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Revenus mal acquis (BdA)

par Odile Tobner 13 Octobre 2014, 19:34 Françafrique Congo-Brazzaville Sassou Nguesso Dictature France Kouchner Ockrent Sarkozy Copé

Revenus mal acquis (BdA)
Revenus mal acquis
Par Odile Tobner
Billets d'Afrique

L’attachement des politiciens français à la perpétuation des "relations très spéciales" liant Paris et ses ex-colonies d’Afrique a des raisons très personnelles : carrières pour leurs rejetons peu doués – on se souvient du fils Mitterrand –, source de revenus complémentaires, caisse de retraite, voire occasion d’édifier de véritables fortunes, pour nos dirigeants c’est ça aussi – surtout ?– la Françafrique.

Sarkozy est le dernier à avoir été pris la main dans le sac. Après avoir cru que les décideurs des pays riches s’arracheraient ses interventions d’ex-Président de la République française, à l’instar de celles d’un Kissinger, d’un Clinton ou d’un Blair, Sarkozy est revenu à la réalité pour entrer dans l’histoire françafricaine qui voit nos politiciens prendre sans vergogne leur part de la mise en coupe réglée du réduit africain francophone. Il a ainsi empoché 100 000 euros sur le dos des misérables Congolais, au prétexte d’une intervention, le 25 juillet dernier, au Forum Forbes de Brazzaville, financé par le trader pétrolier Lucien Ebata, faux-nez de l’autocrate maffieux Sassou Nguesso [1]. En 2012, ce sont Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin et en 2013 Jean- François Copé qui participaient à ce forum, sous la houlette de Christine Ockrent, modératrice attitrée de ces débats.

L’époux de la dame, Bernard Kouchner, s’est particulièrement distingué dans ce triste métier. On se souvient qu’il admit avoir reçu 400 000 euros d’Omar Bongo pour prix d’un pseudo-rapport consacré à la santé au Gabon. Le rapport lui-même fut payé 1 300 000 euros à la société IMEDA, selon son fondateur un diplomate français ami de BK. Un contrat analogue fut négocié avec le Congo en 2008. Depuis 2011 Kouchner conseille le Président guinéen Alpha Condé, "bénévolement", prétend-il : il dispose au minimum de substantiels avantages en nature : bureaux dans les locaux de Bolloré, qui, à côté de Total [2], finance les "bonnes œuvres" du french doctor, voiture, chauffeur et garde du corps fournis par l’État guinéen.

On voit que les techniques de pillage se sont considérablement sophistiquées depuis les rustiques valises de billets, les pêcheries mauritaniennes de Jean-Christophe Mitterrand ou les réseaux corses de Pasqua. Désormais des communicants professionnels sont à la manœuvre, tels l’agence Havas, de l’inévitable Bolloré, pour le forum Forbes de Brazzaville ou Richard Attias pour le New York Forum Africa de Libreville – les dénominations anglo-saxonnes sont censées apporter l’indispensable touche de modernité mais le business reste sordide.

Aucun de nos vertueux vautours n’atteint cependant l’habileté d’un Michel Rocard, pionnier en la matière et toujours inégalé, puisque son intense et rémunérateur lobbying en faveur des dictateurs françafricains n’a en rien écorné son image dans les médias français. L’activité principale de la grande conscience de la gauche française est depuis longtemps d’assurer les relations publiques de l’autocrate camerounais Paul Biya, pour le compte de l’agence Euro RSCG (devenue récemment Havas Worldwide), qui a vendu sa réélection frauduleuse en 1992. Dans les années 80, c’était déjà un proche de Rocard, le publicitaire Claude Marti, qui inventait pour le même dictateur, inamovible, le slogan du Renouveau. Alors certes, la France ne saurait accueillir toute la misère de l’Afrique francophone : le fric francophone, par contre, nos politiciens n’en ont jamais assez.

[1] Cf. le billet de Rigobert Ossebi, in Mediapart du 21 juillet 2013, "Le Cartel de Brazzaville, Denis Escobar Sassou N’Guesso et ses visiteurs"

[2] On se souvient du fameux rapport commandé à Kouchner par TOTAL Birmanie, qui exonérait la compagnie de l’accusation de travail forcé.

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