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Le Front National appelle au réarmement de l’impérialisme français (WSWS)

par WSWS 13 Novembre 2014, 20:47 France Front National Impérialisme néocolonialisme Françafrique

Le Front National appelle au réarmement de l’impérialisme français (WSWS)
Le Front National appelle au réarmement de l’impérialisme français
Par Francis Dubois
WSWS

Mardi 11 novembre, l'anniversaire de la victoire des impérialismes alliés dont la France sur l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale, la dirigeante du Front national néofasciste Marine Le Pen a appelé au réarmement de l'impérialisme français dans un discours belliciste.

Les déclarations de Le Pen ont été diffusées et commentées favorablement par des journaux et périodiques à grand tirage, la radio et la télévision, qui l’ont traitée comme porte-parole officiel de la campagne pour le réarmement menée par la classe dirigeante.

Elle a en particulier appelé à un arrêt immédiat des réductions budgétaires pour l’armée, et à un renversement de tendance vers une augmentation systématique du budget militaire et un tournant résolu vers un réarmement accéléré.

Elle avança le chiffre de 2 pour cent du PIB et une augmentation de 2 milliards d’euros par an, indéfiniment. Elle veut « sanctuariser le budget de la Défense en insérant dans la Constitution un article interdisant au gouvernement de baisser ce budget sous la barre des 2 pour cent du PIB ». A 31,4 milliards d'euros en 2014, le budget de la défense représente aujourd'hui environ 1,5 pour cent du PIB. Dans ce cadre, elle a insisté sur la construction d’un deuxième porte-avions.

Le Pen a présenté la situation matérielle de l’armée française comme catastrophique, un truc utilisé en ce moment en Allemagne pour faire avaler à la population qu’il était soudain urgent d’injecter d’énormes sommes dans l’armée. Le Pen a dit qu’à force de « déshabillages progressifs », l’armée française risquait d'être « ravalée au rang de force d'intervention supplétive au service d'intérêts différents de les nôtres ».

Elle a en outre appelé à réintroduire le service militaire obligatoire. Le président Hollande avait lui-même évoqué le rétablissement d'un service militaire obligatoire lors de sa prestation télévisée de mi-mandat le 6 novembre.

Le FN a non seulement en vue l'ennemi extérieur mais aussi l'ennemi intérieur, c'est-à-dire la préparation d'une guerre civile contre la classe ouvrière. Le Pen a appelé à la création d’une « garde nationale », une mesure clairement destinée non pas aux interventions extérieures, mais à la répression en France même. Elle serait constituée de « 50.000 hommes, mobilisables rapidement » et « pourrait être constituée de militaires et d'appelés dans le cadre d'un service militaire renouvelé ».

Elle avait déjà dit il y a trois ans à ce sujet : « Nous assurerons en priorité la protection du territoire national…, notamment grâce à la mise en place d'une garde nationale de 50.000 réservistes, hommes et femmes, mobilisables dans un bref délai, moins de 24 heures ». La garde nationale agirait en renfort des forces de l'ordre et participer à la défense du territoire national en protégeant les points d'intérêts vitaux.

Ce discours a une tonalité politique évidente. Alors que le gouvernement profondément impopulaire de François Hollande s’enfonce dans une crise de régime de plus en plus sévère, Le Pen se pose directement en alternative de Hollande, s'avance pour défendre la politique de réarmement voulue par la bourgeoisie, et lance un appel politique à l’armée.

En mai dernier, de hauts militaires français s’étaient ouvertement opposés au gouvernement Hollande pour lui reprocher ses coupes dans le budget de l’armée. Quatre généraux cinq étoiles, dirigeant les trois corps d’armée ainsi que le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, avaient présenté leur démission pour protester contre des projets de coupes supplémentaires de 6 milliards d’euros dans le budget de la Défense sur trois ans.

Les généraux intervenaient dans une crise profonde de l'impérialisme français. Tout en imposant des mesures d'austérité draconiennes contre la classe ouvrière, Hollande mène une série d'interventions militaires, de l'Irak à la République centrafricaine, passant par la Syrie et le Mali. Néanmoins, la France passe derrière l'Allemagne sur le plan militaire.

Alors que les tensions économiques et politiques montent entre les deux pays, le budget militaire de l’Allemagne a récemment dépassé celui de la France. En quatre ans, il a augmenté de 7 pour cent à 32,4 milliards d’euros, alors que celui de la France, sur la même période a baissé de 2,5 pour cent à 31,4 milliards. La France reste toutefois devant l’Allemagne pour les dépenses d’équipements militaires, avec un budget annuel de 12,9 milliards, contre 7,9 milliards.

Ceci constitue un avertissement lancé à la classe ouvrière en France et à travers le monde. Les vieilles rivalités inter-impérialistes qui ont fait des dizaines de millions de morts dans les guerres du 20e siècle resurgissent aujourd'hui, au milieu de la plus grande crise du capitalisme depuis les années 1930.

La bourgeoisie française est déterminée à participer pleinement à la remilitarisation de l’Europe, dont le fer de lance est la campagne de réarmement lancée par l' Allemagne. Les dépenses de plus en plus importantes occasionnées par ces préparatifs de guerre impérialiste et de guerre civile seront payées par une destruction encore plus agressive des salaires et des conditions de travail, et aussi des droits démocratiques.

Si les néo-fascistes avancent ces propositions, c'est parce que la classe dirigeante est de plus en plus convaincue que le FN se trouve dans la meilleure posture politique pour imposer ce programme, qui a le soutien de toute la classe politique. A part la question du service militaire, plusieurs responsables PS ont déjà proposé d'utiliser l'armée pour maintenir l'ordre dans des quartiers chauds de Paris ou de Marseille.

Les propositions de Le Pen pourraient se retrouver dans les programmes des autres partis de l’impérialisme français, de la pseudo gauche à l’UMP en passant par le PS et les staliniens, mais Le Pen s’en démarque toutefois par sa revendication d’une sortie de l’OTAN, marquant ainsi ses distances avec les Etats-Unis, et par son opposition à l’Allemagne, sous forme d’opposition à l’UE.

« On l'a vu en Libye, on l'a vu en Syrie : nous sommes en attente le doigt sur la couture du pantalon de ce que Barack Obama va nous dire de faire ou ne pas faire », a-t-elle dit. Le Pen préconise une politique militaire « indépendante, et liée à une diplomatie indépendante, indépendante de l'UE et de l'Otan. »

Le FN est cependant un parti farouchement impérialiste, qui critique la participation de la France dans des guerres de Washington ou de l'OTAN parce qu'elle nuirait au déroulement des interventions impérialistes de la France. Le Pen craint donc que « nous ne pourrions même plus demain mener l'opération du Mali ».

Le Pen s'avance manifestement en représentante des forces militaires. Elle avait déjà lancé des propositions de politique militaire en décembre 2011 s’appuyant, selon le journal Marianne, « sur les réflexions du contre-amiral Jean-Yves Waquet, ancien commandant du premier sous-marin nucléaire Redoutable. Elle avait salué la présence du général Henri Pinard-Legry, président de l'Association de soutien à l'armée française (Asaf) … »

A l’époque elle avait déjà dit : « Nous réaffirmerons et préciserons notre concept de dissuasion nucléaire, laquelle demeurera le fondement de notre stratégie de défense ».

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