Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Aubry refuse de suspendre le jumelage de Lille avec la ville « la plus raciste d’Israël » (Panamza)

par Hicham Hamza 12 Octobre 2014, 14:05 Martine Aubry Racisme Israël Jumelage Safed Lille

Aubry refuse de suspendre le jumelage de Lille avec la ville « la plus raciste d’Israël » (Panamza)
Aubry refuse de suspendre le jumelage de Lille avec la ville « la plus raciste d’Israël »

Par Hicham Hamza
Panamza

« Mis en veille temporairement » par le conseil municipal de Lille, le jumelage avec Safed -ville israélienne « la plus raciste » du pays selon Haaretz- n'est « ni arrêté ni suspendu », précise la maire socialiste Martine Aubry. Décryptage.

Lundi 6 octobre, en réaction aux dernières opérations militaires israéliennes, le conseil municipal de Lille a décidé de mettre "en veille temporairement" le jumelage (signé en 1988) de Lille avec Safed.

"Nous ne l'arrêtons pas, nous ne le suspendons pas non plus : nous le mettons en veille pour l'instant" a souligné -de concert avec le groupe EELV- la socialiste Martine Aubry (déclaration visible sur le site de la mairie de Lille, à 69'), renvoyant dos à dos (comme le fit Marine Le Pen) le Hamas et Israël.

Conséquence de cette décision mi-chèvre mi-chou qui ne satisfera pas les 3000 signataires d'une pétition locale en faveur de l'arrêt définitif du jumelage : l'agacement simultané des camps pro-palestinien et pro-israélien. Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, compare ainsi la "mise en veille" du jumelage avec Safed à "une attitude haineuse".

Flashback : nous sommes en novembre 2010

« Invitée d’honneur » : tel est le titre dont s’est retrouvé gratifiée Martine Aubry, à l’occasion du dîner annuel du Crif qui s’est tenu à Lille. Un qualificatif qu’elle n’aura pas démérité.

Sous les bons auspices de Charles Sulman, président du Crif régional et fervent partisan d’un rapprochement économique avec la bourgade israélienne de Safed, la dirigeante du PS a, tout d’abord, tenu à fustiger la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) :

Je pense que ceux qui prônent le boycott se trompent de combat : au lieu de porter la paix, ils portent l’intolérance, ils portent la haine. Et quand on veut un chemin de paix, on ne commence pas par porter cela.

Elle a également déploré que « deux, trois » élus socialistes puissent soutenir ce mouvement, également symbolisé en France par l’Appel à solidarité avec l’ancien résistant Stéphane Hessel et la sénatrice Alima Boumediene-Thiery, figures de proue dans ce combat. Michel Rocard, signataire du document, apprécia sans doute d’être ainsi pointé du doigt.

Il est vrai qu’au PS, la tendance est plutôt à l’inverse parmi les notables de l’organisation : Bertrand Delanoë, Manuel Valls et François Hollande ont ainsi condamné, dans une tribune collective publiée par Le Monde, le boycott des produits israéliens tandis que Julien Dray et Dominique Strauss-Kahn ont toujours fait preuve, chacun à leur manière, d’une certaine cohérence dans leur soutien indéfectible envers l’Etat d’Israël.

Un racisme à développement durable ?

L'ex-numéro un du PS, qui briguait alors de hautes fonctions pour 2012, s’était-elle rendue compte de la bévue commise en affirmant sa volonté de relancer le jumelage de Lille avec Safed ? « Nous avons signé, il y a quelques mois, un partenariat qui porte sur la santé, l’emploi des jeunes, le développement durable et sur des micro-projets », avait-t-elle indiqué à l’assemblée réunie par le Crif. Son président local fut ravi, lui qui milite pour une collaboration plus étroite avec les pôles technologiques et les universités de Safed.

Pour Gideon Lévy, journaliste au quotidien israélien Haaretz, il s’agit pourtant de la ville « la plus raciste dans le pays ». Pourquoi ? En raison des nombreux cas de discrimination, tolérés par le maire de la ville et le grand rabbin, à l’encontre des Arabes. Ceux-ci se voient, par exemple, fréquemment refuser l’accès à des lieux d’habitation en raison de leurs origines. « Vous pouvez répéter vingt fois le mot ‘raciste’, cela ne m’impressionne pas. Je ne fais que respecter un interdit de la halakha [Loi traditionnelle judaïque] : il est interdit de vendre ou de louer un logement à des Arabes », s’était ainsi défendu le rabbin en chef de Safed, Shmuel Eliyahou.

Même l’ADL, redoutable lobby ultra-droitier et pro-israélien aux Etats-Unis, s’était fendu d’un communiqué pour dénoncer ces actes. Haaretz, quotidien de la gauche israélienne, n’avait pas manqué également de condamner, dans un éditorial, le silence du gouvernement israélien sur ces abus.

Quatre ans plus tard, Martine Aubry ne semble pas désireuse de couper les ponts avec Safed.

Dans le but de ménager la mouvance sioniste locale et nationale dans la perspective de son retour en 2017?

Si tel était le cas, la maire socialiste de Lille démontrerait ainsi son absence de rancune: comme l'a révélé Panamza en février dernier, Larry Hochberg, richissime président d'un lobby israélo-américain dénommé Elnet, avait fait savoir à un journal juif de Californie qu'il avait financé François Hollande -lors des primaires socialistes de 2011- dans le but de faire échouer Martine Aubry, vue comme moins favorable au régime de Tel Aviv.

Qu'il se rassure aujourd'hui : le 6 octobre, lors du conseil municipal (64'-74'), l'ex-rivale de François Hollande a incidemment évoqué les colonies israéliennes en usant uniquement du terme -cher à la novlangue sioniste-d'"implantations".

Larry Hochberg et ses représentants en France apprécieront.

Quant à Roger Cukierman, président du Crif (et membre du conseil d'administration d'Elnet), il avait initialement envoyé un signal positif à l'éventuelle concurrente de Manuel Valls pour l'Élysée: en décembre dernier, le site du Crif avait ainsi félicité Martine Aubry pour son boycott de la 7ème rencontre des musulmans de Nord en raison de la présence d'un conférencier présenté comme un "prédicateur jihadiste".

Rappel: en 2011, Martine Aubry avait déjà refusé de signer une pétition contre l'islamophobie sous prétexte de ne pas vouloir côtoyer Tariq Ramadan dans la liste des signataires.

Une indignation à géométrie variable : en novembre 2010 (une semaine après son dîner lillois du Crif relaté plus haut), Martine Aubry, alors patronne du PS, avait accepté d'accueillir, lors du Conseil de l'Internationale socialiste organisé à Paris, Ehud Barak, travailliste israélien, alors ministre de la Défense et criminel de guerre co-responsable (entre autres crimes d'une longue carrière) de la sanglante opération Plomb durci.

HICHAM HAMZA

commentaires

Haut de page