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Le maréchal Al-Sissi déclare la guerre aux barbus libyens (Mondafrique)

par Caroline Bright 13 Octobre 2014, 13:28 Libye Egypte Turquie Qatar Djihadistes

Le maréchal Al-Sissi déclare la guerre aux barbus libyens (Mondafrique)
Le maréchal Al-Sissi déclare la guerre aux barbus libyens
Par Caroline Bright
Mondafrique

Les islamistes libyens peuvent se targuer du soutien de la Turquie et du Qatar. En mai et juin derniers, 246 avions pleins de djihadistes étrangers se sont posé en Libye. Désormais le camp des modérés est soutenu et armé depuis mercredi par l’Egypte du maréchal Al-Sissi. Un embrasement général en Libye dans les semaines qui viennent est un scénario possible.

Le champs de bataille libyen se divise schématiquement en deux camps adverses. Le premier — et le plus fort militairement — rassemble les islamistes de tous poils : les troupes d’Abdelhakim Belhadj, l’ancien chouchou de Paris, les milices armées de Misrata, les troupes du groupe terroriste Ansar al Charia, qui a récemment rallié l’Etat islamique, et l’Etat islamique lui-même.

Ces islamistes, surtout les plus radicaux, bénéficient d’un apport de sang neuf dès que la situation sur le terrain le nécessite. Ainsi, entre les mois de mai et de juin 2014, pas moins de 246 avions pleins à craquer de djihadistes étrangers se sont posés en Libye, sur les aéroports de Mitiga et de Misrata. Une partie de ces avions provenaient de Turquie ou alors étaient affrétés par le Qatar. Une preuve de plus que ces deux Etats ne sont ni plus ni moins que des suppôts du terrorisme islamiste, ce qu’ils démentent bien entendu fermement.

Achats clandestins de pétrole

Mais il ne faudrait pas leur jeter la pierre plus que de raison car d’autres pays soutiennent de façon beaucoup plus insidieuse l’Etat islamique. Il est maintenant admis que certains membres de l’UE ont acheté clandestinement du pétrole à l’organisation terroriste en Irak et en Syrie. Bien sûr à des prix défiant toute concurrence. L’ambassadrice de l’Union européenne en Irak, la tchèque Jana Hybaskova, l’avait d’ailleurs dénoncé publiquement, devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Sans grand effet, mais est-ce une surprise ?

Le second camp est celui des modérés. Pêle mêle, il regroupe le général Haftar qui a lancé une opération de reconquête du pays mais peine à s’extirper de la ville de Benghazi, des milices comme celle de Zintan, qui régnait sur Tripoli jusqu’à cet été, et l’armée officielle libyenne dont l’état-major s’est replié dans l’est du pays, à Tobrouk. C’est aussi à Tobrouk que se sont réfugiés le gouvernement et le parlement libyens qui sont pourtant reconnus par la communauté internationale. Car, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la Libye possède aujourd’hui deux parlements et deux gouvernements : un autoproclamé qui siège à Tripoli et est aux mains des islamistes et un officiel issu d’élections libres, celui de Tobrouk.

L'Egypte, base arrivée

Ces deux camps sont de forces inégales mais, pour la première fois le rapport de forces pourrait se rééquilibrer, à défaut de s’inverser. En effet, quatre mois après être arrivé au pouvoir, le nouveau raïs égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, a déclaré la guerre aux islamistes… en Libye. C’est la Turquie qui se retrouve avec un adversaire de taille qui appréciera.

Officiellement, tout ce que la Libye compte de gradés et d’officiels non-islamistes défile en rang serré au Caire. Sur invitation d’Al-Sissi en personne. Le dernier en date n’est autre que le Premier ministre libyen reconnu par la communauté internationale, Abdallah al-Théni. Des visites égyptiennes en guise de revanche pour le clan des modérés de Tobrouk qui peine à se faire recevoir dans les chancelleries occidentales — notamment française et italienne.

Officieusement — et c’est là le plus important —, l’Egypte a fait aussi livrer en Libye, la semaine dernière, un bateau rempli à ras bord d’armements. Dont des chars qui faisaient cruellement défaut jusqu’ici aux modérés. D’après certaines observations du terrain, une opération de reconquête de Tripoli pourrait même être prochainement déclenchée.

S’il est vrai que les caisses égyptiennes sont vides et que l’on se demande bien comment le maréchal Al-Sissi pourrait financer son soutien militaire aux modérés libyens, il est un homme immensément riche qui pourrait donner un coup de main. A condition d’obtenir en échange un rôle de premier plan en Libye. Il s’agit du cousin de feu le colonel Kadhafi, Ahmed Kadafedam, qui vit au Caire. Il vient de voir le gel de ses avoirs financiers subitement annulé par le Conseil de l’Union européenne…

Caroline Bright

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