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Questions autour de l'engagement français en Centrafrique

par Sam La Touch 26 Septembre 2014, 20:38 Articles de Sam La Touch Centrafrique Françafrique France Séléka Déby Coup d'Etat Sangaris Armée française

Questions autour de l'engagement français en Centrafrique

Le journal Marianne revient sur les questions liés à l'engagement militaire français en Centrafrique dans un article intitulé : "La France dans le piège centrafricain". Que l'on aurait pu tout aussi bien intituler "Le Centrafrique dans le piège françafricain", un changement de perspective qui prend tout son sens si l'on veut bien se donner la peine de comprendre l'action française en Centrafrique depuis un demi-siècle.


L'article reprend certaines informations qui mériteraient quelques éclaircissements sur le rôle de la France en Centrafrique dans son pré-carré, tout en relativisant ces mêmes infos. Notamment sur le rôle des militaires français qui ont désarmé initialement, à titre exclusif, les Séléka entraînant un déséquilibre sur le terrain ; un déséquilibre qui a favorisé l'intensification des massacres dès l'intervention militaire française de décembre 2013, selon Amnesty International.

L’observateur d’Human Right Watch, lui, affirme néanmoins qu'aux premiers moments de l'intervention militaire à Bangui « les soldats de Sangaris ont d'abord désarmés les Séléka, du coup les anti-balaka en ont profité pour tuer beaucoup de gens, piller et détruire les quartiers musulmans ».

Lire également :
- Centrafrique : ce que les médias français ne vous diront pas
- Exclusif : comment la France a soutenu la Séléka en Centrafrique
-  Comment la France a fait et défait les dictatures en Centrafrique : de Bokassa à Djotodia en passant par Bozizé 

Cet article revient de manière liminaire, en prenant des pincettes, sur la question du pétrole censée être à l'origine du coup d'Etat mené par le Tchad et soutenu en sous-main par la France.

L’ex-président centrafricain a sa propre explication au « retard à l'allumage » français. Lors d'un discours prononcé en décembre 2013, lui dont la fiabilité est loin d'être à toute épreuve, déclarait : « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré Total à Paris et leur ai dit de prendre le pétrole, rien. Alors j’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème ».

Il ne s'agit pas d'un simple "retard à l'allumage" mais bien d'un feu vert donné au dictateur françafricain Déby en raison de ses bons et loyaux sévices de tirailleur au Mali et d'intérêts convergents franco-tchadien, du moment, en Centrafrique. La "non intervention française" était ouvertement un plébiscite pour des soldats tchadiens sous couvert de Séléka particulièrement bien équipés. Une enquête approfondie mériterait de faire la lumière sur leur armement de l'époque.

La France qui n'est pas un pays démocratique en matière de pouvoir exécutif n'aura toujours pas de commission d'enquête sur les pratiques occultes françaises en Centrafrique et plus généralement en Afrique.

Extrait de l'article : "La France dans le piège centrafricain"

"La France accusée de tous les maux

Aujourd’hui, ce n’est plus la seule Misca qui est pointée du doigt. La France aussi a droit à son lot d'accusations. Il est reproché à la force Sangaris de faire preuve de partialité dans les opérations de désarmement par les anti-balaka et les Séléka. Ces derniers, très bien armés selon Lewis Mudge « ont des Kalachnikovs, des armes automatiques de type AA-52, des mitrailleuses 50 mm et des grenades » et ils refusent de déposer les armes. Les anti-balakas sont tout aussi difficiles à désarmer malgré un équipement plus rudimentaire : quelques kalachnikovs, de vieux fusils de chasse mais surtout beaucoup de machettes.

Pacôme Pabandji, reporter centrafricain travaillant pour l'AFP (et récemment nommé pour le prix Rory Peck) explique que les rumeurs vont bon train : « Certains accusent les forces françaises de jouer aux pompiers pyromanes. Des musulmans et des non-musulmans qui ont subi des désarmements, m’ont expliqué que les forces françaises, quand elle voient deux armes, en prennent unes et en laissent une autre ». Plus grave, celui-ci ajoute que « certains groupes anti-balaka et Séléka affirment avoir reçu des armes des mains des forces françaises ». Mais Pacôme Pabandji coupe court expliquant n'avoir lui-même jamais vu de tels comportements. Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, lui, nie même formellement : « Si l'on mettait ne serait-ce qu'un doigt dans ce jeu-là on se ferait manger le bras. Les militaires français refuseraient de faire ce genre de choses. Je n’y crois pas une seconde, c’est totalement invraisemblable. »

Le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l’état-major des armées défend tout autant ses troupes. Selon lui, s'il y a des manifestations hostiles à la France, c'est que les forces françaises, très présentes sur le terrain, ont le don de gêner certains groupes armés et d’empêcher les trafics. Beaucoup des manifestations sont en effet encouragées pour ne pas dire organisées par des groupes armés comme la Séléka en mai dernier à Bambari. Le but est clair : ralentir les opérations de désarmement.

L’observateur d’Human Right Watch, lui, affirme néanmoins qu'aux premiers moments de l'intervention militaire à Bangui « les soldats de Sangaris ont d'abord désarmés les Séléka, du coup les anti-balaka en ont profité pour tuer beaucoup de gens, piller et détruire les quartiers musulmans » : « Ils étaient comme fous et les soldats français étaient complètement débordés. Ils ont essayé d’interdire la circulation des armes, mais les quartiers non-musulmans, beaucoup plus nombreux, étaient incontrôlables ».

Pour le Colonel Gilles Jaron, la réponse à de telles accusations est simple : « Si la France ne s’était pas engagée en Centrafrique en décembre qui sait ce qui se serait passé. L’engagement de la France a évité un génocide ». Et face aux critiques sur les opérations de désarmement, il poursuit, tout autant sans détour : « La France ne s’est jamais engagée à désarmer tout le pays, ni à régler définitivement les problèmes en RCA. Elle s’est engagée pour créer les conditions de l'engagement de la communauté internationale et naturellement faire baisser le niveau des tensions auxquelles était soumise la population civile ».

A la lumière de l’histoire nationale du pays, pacifier la Centrafrique apparaît aujourd’hui, il est vrai, bien utopique. En 54 années d’indépendance, cinq chefs d’Etat ont été successivement renversés, parfois avec l’aide de l’ancienne puissance coloniale. Le pays a subi plusieurs crises et une dizaine d’interventions internationales de pacification. A tout cela s’ajoute la menace d'un autre protagoniste : l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony dans le Sud-Est de la RCA, un groupe rebelle sanguinaire né en Ouganda à la fin des années 1980 et comptant dans ses rangs des enfants soldats.

Et comme une critique ne vient jamais seule, la France est aussi accusée d’être à l’origine de la crise centrafricaine actuelle car en 2012, face à la monté de la Séléka, le président centrafricain Bozizé avait demandé son aide de la France. François Hollande lui avait alors répondu : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique ». Trois mois plus tard, la Séléka s’emparait du pouvoir et un an plus tard la France finissait par envoyer, sous mandat de l’Onu, la force Sangaris. L’ex-président centrafricain a sa propre explication au « retard à l'allumage » français. Lors d'un discours prononcé en décembre 2013, lui dont la fiabilité est loin d'être à toute épreuve, déclarait : « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré Total à Paris et leur ai dit de prendre le pétrole, rien. Alors j’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème ».

Finalement, Pierre Bayle résume assez bien le paradoxe des accusations portées contre la France. « D’un côté, on nous reproche d’être toujours présents, puis quand nous n'intervenons pas, de ne pas l’être ». Bref, accusée de tous les maux, la France ne pouvait qu'avoir tout faux. C'est le principe même d'un piège que de n'offrir aucune échappatoire...".

"Accusée de tous les maux" ? Comme au Rwanda(1994), en Côte d'Ivoire (2002-2010) et en Libye (2011) ? Pauvre France victime de tant de critiques scélérates et hostiles à toute mise en lumière de son rôle protecteur en Afrique ! Brave patrie des droits de l'homme si injustement critiquée... On connaît malheureusement la rengaine des souverainistes, des colonialistes, des amnésiques et de la collégiale du "coeur des ténèbres" en plein Paris !

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