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C'est la France qui a assuré la fuite du dictateur burkinabé Compaoré (Solidarité internationale)

par Solidarité internationale 16 Novembre 2014, 22:19 France Françafrique Burkina Faso Dictature François Hollande Blaise Compaoré Exfiltration Côte d'Ivoire Armée française

C'est la France qui a assuré la fuite du dictateur burkinabé Compaoré (Solidarité internationale)
C'est la France qui a assuré la fuite du dictateur burkinabé Compaoré

Solidarité internationale

Hollande défendait encore il y a un mois son cher Blaise, 'homme de paix' !

Après Ben Ali, Compaoré. La Françafrique persiste dans son soutien aux dictateurs contre les peuples. Le président Hollande, le gouvernement PS ont fait fort, appuyant Compaoré jusqu'au bout, en faisant surtout un homme de paix, un démocrate en puissance depuis 2012.

Un mensonge, un de plus, pour protéger le vieil ami de la France, le dictateur criminel du Burkina Faso Blaise Compaoré. Hollande a d'abord prétendu que la France n'avait pas procédé elle-même à l'évacuation de Blaise Compaoré vers la Cote d'Ivoire, le 31 octobre.

Hollande nie que la France ait exfiltré le dictateur … puis se désavoue !

Les révélations du journal Jeune Afriqueont forcé le président à se désavouer. Ce sont bien les autorités françaises, sur demande de Compaoré, qui ont exfiltré le dictateur en fuitele 31 octobre, vers Pô dans le sud du pays, dans un convoi de 28 véhicules civils, sous escorte militaire.

Déjà en contact avec les autorités françaises, il est dévié de son itinéraire quand il apprend que des manifestants burkinabés l'attendent sur place. La France entre alors en jeu, elle intercepte le convoi à 50 km de Pô et transfère Compaoré à bord d'un hélicoptère français, des forces spéciales.

Direction l'est du Burkina, à Fada n'Gouma, où il embarque dans un avion français venu de Cote d'Ivoire.Il atterrit en fin de journée à Yamassoukro, capitale de la Cote d'Ivoire.

Un million de Burkinabés qui disent Non à une dictature anti-populaire. La France, qui le soutient depuis 27 ans, ne trouve rien de mieux que de le soutenir jusque dans sa fuite à Yamassoukro.

Ce n'est pas tout. Les médias français prétendent que François Hollande a « mis en garde », avant la révolution, Blaise Compaoré contre la tentation de s'accrocher au pouvoir, pour un 5 ème mandat.

Mieux vaut tard que jamais, diront certains. Pendant 27 ans, la France a couvert les scrutins de 80 à 90 %, l'opposition réprimée, les syndicats pourchassés, d'un régime basé sur un crime d'Etat : l'assassinat du Che Africain, le fondateur du Burkina Faso, le capitaine marxiste Thomas Sankara.

La lettre de Hollande à son « cher Blaise » :

un soutien sans failles, 15 jours avant la Révolution !

En réalité, la lettre de François Hollande au « cher Blaise », le 7 octobre 2014, est d'une toute autre teneur. Elle est une apologie des qualités, du dévouement à la paix, du leader burkinabé, matinée d'une légère inflexion sur la situation politique, déjà explosive à l'époque :

« Monsieur le Président, cher Blaise,

Votre courrier du 22 septembre dernier confirme l'engagement du Burkina Faso en faveur du rétablissement de la stabilité au Maliet votre soutien au dialogue mené à Alger. Je tiens à vous en remercier, car je sais à quel point vous avez toujours œuvré en faveur du règlement de la crise malienne.


Les négociations inter-maliennes qui se déroulent à Alger devraient aboutir, nous l'espérons, à un accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés. Il importe avant tout que cet accord, respectueux de l'unité et de l'intégrité territoriale du pays et de sa laïcité, puisse permettre au Mali d'en sortir plus fort, de jouir d'une cohésion nationale renforcée et de voir toutes les régions du pays d'avoir un accès égal au développement et à la sécurité.


Il importe également que cet accord soit solide et durable. La région et la communauté internationale auront là un rôle à jouer, pour appuyer, suivre et contrôler l'application de l'accord à venir. Un dispositif de suivi, où la Cedeao aurait toute sa place, sera utile. Le processus de démobilisation et de réintégration des combattants, dans les conditions qui seront décidées lors des négociations, devra être suivi tout particulièrement.

Dans l'attente d'une issue heureuse des négociations d'Alger, la contribution des voisins du Mali à la Minusma est indispensable, notamment en ce qui concerne la sécurisation des zones où l'armée malienne n'est plus présente depuis les événements de Kidal. L'engagement du contingent burkinabè et sa connaissance du terrain est précieux.

Il est important pour le Mali et pour l'ensemble de la région de consolider ses institutions et d'aller encore plus loin en matière de gouvernance et de démocratie. À cet égard, le Burkina Faso pourrait être un exemple pour la région si, dans les mois qui viennent, il avançait lui aussi dans cette direction en évitant les risques d'un changement non consensuelde Constitution. Vous pourriez alors compter sur la France pour vous soutenir, si vous souhaitez mettre votre expérience et vos talents à la disposition de la communauté internationale.


En vous remerciant de nouveau pour votre engagement en faveur de la paix et de la sécurité au Mali, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma très haute considération.

Bien à toi,

François Hollande ».

Le tuteur française se montre bien peu directif, suggérant à Compaoré de ne pas se « risquer à un changement non-consensuel » de Constitution. Quelle audace !

Autrement dit, le maintien au pouvoir de Compaoré, la continuité avec son régime n'était pas un problème pour la France … si elle était négociée.

Dans sa lettre à Compaoré, le manque de démocratie, le peu de considération pour les besoins populaires d'un des pays les plus pauvres du monde ne préoccupe guère Hollande.

Sa seule obssession ?La guerre au Mali. La France a fait de Compaoré un « homme de paix », le médiateur de la CEDEAO.

Elle a fait du Burkina-Faso le fer de lance de la déstabilisation du Mali sous prétexte de stabilisation, de l'ingérence au Mali sous prétexte de démocratisation, avec Compaoré.

Pas besoin de citer la lettre de François Hollande, on retrouve cette rhétorique plus de 10 fois en moins de 20 lignes : Compaoré, modèle pour la pacification, la démocratisation du Mali.

Trois semaines après, il était renversé par 1 million de Burkinabés, disant Non à la dictature, dans un contexte de guerre civile. Ironie de l'histoire.

Fabius à Ougadougou en 2012 : faire du Burkina un modèle pour le Mali

Dès son arrivée au pouvoir, François Hollande a mandaté Laurent Fabius pour se rendre à Ouagadougou en juillet 2012, en pleine crise malienne, pourfaire du Burkina de Compaoré le médiateur privilégié de la France.

Fabius avait alors insisté sur le fait que :« La France et le Burkina Faso sont amis de longue date. Les relations entre nos gouvernants sont excellentes. »

Il ajoutait que le Burkina et la France partageaient le même objectif pour le Mali : le triangle « démocratie-sécurité-développement ». Quelle ironie.

Développement ?Le Burkina fait partie des 10 Etats les moins développés au monde, avec des résultats catastrophiques dans l'éducation, la santé.

Démocratie ? Il faut rester sérieux, quand Compaoré est réélu à 80, 90 %, en réprimant l'opposition, avant d'être chassé par son peuple.

Sécurité ? La presse africaine révèle aujourd'hui que Compaoré a sans doute soutenu en sous-main les rebelles maliens, les groupes islamistes, pour déstabiliser son voisin et rival.

Fabius, il y a deux ans, nous sortait son cathéchisme :« nous croyons pleinement aux droits de la personne, à la liberté, à la fraternité »,avant de préciser : « La France a aussi, notamment au Niger ou dans d'autres pays, des intérêts économiques et ce n'est pas accabler la France que de dire cela. »

N'accablons pas nos dirigeants, leurs intérêts en Afrique, ils ne font que défendre leurs maîtres, les Total, Areva, Bouygues. Il est temps, 50 ans après les indépendances, que les peuples africains prennent enfin en main leur destin.

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