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Comment Balkany a poussé Sarkozy dans le gaz de schiste (Mondafrique)

par Jean-Marie Bourget 4 Octobre 2014, 19:53 Sarkozy France Gaz de schiste Le Floch Prigent Gasfrac Julien Balkany

Comment Balkany a poussé Sarkozy dans le gaz de schiste (Mondafrique)
Comment Balkany a poussé Sarkozy dans le gaz de schiste
Par Jean-Marie Bourget
Mondafrique

Lors de son meeting à Lambersart jeudi 25 septembre, Nicolas Sarkozy a relancé la polémique sur le gaz de schiste en se disant favorable à son exploration en France. Une annonce qui doit beaucoup à l'action du lobby de l'énergie. Et notamment à deux barons du milieu. Julien Balkany, le frère de Patrick Balkany, qui s'est donné pour objectif d'ouvrir à la société canadienne Gasfrac le marché du gaz de schiste dans l'hexagone. Et Loïk Le Floch Prigent, l'ex patron de Elf et de Gaz de France longtemps choyé par la gauche.

Tonnerre et tremblement, nul n’a bronché, à part quelques écolos qui, on le sait, sont pour « le retour à la lampe à huile », quand Nicolas Sarkozy, en même temps que sa résurrection a annoncé celle de l’exploitation du gaz de schiste en France. Subitement la perspective est passée comme à la Poste un jour non férié. Allons-y, mettons le gaz. De ce mouvement de girouette, aucun citoyen ne doit être dupe : derrière le retour des trépans se cache le lobby de l’énergie. Au cœur de cette jungle nous avons identifié deux hommes, Julien Balkany frère de Patrick, l’exemplaire député-maire de Lavallois et l’intermittent de la Santé, Loïk Le Floch Prigent.

Duo de choc

Dans le domaine des affaires qui touchent l’énergie, le pétrole ou le gaz, le duo Julien Balkany-Loïk Le Floch-Prigent fait l’effet de ce chewing gum qui s’en revient se coller sous vos semelles : ces deux là sont toujours embusqués au carrefour des supposées bonnes affaires fossiles. Julien Balkany est donc le jeune frère de son frère, l’idole de Lavallois et le conseiller Afrique privé de Nicolas Sarkozy. Loïk Le Floch-Prigent ? On ne le présente plus. On se contente de le suivre, de Rhône Poulenc à la SNCF pour finir, et c’est sa médaille d’or, chez Elf. Un joyau de l’État qu’il va conduire à la déconfiture et la dilapidation. Son comportement d’aventurier amateur de comptabilités élastiques va le mener plusieurs fois en prison. La dernière au Togo où un notable d’Abou Dhabi, Abbas Al-Youssef, le poursuivait pour une escroquerie à « la nigériane » (on fait croire à quelqu’un que l’on a besoin de son aide financière pour débloquer un trésor qui, bien sûr, n’existe pas). Finalement le gentil Laurent Fabius a pu sortir de cellule son vieil ami Loïk. Ouf.

Longtemps, Julien Balkany s’est présenté comme le prince des traders, même à New York, « sa ville d’adoption » où , en compagnie d’un certain Daryl Nanes, il a monté un « hedge fund » capable, affirme-t-il, de rapporter du 33% ! Ce jeune Balkany qui a épousé une Darty, elle-même cousine de la femme de Jean Sarkozy, est un génie. Son CV est rempli de références d’études universitaires qui vont de Sciences Po à Berkeley... c’est sûrement vrai puisque c’est écrit dans Wikipedia. Balkany et Le Floch ont fédéré leurs forces lors d’une bataille boursière au États-Unis où une petite société de pétrole du Texas, Vaalco, a déposé une plainte, affirmant qu’on a tenté de lui prendre sa boîte… Voilà donc notre duo de tycoons, de rois du pétrole à la française : pas une goutte de brut ou de gaz ne coule dans les tuyaux, mais l’argent des investisseurs afflue, ce qui leur permet de bien vivre aujourd’hui sur des lendemains qui chantent.

Un trésor sous le sol français

En Avril 2014, c’est à la société canadienne Gasfrac, sise à Alberta au Canada, que nos magiciens proposent leur savoir faire. Au nom de Nanes-Balkany, Julien prend le contrôle de 5,4% du capital et devient l’homme providentiel : il jure être capable d’ouvrir à Gasfrac le marché du gaz de schiste en France. Exploitation aujourd’hui bloquée par de méchants écolos, mais qui ne saurait résister longtemps. Déjà en 2009, alors poisson pilote et vice-chairman de la société Toreador Resources, Balkany agite les pages des gazettes parisiennes. Selon lui -qui parle d’or puisqu’il n’a aucune compétence en matière de gisement- : « Cent milliards de tonnes de gaz dorment sous le sol d’Ile de France … du 100 à 150 barils jours en Brie et en Beauce, soit la moitié de la production de pays comme le Gabon ou le Congo ». Trop beau ! Dès lors l’idée est ancrée que ce trésor existe, que vite le derrick s’impose. Alors que cette pyramide du rêve ne tient qu’au doigt mouillé de Julien… Finalement la fièvre de l’or noir se calme et Sarkozy lui-même jure qu’on ne va prendre le risque de détruire le beau sous-sol de France pour ce gaz avatar… Rideau.

Dans un cruel flash back, notons les observations d’Abbas Al-Youssef, le milliardaire qui a porté plainte, et donc expédié Le Floch en prison au Togo. Voilà ses propos reproduits par François Labrouillère l’investigateur en chef de Paris-Match : « Fin 2004, dans la hall de l’hôtel Bristol, à Paris, j’ai croisé Loïk qui sortait de prison. Il m’a demandé de l’aide. Je lui ai proposé 15 000 euros par mois pour m’aider dans mes investissements pétroliers. Il a demandé 20 000, pour cent pour cent de son temps. Il voulait être payé en Suisse. J’ai dit banco ». Abbas loue des bureaux rue de Galilée, avec voiture de fonction, pied à terre à Dubaï et une villa à Brazzaville. Ne parlons pas des multiples billets d’avion en classe affaires… Selon Abbas, son ami Loïk lui coûtait 80 000 euros par mois.

Amitiés canadiennes

Dans cette nouvelle entreprise canadienne, Gasfrac, il est clair que Julien Balkany tente un coup de bourse, ce qui est légal, et que le conseiller Le Floch a, lui, retrouvé de quoi vivre. Très bien. Les deux experts se sont partagé le travail. A Julien, proche de l’UMP par son frère et de Sarkozy par sa femme, de convaincre la droite : le gaz de schiste peut sauver l’économie française ! A Loïk celle de se montrer persuasif auprès de ses vieux amis de gauche ou ce qui en reste… sait- on jamais. Avec de tels VRP, Gasfrac est désormais une société qui joue « gagnant-gagnant » selon l’expression préférée et radotée par Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie. Cette aventure canadienne est une redite, un bis puisque c’est dans ce pays que nos deux as de l’énergie ont entamé leur collaborations. C’était alors chez Caïman Énergie où, suivant les conseils de Le Floch, l’ami milliardaire Abbas a perdu 17 millions de dollars sans voir la couleur du pétrole promis. Julien Balkany était alors directeur financier de Caïman…

C’est bizarre, toute obsédée qu’elle est par le retour de Sarkozy et la couleur de sa cravate, aucun journaliste n’est allé cuisiner le mari de Carla pour qu’il explique quelle observation scientifique nouvelle avait provoqué son changement d’avis en matière de fracturation hydraulique… Le doigt mouillé de Julien ?

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