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La théorie du complot envahit la toile après la mort d’Hervé Gourdel (Mondafrique)

par Jacques Marie Bourget 30 Septembre 2014, 17:33 France Hervé Gourdel Théories du complot Algérie DRS

La théorie du complot envahit la toile après la mort d’Hervé Gourdel (Mondafrique)
La théorie du complot envahit la toile après la mort d’Hervé Gourdel

Par Jacques Marie Bourget
Mondialisation

Depuis l'assassinat de l'otage français Hervé Gourdel en Algérie, les explications et scénarios conspirationnistes accusant le puissant DRS algérien (services spéciaux algériens) pullulent sur internet. Notre chroniqueur Jacques-Marie Bourget décrypte cette pensée de la paranoïa dont les racines puisent dans plus de quarante ans de dictature en Algérie.

J’adore les Algériens, même quand ils tombent sur la tête. C’est le seul pays au monde où, si un chien se fait écraser en traversant stupidement la route parce qu’il est aveugle et sourd, une minorité de citoyens va immédiatement désigner le conducteur, « l’assassin », comme l’instrument d’un complot hourdi par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). C’est amusant car ce peuple ami a vraiment une formidable capacité à imaginer des scénarios. Et l’imagination, la folie, le délire nous sortent de l’ordinaire, celui de l’information française où on nous demande de fantasmer sur Bayrou. Le problème est quand, sur les « réseaux sociaux » et Internet, certains rêvent de transmettre au monde le virus dont ils souffrent, celui d’une vérité qui n’existe que cachée, le refus de la réalité des choses. Disons leur paranoïa.

Chappe de plomb

Puisqu’il y a maladie un diagnostic s’impose. On ne peut comprendre le délire qui, en matière de décryptage de l’information, habite cette minorité de citoyens qu’en s’interrogeant sur le passé. Pendant plus de 40 ans l’Algérie a vécu sous le couvert de « l’unique » : parti unique, journal unique, pensée unique. De ce cercueil de plomb la vérité ne s’évadait jamais et le DRS et ses ancêtres, bien assis aux commandes, étaient capables de faire croire à la nuit alors que le soleil brillait. En étend approximatif, il y a plus d’une dizaine d’années que tout cela est fini. Si le DRS continue de se vivre comme un état dans l’État, il a perdu pas mal de plumes et ne peut plus cacher à lui seul la lumière. Des journaux sont nés. A la pelle, écrivant tout et son contraire, transformant les kiosques de presse en joyeux bazar. On ne cherche pas tant à creuser l’information mais à l’utiliser contre son ennemi. Un adversaire qui peut être un concurrent commercial, ou politique, ou simplement un homme qui pense le contraire de soi.

Le mythe de l'espion Gourdel

Ainsi, pour en venir au centre de mon propos, le malheureux Hervé Gourdel n’a pas été victime dont ne sait quel groupe de mafieux islamo-dingos. Non, selon une version bien installée dans sur Internet, Gourdel était « une barbouze française ». Pour sa mort, on a le choix des versions. Soit le guide -espion lui même- a été tué par les services français, autrement dit ses employeurs. Soit il a été assassiné par les généraux Algériens. Soit encore par des membres du MAK, groupe qui réclame une Kabylie autonome. Vous avez compris qu’en dépit de l’absence de cohérence, de vraisemblance, les scénarios sont quand même imprimés. Allégrement, sur un site Saidabiida, on ne parle que de « la barbouze » Gourdel sans se rendre compte qu’on lui donne ainsi une seconde mort. On écrit : « il faut se rappeler que la barbouze Gourdel est un ancien du 27ème BCA, un bataillon d’élite de chasseurs alpins », ce qui fait de notre guide un agent parfaitement formé…. Pour être moi-même, et par hasard, un « ex » du 6ième BCA, je peux affirmer que le « 27 » n’a jamais été « un bataillon d’élite » et qu’Hervé Gourdel, féru d’alpinisme, a tout simplement été appelé là pour son service militaire, comme un pécheur Breton est, lui, convoqué dans la Marine ! Circonstance aggravante, qui met bien l’espion à nu, le supplicié « a fait des photos de femmes déshabillées »… sans doute le côté James Bond… Ne cherchez pas de logique. Ces Algériens sont des hommes en colère, et elle leur fait dire n’importe quoi, de ces bêtises qui sortent dans les moments où l’on perd le nord. Pour ces hommes et femmes oubliés du système, la haine de l’institution algérienne, de l’État, est telle que, derrière la décapitation dans les montagnes ils voient forcément la main de Bouteflika ou du DRS.

Internet, paradis du complot

Le mal court et ne touche pas que des citoyens, des journalistes ordinaires. Ainsi un certain Karim Moulai qui se présente comme un ancien du DRS, aujourd’hui réfugié politique à Londres, accuse le général Toufik, son ancien patron d’avoir programmé l’exécution du guide. Jouant le rôle de celui qui sait, il cite « des réunions préparatoires tenues au Sofitel d’Alger » avec toujours autour de la table du complot, ce Toufik -qui n’est visiblement pas son ami- ainsi que les généraux Redouane et Rafik… Trois généraux pour mettre au point un enlèvement destiné à couper l’herbe sous le pied du juge Trévidic dans son enquête sur la mort des moines de Tibirine. N’ayant aucune compétence comme DRH de barbouzes, il me semble que le fait que ce Moulai se soit éloigné du service est un plutôt un bienfait.

Autre expert, comparable à ceux que nous avons en France, des experts qui ne font les guerres et les coups d’éclats sur les plateaux des télés, j’ai nommé Ali Zaoui, « ancien militaire » que l’on présente comme savant en matière de « sécurité et d’anti terrorisme ». Interrogé par « Le Temps d’Algérie » il lance sans crainte : « Pour moi cet enlèvement est monté par les services secrets français. La France veut forcer l’Algérie à s’ingérer militairement dans la région, en particulier en Libye… » Et voilà. C’est simple l’expertise. Ce militaire, tellement secret qu’on n’indique pas son grade, ignore que ni François Hollande, ni même Fabius et la DGSE ne sont capables d’imaginer un tel plan. Il devoir savoir que la politique étrangère de la France se fait sans plan, mais à l’émotion ou au gré du vent.

Voila les billevesées que l’on peut lire sur Internet. Pas de quoi faire la guerre, mais elles provoquent des ravages jusqu’en France, essentiellement dans la communauté originaire d’Algérie qui, pour partie, et parce qu’elle aussi est délaissée, semble heureuse de croire au mensonge. Pour finir, parlons des trains qui arrivent à l’heure, c'est-à-dire cette masse d’Algériens qui ont souffert en apprenant qu’un guide français avait perdu la tête dans les montagnes de Kabylie. Ils existent aussi sur Internet mais ne font pas exploser l’audimat.

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