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Le Maroc au ban du foot africain (Mondafrique)

par Patrick Juillard 13 Novembre 2014, 09:30 Maroc CAN Football Ebola Afrique

Le Maroc au ban du foot africain (Mondafrique)
Le Maroc au ban du foot africain
Par Patrick Juillard
Mondafrique

La Confédération africaine de football a annoncé des sanctions contre le Maroc, qui a refusé d'organiser la Coupe d'Afrique des Nations 2015, du 17 janvier au 8 février prochains. Sous prétexte d'une possible contagion de l'épidémie d'Ebola.

Alors que l’épreuve est supposée débuter le 17 janvier, impossible aujourd’hui de savoir si la Coupe d’Afrique des Nations 2015 se déroulera bien aux dates prévues, ni même si le tournoi aura bien lieu. Lundi dernier, la Confédération africaine de football avait exclu tout report de la CAN et donné jusqu’au 8 novembre minuit au Maroc pour se positionner. Ce qui fut fait samedi en fin de soirée. Sans surprise, le Maroc est resté ferme. Face au risque représenté par le virus Ebola, le Royaume a réitéré sa demande de report, et réclamé un délai d’un an.

Ebola au banc des accusés
Publié au terme des cinq jours accordés par l'instance panafricaine, le communiqué du ministère marocain de la Jeunesse et des Sports met en avant « un cas de force majeure strictement sanitaire », et assure que c’est « après mûre réflexion » qu’a été formulée cette demande de report de la CAN de 2015 à 2016. Si le Royaume se dit « prêt pour l'organisation de la CAN sur le plan sportif, organisationnel et logistique », les autorités plaident la cause du report, l’estimant « parfaitement recevable », car « dictée par des raisons sanitaires de la plus haute dangerosité, liées aux risque sérieux de propagation de la pandémie mortelle Ebola. »
Un discours irrecevable pourla CAF, qui estime non sans raison avoir dès sa résurgence pris le risque Ebola très au sérieux en encadrant strictement les déplacements des équipes de pays touchées et de leurs supporters, en ligne avec les recommandations de l’OMS. Réunie en comité exécutif ce mardi au Caire, l’instance panafricaine a donc logiquement pris acte du refus marocain d'organiser la CAN 2015 aux dates prévues et annoncé que des sanctions seraient prises contre le Royaume.
« La commission d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations appliquera ultérieurement les dispositions règlementaires qui s’imposent, suite au non-respect par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) des clauses règlementaires et contractuelles, dont celles stipulées dans l’accord cadre signé entre la CAF et la FRMF en avril 2014 », indique le document mis en ligne sur cafonline.com, qui conclut logiquement en annonçant la disqualification du Maroc. « Aussi et suite au refus de la partie marocaine, le Comité Exécutif décide que l’équipe nationale du Maroc est automatiquement disqualifiée et ne pourra prendre part à la 30eme édition de la Coupe d’Afrique des Nations Orange 2015. »


Ebola, un simple prétexte ?
Il s’agit du seul et unique argument des autorités marocaines dans ce dossier, mais l’impossibilité de réduire à zéro le risque Ebola suffit-elle à expliquer l’inflexibilité de la position marocaine sur la question de la CAN 2015 ? Il est permis d’en douter. Si les défenseurs d’une application drastique du principe de précaution trouveront dans l’attitude du Royaume matière à se réjouir, ils relèveront que cette attitude semble être à géométrie variable pour le Maroc, qui accueillera en décembre la Coupe du monde des clubs de la FIFA.
Une contradiction soulignée par la CAF dès le 3 novembre. « Le nombre de supporters étrangers attendus dans les stades pour cette Coupe du monde des clubs 2014 est largement supérieur à celui attendu pour la CAN 2015. En outre, la quasi-totalité des supporters pour la CAN sont résidents au Maroc, et considérant le pouvoir d’achat moyen dans l’essentiel des pays africains, il est illusoire d’attendre plus de 1000 personnes venant du continent pour assister à la CAN 2015, exception faite de ceux du Maghreb qui bénéficient dans le cas d’espèce d’une proximité géographique », estime l’instance panafricaine.

Hypocrisie quand tu nous tiens ? Il n’est pas interdit d’y voir des arrière-pensées économiques, moins avouables. Car la survenue de cas de fièvre Ebola sur le territoire du pays à la faveur de la CAN aurait un impact désastreux sur les saisons touristiques à venir. Mais pas seulement. Une autre hypothèse a pris corps : la crainte de menaces sur la sécurité de l’événement. Récemment, suite à l’assassinat d’Hervé Gourdel en Algérie, le ministère français des Affaires étrangères a inclus le Maroc à une liste de 40 pays à risque.

« Dans le contexte régional actuel, le risque terroriste persiste dans l’ensemble de la zone saharo-sahélienne, y compris au Maroc. Le retour potentiel au Maroc de certains djihadistes marocains actuellement en Syrie, estimés à plus d’un millier par les autorités marocaines, renforce la menace, notamment contre les intérêts étrangers dans le royaume », écrit le Quai d’Orsay dans ses « Conseil aux voyageurs », avant de formuler une recommandation : « Il est vivement recommandé aux Français résidents ou de passage au Maroc de faire preuve de la plus grande vigilance dans les lieux publics ou de rassemblement. » De quoi faire réfléchir avant un événement susceptible de drainer un nombre important de spectateurs venus d’Europe.


Un match sur tapis vert
En quète d'une alternative au Maroc, la CAF se donne le temps d'étudier les candidatures reçues : « Ces candidatures sont actuellement à l’étude, et le comité exécutif finalisera la sélection de l’association nationale retenue sous peu, et confirmera le lieu et la date du tirage au sort de la phase finale par la même occasion (initialement prévu à Rabat le 26 novembre, ndlr). Le comité exécutif confirme donc le maintien des journées éliminatoires 5 et 6 qui auront lieu au courant du mois (14/15 novembre et 19 novembre), permettant la qualification des 15 équipes qui se joindront à la sélection nationale du pays hôte ».
Reste à savoir quel(s) pays africain(s) auront les reins assez solides pour prendre le relais du Maroc dans un délai aussi serré. L'Angola, qui avait accueilli l’épreuve en 2010 et dispose de stades ou d’infrastructures au niveau, et le Nigeria, bien doté en enceintes modernes (la dernière ayant été inaugurée à Uyo pas plus tard que vendredi) ont été cités mais aucun de ces deux pays n'a depuis donné le moindre début de confirmation, laissant à la CAF la primeur d’une annonce. Même si elle s’est dit réservée à propos d’une co-organisation, l’instance panafricaine pourrait reconsidérer sa position : des « tickets » Algérie-Tunisie, Soudan-Egypte, Angola-Zambie ou Angola-Gabon seraient envisageables dans ce cadre, même si ce type d’attelage n’est jamais sans risque pour la bonne tenue du tournoi.
Une rude bataille juridique est à prévoir entre la CAF et le Maroc. Selon des sources proches du dossier, des avocats s’activent déjà à la défense des intérêts du Royaume. La définition de la « force majeure » (le cas s'applique-t-il ou non à la menace Ebola au Maroc ?) et la rupture des engagements passés avec la CAF (on remarque qu'à aucun moment dans son communiqué le Maroc ne dit renoncer à organiser la CAN 2015, juste qu’il souhaite son report à une date ultérieure) seront au cœur des débats.

Le Maroc, mauvais élève
De sévères sanctions attendent le Maroc, a fortiori en cas d'annulation définitive. Le manque à gagner pour la CAF serait considérable et les amendes infligées à l'organisateur récalcitrant seraient proportionnelles au préjudice subi. Chaque Fédération devrait se voir rembourser les frais engagés pour les éliminatoires (1 million de dollars par pays selon des estimations), sans parler des droits TV déboursés par les diffuseurs, et notamment Canal +... Les représailles pourraient aussi être sportives, avec une suspension probable du Maroc pour une ou plusieurs éditions de la CAN et une exclusion des équipes de Botola (le Championnat marocain de football, ndlr) de toutes les compétitions interclubs organisées par la CAF.

commentaires

papasmamans 19/04/2015 21:39

Maroc vs CAN sur appareil android
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