine) (BAR)
Obama convoque l'Afrique à Washington pour discuter du commerce (et sur la manière de contrer la Chine)
Article originel : Obama Summons Africa to Washington to Talk Trade (and How to Cut Out China)
par Glen Ford
Black Agenda Report

Traduction SLT


"L'AFRICOM existe afin de s'assurer que le commerce africain mutuellement bénéfique avec la Chine et le Brésil ne produit aucun changement d'orientation politique des pays africains, et est perpétuellement sujet à des limitation par les Etats-Unis"

Les dirigeants de la grande majorité des nations africaines ont été convoqués à Washington, ce week-end, pendant trois jours au Sommet Etats-Unis/Afrique sur le thème "Investir dans la prochaine génération." Selon la Maison Blanche, la liste des invités comprenait tous les dirigeants qui sont "en règle avec les États-Unis, une définition qui exclut le Zimbabwe, le Soudan et l'Érythrée. Ce n'est pas une coïncidence, les trois Etats boudés sont les seuls pays africains qui ont rejeté toute relation avec l'AFRICOM, ce commandement militaire états-unien qui domine aujourd'hui le continent.

AFRICOM est grandement en rapport avec la question de savoir qui va être la «prochaine génération» de dirigeants africains, et quels seront leurs partenaires commerciaux. Au cours des six dernières années, l'AFRICOM a réduit les armées du continent à des annexes du Pentagone, les États-Unis se chargeant de leur formation, leur financement, leur équipement, des services secrets - même des salaires des troupes et les soins médicaux des soldats et de leurs familles. Les chefs d'Etat africains sont pleinement conscients des liens intimes qu'ont leurs propres commandants à la sugar daddy AFRICOM. En fin de compte, les soldats sont fidèles à ceux qui les financent et les équipent.

L'Union africaine, elle-même, est incapable de monter même les plus modestes missions de "maintien de la paix" sans un soutien complet de l'AFRICOM. La plus grande opération de l'Union Africaine, en Somalie, est entièrement prise en charge par les Etats-Unis et les Européens, et est dirigée par la CIA. Par conséquent, lorsque la Maison Blanche dit que les invités au sommet de ce week-end doivent aussi être «en règle» avec l'Union africaine (UA), elle sait parfaitement que la liste de l'UA est identique à la sienne.


"L'AFRICOM est grandement en rapport avec la question de savoir qui va constituer la « prochaine génération » des dirigeants africains, et qui seront leurs partenaires commerciaux."

Les classes politiques vassalisés de l'Afrique ne sont plus en phase avec leurs disciples panafricanistes tels que Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba et Thomas Sankara. Nkrumah, le premier président du Ghana, a imaginé un continent uni pour forger une véritable indépendance économique et politique sous sa propre défense militaire. Il a été renversé par un coup d'Etat soutenu par la CIA. Le derniers acte de Dwight Eisenhower en tant que président fut d'ordonner l'assassinat de Patrice Lumumba, le premier Premier ministre démocratiquement élu du Congo. Au Burkina Faso, Thomas Sankara, autrefois connu comme le "Che Guevara de l'Afrique», a été assassiné par d'anciens camarades qui ont rapidement annulé la nationalisation des propriétés des étrangers. Le Burkina Faso accueille maintenant une base de drones états-unienne.

Six millions de Congolais sont morts, victimes du pire génocide depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a débuté en 1996 par les mandataires de l'administration Clinton, les gouvernements militaires de Yoweri Museveni de l'Ouganda et Paul Kagame, du Rwanda. Le bain de sang a suivi le génocide au Rwanda, déclenché par l'attentat contre l'avion transportant les présidents du Rwanda et du Burundi voisins par les forces du dirigeant rebelle d'alors, Kagame. Le Rwanda et l'Ouganda sont dans les meilleurs dispositions avec Washington, qui les a proclamés comme les brillants exemples de la «nouvelle génération» de dirigeants africains. Cette distinction est également décernée au gouvernement de l'Ethiopie, qui est engagé dans de multiples génocides dans son pays et, avec tout le soutien militaire de George Bush en 2006, qui a interrompu un brève processus de pacification en Somalie au cours d'une invasion qui a abouti à "la pire crise humanitaire" sur le continent et à la mort d'un demi-million de personnes, mettant ainsi à feu et à sang l'ensemble de la Corne de l'Afrique.


"Si l'empire états-unien était basé sur le don et le commerce, il aurait une influence minime en Afrique."

Mouammar Kadhafi n'était certainement pas un chef de file "en règle" avec Washington, mais il était un personnage respecté dans l'Union africaine, ayant co-fondé l'organisation en 2002 pour remplacer l'Organisation de l'Unité Africaine moribonde, dont il a été le président en 2009 et 2010. Kadhafi a injecté $ 300,000,000 dans le développement direct de l'Afrique, et a promis des milliards de plus - un processus écourté par les États-Unis et ses alliés de l'OTAN en 2011, lorsque, comme la future présidente Hillary Clinton l'a décrit joyeusement : "Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort". Comme Kadhafi l'avait prédit, le chaos résultant a mis la région du Sahel et d'Afrique de l'Ouest en feu, a déstabilisé le Nigeria, le Mali, le Niger, le Cameroun et le Tchad - dont tous les dirigeants ont été convoqués à Paris en mai de cette année afin d'accepter un plan occidental pour leur commune sécurité - principalement sous les auspices de l'AFRICOM.


Le sommet de ce week-end à Washington est censé porter sur le commerce, mais il n'en est rien. Si l'empire états-unien était basé sur le don et le commerce, il aurait une influence minime en Afrique, où la Chine fait deux fois plus d'affaires que les États-Unis et le commerce européen dépasse de loin celui des États-Unis et de la Chine réunis. Le Brésil, l'Inde et la Turquie sont également des acteurs majeurs en Afrique. Si les 900 millions de dollars que le Départemennt du commerce des USA affirme injecter dans les transactions avec l'Afrique et qui seront annoncés lors de la conférence du 4 au 6 août à Washington est cruciale pour le développement de l'Afrique, les 1 billion de dollars en prêts que la Chine va étendre au continent d'ici à 2015 devrait sceller de faire basculer la balance commerciale en faveur de Pékin. Si les fruits durables du commerce proviennent de la création d'infrastructures permanentes telles que les ports et les routes, alors les Etats-uniens n'ont rien à offrir pour contrer les Chinois, qui fournissent également les conditions les plus favorables d'investissement sans conditions politiques.

Cependant, l'impérialisme états-unien ne se maintient pas par la concurrence commerciale, mais par la force des armes. Il s'agit d'un système prédateur maintenu par la coercition militaire. AFRICOM existe pour s'assurer que le commerce africain mutuellement bénéfique avec la Chine et le Brésil n'entraîne aucun changement d'orientation politique des pays africains, et est perpétuellement sujet à des limitations par l'AFRICOM qui tisse sa toile de forces spéciales, de chefs de guerre, d'armées de mercenaires et construit les infrastructures "de la contre-insurrection" dans l'ensemble de ce "continent de ressources (faramineuses)". L'objectif de l'Occident n'est pas d'exploiter la totalité des richesses naturelles de l'Afrique, bien au-delà des capacités économiques de l'ordre capitaliste avec sa finance délibérément dé-industrialisée centrée à New York, Londres et d'autres redoutables banquiers, mais d'établir la présence militaire en profondeur qui permettra à Washington et à ses alliés de contrecarrer, à volonté, l'intégration de l'Afrique dans un monde multipolaire dans lequel la Chine serait le centre de gravité.

"Les Etats-uniens n'ont rien à offrir pour répondre aux chinois."

L'objectif n'est pas tant de maintenir la Chine, le Brésil, l'Inde et d'autres économies émergentes en dehors de l'Afrique - pas pour le moment, de toute façon - car depuis son déclin économique l'Occident ne peut absolument pas satisfaire les besoins en investissments du continent. Une tentative d'étouffer la Chine pourrait déclencher une révolte parmi les autochtones et les classes capitalistes montantes de l'Afrique - peut-être même parmi les éléments les plus entreprenants de l'armée.

Mais, il était tout aussi imprudent pour les États-Unis de concevoir un coup d'Etat en Ukraine afin de provoquer une guerre aux portes de la Russie, infligeant ainsi de grands problèmes économique à ses alliés européens. L'administration Obama a placé tous ses paris sur un seul avantage survivant de l'impérialisme états-unien : la supériorité militaire écrasante, sans laquelle les sanctions économiques seraient inapplicables.

"Le pivot" d'Obama dans le Pacifique se traduira inévitablement par une action similaire en Asie contre la Chine - et sans doute plus tôt que prévu, depuis la descente des Etats-Uns dans cette stratégie folle en Chine et en Ukraine - cela va grandement accélérer l'alliance sino-russe en pleine croissance. Tout comme les Etats-Uniens poussent les Européens à sanctionner la Russie, les Etats-Unis vont bientôt montrer leurs muscles AFRICOM contre la Chine.

En théorie, du moins, une multiplicité de partenaires commerciaux donne à l'Afrique une occasion de négocier les prix les plus concurentiels, un semblant d'indépendance et de rupture avec son passé colonial. Toutefois, le suzerain impérial états-unien, désormais profondément ancré dans la quasi totalité des pays africains, estime qu'il a le pouvoir de faire tomber la connexion avec la Chine - ce qui, vous pouvez le croire, est le projet du sommet de ce week-end, à Washington.

L'éditeur de BAR exécutif Glen Ford peut être contacté à Glen.Ford@BlackAgendaReport.com.

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