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Ebola, histoire secrète d'un sérum (Le Point)

par Hélène Vissière 3 Septembre 2014, 08:02 Ebola Serum Histoire USA ZMapp Traitement expérimental Ministère de la Défense US

Ebola, histoire secrète d'un sérum (Le Point)
Ebola, histoire secrète d'un sérum

Par Hélène Vissière
Le Point - Publié le 20/08/2014 

 

 

 

C'est un double cas de conscience. Qui doit recevoir en priorité les traitements contre le virus Ebola ? Qui a déjà dépassé le millier de morts en Afrique ? Sachant que les traitements sont en quantité extrêmement limitée et que la plupart sont encore au stade expérimental, n'ayant jamais été testés sur un humain, on n'en connaît donc ni leur efficacité ni leurs risques ?

Jusqu'ici, seules deux thérapies sont disponibles. Un vaccin fabriqué par le gouvernement canadien - dont 800 à 1 000 doses doivent être distribuées prochainement -, et ZMapp, un traitement conçu par une société américaine, qui a été administré à six professionnels de la santé contaminés par le virus. Mais les maigres stocks de ZMapp sont déjà épuisés et il faudra des mois pour reconstituer ne serait-ce que de modestes quantités de ce médicament élaboré à partir de plants de tabac. Les trois premiers malades à recevoir ZMapp ont été deux travailleurs humanitaires américains dont l'état de santé s'est amélioré, et un prêtre espagnol de 75 ans qui, lui, est décédé. Le fait que le traitement ait été administré d'abord à des Occidentaux a suscité une grosse polémique. "C'est troublant, reconnaît Alta Charo, une spécialiste de bioéthique à l'université du Wisconsin. Mais s'il avait été donné à des non-Américains en premier, cela aurait été également mal vu : tester des thérapies sur des ressortissants de pays en voie de développement, on nous l'a reproché dans le passé."

 

Quelques traitements expérimentaux... grâce au terrorisme !

Ce que montre cette crise épidémique inédite, c'est qu'Ebola n'a jamais été une priorité pour les firmes pharmaceutiques, car cette fièvre hémorragique, particulièrement létale, reste une maladie rare et confinée à des pays pauvres. "Ce n'est sans doute pas un défi très difficile de fabriquer un vaccin, mais il n'y a pas d'intérêt commercial, car les gouvernements n'ont pas les moyens d'en acheter", explique ainsi le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses émergentes à la faculté de médecine de Marseille. En fait, s'il existe aujourd'hui quelques traitements expérimentaux, c'est grâce en partie... au terrorisme ! Le Pentagone, notamment, craint depuis la fin des années 70 que le virus Ebola ne soit utilisé comme arme bioterroriste. Même si les spécialistes estiment le risque faible. Quoi que très meurtrier, Ebola se révèle heureusement moins contagieux que d'autres virus, car il se transmet principalement par contact avec des fluides corporels : salive, sang, urine... Des rumeurs ont fait état d'expérimentation au temps de l'Union soviétique sur une arme biologique à base des virus Ebola et Marburg. Et, en 1993, des membres de la secte japonaise Aum Shinrikyo se seraient rendus au Zaïre pour se documenter sur Ebola et ramener des échantillons. Ils lui ont préféré finalement le gaz sarin, qu'ils ont utilisé pour commettre l'attentat dans le métro de Tokyo en 1995.

"Le gouvernement américain prend au sérieux le risque Ebola comme agent du bioterrorisme, et cela se voit, car il a investi des dizaines de millions de dollars en recherche sur les vaccins et les thérapies sur la dernière décennie", affirme Peter Walsh, professeur à l'université de Cambridge cité par le Washington Post. En 2010 par exemple, le ministère de la Défense a accordé 140 millions à la société canadienne Tekmira pour développer un traitement. L'an dernier, il a donné 4,4 millions au Vanderbilt Vaccine Center afin d'étudier les virus Ebola et Marburg. Quant au sérum administré aux deux Américains et à l'Espagnol, il a été développé par une obscure start-up, Mapp Biopharmaceutical, qui a des liens avec le ministère américain de la Défense.

D'autres pistes thérapeutiques sont à l'étude. Mais l'OMC a mis en garde contre les remèdes miracles vendus en ligne, alors que le Nigeria a annoncé son intention d'utiliser un traitement controversé développé localement. Pour Arthur Caplan, directeur de la division éthique du Langone Medical Center, ces médicaments ne vont pas résoudre l'épidémie actuelle : "Déployer davantage de personnel de santé, distribuer des masques, des combinaisons de protection, des gants et des antiseptiques avec des restrictions sur les voyages et l'enterrement [systématique] des morts est le seul moyen de contrôler l'épidémie."

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