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Les négociants suisses font main basse sur un quart du pétrole africain (Berne Déclaration)

par Berne Déclaration 9 Septembre 2014, 09:18 Afrique Suisse Pétrole

Les négociants suisses font main basse sur un quart du pétrole africain (Berne Déclaration)
Les négociants suisses font main basse sur un quart du pétrole africain
Berne Declaration



Une enquête inédite révèle l’ampleur des achats de brut réalisés par les négociants helvétiques auprès des gouvernements des dix principaux pays exportateurs d’Afrique sub-saharienne. Entre 2011 et 2013, les firmes de Genève et de Zoug ont acheté du pétrole pour au moins 55 milliards de dollars, soit l’équivalent de 12% des recettes budgétaires cumulées de ces Etats. Ces flux financiers, opérés dans des contextes où la corruption s’avère endémique, requièrent une transparence que le Conseil fédéral s’est refusé d’imposer en juin 2014, préférant que la Suisse demeure une oasis réglementaire pour les négociants.

Résultat d’une investigation approfondie [1], le rapport « Big Spenders : Swiss Trading Companies, African Oil and the Risks of Opacity » (PDF, 1.5 MB) publié aujourd’hui par la DB, SWISSAID et le Natural Resource Governance Institute (US) révèle la position hégémonique des négociants suisses en Afrique sub-saharienne.

Entre 2011 et 2013, ils se sont aménagés une part de marché de 25% sur le segment très opaque du pétrole mis en vente par les Etats et les compagnies publiques. Allant jusqu’à détenir le monopole dans certains pays, les sociétés helvétiques de négoce dominent nettement les exportations au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale, au Nigeria ainsi qu’au Tchad. Au Tchad, Glencore a acquis, en 2013, 100% de la part étatique du pétrole pour une valeur correspondant à 16% du budget national de ce pays, l’un des plus pauvres de la planète. En Guinée équatoriale, les firmes Arcadia, Glencore, Trafigura et Vitol se sont vus vendre du brut pour plus de 2,2 milliards de dollars en 2012, un montant égal à 36% des recettes du pétro-Etat, classé avant-dernier au niveau mondial en matière de corruption. Au Nigeria, les négociants suisses ont exporté du brut pour 37 milliards de dollars entre 2011 et 2013, soit plus de 18% du budget de la première économie du continent africain.

Ces nations sont victimes de la malédiction des ressources, ce phénomène décrivant les pays qui disposent d’importantes réserves de matières premières, mais dont les indicateurs de développement humain restent faibles. La mauvaise gouvernance et la corruption comptent parmi les maux qui régissent et perpétuent cette malédiction, rendue possible par le secret entourant la conduite des affaires. La transparence constitue l’un des moyens pour remédier à ce scandale, parce qu’elle permettrait aux citoyens de ces pays de demander des comptes à leur gouvernement quant à la façon dont celui-ci administre leur principale source de richesse.

En tant que pays hôte de la première place de négoce des matières premières au niveau mondial, la Suisse peut et doit prendre ses responsabilités. Le Conseil fédéral avait cette possibilité, suite à un postulat déposé par le Parlement lui demandant d’examiner l’opportunité d’introduire une loi sur la transparence des paiements applicable à l’ensemble du secteur des matières premières, c’est-à-dire à l’extraction et au négoce. Tout en reconnaissant l’importance d’une telle transparence pour les pays producteurs ainsi que le risque de réputation que le secteur fait peser sur la Suisse, le gouvernement a refusé fin juin d’inclure le négoce dans son projet de réglementation. S’il maintient cette position inacceptable, les transactions faramineuses réalisées entre firmes suisses et gouvernements africains demeureront secrètes. Plus d’informations et résumé en français ici (PDF, 121 KB) ou auprès de :

Big Spenders : Swiss trading companies, African oil and the risks of opacity (PDF, 1.5 MB, 21 juillet 2014)

[1] Le rapport réunit des informations jamais publiées sur plus de 1500 ventes de pétrole brut par les Etats et les compagnies pétrolières publiques d’Afrique sub-saharienne, soit quelque 2 milliards de barils d’une valeur supérieure à 220 milliards de dollars. Bien que non-exhaustives et comportant des limites détaillées dans le rapport, ces données représentent une nette majorité du total des ventes des dix pays sous revue, soit : Angola, Cameroun, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Nigeria, Soudan du Sud et Tchad. Hors d’Afrique sub-saharienne, l’Azerbaïdjan, la Libye et le Yémen sont brièvement examinés.

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