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Alain Claude Bilié By Nze se disait capable d'acheter Pierre Péan... (Echos du Nord)

par Jean-Michel Sylvain 26 Novembre 2014, 13:40 Gabon Ali Bongo Françafrique Alain Claude Bilié Corruption Pierre péan

Alain Claude Bilié By Nze se disait capable d'acheter Pierre Péan... (Echos du Nord)
Alain Claude Bilié By Nze se disait capable d'acheter Pierre Péan...
Par Jean-Michel Sylvain
Article initialement paru à Libreville in Échos du Nord n°260
Lu sur le Gri-Gri

Une tentative d’escroquerie a bien été montée par l’entourage du chef de l’Etat, en se servant du nom de Pierre Péan. Dans ce micmac explosif, le nom du porte-parole de la présidence de la République apparaît à tous les étages.

Ali Bongo Ondimba est en train de connaître une fin de règne à la Mobutu, ancien président du Zaïre, actuelle République démocratique du Congo (RDC). En effet, Joseph-Désiré Mobutu, menacé par la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, avait confié à son chef de gouvernement la mission d’aller acheter des armes en Europe pour y faire face. Sauf que Kengo wa Dondo, le Premier ministre de Mobutu, aujourd’hui président du Sénat de la RDC, avait gardé par-devers lui une partie de la cagnotte, laissant l’armée zaïroise en déroute, sans moyens de défense.

C’est exactement ce qui se passe dans l’entourage d’Ali Bongo Ondimba, depuis la sortie du dernier livre de Pierre Péan Nouvelles affaires africaines. Mensonges et pillages au Gabon (Fayard, 2014). Plusieurs émergents, longtemps sevrés, ont perçu là un filon pouvant leur permettre de se mettre à l’abri des besoins financiers. Pour cela, chacun organise des opérations de « soutien » qui ont pour seul objectif de faire sortir l’argent de la tirelire d’Ali Bongo Ondimba au profit de ces organisateurs de marches et autres meetings. C’est dans ce registre que sont à classer les fameux 10 150 000 euros ( 7 milliards de FCFA) qu’aurait exigés Pierre Péan pour ne pas sortir son livre.

En réalité, il s’agit d’une manigance de l’entourage du chef de l’Etat, avec la complicité de sulfureux intermédiaires, Ziad Takieddine et Fara M’bow, le fils de l’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Mathar M’Bow, pour se mettre à l’abri du besoin. Le journal en ligne, Médiapart, lève un premier coin du voile de cette tentative d’escroquerie que la presse du Cocom a voulu, trop vite, attribuer à Péan. Dans son édition du vendredi 7 novembre 2014, ce confrère indique que, «...l’homme d’affaires Ziad Takieddine – un sulfureux personnage mis en examen dans plusieurs affaires de corruption en France – a offert, fin 2013, aux autorités gabonaises de surseoir à la parution d’un livre de Pierre Péan moyennant un versement sur le compte d’une société suisse, et l’emploi d’un ami du journaliste... ». Sauf qu’à cette époque, Pierre Péan n’écrit absolument rien au sujet du Gabon.

Malgré cette évidence, dès le mois de novembre 2013, Ziad Takieddine, associé au Sénégalais Fara M’bow, rencontre Alain-Claude Billie By Nzé, à l’hôtel Mandarin, à Paris. Le porte-parole du président de la République va, lui-même, dévoiler la substance de cette rencontre à Médiapart en ces termes : « Ils m’expliquent que Pierre Péan se prépare à sortir un livre qui va salir le Gabon et l’image du président. Ils se proposent de faire en sorte que le livre ne paraisse pas. Ils me disent que Péan leur est redevable. Ils me disent : “Nous l’avons aidé, il ne peut rien nous refuser”, et ils m’offrent de me mettre en contact avec lui ». Après avoir rencontré Bilie By Nze, le duo a approché Pierre Péan dans le même but. A Médiapart, le journaliste déclarera : « Ils m’ont appâté en me parlant de la Libye, puis ils m’ont parlé du Gabon. Et ils m’ont proposé de rencontrer quelqu’un à Paris, c’était un conseiller d’Ali Bongo. J’étais réticent au début, puis je me suis dit, pourquoi pas ? »

La rencontre aura finalement lieu, le 17 novembre, au café Castiglione, non loin de la Place Vendôme, à Paris. Selon Alain-Claude Bilié By Nzé, « Pierre Péan reconnaît qu’il prépare un livre, mais il m’informe qu’il ne paraîtra pas avant le sommet. Il me fait savoir que le Gabon lui a fait un certain nombre de promesses. Qu’il avait sollicité l’aide d’Ali Bongo pour écrire un livre sur Omar Bongo, et qu’Ali Bongo s’était engagé à faciliter cette possibilité. Il voudrait en rediscuter avec le président. Il me dit que l’ancien ambassadeur Banga Eboumi avait évoqué la possibilité d’un versement de 300 000 euros en sa faveur pour ce projet de livre. Enfin, il nous réclame de l’aide pour un de ses amis à Libreville, Jean- Louis Gros, qu’il nous demande de recruter. » Pierre Péan s’offusquera de ce récit du porte-parole d’Ali Bongo à Médiapart. Pour lui, « prétendre que j’aurais réclamé un à-valoir sur je ne sais quel livre est totalement injurieux. J’avais convaincu Omar Bongo de faire un livre avec moi, sur lui et les Français. En 2010, j’avais encore cette idée de faire quelque chose, puis j’ai aban- donné l’idée, mais je n’ai absolument rien réclamé. » Il va réitérer ces propos au sujet de cette rencontre dans l’interview qu’il a donné à Echos du Nord la semaine dernière.

Après cet entretien, les intermédiaires cités plus haut seraient revenus vers Billie By Nzé pour lui signifier que leur ami les a chargés de finaliser la rencontre sur deux points : « une compensation financière, et l’emploi pour son ami... » Le porte-parole, qui dit être rentré à Libreville, le 19 novembre, a « ...reçu de l’avocat de M. Takieddine, un protocole d’accord prévoyant le paiement de 10 150 000 euros en compensation, et l’embauche de son ami. J’en ai référé tout de suite au cabinet du président. Il n’était pas question de payer. » C’est à ce niveau que la thèse de l’escroquerie prend toute sa forme. Dans ce fameux protocole, apparaissent 150 000 euros en sus des 10 millions. Or, selon Jean-Louis Gros qui est cité, malgré lui, dans cette affaire, c’est au cours d’un déjeuner, à Paris, dans un restaurant appelé Les Grandes Marches, situé au 6, place de la Bastille, dans le 12e arrondissement, qu’Alain-Claude Bilié By Nzé et lui sont arrivés à ce chiffre. Ils avaient évalué le montant des dommages que le chef de l’Etat avait promis de lui octroyer, en échange du préjudice qu’il a subi en tant qu’agent contractuel du Conseil national de sécurité. Ils avaient mis bout à bout les mois de salaires impayés et le prix de la voiture promise par le chef de l’Etat à Gros, qui n’est jamais arrivée, en dépit de ce qu’une facture pro forma avait été remise à Maixent Accrombessi à ce sujet.

Plus tard, Alain-Claude Bilié By Nzé annoncera à Jean-Louis Gros que le président de la République est d’accord pour payer 150 000 euros. Comment se fait-il que le montant de 150 000 euros, connu des seuls Alain-Claude Bilié By Nzé et Jean-Louis-Gros, se retrouve dans un document attribué à l’avocat de Takiéddine ? La réponse est évidente. Il n’y a qu’Alain-Claude Bilié By Nzé qui pouvait le transmettre à Takieddine pour l’insérer dans ce document. Jean- Louis Gros, lui, affirme ne jamais avoir rencontré Takieddine de sa vie. Ceci montre qu’Alain-Claude Bilié By Nzé a participé à la rédaction du document envoyé à la présidence de la République, et qui s’avère avoir été concocté en dehors de tout accord préalable de Pierre Péan. Et, semble-t-il, à l’insu de l’avocat de Takieddine, maître Dominique Penin qui, interrogé par Médiapart, « a indiqué avoir mis son bureau à la disposition de M. Takieddine, et n’avoir aucun souvenir de ce protocole, ni de son envoi par mail à la présidence gabonaise ».

Il en est tout aussi de même de cette demande d’emploi pour son ami attribué à Péan, et qui apparaît dans le contrat. Car, au moment de la rencontre Péan-Bilié By Nzé, le journaliste savait que son ami était sur le point de signer un contrat avec un pays voisin du Gabon. Il ne pouvait plus s’agir pour Péan, pour peu que l’idée l’ait effleuré, de mettre l’avenir de Jean-Louis Gros dans la balance. Or, c’est bien Bilié By Nzé qui avait promis un emploi à son initiative à Jean-Louis Gros et, par la suite, n’a pas pu tenir sa parole. Est-ce que c’est pour cela qu’il a aussi introduit cette clause dans le document de Takieddine ? Sans doute oui. Ce qui est du reste un indice supplémentaire qui démontre la participation d’Alain-Claude à la confection de ce « contrat».

Selon nos sources, l’affaire va prendre une autre tournure car lors d’une réunion tenue à la résidence d’Ali Bongo Ondimba à la Sablière, ce dernier, sous la pression de Maixent Accrombessi, va accepter de payer. Mais les virements devaient atterrir sur le compte de Pierre Péan par tranche de 5 millions d’Euros. Sauf que personne à la présidence de la République n’avait le relevé d’identité bancaire de Pierre Péan. Ce, affirme la source, malgré l’insistance d’Accrombessi qui devait valider l’opération de transfert auprès d’Alain-Claude Bilié By Nzé pour les obtenir. Pour cause, Pierre Péan n’était associé ni près ni de loin à cette tentative d’escroquerie initiée par les émergents au détriment de leur chef. Ce qui prouve que cette affaire reste une magistrale opération d’escroquerie au centre de laquelle figure le nom d’Alain-Claude Bilié By Nzé (Affaire à suivre).

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