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Quand Paris proposait gentiment au dictateur Compaoré de partir pour mieux le recaser et le "soutenir"

par Sam La Touch 30 Octobre 2014, 22:01 Articles de Sam La Touch France Françafrique Blaise Compaoré François Hollande Dictature Charles Taylor Thomas Sankara

Quand Paris proposait gentiment au dictateur Compaoré de partir pour mieux le recaser et le "soutenir"

Selon JAI, François Hollande a écrit une lettre au dictateur Blaise Compaoré pour lui conseiller gentiment de ne pas réviser la Constitution du pays afin d'éviter la voie à une énième réélection truquée. François Hollande a écrit cette lettre le 7 octobre 2014 (voir plus bas):

"À cet égard, le Burkina Faso pourrait être un exemple pour la région si, dans les mois qui viennent, il avançait lui aussi dans cette direction en évitant les risques d'un changement non consensuel de Constitution. Vous pourriez alors compter sur la France pour vous soutenir, si vous souhaitez mettre votre expérience et vos talents à la disposition de la communauté internationale."


En clair, le président français proposait de recaser et de protéger le dictateur accusé de complicité de crimes contre l'humanité au Libéria et en Côte d'Ivoire, au service des intérêts francophones dans le monde si il renonçait à modifier la constitution. A-t-il été envisagé que le dictateur soit placé à la tête de la francophonie par l'Etat français comme le fut Abdou Diouf lui aussi accusé de complicité de crimes contre l'humanité ? Une sorte d'immunité d'un dictateur impliqué dans l'assassinat de Thomas Sankara et qui s'est vanté d'avoir soutenu le "criminel contre l'humanité" Charles Taylor lui-même agent de la CIA. Blaise Compaoré fut le criminel international et bras séculier de Charles Taylor au Libéria et en Sierra Leone. Plusieurs compagnons de Charles Taylor ont reconnu également avoir participé à l’assassinat de Thomas Sankara, l’un d’entre eux affirmant la complicité des services français et de la CIA.

Cette lettre écrite en catimini dont le dictateur au pouvoir depuis 27 ans n'a pas tenu compte, a été gentiment la ligne directrice du Quai d'Orsay mais sans aucune condamnation du régime dictatorial en place depuis 27 ans ayant semé le chaos dans la sous-région du Libéria à la Côte d'Ivoire, tranchant avec le ton particulièrement agressif de l'Etat français à l'égard d'un Assad en Syrie ou d'un Kadhafi en Libye :

""La France réitère son attachement au respect des principes définis par l'Union africaine sur les changements constitutionnels visant à permettre aux dirigeants de se maintenir au pouvoir. Le président de la République a écrit en ce sens au président Compaoré le 7 octobre. La France a sur ce sujet un dialogue régulier avec ses partenaires africains, notamment l'Union africaine, et internationaux. Le Burkina Faso est un partenaire important pour la France et joue un rôle essentiel dans la stabilité de la région et la résolution des crises. Il est primordial qu'il envisage son propre avenir de manière consensuelle et apaisée."


Le ton feutré de la diplomatie française tranche avec le soutien ouvert des militaires et de certains entrepreneurs français qui ont toujours considéré ce dictateur parvenu au pouvoir par un coup d'Etat et par le meurtre de Thomas Sankara comme un "pôle de stabilité" dans la sous-région et un "interlocuteur incontournable". Il représente le meilleur chasseur de ses intérêts dans la sous-région ouest africaine. Avec une Côte d’Ivoire encore exsangue et convalescente, ce bon gardien de la Françafrique est encore bien nécessaire pour le contrôle de la situation. On comprend mieux cette gentille lettre de mise en garde d'Hollande à Compaoré, marionnette françafricaine qui a permis de venir à bout du président Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire en installant Ouattarra avec l'aide de l'armée et des chars français.
La lettre d'un ami bienveillant à un compagnon de longue lutte qui a su défendre les intérêts de la Patrie ? Alors que tout au long de la lettre, le vouvoiement est de rigueur, celle-ci se termine par "Bien à toi" !

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