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Côte d’Ivoire – Pourquoi Compaoré a-t-il fui au Maroc avec un passeport ivoirien ? (Connection ivoirienne)

par Serge-Nicolas NZI 30 Novembre 2014, 21:28 Côte d'Ivoire Burkina Faso Maroc Blaise Compaoré Fuite Passeport ivoirien Françafrique

Côte d’Ivoire – Pourquoi Compaoré a-t-il fui au Maroc avec un passeport ivoirien ? (Connection ivoirienne)
Côte d’Ivoire – Pourquoi Compaoré a-t-il fui au Maroc avec un passeport ivoirien ?

Par Serge-Nicolas NZI, Chercheur en communication

Connection ivoirienne



I – Introduction

Ainsi donc après trois semaines d’un séjour stressant et humiliant en Côte d’Ivoire, le tueur froid de Ouagadougou est parti de Yamoussoukro sur la pointe des pieds comme il était arrivé, quelques jours au paravent. Son Passeport Diplomatique Burkinabé avait été annulé par les nouvelles autorités du pays dont-il était hier encore le chef tout puissant. Comme quoi Dieu est le seul maitre du temps et que tout est éphémère ici bas.

C’est donc avec un passeport ivoirien fourni par son protecteur Allassane Dramane Ouattara, qu’il a quitté le pays des éléphants avec femme et enfants. Ce qui était écrit dans son destin se réalise sous ses yeux.

Il grimpera haut dans l’arbre du pouvoir, mais il tombera très bas à cause du sang des innocents qui jalonne son chemin de vie.

Le président Ouattara lui avait dit qu’il pouvait rester le temps qu’il voudra. Oui nous avons entendu ce genre de déclaration en février 1966, Sékou Touré avait proclamé urbi et orbi, à la ville et au monde que le Dr Kwamé Nkrumah, était coprésident de la république de Guinée, cela change quoi ? Et surtout comment cela s’était-il terminé ? Les derniers jours de Nkrumah, furent douloureux, malade abusé et désabusé, isolé dans une résidence, portant en lui et avec lui, ce que notre frère l’ingénieur agronome Amilcar Cabral, avait appelé le cancer de la trahison. Où le soigner ? Ce fut la Roumanie avec les insuffisances médicales que l’on sait et la mort dans le dénuement loin des siens, tel fut la fin de vie du rédempteur.

Compaoré, lui est un militaire et il a compris mieux que quiconque que plus de la moitié de la population ivoirienne était contre sa présence dans un palais luxueux à Yamoussoukro. Son soutien à la rébellion qui a endeuillé ce pays voisin est dans tous les esprits. Les marchés d’état ivoiriens attribués par népotisme à des entreprises burkinabés proches de lui exaspèrent les milieux d’affaires ivoiriens puisque cela n’existe pas en sens inverse. Le malaise est donc profond. Le risque était trop grand pour lui de vivre à cet endroit.

Résider à Abidjan était encore plus dangereux pour lui. Mais à Yamoussoukro, il ne pouvait pas sortir, et sans le vouloir, il était en résidence surveillée. Le militaire qu’il est sait que Mme Indira Gandhi, fut assassinée le 31 octobre 1984, dans la cour de sa résidence de New Dehli, par un militaire de sa garde personnelle.

Ensuite l’idée même qu’un lac plein de crocodiles affamés se trouvant juste devant le palais a fini par le convaincre qu’il fallait partir et le plus vite possible de cet endroit. Mais aussi dès l’annulation de son passeport diplomatique, le tueur froid de Ouagadougou sentait l’étau se resserrer autour de lui, certains accompagnateurs avaient commencé par disparaître, certaines personnes au Burkina ne prenaient plus ses coups de fils.

Plus grave il avait commencé à boire et à fumer, hagard et hébété, il avançait inexorablement vers la dépression. Il s’est saisi du peu d’estime qui lui reste pour demander à partir. Mais aller où ? Il détient à ce jour des informations selon lesquelles des militants sankaristes veulent lui faire la peau.

Mais le plus important est la demande d’extradition qui risque de se retrouver sur la table de la justice ivoirienne pour tous les crimes des Compaoré et compagnie. C’est l’ensemble de toutes ces casseroles qui ont poussé le tueur froid de Ouagadougou à partir et loin de Yamoussoukro. Il ne voulait pas aussi mettre mal à l’aise son hôte Allassane Ouattara et le pousser à choisir entre lui et la relation du Burkina avec la Côte d’Ivoire.

II – Pourquoi le royaume du Maroc ?

Les feux qu’il avait contribué à allumer ou à alimenter dans la sous région et en Afrique, en Angola, Au Libéria, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire et au Mali, font que les opinions publiques de la sous région et au-delà sont hostiles à sa personne. L’assassinat de Thomas Sankara restera colée à sa peau jusqu’à la fin de ses jours. A pars Allassane Ouattara, la plupart des chefs d’Etat africain se lavent les mains après avoir salué Blaise Compaoré le tueur froid de Ouagadougou.

Il a choisi le Maroc pour sa proximité avec l’Europe en cas de maladie, mais aussi pour l’école des enfants et surtout pour bénéficier de la compassion et de la mansuétude du souverain chérifien du Maroc commandeur des croyants. Il n’y a pas d’accord d’extradition judiciaire entre le Burkina Faso et le Maroc. Et les responsabilités spirituelles et religieuses du souverain marocain l’empêchent de livrer pieds et points liés un criminel de la nature de Compaoré à la justice burkinabè, voila les raisons profondes qui ont motivé le choix de ce pays comme lieu de chute du tueur froid de Ouagadougou.

La société civile burkinabé a publié une liste non exhaustive de 76 assassinats perpétrés par le régime criminel de Blaise Compaoré. La justice s’était dévoyée, au lieu de dire le droit les juges ont préféré faire de la politique. Les assassinats non élucidés, des crimes impunis dans un environnement de corruption, de népotisme et de violences d’un pouvoir ivre livré à lui-même par l’aveuglement du prince. La gouvernance du pays était devenue une occupation interne avec les dozos en moins comme chez le voisin.

Voilà pourquoi le moment le plus pathétique du discours du président de la transition Burkinabé, son Excellence Michel Kafando, fut ce passage nécessaire sur la réconciliation nationale, que nous rêvons d’entendre de la bouche de d’autres chefs d’état voisins de la sous région, ou tant de crimes sont impunies et couverts par le népotisme, le tribalisme et la gabegie, qui sont les identifiants de leur gouvernance.

«Au nom de la Réconciliation nationale, j’ai aussi décidé, par le fait du prince, que les investigations pour identifier le corps du président Thomas Sankara, ne seront plus assujetties à une décision de justice, mais seront du ressort du gouvernement. Et d’ores et déjà, aujourd’hui même, à cet instant même, cette autorisation est accordée».

Mieux la création d’un mausolée des martyrs pour rassembler les restes mortuaires des héros du combat pour la dignité et la liberté. Ce fut pour les utopistes ivoiriens et burkinabés et pour tous les amoureux dune réelle dignité des peuples africains un grand moment de joie qui nous arrache des larmes aux yeux en plein cœur du sahel. Ce qui prouve que l’histoire qu’on croyait absente ou endormie vient de se relever pour reprendre ses droits dans le mouvement continu de la restauration de son balancier que nous attendions depuis si longtemps.

Pourquoi ces choses simples n’ont-elles pas été possibles sous le pouvoir Compaoré ? Norbert Zongo et ses compagnons de voyage furent tués dans le véhicule qui les transportait, celui-ci fut arrosé d’essence et brulé carbonisant ce qui restait d’eux. Puis l’accusé du procès bénéficia d’un non lieu.

Jamais la crapulerie ne s’était installée avec autant d’aisance à la tête de la patrie des hommes intègres sous le régime du tueur froid de Ouagadougou. Compaoré voulait finalement être César et Brutus à la fois, son vœux a été exaucé par le Burkina nouveau, puisse qu’il vient de se rendre compte lui-même qu’il a gouverné ce peuple pendant vingt sept ans sans le connaître.

III – Les partis politiques et la vigilance civique au Burkina Faso

Ce qui est arrivé au pays des hommes intègres oblige les partis politiques ici comme ailleurs en Afrique à être vigilant, a toujours avoir en ligne de mire le souci des souffrances de nos malheureuses populations africaines. Au Burkina Faso comme ailleurs, il y a des choses à ne plus faire. Ceux qui pensent que gouverner c’est tuer, pendre et remplir les prisons se trompent d’époque.

Le fait que nous n’avons pas été capables nulle part de gérer nos pays africains en faveur de nos populations. Le fait que plus de cinquante ans après les indépendances des choses simples comme l’eau, l’électricité. La route, le dispensaire, la maternité, la pharmacie ou l’ambulance, demeurent un luxe pour beaucoup de nos régions est la preuve patente de notre échec. Les choses vont de plus en plus se compliquer dans les dix prochaines années. Car les peuples vont de plus en plus être exigeants avec les gouvernants. « Nous ne voulons pas mourir comme des idiots. » Disaient les burkinabés hier encore devant les décombres fumantes de l’assemblée nationale de Ouagadougou.

Ceux qui pensent régner sans partage avec leurs frères sœurs, cousins, neveux, nièces et copains se trompent d’époque. L’avenir appartient désormais aux partageurs. A ceux qui sont capables d’écouter les autres. Ceux qui ne mettent pas leur famille et leur ethnie au cœur de la gouvernance et enfin à tous ceux qui sont capables de s’asseoir avec nous pour que nous recherchions en commun nos propres réponses à nos problèmes afin de ne plus insulter l’avenir.

Ceux qui sont tous les matins chez l’ancien colonisateur pour dénoncer leurs propres concitoyens ou mettre nos modestes ressources au service de leurs amitiés se trompent de projet de société. Car ils nous conduisent dans une occupation interne qui étouffe tous leurs concitoyens de l’intérieur comme de l’extérieur du pays.

Dans cette nouvelle phase tous ceux qui n’ont que l’extérieur comme miroir et qui ont toujours le nez dans les affaires des autres, ceux qui pensent que leurs amitiés extérieures comptent plus que leur peuple, subiront dans leur entêtement le même sort que l’exil infligé par le Burkina Faso au tueur froid de Ouagadougou Blaise Compaoré. Nous parlons ici d’un immense aveuglement dans la deuxième décennie du XXIème siècle en plein cœur du sahel.

Voilà pourquoi nous demandons aux partis politiques d’éviter d’être des nids d’abeilles. Ils sont pour la plupart sclérosés, incapables de féconder le bonheur commun, on y apprend plus à se protéger les uns contre les autres au lieu de travailler ensemble pour porter un projet novateur capable d’accoucher une société juste et vivable pour tous. Disputes et divergences étalées sur la place publique, discours incendiaires des uns contre les autres.

Scission, palabres, éclatements, transhumances et transfuges d’un parti à l’autre. Nous assistons médusés, un peu partout à des intrigues, de la médisance, des croques-en -jambes, des querelles de tendances, du gaspillage d’énergies, on passe plus de temps à se chamailler, à s’épier les uns les autres, l’ethnie, les orgueils personnels, les humeurs, les intolérances, la déloyauté et la recherche du profit personnel. Les positionnements, les plans de carrières. Voilà ce qui a éloigné beaucoup d’entre nous des fosses aux reptiles que sont les partis politiques dans nos malheureux pays africains.

Comment le lézard géant, les serpents, les scorpions, les crabes, les margouillats, les fourmis magnans, les grillons, des termites et des pangolins, peuvent-ils faire bon ménage en cohabitant dans une telle fosse ou l’un est le prédateur de l’autre ? Pourquoi au sein de la mouvance présidentielle qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir des voix ne se sont pas élevées frontalement pour lui dire non à la révision constitutionnelle ?

L’image minables des députés du CDP (le congrès pour la démocratie et le progrès) et leurs alliés mis au vert dans un hôtel exactement comme une équipe de football à la veille d’un match, afin d’aller voter ensemble le référendum de Compaoré le lendemain. Comment les élus du peuple ont-ils pu aller aussi loin dans la forfaiture et surtout un embrigadement que le colonisateur lui-même n’avait pas osé ? C’est plus que dégoutant et prouve que ces parlementaires n’ont rien compris de ce qui devait être leurs missions.

Le résultat final est là, l’hôtel fut pillé, les domiciles des députés saccagés et incendiés pour donner à tout ceux qui veulent nous représenter, de prendre désormais le soin de nous écouter et de gouverner pour le bien commun. C’est une exigence de vigilance civique nécessaire pour la bonne gouvernance.

Ce n’est pas parce qu’on est membre du parti au pouvoir qu’on doit se taire quand des innocents croupissent en prison. C’est parce qu’on est du parti au pouvoir qu’on est le mieux placé pour dénoncer des crimes crapuleux qui fragilisent la nation, endeuillent des familles et donnent aux autres le sentiment que c’est parce qu’ils ne sont pas des vôtres que vous les traités ainsi. Alors les mécontents s’organisent, cela prend du temps certes. Mais celui qui est accroché au pouvoir fini par accroitre par sa malfaisance le nombre de mécontents.

Le résultat est devant nous, de la chute d’Idi Amin Dada, à la mort d’Habyarimana, en passant par la chute de Bokassa à la fuite de Mobutu et de Compaoré, le scénario est partout le même, c’est la faillite d’un homme, de ses courtisans et surtout du parti politique qui a accepté sans broncher le destin funeste vers lequel se dirigeait le pays, qu’il faut imputer la responsabilité du désastre.
Il faut repenser complètement le rôle des partis politiques dans une vision d’avenir pour tous et non des combines au profit d’un clan ou d’un groupement d’intérêts, c’est notre avis et nous l’exprimons sans l’ombre d’une ambigüité.

IV – Postulat de Conclusion générale

C’est avec beaucoup d’amertume que Blaise Compaoré a quitté le pouvoir. Il était angoissé, un homme aux aboies et vivant dans la crainte, qui a quitté Yamoussoukro avec femme et enfants. Ses biens, argent, meubles et immeubles au pays peuvent être confisqués par le pays des hommes intègres. Il peut être poursuivi pour haute trahison, indignité nationale, abus de confiance, crimes politiques et économiques ainsi que l’atteinte à l’unité nationale.

Habitué à la combine, à l’argent facile à travers le népotisme, le trafique d’influence, la gabegie et le crime, il aura du mal à se reconvertir en homme d’affaires ou en consultant politique. La déprime le guette, l’avenir de sa famille le préoccupe, mais plus grave le regards du monde le transverse au quotidien. Il est perçu comme un assassin, politicien retord, magouilleur et entêté. Il a ainsi pu goûter à ce fruit amer qu’il a tant de fois servi aux autres, la trahison. Le Burkina Faso revient de loin car de là où d’autres pays faisaient appel à des forces étrangères et à des zozos égorgeurs pour créer le chaos, les burkinabés, c’est-à-dire société civile, partis politiques, chefs coutumiers et religieux, l’armée, les femmes et les jeunes ont été capables de s’asseoir, de rechercher une boussole commune pour s’orienter dans la bonne direction. Heureuse cette armée qui ne nourrit pas son pays de mutineries corporatistes, heureux ces partis politiques, qui ne sont pas fondés sur l’ethnie mais sur l’intérêt général.

Heureuses femmes qui ont bravé les gaz lacrymogènes pour prendre leur part de lutte. Heureux les chefs coutumiers et religieux qui on su aller au delà de l’ethnie et de leur paroisse pour rassembler un peuple humilié. Heureuse jeunesse Burkinabé qui a compris très vite ou se trouvaient les portes de l’avenir. Voilà ici devant vous ce que c’est qu’une nation réconcilier ou l’emprisonnement, le crime crapuleux et les pendaisons ne sont plus les instruments de gouvernance. Nous avons vu cela au Burkina-Faso.

En ces instants où Compaoré goûte avec délice et grand plaisir à l’exil qu’il a lui-même imposé à la famille de notre frère Thomas Sankara, nous lui demandons de consacrer du temps à méditer et à réfléchir sur: la trahison dans l’espace public. C’est un ouvrage qui venant de lui aura un succès mondial, puisse qu’il est césar et Brutus à la fois.

Peut-on faire de la politique sans trahir ses convictions et les idéaux de son propre camp? Peut-on faire de la politique sans moral, sans compassion et en tuant tous ceux qui ont des opinions contraires ? Ce sont de grandes questions qui assaillent tous les africains qui veulent voir loin en commençant par voir ce qui est devant eux. Dans les sociétés africaines le traître est considéré comme une personne maléfique, il est déloyal et perçu comme l’incarnation du diable. C’est ce que fut Compaoré au Burkina-Faso.

En définitive, la trahison touche aujourd’hui les relations humaines dans toutes les sphères possibles: la famille, l’amitié, la relation à plus puissant que soi, au souverain et même la relation à Dieu (puisqu’il peut s’agir d’une rupture de foi). La trahison modifie l’équilibre du monde.

Le traître brise l’ordre moral, social et pervertit les solidarités. La trahison est souvent causée par l’envie, la soif de pouvoir, l’ambition, la volonté de s’élever au dessus de sa condition, de sortir d’un état de dépendance, de s’affranchir d’une domination. En ce sens elle est aussi un danger pour la société, pour sa cohésion et sa stabilité. Blaise Compaoré le tueur froid de Ouagadougou vient de l’apprendre à ses dépends.

Voilà pourquoi nous lui faisons don ici des sages paroles de notre frère l’écrivain ivoirien feu Amadou Kourouma, afin qu’il en fasse sa boussole de vie pour le restant de ses jours.

« Prévenir la trahison, débusquer le faux ami, le jaloux parent, le traitre avant qu’il inocule son venin est une opération aussi complexe que nettoyer l’anus d’une hyène. »

Lecteurs d’Afrique et d’ailleurs, c’était notre regard sur le départ du tueur froid de Ouagadougou vers le Maroc.
Merci de votre attention.

Dr Serge-Nicolas NZI

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