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Burkina Faso : qui a tenu le manche du balai ? Ou Comment organiser une « révolution » pour que rien ne change (Tlaxcala)

par Vladislav Marjanović 21 Décembre 2014, 08:37 Burkina Faso Révolution burkinabè Blaise Compaoré Zida Coup d'Etat

Burkina Faso : qui a tenu le manche du balai ? Ou Comment organiser une « révolution » pour que rien ne change (Tlaxcala)
Burkina Faso : qui a tenu le manche du balai ? ou Comment organiser une « révolution » pour que rien ne change

Par Vladislav Marjanović

Tlaxcala

« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi ! »
« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ! »
Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard (Il Gattopardo), 1958

Une euphorie prématurée

Ca y est ! Le « Beau Blaise » Compaoré a fini par décamper. Certes après 27 ans de règne, mais tout de même. C’était la fin d’un chef d’État autoritaire qui se présentait volontiers comme éclairé, conciliateur entre les parties en conflit dans les pays voisins, bon élève des institutions financières internationales, hospitalier envers les compagnies étrangères que son ministre des Mines invitait avec insistance à venir exploiter les ressources du sous-sol (pardon, d’y investir), promoteur des arts (du Festival du film africain FESPACO) et des métiers (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou), ainsi que de la culture (Semaine nationale de la Culture) et du tourisme (Salon international du tourisme et de l’hôtellerie), mais qui n’arrivait pas à laver ses mains du sang de ses opposants, dont celui de son ami et prédécesseur Thomas Sankara, trop révolutionnaire pour la « communauté internationale » ou du journaliste Norbert Zongo, trop critique à son goût. On avait beau être beau, plaider pour l’arbre à palabres comme exemple parfait de la démocratie africaine et être bien reçu ses pairs occidentaux, français en premier lieu, mais aussi du guide de la révolution libyenne Mouammar el Kadhafi, les libres esprits, ni de son pays, ni du reste du monde, ne pouvaient jamais lui pardonner ces crimes. Ajoutez à cela la politique d’ «ajustement structurel », si chère aux institutions financières internationales, qui a produit la « croissance »…avant tout de la pauvreté. Celle-ci était aggravée par la crise mondiale de 2008 et le renchérissement astronomique des produits de première nécessité, dont le riz. Le peuple désespéré était alors descendu dans la rue, mais rien n’y fit. Apparemment, la colère populaire ne suffisait pas à chasser du pouvoir Compaoré et ses acolytes. Il fallait attendre encore six ans pour qu’elle parvienne à les balayer de la scène.

L’euphorie qui a accompagné cet événement est vraiment touchante. Les bonnes âmes sautent de joie. Dans les médias électroniques et sur Facebook on s’empresse de louer le peuple. On est persuadé que désormais la situation au Burkina Faso va changer et qu’un avenir meilleur est à portée de main. Vérité ou illusion ? Voilà la question.

À ce dilemme, les bonnes âmes trouvent rapidement la solution. Elles s’obstinent à croire que chaque mouvement collectif contre un régime autoritaire serait le début d’une révolution, c’est-à-dire de la victoire du Bien sur le Mal. Mais leur crédulité risque de se voir emporter tôt ou tard par la déception. Les révolutions en Afrique du Nord en sont la confirmation. N’a-t-on pas salué le départ des dictateurs de cette partie du monde avec un sentiment de soulagement ? Certainement. Plus de dictature policière comme dans la Tunisie de Ben Ali, plus de pharaons comme Hosni Moubarak, plus de « guides » excentriques allant jusqu’à se proclamer rois des rois et des chefs coutumiers et religieux africains comme Mouammar el Kadhafi. Le peuple avait parlé, les jeunes pleins d’enthousiasme étaient dans les rues. La chaîne de télévision franco-allemande Arte qui accompagnait de près leurs actions diffusait quotidiennement des reportages sur la « génération-révolution ». Mais la révolution, dans le sens social du terme, n’avait toujours pas eu lieu. À sa place on ne pouvait retrouver que le chaos et les conflits internes. Les seuls qui en tiraient profit étaient, comme d’habitude, l’impérialisme US, les compagnies multinationales et les institutions financières internationales, bref le système néolibéral.

Il serait, cependant, faux d’ignorer le potentiel révolutionnaire des masses. Leur indignation contre un système mondial antisocial gronde. Elles sont avides de changement et n’hésiteront pas à s’y engager. Mais sans une organisation indépendante de toute manipulation en faveur d’intérêts autres qu’humains et sociaux, sans une logistique appropriée, sans un programme bien défini et une vision sociale d’avenir élaborée, c’est l’échec qui les attend.

Le soulèvement populaire au Burkina Faso fait-il exception ? Ça aurait été trop beau. Cependant, en regardant de près, que retrouve-t-on ? Le logo du poing serré de « Canvas », anciennement « Otpor ». Il s’agit d’une organisation non-gouvernementale serbe à la solde des USA. Après avoir renversé le régime autoritaire de Slobodan Miloševiċ, elle s’était transformée en une institution spécialisée dans l’entraînement des cadres qui allaient fomenter des « révolutions colorées » ! Bon, la présence d’un symbole, en version modifiée, ne doit pas être nécessairement considérée comme l’indice d’une cinquième colonne. Ceci pourrait être une simple coïncidence. S’ilen était ainsi, il n’y aurait pas de doute sur la spontanéité de ce mouvement. Mais était-il spontané ?

Le « Balai citoyen » apparaît sur la scène

On aurait pu avoir cette impression, du moins au début, car le mécontentement populaire vis-à-vis du régime Compaoré était presque général. Ce n’est qu’après le départ de Compaoré en exil que les grands médias internationaux ont prêté attention à une organisation civile au nom symbolique de « Balai Citoyen ». À sa tête aucun politicien ou militaire, mais deux artistes-musiciens populaires : Smockey et Sams K Le Jah. Le public, pardon, la population pouvait leur faire confiance, car en tant qu’artistes, ils seraient moins exposés à la tentation du pouvoir. Ils ne voulaient, d’ailleurs, rien d’autre qu’ « assainir citoyennement et proprement le Faso ».[1]

Pour pouvoir le faire, ils avaient besoin d’un bon balai : un « Balai Citoyen » naturellement. Ils n’ont pas hésité à le prendre en main le 29 juin 2013, lors de la marche des citoyens organisée à Ouagadougou, la capitale burkinabè contre la tentative du président Blaise Compaoré de changer la Constitution afin d’obtenir un troisième mandat. À cette occasion, devant les manifestants réunis à la place de la Nation, le reggae-man Sam’S K Le Jah (du vrai nom Sama Karim) brandit pour la première fois un balai en disant : « Je veux dire à cette opposition que nous ne sommes pas sortis pour rentrer sans suite. On va rester mobilisés jusqu’à ce que les gars [gens du pouvoir] reculent »[2]. Au correspondant de « Burkina 24 » le rappeur Smokey (Serge Samson Bambara) explique : « Le balai, c’est un mouvement apolitique qu’on veut lancer pour tous ceux qui veulent réagir mais qui n’ont pas envie de s’engager dans un parti politique »[3]. Le mouvement prendra son essor comme un feu de paille. Le 18 juillet 2013 il sera officiellement constitué. En moins d’une semaine le mouvement aura 1.500 membres sur les réseaux sociaux. Deux mois après la création, un club de 60 personnes allait être fondé dans chaque quartier de la capitale et dans la plupart des grandes villes du pays.[4] Des clubs vont aussi être mis en place au sein de la diaspora burkinabè aux USA, en France et en Allemagne.[5]

Lorsque le président ivoirien Ouattara rencontre George Soros (ici à New York en septembre dernier), la presse ivoirienne titre : « Alassane Ouattara reçu en audience par son ami le milliardaire américain Georges Soros »

Ce succès foudroyant a une allure de miracle. Mais le miracle a-t-il vraiment eu lieu ? On pourrait plutôt parler d’un enchainement de circonstances favorables. Le journal électronique « Burkina 24 » nous apprend que la manifestation du 29 juin 2013 s’était déroulée dans le cadre du Festival Ciné Droit Libre[6]. Ce festival, crée officiellement en 2004 par l’Association Semfilms, s’était donné comme objectif de défendre les droits humains et la liberté d’expression en Afrique[7]. Or le festival lui-même est sponsorisé par trois structures de partenaires avec le soutien financier de l’OSIWA, plus précisément de l’Open Society Institute for West Africa du gourou financier US George Soros[8]. Ce dernier aime apparaître comme philanthrope. Mais il a aussi deux passions : la spéculation financière et les révolutions dites « colorées ». Était-il sur le point d’en fomenter une nouvelle, cette fois en Afrique subsaharienne ? On aurait pu le suspecter. Le quotidien allemand de la gauche libérale taz la baptisa « printemps noir »[9]. Une couleur, tout de même. Comme par hasard…

Toutefois, Soros ne paraissait pas être pressé. Sa fondation OSIWA, installée au Sénégal depuis 2000, s’occupait surtout de la promotion des initiatives culturelles et médiatiques locales. Mais la politique n’était pas abandonnée pour autant. Seuls les protagonistes avaient changé. Au lieu de politiciens et d’intellectuels, la mobilisation de l’opinion publique pour les objectifs US et les siens se faisait plutôt à l’aide de cinéastes ou de musiciens. En 2011 commençait de fonctionner au Burkina Faso la « Droit Libre TV », une petite chaîne de cinq personnes, dirigée par le Hollandais Gideon Vink, installé dans le pays depuis 40 ans.[10] Toutes les semaines cette chaîne produisait deux ou trois vidéos sur des sujets sensibles. Bientôt elle avait deux millions de visiteurs et avait produit en trois ans environ 300 vidéos[11]. Une activité de de mobilisation des esprits par le biais d’informations ciblées était mise en place et gagnait apparemment en vitesse. Deux millions de visiteurs, c’est autant de multiplicateurs et, par leur biais, la plupart des 16,930 millions de Burkinabés pouvait être touchée. Ce fait ne devrait pas être sous-estimé.

Le « Y-en-a marre » sénégalais comme modèle

Cette même année 2011, au Sénégal, apparaissait le mouvement contestataire « Y’en a marre ». En effet, une bonne partie des Sénégalais en avait marre de leur ancien président Abdoulaye Wade qui, lui aussi, tentait d’éterniser son pouvoir et, si possible, le transmettre à sa postérité. « Y’en a marre » devenait l’expression du mécontentement populaire et contribua grandement à la défaite de Wade lors de l’élection présidentielle de 2012. Cet événement équivalait à une véritable révolution sans couleur définie. Mais dans sa mise en place, il y avait une nouveauté : une organisation grassroot, fondée le 18 janvier 2011 par le journaliste Fadel Barro et les rappeurs Thiat, Kilifeu, Simon et Fou-Malade (respectivement Cheikh Oumar Cyrille Touré, Mbess Seck, Simon Mohammed Kouka et Malal Talla), mobilisait les masses et faisait preuve d’efficacité.

Ceci lui valait de la reconnaissance. De qui ? Tout d’abord de Paris. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, en visite à Dakar, n’a pas seulement salué l’exemple de « Y’en a marre », mais il a rencontré ses responsables dans leur quartier général le 27 juillet 2012 ![12] Succès foudroyant pour un mouvement fondé à peine un an et demi auparavant. Mais comme depuis le 15 mai de la même année une autre équipe (cette fois socialiste) était arrivée au pouvoir en France, la donne avait changé. Officiellement, la Françafrique n’était plus d’actualité, mais la collaboration avec les USA dans cette partie du continent pour la sauvegarde de la démocratie, si. Pour mieux convaincre l’opinion publique des bonnes intentions des deux puissances en Afrique, leurs hommes d’État semblent avoir découvert l’importance des mouvements alternatifs pour la mobilisation des esprits. Ainsi, dans le journal sénégalais « Le Quotidien » du 15 avril 2013 on pouvait lire l’information suivante : « Y’en a marre a reçu hier, à son quartier général le fondateur d’Osiwa (Open Society Initiative for Western Africa) George Soros, et ses collaborateurs du Conseil d’administration ».[13] Ni plus, ni moins ! On pouvait s’en douter, car le nom de l’organisation sénégalaise rappelle certains slogans des révolutions colorées fomentées ailleurs dans le monde. Mais une personnalité aussi importante dans le monde de la finance internationale aurait-il du temps pour rendre visite à un mouvement grassroot dans un pays africain ? Certainement pas, à moins qu’elle n’ait pas de visées plus sérieuses pour lesquelles celui-ci lui pourrait être utile. Mais, lesquelles ? Selon « Le Quotidien » « Y’en a marre, dans la collaboration avec l’organisation dont le milliardaire américain, Soros, est bailleur, a sollicité des financements pour un certain nombre de projets dont la mise sur pied de l’Observatoire national de la démocratie et des droits humains ».[14] Pour le compte de qui ? Ce n’est pas dit. Mais les ambitions de « Y’en a marre » vont plus loin et «Le Quotidien » précise que « de concert avec les mouvements Y’en a marre qui se créent un peu partout dans les pays d’Afrique, les Y’en a marristes envisagent d’organiser une ‘Foire aux problèmes africains’ le 25 mai suivant à Addis-Abeba à l’occasion du Cinquantenaire de l’Union africaine, pour rappeler aux dirigeants les attentes des peuples. Un projet pour la réussite duquel Y’en a marre sollicite l’appui d’Osiwa et son bailleur ».[15] À moins que l’initiative ne soit venue du bailleur lui-même. Quoi qu’il en soit, une organisation grassroot à vocation panafricaine est apparue sur la scène pour jouer le rôle de « garde-fou » du continent. Au nom de la démocratie mais aussi pour le compte de son bailleur outre-Atlantique lequel, derrière la scène, tire également les ficelles de du pouvoir actuel des USA !

Soros est l’un des plus fidèles mécènes d’Obama

La visite de Soros aux activistes de « Y’en a marre » n’était pas restée sans suite. À peine quelques mois plus tard, notamment le 27 juin 2013, son fondateur Fadel Barro, rencontra à Gorée le président US Barack Obama ! Réunis autour d’une table ronde dans l’enceinte du Gorée Institute, créé d’ailleurs par Soros, une quinzaines de représentants de la société civile sénégalaise, débattait pendant quarante minutes avec Obama des questions de gouvernance et de développement. Selon Barro, qui y fut invité, comme il l’affirme lui-même, deux semaines plus tôt par les services de l’Ambassade US et l’USAID, le président US-américain l’avait encouragé à mettre ses idéaux « au service des réalisations concrètes ».[16]

« Y’en a marre » était déjà au travail. En effet, deux de ses chefs, les rappeurs du groupe « Keur Gui » Thiat et Kifileu, se trouvaient depuis quelques jours au Burkina Faso.[17] Ils y rencontrèrent leurs collègues du futur « Balai citoyen » qui s’apprêtaient à lancer leur mouvement lors de la manifestation du 29 juin 2013 et à l’officialiser par la suite. Cette rencontre, en marge du 9ème Festival du Ciné Droit Libre tenu à Ouagadougou du 22 au 29 juin 2013, n’était certainement pas fortuite. Plus tard, après la chute de Compaoré, le coordinateur du « Balai citoyen », Me Guy Hervé Kam, reconnaîtra que son mouvement avait eu des contacts intenses avec « Y’en a marre » et avait profité de son expérience.[18]

Le « Balai citoyen » jouissait donc d’un soutien accru d’une autre organisation étrangère à vocation panafricaine qui lui transférait son expérience, ses conseils et la logistique nécessaire pour mener une action devant aboutir à un changement de régime tout en évitant de mettre en cause le système néolibéral. Son appel à la mobilisation populaire se borne d’ailleurs « à une action citoyenne pour la liberté, la démocratie et la bonne gouvernance ».[19] Ceci revient à inciter à une révolution non pas sociale, mais colorée, tant appréciée par Soros et l’administration démocrate US et si décevante pour tout peuple l’ayant vécue jusqu’ici. Dans cet appel pathétique du « Balai citoyen » du mois d’août 2013, aux phrases sonores mais creuses, on ne trouve aucun programme social, aucune vision d’avenir. Seul un but immédiat : balayer le régime de Compaoré et assurer, outre la démocratie, la « bonne gouvernance ». Ce bel euphémisme cache à peine sa visée véritable : privatisation à outrance afin de payer les dettes et leurs intérêts exorbitants sur le dos de la population au nom d’une croissance fictive dont les effets ne cessent d’alimenter les paradis fiscaux. Mais le « Balai citoyen », qui « se veut un large front de résistance contre le pouvoir en place »[20], ne manifestait pas d’autres aspirations. Combattre le régime de Compaoré « plus fondamentalement et dans la durée »[21] lui suffisait amplement. C’est dans ce cadre qu’il espérait pouvoir s’affirmer « comme un grand mouvement d’éveil des consciences et d’action pour une gouvernance responsable et respectueuse de la dignité de notre peuple ».[22]

Zéphirin Diabré coordonne l’opposition

Ce grand mouvement était cependant en marche. L’opposition politique contre le régime de Compaoré était déjà sur place. L’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo qui enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré, frère du président, perpétré le 13 décembre 1998 était le premier ferment important. Les révoltes contre les inégalités sociales de 2003, 2006, 2007 et 2008 avaient préparé le terrain. La mutinerie de l’armée en 2011 avait dévoilé la vulnérabilité du système et Blaise Compaoré se voyait obligé de chercher son salut soit dans l’abandon du pouvoir, soit dans sa sauvegarde par une légitimation problématique de mandats présidentiels illimités. Jusque-là, il pouvait escompter un succès car l’émiettement de la scène politique en 74 partis lui avait assuré son 4ème mandat en 2010 avec plus de 80% des voix. Mais pour un cinquième, à partir de 2015, il lui fallait amender la Constitution et pour l’assurer, mettre en place un Sénat qui lui serait acquis. Or, cette fois les parlementaires ne voulaient plus le suivre. Lors du scrutin du 2 décembre 2012, son parti, le CDP ( Congrès pour la démocratie et le progrès), perd la majorité absolue qui lui garantirait automatiquement les deux-tiers des députés nécessaires pour modifier la Constitution. L’avertissement n’était pourtant pas pris au sérieux. Bien au contraire, Blaise Compaoré s’obstinait à mettre en œuvre son plan. Après avoir publiquement annoncé, le 8 décembre 2013 sur le canal français TV5 Monde, vouloir briguer un cinquième mandat, plusieurs milliers de cadres de son parti avaient fait défection. La tentative de médiation du président du parlement de la Côte d’Ivoire voisine Guillaume Soro ayant échoué, l’opposition organisa le 18 janvier 2014 une manifestation rassemblant 300 000 personnes. Une nouvelle tentative de médiation entre le pouvoir et l’opposition était entreprise le 10 mars 2014 par l’ancien président du Burkina Faso Jean-Baptiste Ouédraogo. Mais elle avait échoué à son tour. Dans d’autres circonstances, l’obstination aussi bien du pouvoir que de l’opposition à défendre leurs positions aurait plutôt nui à cette dernière. Or, de cette épreuve de forces, l’opposition était sortie renforcée. Les divergences dans son sein s’étaient effacées en faveur de l’objectif commun : renverser le régime autoritaire existant devenu étouffant au bout de 27 ans.

La cohésion grandissante de l’opposition était due au travail assidu d’une personnalité encore peu remarquée par les grands médias étrangers. Il s’agissait du chef du parti UPC (Union pour le progrès et le changement) qu’il dirigeait depuis le 1er mars 2010, l’homme d’affaire et ancien ministre du Commerce, de l’Industrie et du Plan Zéphirin Diabré. Fort de son expérience il avait, après s’être séparé de Compaoré, organisé du 1er au 3 mai 2009 un forum sur l’alternance au Burkina Faso. Ceci a certainement contribué à un très bon score de 19 sièges au Parlement que son parti, a peine né, avait pu obtenir aux élections municipales et parlementaires du 2 décembre 2012. Ainsi, en moins de trois ans l’UPC devenait la première force de l’opposition et le deuxième parti politique du pays. Son autorité s’était accrue d’avantage lorsqu’il était devenu, le 17 avril 2013 chef de file de l’opposition parlementaire. Cette fonction liée à une institution consacrée par l’Assemblée nationale le 23 septembre 2009 lui garantissait une position dominante parmi les partis d’opposition. Au temps où le régime autoritaire de Blaise Compaoré était encore incontesté, le chef de file de l’opposition parlementaire (CFOP) pouvait servir comme une sorte d’organe de contrôle de son activité. Mais après les élections de 2012 il était clair que le pouvoir de Compaoré s’effritait et que, peut-être, x ses jours étaient même comptés. Diabré pouvait donc tenter sa chance. Après s’être assuré, le 9 mai 2013 la « bénédiction » du Mogho Naba Baongo, « l’empereur » de l’ethnie Mossi, la plus importante du Burkina Faso, il se mettait à mobiliser les masses contre le changement de la Constitution et l’installation du Sénat. En été de la même année il dirigea les deux plus grandes manifestations contre le régime de Compaoré : celle du 29 juin, qui a vu le lancement du « Balai citoyen » et celle du 28 juillet en signe de protestation contre l’élection des sénateurs à l’Assemblée nationale.[23] Ces succès semblent lui avoir donné des ailes. En octobre 2013 il menaçait le régime d’ une « résistance républicaine » au cas où celui-ci s’obstinerait à créer le Sénat et même de descendre dans la rue.[24] Mais, pour le moment, il préférait tenter le dialogue.

Blaise Compaoré, qui se trouvait en septembre à New York où il prenait part aux travaux de l’Assemblée générale des Nations Unies, n’osait pas insister sur son projet de modifier l’article 37 de la Constitution, affirmant ne pas se poser encore cette question.[25] Ainsi Zéphirin Diabré alla le rencontrer le 13 novembre 2013 pour lui remettre un mémorandum de l’opposition contre l’introduction du Sénat et son intention d’amender la Constitution. Bien que cette démarche soit restée sans suite, c’était plutôt Diabré qui en tirait profit. Il faisait preuve de bonne volonté,se montrant prêt au dialogue, mais restait ferme sur la question du respect des principes inscrits dans la Constitution. On aurait même pu dire qu’il appliquait aussi le conseil sibyllin que lui avait donné le Mogho Naba lors de son audience du 9 mai : « Soyez les bâtisseurs. Quelle que soit la situation, privilégiez la concertation avec la majorité.»[26]

Cependant, la majorité parlementaire représentée par le parti gouvernemental CDP s’effritait. Le président Compaoré ne pouvait consolider sa position qu’avec le soutien d’une multitude de petits partis d’opposition dont il essaya de gagner les faveurs, espérant ainsi affaiblir le front de ses adversaires. Mais Diabré avait pris les devants : le 1er avril 2014 il raya 28 partis des rangs de l’opposition.[27] Après cette « purge », l’opposition était fermement entre les mains de Diabré. Les fronts s’étant pour ainsi dire raidis, le Front républicain composé du parti présidentiel CDP et une quarantaine d’autres issus aussi bien de la majorité que de l’opposition, contre-attaqua en proposant, le 12 avril 2014 à Bobo Dioulasso, un référendum sur le changement de la Constitution. La réaction de l’opposition ne se fit pas attendre. Le 31 mai 2014 un gigantesque meeting avait lieu au stade du 4 août d’Ouagadougou avec la participation aussi des fondateurs du « Balai citoyen ».

La date de cette manifestation, à laquelle 35 000 personnes prenaient part, semble avoir été bien choisie. En effet, le 1er juin 2014 commençait dans la capitale burkinabè le 10ème Festival du Ciné Droit Libre. La manifestation principale se déroulait, comme d’habitude, dans les jardins de l’Institut français à Ouagadougou. Parmi les invités figuraient aussi, outre les fondateurs du « Balai citoyen » Sams’K Le Jah et Smokey, l’ancien président du Ghana Jerry Rawlings et la célèbre altermondialiste africaine Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali. Or, cette fois, dans le cadre de ce festival subventionné par l’OSIWA de Soros, un débat d’actualité avait été organisé le 5 juin à l’Université d’Ouagadougou dont le thème était : « L’alternance ou la continuité en 2015 : pour quoi faire ?» et dont le co-organisateur était le Centre pour la gouvernance démocratique, une organisation dont les activités sont subventionnées, entre autre par l’ambassade US au Burkina Faso et l’Union Européenne.[28] Immédiatement après ce débat était présenté le film de Ruaridh Arrow de la Grande-Bretagne intitulé « How to start a revolution » (Comment déclencher une révolution).[29] Détail à retenir vu les événements qui allaient survenir quelques mois plus tard. La 10ème édition du Ciné Droit Libre semble, donc, ne pas être seulement un événement culturel mais aussi une occasion pour la mobilisation voire même coordination des esprits contestataires face aux défis politiques du Burkina Faso.

Les ambassades occidentales en contact avec l’opposition

Toutefois, le véritable travail de préparation pour le changement du régime se déroulait plus discrètement. Pendant que le « Balai citoyen » animait la population, l’opposition politique tirait les ficelles avec la connivence ou sur la base des instructions des ambassades occidentales. Le chef de la délégation européenne au Burkina Faso Alain Holleville affirmait que des rencontres avec l’opposition burkinabè avaient lieu régulièrement et que l’Union européenne s’intéressait aussi « à tout ce qui touche au processus de la démocratie et de la gouvernance ».[30] Le 10 avril 2014 Zéphirin Diabré, en sa qualité de chef de file de l’opposition politique, recevait Holleville en audience et s’entretenait avec lui pendant une heure et demie.[31]

Bien que rien n’ait filtré de cet entretien, il est difficile de croire qu’un ambassadeur européen se rende chez le chef de l’opposition burkinabè pour s’entretenir aussi longtemps par pure courtoisie. Il ne faudrait pas oublier qu’Alain Holleville est un diplomate français, proche du feu président socialiste François Mitterrand et un bon connaisseur des affaires africaines. D’ailleurs son dernier poste avant de devenir délégué de l’Union européenne était celui d’ambassadeur français au Togo. Il est d’ailleurs à noter que la grande manifestation contre le régime de Compaoré à Bobo Dioulasso avait eu lieu juste deux jours après la rencontre de Diabré avec Holleville.

Un mois plus tard, plus précisément le 16 mai 2014, l’opposition burkinabè assiste à une « séance de travail » avec les ambassadeurs européens, notamment de ceux de la France, de la Belgique, du Danemark, de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Autriche. [32] À leur tête Alain Holleville. À l’issue de cette réunion, qui a duré elle aussi une heure et demie, Holleville déclarait que les ambassadeurs voulaient examiner tout ce qui leur avait été dit au sujet de la modification de la Constitution et a annoncé vouloir continuer à échanger des idées avec « l’ensemble de leurs interlocuteurs politiques ».[33]

Tulinabo Mushingi, l’ambassadeur US

Outre l’opposition politique, le « Balai citoyen » a lui-aussi contacté les ambassades occidentales. Le 16 juillet 2014 il avait rendu rend visite « de courtoisie » à l’ambassade US à Ouagadougou.[34] Cette visite, qui était sollicitée par le « Balai citoyen », devait présenter le mouvement car, comme le précisait son porte-parole et coordinateur Me Guy Hervé Kam, « le peuple burkinabè et le peuple américain sont des peuples frères au-delà de la diplomatie et des relations entre les États ».[35] La délégation, dont les rappeurs Sams’K Le Jah et Basic Soul faisaient partie, remercia le peuple américain pour le soutien et les actions de développement..[36] Le soutien US à l’opposition et, notamment, au « Balai citoyen » est à peine voilé. D’ailleurs, la visite de la délégation du « Balai citoyen » à l’Ambassade avait eu lieu après le retour de l’ambassadeur US Tulinabo Mushingi, originaire de la République Démocratique du Congo actuelle, de sa grande tournée à travers le Burkina Faso qui avait duré de septembre 2013 à mai 2014. Ce périple était loin d’être un voyage touristique. C’était plutôt une expédition chez tous les treize gouverneurs des régions du Burkina Faso lors de laquelle il avait aussi rencontré au moins mille membres d’associations communautaires. Il s’en félicitait d’ailleurs à l’occasion de la fête nationale des USA, le 4 juillet 2014 lors des célébrations organisées dans son ambassade en présence de l’épouse du président Compaoré et de quelques membres du gouvernement du Burkina Faso.[37] Or, ces derniers avaient dû avaler la couleuvre en écoutant l’ambassadeur US leur déclarer en toute sérénité: « Nous sommes tous spécialement prêts à accompagner la Commission électorale nationale indépendante (CENI) parce que des élections libres, justes et transparentes sont la marque de ce processus démocratique »,[38] mais que « malgré tous les progrès accomplis, le Burkina n’a pas encore vécu une transition pacifique et démocratique ; donc la peur d’un avenir incertain est présente. »[39] L’avertissement US à l’adresse du régime de Compaoré n’aurait pas pu être plus claire et plus brutale. Le comble était qu’il appelait littéralement la population burkinabè « à se sacrifier pour prôner l’alternance »[40] , ce qui équivalait à une invitation au soulèvement. Le « Balai citoyen » semble l’avoir bien compris et lorsque sa délégation s’était rendue à peine deux semaines plus tard à l’ambassade US, leur entretien avec l’ambassadeur Mushingi devait durer une heure et quarante-cinq minutes ![41] Il était clair que les USA, tout comme l’Union européenne, étaient en train de lâcher Compaoré et qu’ils encourageaient presque ouvertement ses adversaires à le renverser.

Compaoré sous pression des gouvernements français et US

Le président Compaoré en était conscient. Déjà en juillet 2011 le gouvernement français faisait savoir non seulement à la présidence burkinabè, mais aussi aux dirigeants du Cameroun et de la République démocratique du Congo qu’aucun soutien ne leur serait accordé au cas où leurs scrutins respectifs ne seraient pas crédibles.[42] Un message particulièrement clair avait été adressé à Blaise Compaoré par le biais du Premier ministre burkinabè Luc Adolphe Thiao qui séjournait à Paris du 4 au 9 juillet 2011 dans lequel il était précisé que les tentatives de révision constitutionnelle seraient « inopportunes ».[43] Autrement dit : pas d’introduction de plus de deux mandats dans la Constitution du Burkina Faso.

Deux ans plus tard, l’ONG multinationale International Crisis Group (ICG) subventionnée entre autres par George Soros, qui siège aussi dans son conseil d’administration, recommande dans un de ses rapports à Blaise Compaoré de préparer la transition, de respecter la Constitution et de ne pas succomber à une tentation dynastique, sous-entendu, passer le pouvoir à son frère cadet François, car « un choix contraire ouvrirait la porte à une période de troubles.»[44] Des conseils sont aussi adressés à l’opposition et la société civile burkinabè : elles « doivent devenir des forces de proposition et travailler dès maintenant à créer les conditions d’un progrès démocratique compatible avec la paix et la stabilité. »[45] Quant aux puissances occidentales, elles « doivent maintenant s’intéresser autant à l’évolution politique interne au Burkina Faso et à la consolidation démocratique qu’au rôle que son président joue dans les médiations politiques et la surveillance sécuritaire des tensions en Afrique de l’Ouest.»[46] Ces conseils et recommandations en provenance de l’ICG donnaient du vent en poupe à l’opposition burkinabè, indiquant clairement vers quelle force politique du pays vont désormais les sympathies de l’Occident, de la France et des USA en premier lieu. Grâce à ce soutien, le régime de Blaise Compaoré se retrouvait de plus en plus isolé. Au printemps 2014, les services secrets occidentaux étaient d’avis qu’un coup d’État au Burkina Faso était probable et que le président n’ignorait pas l’existence de ce projet et y aurait fait allusion début janvier 2014.[47]

Mais malgré toutes ces menaces, dont il était apparemment conscient, Blaise Compaoré se cramponnait au pouvoir. Il avait même pris le risque de se rendre au sommet USA – Afrique qui avait eu lieu du 4 au 6 août 2014 à Washington. Compaoré y arriva le 3 août. Le lendemain il eut une séance de travail avec le secrétaire du Département de l’État John Kerry. Celui-ci avait loué son rôle dans la promotion de la paix et de la sécurité dans la région.[48] Mais lors de la réunion du sommet, Kerry changea de ton. Il fustigea les dirigeants africains qui veulent s’éterniser au pouvoir en s’appuyant sur des constitutions taillées sur mesure et affirma: « Nous presserons les dirigeants de ne pas modifier les constitutions pour leurs bénéfices personnels ou politiques.»[49] Apparemment, Kerry annonçait la mise en œuvre des principes évoqués par le président Obama qui avait déclaré dans son discours prononcé le 11 juillet 2009 dans la capitale ghanéenne Accra, que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes et que son administration s’oppose aux révisions constitutionnelles pour des gains personnels ou politiques.[50] Confronté à cette prise de position de la part du gouvernement US, Compaoré avait, dans une interview diffusée par RFI le 7 août 2014, indiqué que les réalités africaines et US-américaines ne sont pas les mêmes. En plus, il désavouait Obama affirmant : « Il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas, bien sûr, d’homme fort. »[51] L’allusion était claire. Blaise Compaoré était bien décidé à réaliser son projet d’amender la Constitution coûte que coûte.

La fuite en avant de Blaise Compaoré : le dialogue politique inclusif

C’était, en effet, une fuite en avant. Blaise Compaoré semble avoir dès lors compris qu’il avait perdu la partie. Depuis la défection de plusieurs dizaines de députés de son propre parti le 4 janvier 2014, son autorité ne tenait plus qu’à un fil. Il ne pouvait pas prévoir non plus que ces mêmes alliés occidentaux qu’il choyait si servilement, avaient redoublé leur travail de sape contre son régime. Certes, il aurait pu appliquer la répression. Certains de ses fidèles lui donnaient encore des conseils dans ce sens.[52] Mais Compaoré refusait de s’en servir. Était-il devenu las du pouvoir ? Ce n’est pas exclu.[53] Mais dans ce cas, il aurait jeté l’éponge sur le champ et pris la fuite sans perdre de temps. Il semble qu’il comptait plutôt pouvoir s’en tirer sans perdre la face grâce à son habilité à mener des pourparlers avec ses adversaires. Jusqu’à présent, ça avait toujours marché. Il fallait seulement persuader les opposants d’accepter la tenue d’un référendum sur le changement de la Constitution et la mise en place d’un Sénat qui aurait été sous son contrôle.

Dans ce cas, il pouvait garder sa fonction au moins jusqu’au terme de son mandat en cours et assurer sa succession par un de ses proches, probablement son frère cadet François. Mais, pour pouvoir le faire, il était tout d’abord nécessaire de s’arranger avec l’opposition. Ce geste allait certainement contribuer à raffermir son prestige de partisan de la conciliation et de la démocratie et obligerait ses adversaires politiques à accepter la main tendue afin de ne pas être considérés comme responsables au cas où des émeutes éclateraient. Pour Compaoré il n’y avait pas d’autre choix car il ne pouvait plus compter sur la fidélité de l’armée. C’est la raison pour laquelle il a envoyé la plupart de ses détachements vers les frontières, surtout malienne, sous prétexte de prévenir un éventuel déferlement des islamistes, mais en fait pour les éloigner de la capitale.[54] Quant à ceux qui y sont restés, ils étaient désarmés.[55] Ainsi Compaoré pouvait se prémunir contreune tentative de coup d’État militaire, mais pour la protection de sa sécurité il ne lui restait à disposition que sa garde personnelle, le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) qui, lui aussi, ne lui était que partiellement fidèle. Il n’y avait, donc, plus d’autre issue que de négocier, même si la base pour les pourparlers avec l’opposition était devenue trop étroite pour le chef burkinabè.

Le 23 septembre 2014 le « dialogue politique inclusif » était lancé. L’ensemble de la classe politique du Burkina Faso était invitée chez Blaise Compaoré. Le 25 septembre Assimi Kouanda, secrétaire général du parti au pouvoir et Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition ont été désignés co-présidents de ce cadre de concertation que Compaoré avait initié. Mais le « Balai citoyen » s’alarmait. L’opposition allait-elle s’arranger avec le régime ? Le 27 septembre, il lança un avertissement. « Aux partis politiques, prenant part au dialogue, nous réaffirmons qu’aucun deal dans le dos du peuple et en dehors des dispositions constitutionnelles ne sera accepté.»[56] L’opposition en a certainement pris compte, car elle restait immuable sur la question de l’amendement de la Constitution et de la mise en place du Sénat. Elle parvenait, cependant, le 29 septembre, à s’entendre avec la majorité présidentielle sur un cadre de discussion basé autour de cinq points.[57] Mais cette entente ne sembla pas être du goût du président. Le lendemain, le 30 septembre, Compaoré annonça aux participants du dialogue politique « qu’il est de son devoir de donner suite aux points non-consensuels » et indiqua « que le dialogue politique inclusif s’arrêtait et que d’autres formes d’échange seront développées.»[58] L’opposition en informa l’opinion lors d’un point de presse le 6 octobre.[59]

Vingt-quatre heures plus tard le président Compaoré recevait un message pressant de son homologue français François Hollande qui lui proposait « d’éviter les risques d’un changement non consensuel de Constitution ».[60] Autrement dit, une suggestion de mettre un terme à son pouvoir. Dans ce cas, assurait Hollande, « vous pourriez alors compter sur la France pour vous soutenir, si vous souhaitez mettre votre expérience et vos talents à la disposition de la communauté internationale. »[61] Ceci revenait à une sorte de marchandage : troquer la fonction de président de la République par une haute fonction dans un établissement international. On chuchotait déjà à propos d’une éventuelle présidence de l’OIF, l’Organisation internationale de la Francophonie…[62]

« Maintenant, ça passe ou ça casse …»

Or, Blaise Compaoré n’avait pas suivi ce conseil en apparence amical.[63] Le 8 octobre il partait pour Taiwan. Après son retour, cinq jours plus tard, il s’enveloppait dans le silence, Puis, le 21 octobre il abattait ses cartes. Ce jour-là il annonça que le référendum sur la modification de la Constitution n’aurait pas lieu et que la question devrait être tranchée par le Parlement dont la majorité lui était, malgré tout, encore acquise. La date prévue pour l’examen et l’adoption de la loi sur cette question était fixée au jeudi 30 octobre. L’opposition, prise de court, réagissait le lendemain par une conférence de presse à laquelle son chef de file Zéphirin Diabré annonça qu’une journée nationale de protestation aurait lieu le 28 octobre,[64] donc deux jours avant que l’article de la Constitution contesté soit discuté.

La date et la durée de la manifestation trahissaient une certaine hésitation dans la direction de l’opposition. Voulait-elle intimider le régime au pouvoir afin de l’obliger à reculer ou bien craignait-elle d’aller trop loin et de se voir emportée par des événements qui risquaient d’échapper à son contrôle ? Dans ce cas des ennuis avec la « communauté internationale » ne pourraient pas être exclus, car non seulement les USA et la France, mais aussi l’Union africaine dans son ensemble redoutent les changements de régimes par des moyens « non-constitutionnels » et qui pourraient échapper à leur contrôle. Le spectre d’une révolution sociale hante encore les esprits et la dernière tentative dans ce sens avait eu lieu dans les années quatre-vingt, justement au Burkina Faso sous la direction du capitaine Thomas Sankara, dont la mémoire dans le pays est toujours vivante. Si en outre les protagonistes d’une telle forme de prise de pouvoir avaient la malencontreuse idée de s’opposer aux machinations occidentales, d’installer un régime autoritaire et se ranger dans le camp de la Russie ou de la Chine, il ne serait pas aisé de les faire partir sans le déclenchement d’une nouvelle « révolution colorée », ce qui exige non seulement des moyens mais aussi du temps. Il n’était donc pas exclu que la manifestation du 28 octobre fût conçue comme un test. Au cas où elle serait massivement suivie et soutenue par la « communauté internationale », il serait possible de continuer la lutte jusqu’à la victoire, sinon il faudrait s’arranger avec le régime de Compaoré.

Mais bien qu’elle ait été arrêtée puis dispersée par la police, ce n’était pas la fin de la révolte contre le régime de Compaoré. Au contraire, elle s’affermissait grâce aussi au soutien que lui accordaient de plus en plus ouvertement les puissances occidentales. En effet, ce même 28 octobre, la porte-parole du Département d’État US Jennifer Psaki, exprime une fois de plus son inquiétude quant à la modification de la constitution du Burkina Faso. Or, cette fois, la critique est adressée presque ouvertement « au Président sortant ». En même temps, elle appelait toutes les parties concernées « y compris les forces de l’ordre du Burkina Faso » à débattre cette question de manière « apaisée et consensuelle », tout en respectant le principe de non-violence.[74] À la veille de l’ouverture du débat parlementaire, cette suggestion de Washington indiquait clairement quelle issue était attendue. La déclaration du porte-parole du Ministère des affaires étrangères français Romain Nadal comporte même une menace : le non-respect des principes définis par l’article 23 de la charte de l’Union africaine sur les changements constitutionnels du pouvoir « pourrait entraîner des sanctions ».[75] Cet avertissement sembleaitconcerner les deux parties, mais en fait il n’en visait qu’une seule, le régime.

Fort de ce succès, Zéphirin Diabré, en tant que chef de file de l’opposition, lança une nouvelle initiative : inviter toute la population du Burkina Faso et surtout celle de la capitale Ouagadougou, à se mobiliser massivement pour assister à la session plénière de l’Assemblée nationale du 30 octobre où la question de la modification de la Constitution allait être examinée.[76] Un certain doute planait quant au succès de cette initiative, car la grève générale que les syndicats avaient organisée le 29 octobre pour maintenir la pression sur Compaoré n’a été, malgré l’appel de Diabré aux manifestants de la veille de la soutenir, que peu suivie.

Mais l’accalmie ne signifiait aucunement le désistement de la lutte. Bien au contraire, c’est au cours de cette journée que l’insurrection s’organise. Les opposants se réunissent au siège de leur chef de file.[77] Entre-temps les activistes du « Balai citoyen » parcourent Ouagadougou et tentent, le soir, d’occuper la place de la Nation.[78] D’autres opposants recrutent des jeunes et des anciens militaires radiés de l’armée en 2011.[79] Avec l’argent que leur auraient donné, selon l’hebdomadaire français « Jeune Afrique », les commerçants et les hommes d’affaires, on avait acheté des lance-pierres, fabriqué des cocktails Molotov, distribué des cartes et indiqué les cibles.[80] Un véritable quartier général installé en un lieu secret coordonnait les préparatifs pour les manifestations du lendemain.[81] La lutte finale pouvait ainsi commencer.

Dès le matin du 30 octobre, la foule s’amasse en face du Parlement. La police est submergée. Elle a reçu l’ordre de ne pas tirer et ne peut utiliser que les gaz lacrymogènes et des lances à eau. Bientôt le Parlement est en feu. Une trentaine de parlementaires cherche refuge chez le ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé. Celui-ci appelle Compaoré au téléphone et lui propose de démissionner. En même temps le ministre de l’Administration territoriale Jérôme Bougouma demande à Zéphirin Diabré d’appeler au calme en l’assurant que le projet de loi sur le changement de la Constitution ne sera pas voté. Diabré exige une annonce officielle du gouvernement dans ce sens. Le Premier ministre Luc Adolphe Thiao et le ministre de la Communication Alain Édouard Traoré tentent de lire un communiqué à la radio et à la télévision. Mais ceci s’avère impossible, car les stations ont été saccagées. Entretemps, les manifestants se dirigent vers les résidences des dignitaires. Blaise Compaoré, dans son palais de Kosyam, situé à quelques kilomètres du centre d’Ouagadougou est menacé. Il convoque d’urgence son chef d’État-major, le général Honoré Nabéré Traoré et lui annonce qu’il va décréter l’état de siège. Ceci signifie que le pouvoir va être provisoirement transmis à l’armée. Ensuite, il déclare qu’il va démissionner. Mais il hésite à signer l’acte de démission.

Les manifestants qui marchaient vers le palais de Kossyam sont arrêtés par la garde présidentielle. Toutefois, les meneurs obtiennent l’autorisation de rencontrer le président. Lors de l’entrevue, ils exigent sa démission. Compaoré la leur promet, mais le soir même il n’annonce devant les caméras de la télévision que la dissolution du gouvernement et la promesse de remettre le pouvoir au vainqueur des prochaines élections. Pas un mot sur sa propre démission ! Compaoré s’accroche encore au pouvoir et semble avoir essayé de faire traîner les chosesen longueur dans l’espoir de rassembler ses fidèles dans les rangs de sa garde et de déboussoler l’opposition par des manœuvres politiques tactiques dans lesquelles il est passé maître. En effet, dans un premier temps, l’opposition se sent flouée. Mais très vite Diabré reprend le dessus. Fort du soutien de la population et de la « communauté internationale »,[82] il déclare peu après, que « son départ [de Compaoré] est le préalable à toute discussion sur une autre forme de transition ».[83]

La chute de Compaoré et l’Occident

Cette fois Compaoré n’a plus le choix. Le lendemain matin, son ministre des affaires étrangères Djibril Bassolé et son premier ministre l’encouragent de nouveau à démissionner. Compaoré espérait pourtant que l’armée allait intervenir en sa faveur., mais la lutte pour sa succession au sein de l’armée a déjà commencé, Le chef d’État-major, le général Traoré, auquel Compaoré avait confié l’instauration de l’état de siège, est soupçonné par ce dernier d’avoir pris le pouvoir. Le général Gilbert Diendéré, qui dirige le RSP, la garde présidentielle, lui demande des explications, puis lui envoie son adjoint, le lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida. Mais celui-ci craint d’être impliqué dans une affaire qui lui semble louche. Entretemps une autre personnalité militaire a surgi sur la scène : le général à la retraite Kouamé Longué, un ennemi de Diendéré, mais proche de l’opposition, qui, déjà, clame son nom. Au cours de la matinée, le président français François Hollande exerce une nouvelle pression sur Compaoré pour qu’il abandonne le pouvoir.[84] Cette fois, Compaoré s’exécute. Vers 10 heures il fait rédiger un communiqué annonçant l’application de l’article 43 de la Constitution qui proclame la vacance du pouvoir. Ce communiqué est rendu public par le biais d’une chaîne privée à 11h32. Une demi-heure plus tard il quitte son palais avec un convoi de 28 voitures. Un hélicoptère de l’armée française le récupère dans les environs de Manga et le transporte vers Fada N’Gourma, d’où un avion français le transportera à Yamoussoukro, la capitale de la Côte d’Ivoire.[85]

Un chapitre de l’histoire du Burkina Faso se clôt ainsi pour celui qui l’avait gouverné pendant 27 ans, c’est-à-dire aussi longtemps que tous ses prédécesseurs depuis la proclamation de l’indépendance de la Haute-Volta, comme le pays s’appelait initialement. Son long règne se termine pour lui aussi peu glorieusement qu il avait commencé. Au départ, en 1987, il y avait une contre-révolution soutenue par la France et l’assassinat de Thomas Sankara, auquel il n’avait probablement pas été étranger, et à la fin, en 2014, une révolte populaire indignée par son avidité pour le pouvoir mais qui a été non seulement soutenue, mais aussi manipulée dans sa mise en place par la « communauté internationale ». Dans les deux cas, on retrouve toujours le même facteur : le néocolonialisme français doublé par des intérêts impérialistes US.

On doit pourtant se demander pourquoi cette même « communauté internationale », comme les puissances occidentales, impérialistes et néolibérales aiment se désigner, a lâché un chef d’État africain qui leur était dévoué corps et âme. Il avait mis à leur disposition les richesses de son pays,[86] son sol pour l’installation de bases militaires,[87] il avait même rompu les relations diplomatiques avec la Chine continentale en1994 pour se tourner vers le Taiwan, toujours liéE aux USA. Soucieux de gagner d’avantage les faveurs de l’Occident, Compaoré a pris des distances envers son ami Kadhafi. En outre, le Burkina Faso était devenu le seul pays de l’Afrique qui avait accepté l’introduction de semences génétiquement modifiées en provenance des USA.[88] Mais en dépit des services rendus et de son prestige de médiateur dans les conflits en Afrique de l’Ouest, sa longévité au pouvoir devenait encombrante. On ne pouvait pas savoir si un jour il ne s’alignerait pas sur un adversaire aussi redoutable que la Chine, qui pénètre de plus en plus dans le continent et avec laquelle le Burkina Faso n’a jamais cessé d’entretenir des relations économiques.[89] Même une association dénommée « Le Forum d’amitié sino-burkinabè » avait été créée en 2004 et officiellement reconnue par le régime de Compaoré. À sa tête en tant que président d’honneur… Zéphirin Diabré ![90]

D’autre part, qui allait éventuellement succéder à Compaoré ? Ce n’était pas clair. Des rumeurs couraient : son héritier pourrait être son frère cadet François Compaoré, dont la position au sein de l’élite au pouvoir s’était renforcée au cours des dernières années. Mais à cause de son train de vie et en raison de son implication dans l’affaire Zongo, il était devenu trop impopulaire et donc pas présentable. Ainsi, la question de la succession de Blaise Compaoré était restée ouverte et risquait de prendre une tournure imprévisible pouvant même être contraire aux intérêts de l’Occident. Si le Burkina Faso avait eu un système parlementaire à l’occidentale libéré de l’emprise du pouvoir exécutif, la « communauté internationale » aurait pu s’assurer plus facilement d’un champ de manœuvre beaucoup plus large dans la réalisation de ses objectifs stratégiques, économiques et géopolitiques sans se compromettre par le soutien à un régime certes fort et dévoué, mais aux allures dictatoriales. La mise à l’écart de Compaoré devrait en frayer le chemin et l’Occident s’est mis à la tâche.[91]

La réalisation de cette entreprise se laissait facilement dissimuler sous couvert d’une initiative d’en bas car le régime de Compaoré, bien qu’autoritaire, tolérait le pluripartisme. Les médias jouissaient d’une certaine liberté d’expression, pouvant même mettre en cause les déboires du système ou des dirigeants, ce qui, certes, n’était pas dépourvu de risques. La société civile fonctionnait et le Rapport de l’International Crisis Group affirmait que quelques 16.000 organisations non-gouvernementales étaient actives au Burkina Faso sous le régime de Compaoré.[92] Par leur truchement il était facile de mobiliser les esprits contre un président devenu impopulaire au sein de la population et gênant pour les intérêts de l’Occident. Un mouvement contestataire semblait surgir spontanément, mais les activistes formés préalablement étaient sur le terrain. En apparence, ils avaient effectué un travail d’organisation et de coordination des manifestations remarquable, mais en fait, leur activité était bel et bien manipulée par des cercles d’intérêts ,surtout US. Ainsi, les Burkinabés ont eu une révolution de plus dans leur histoire. Mais à la différence de la précédente, à caractère social, qu’avait réalisée Sankara avec le soutien de Kadhafi[93] x, celle qui a chassé Compaoré n’a même pas changé la forme du régime, pour ne pas parler de la société. Elle a seulement amené au pouvoir une autre garniture de dirigeants prêts à servir « la communauté internationale » et, finalement, c’est pour celle-ci que les Burkinabès ont versé leur sang.[94]

Rassurer la « communauté internationale »

Ils s’empressent d’ailleurs de lui faire allégeance. À peine Compaoré parti, Zéphirin Diabré, en tant que chef de file de l’opposition, annonce que la transition qui se prépare respectera ses engagements nationaux et internationaux.[95] Il fallait, en effet, rassurer la « communauté internationale », qui se déclarait hostile à l’accaparement de la « révolution » par l’armée. En effet, c’est ce qui était en train de se passer au Burkina Faso. Dès le début des grandes manifestations du 28 octobre qui finiront par l’emporter trois jours plus tard, Compaoré avait de fait transféré le pouvoir à l’armée. Son chef d’État-major le général Nabéré Honoré Traoré s’affichait déjà comme dirigeant du pays. Mais en moins de 24 heures il avait disparu de la scène. En effet, le général Traoré était considéré comme trop proche du président déchu et avait été remplacé par son adjoint, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. Selon la « Lettre du Continent », bimensuel français confidentiel spécialisé dans l’Afrique de l’Ouest, cette manœuvre a été effectuée par le général Diendéré, le patron du RSP. Elle avait eu lieu le jour de l’évacuation de Compaoré par les militaires français suite à un coup de téléphone de François Hollande. Si la question du successeur avait été évoquée à cette occasion, ceci n’est pas mentionné.

Toutefois, le lieutenant-colonel Zida paraissait être mieux placé pour cette tâche en raison de son appartenance confessionnelle (protestante), de ses études de langue en anglais à l’université d’Ouagadougou, de sa formation militaire au Maroc, à Taiwan, au Canada et au Cameroun, de sa fonction d’ancien observateur de la Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo et de sa participation à la formation antiterroriste aux USA. Un tel CV le rendait acceptable non seulement pour Paris, mais aussi, sinon encore plus, pour Washington. Enfin, n’étant pas été impliqué directement dans le régime de Compaoré, Zida semblait être le mieux placé pour s’entendre avec l’opposition afin d’organiser la transition. D’ailleurs c’était bien lui qui s’était rendu le 31 octobre devant les manifestants rassemblés à la Place de la Nation pour leur annoncer la démission de Compaoré et le ralliement de l’armée au peuple. Mais les manifestants ont été bientôt désenchantés par le fait que les militaires avaient pris le pouvoir. Pour la première fois ils ont le sentiment que la révolution est sur le point d’être trahie. « Tout le monde est déçu. On ne comprend pas… C’est le même système qu’ils veulent maintenir », se lamentait un manifestant.[96]

En effet, la foule ne voulait ni de Traoré ni de Zida, mais le général Kouamé Lougoué, l’ancien ministre de la Défense de Compaoré que celui-ci avait congédié en 2005. Or, le général Lougoué n’apparaissait plus. L’État-major l’avait retiré de la circulation. Pour Zida, le champ était libre. Le 1er novembre, tôt le matin, Zida s’était proclamé chef de l’État et dans l’après-midi l’armée lui annonça son soutien. Les jeux étaient faits et l’opposition politique s’était ainsi retrouvée devant le fait accompli.
Mais l’opposition n’avait pas encore perdu tout espoir de revenir sur la scène. Elle savait bien que le nouveau pouvoir, en raison de son caractère militaire, aurait du mal à se faire accepter par la « communauté internationale ». Le lieutenant-colonel Zida, qui en était conscient, s’était empressé encore dans la soirée du 31 octobre d’affirmer sur les ondes de Radio France Internationale que le changement du pouvoir tout juste effectué au Burkina Faso n’était pas un coup d’État mais une « insurrection populaire ».[97] Or, le 2 novembre, l’opposition politique était revenue à la charge. Elle avait invité la population à descendre de nouveau dans la rue pour empêcher toute confiscation du pouvoir par l’armée. Derrière elle, il y avait un allié de taille : l’Union africaine. Sa présidente, Nkosazana Dlamini-Zuma, n’avait pas hésité de demander aux militaires burkinabés « de se mettre à la disposition des autorités civiles ».[98] De nouvelles manifestations avaient éclaté. Les manifestants demandaient le retrait de Zida et la nomination d’un chef civil de la transition par eux-mêmes. Devant le bâtiment de la Radiotélévision Burkinabè ils plébiscitaient Saran Sérémé, la présidente du Parti pour le développement et le changement, puis le général Lougué.

Mais un détachement du RSP ouvre le feu sur les manifestants. Au moins trois personnes meurent. Par la suite, l’armée occupe les points stratégiques de la capitale. C’est de fait un coup d’État. Mais Zida tente de minimiser cette impression. Il annule la suspension de la Constitution, ouvre les frontières et s’engage à transmettre le pouvoir aux civils le plus rapidement possible. À cet effet, il organise une rencontre avec les ambassadeurs français et US ainsi qu’avec l’opposition politique. Mais la présence du général Diendéré, chef des services du renseignement militaire et de la RSP sous Compaoré éveille des soupçons au sein de la société civile : est-on en train d’assister à un tout change pour que rien ne change ?

La « communauté internationale » est alarmée aussi, à moins qu’elle ne fasse semblant de l’être. Les USA se sont empressés de condamner, le 1er novembre, le « coup de force », mais hésitaient à imposer des sanctions, c’est-à-dire suspendre l’aide. À la question des journalistes qui l’interrogent à ce sujet, la porte-parole du Département d’État US Jennifer Psaki répond prudemment que dans le cas du Burkina Faso « nous n’allons pas, pour le moment nous déterminer politiquement ou juridiquement ».[99] Mais l’Union Africaine se montre plus intransigeante. Le 3 novembre elle présente au nouveau régime burkinabè un ultimatum : si les militaires ne remettent pas le pouvoir entre les mains de civils au bout de deux semaines, les sanctions seront appliquées.[100] Quant à la Communauté économique pour le développement de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui se réunit le 6 novembre à Accra, la capitale du Ghana, elle adopte une attitude plutôt conciliante : donner ses chances ce à une expérience qui n’est pas un coup d’État mais une insurrection populaire.[101] Cette ambiguïté n’a certainement pas échappé au lieutenant-colonel Zida qui, le jour même de la réunion de la CEDEAO à Accra, déclare ne pas avoir peur des sanctions car « les sanctions ne sont pas vraiment notre souci en ce moment ».[102] En d’autres termes Zida fait savoir à l’Union africaine qu’il se moque de ses menaces.

Apparemment, le lieutenant-colonel Zida sent que sa popularité ne pourrait se raffermir que s’il montre au moins symboliquement les dents à la « communauté internationale » et, notamment, à l’Union africaine, son membre le plus faible. La société civile, plus précisément, le « Balai citoyen » afficheune attitude semblable par la bouche de son porte-parole Me Guy Hervé Kam. Ce dernier déclare le même jour ou l’Union africaine émet son ultimatum, que l’organisation panafricaine ne mérite aucun respect, car elle n’a jamais condamné le projet de Blaise Compaoré de modifier la Constitution, bien que cette intention représente une violation totale de sa charte.[103] Un reproche similaire est adressé à la CEDEAO et aux Nations-Unies.[104]

Le lieutenant-colonel Zida sait, cependant, qu’il risque gros s’il tient la tête trop longtemps à la « communauté internationale ». Celle-ci se voit obligée de sauver les apparences de la légalité et fait pression pour la mise en place d’un gouvernement transitoire civil à sa mesure. Zida se met à la tâche tout en tenant compte du délai de quinze jours que l’Union africaine lui a donné pour le faire. Le 8 novembre, les protagonistes de la crise commencent à examiner un plan pour la mise en place d’un gouvernement de transition. L’armée se tient prudemment à l’écart, mais pas le gouvernement US. Ce même jour arrive à Ouagadougou Bisa Williams, la sous-secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique. La durée de sa visite,présentée comme « inattendue », n’est pas précisée.[105] Quelle est la raison de son déplacement ? On peut s’en douter. D’ailleurs, à peine arrivée, elle réitère au lieutenant-colonel Zida l’exigence US d’ une « transition démocratique ».[106] Un encouragement supplémentaire dans ce sens est fait trois jours plus tard (le 11 novembre) par Jennifer Psaki, la porte-parole du Département d’État.[107]

Le lendemain, une délégation conjointe de l’ONU, de la CEDEAO, de l’Union africaine et de l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi que des chefs coutumiers et du Comité supérieur des Burkinabès à l’Étranger se rend chez le lieutenant-colonel Zida. À cette occasion, l’ambassadeur US Tulinabo Mushingi souligne une fois de plus la volonté des USA de voir la poursuite du dialogue national, la passation rapide de pouvoir à une autorité civile et que le principal objectif de la transition soit de préparer les élections parlementaires et présidentielle en 2015.[108] Mais le 13 novembre la Charte de transition est publiée. Celle-ci définit la procédure de travail et les buts du gouvernement de la transition, tout-à-fait en accord avec les souhaits de la « communauté internationale ».

Enfin, le 17 novembre, un jour avant l’expiration du terme de l’ultimatum de l’Union africaine, le nom du nouveau président de la transition est annoncé : Michel Kafando, un ancien diplomate. Le lendemain, le 18 novembre, Kafando prête serment et présenté son gouvernement. Son Premier ministre est… le lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida ! Inutile de dire que l’Occident est satisfait de ce dénouement. Après la prestation du serment, Gilles Thibaut, l’ambassadeur de France à Ouagadougou, déclare que Kafando peut « totalement compter sur les partenaires du Burkina Faso »[109], tandis que son homologue US Tulinabo Mushingi assure que son gouvernement va « continuer à travailler avec le peuple burkinabè » car « le peuple américain suit ce qui se passe au Burkina Faso avec attention ».[110]

La transition : deux pouvoirs intrônisés

La satisfaction de la « communauté internationale » face au dénouement favorable de la crise ne semble pourtant pas être partagée au Burkina Faso. La société civile et surtout les jeunes ont le sentiment que leur révolution a été trahie et qu’au fond rien n’a changé sauf les personnalités au pouvoir. « Pourquoi chasser le président Compaoré pour le remplacer par son sbire ? », se demandait un étudiant le jour de la nomination de Michel Kafando au poste de président intérimaire du pays.[111] Cette question semble exprimer toute la profondeur de la déception qui s’est emparée de la jeune génération. La désillusion est rude. Les jeunes ont l’impression que la révolution dont ils ont été le moteur, a été spoliée par le RSP et les hommes de Compaoré.[112] Kafando n’était-il pas un de ses proches ? En effet, il l’avait représenté pendant une quinzaine d’années (entre 1998 et 2011) aux Nations-Unies. N’était-il pas un des pires ennemis du révolutionnaire Thomas Sankara ? Certainement. « Ils étaient comme chien et chat », affirme l’ancien ministre des Affaires étrangères ivoirien Amara Essy qui connait bien Kafando.[113] Ce dernier était d’ailleurs son homologue en 1983 et avait été un des instigateurs de l’arrestation de Sankara en mai de cette année-là, probablement à l’instigation de Guy Penne, le « Monsieur Afrique » du président français de l’époque François Mitterrand, en raison de sa proximité de Kadhafi.[114] Apparemment, un sankariste n’aurait pas été du goût de la « communauté internationale ».

Un conservateur « viscéralement anticommuniste », comme le décrit Amara Essy,[115] qui avait fait ses études en France et au Centre européen de la Dotation Carnegie pour la paix internationale (US), semble avoir été pour la « communauté internationale » une option idéale pour ce poste transitoire. Kafando avait d’ailleurs pris ses distances vis-à-vis de Compaoré en 2011, refusant de soutenir la modification de la Constitution qui aurait permis à son chef de s’arroger un mandat supplémentaire. Mais, à côté de lui, il faut composer avec l’armée et, peut-être aussi avec les ambitions du lieutenant-colonel Zida qui semble avoir pris goût au pouvoir. Affaire délicate vu que ceci aurait pu être facilement interprété comme la perpétration de fait d’un putsch militaire, ce qui serait en contradiction avec les principes affichés de la « communauté internationale ».

Mais Kafando, probablement avec l’accord de cette même « communauté », trouve une solution de Salomon : le 19 novembre, il désigne comme Premier ministre le lieutenant-colonel Zida. En plus, quatre des 26 portefeuilles ministériels, ceux de la Défense (détenu, d’ailleurs, par Zida lui-même), de l’Intérieur,des Mines et du Sport reviennent à l’Armée. Grâce à ces postes considérés comme stratégiques, l’Armée pourrait sans doute jouer un rôle de taille dans la gestion du pays, du moins pendant la période transitoire. La photo officielle des chefs de la transition burkinabè prise immédiatement après la nomination du gouvernement transitoire est indicative : on y voit Kafando et Zida sur une tribune assis l’un à côté de l’autre dans deux fauteuils de même grandeur et de même forme. On a l’impression de voir deux hommes dont l’un représente le pouvoir civil et l’autre le pouvoir militaire, sur des trônes…

Le tandem Kafando-Zida semble être parfait. Après le retrait de Zéphirin Diabré de sa fonction de chef de file de l’opposition annoncé le 16 et devenue effective le 17 novembre 2014, plus aucune personnalité politique de marque ne menace ce tandem. Or, la disparition de Diabré de l’avant-scène politique burkinabè ne doit pas être nécessairement interprétée comme conséquence d’une déception personnelle pour n’avoir été nommé à aucun poste dans le gouvernement de transition, mais plutôt comme un calcul. N’en faisant pas partie, il pourrait, contrairement aux membres du gouvernement transitoire, poser sa candidature à l’ élection présidentielle de novembre 2015.

Pour ceci il a tous les avantages appréciés par la « communauté internationale » : il a été directeur adjoint du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le développement, puis président pour l’Afrique et le Moyen-Orient de la compagnie française AREVA spécialisée dans la technologie nucléaire, il a aussi été collaborateur du fameux économiste US Jeffrey Sachs, père du concept de la « thérapie de choc » néolibérale dont les conséquences tout autres que positives sont toujours ressenties dans le monde entier, organisateur du premier forum de l’alternance au Burkina Faso en 2009 et cerveau de l’organisation de la « révolution noire » qui a immédiatement fait allégeance aux puissances occidentales. Pour ne pas parler de son expérience politique . Diabré a aussi été ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mmines, puis ministre des Finances et du Plan et a même présidé le Conseil économique et social du Burkina Faso. Seule ombre au tableau, mais qui pourrait aussi tourner à son avantage, il a été le président d’honneur du Forum de l’amitié sino-burkinabè (FASIB) et s’était engagé à promouvoir les rapports économique avec la Chine continentale. Diabré attend-t-il son heure ? Pour le moment, il semble s’être effacé et ne fait pas obstacle au bon fonctionnement du gouvernement de transition.
Ainsi les civils et les militaires ont fini par se partager le pouvoir au Burkina Faso sous l’œil bienveillant de la « communauté internationale » et perplexe de la population qui commence à comprendre qu’elle a été dupée mais ne sait pas encore comment réagir. Pour la calmer, les nouvelles autorités se sont mises à manier le mythe Sankara, spoliant ainsi le symbole de l’authentique révolution burkinabè, de celle de 1983, la seule ayant eu un caractère social. Les autorités transitoires se sont empressées de faire des promesses en faveur de sa réhabilitation, pour l’éclaircissement des circonstances de son assassinat et pour l’érection d’un monument à sa gloire. Déjà la Place de la Nation à Ouagadougou a repris le nom de Place de la Révolution qu’elle portait à l’époque où Sankara dirigeait le pays. Le gouvernement intérimaire a aussi commencé à arrêter et à poursuivre des dignitaires du régime de Compaoré impliqués dans des affaires de corruption et ainsi affirmer sa détermination de vouloir nettoyer les résidus d’une époque révolue. Même le tout-puissant général Gilbert Diendéré, l’ancien chef du tout-puissant RSP et des services de renseignements de Compaoré, considéré comme le N° 2 de son régime, qui a propulsé le lieutenant-colonel Zida au-devant de la scène politique, a été limogé le 27 novembre 2014.

Le « Balai citoyen » rangé au placard de l’histoire

Mais pour ce nettoyage, le gouvernement intérimaire ne semble plus avoir besoin du « Balai citoyen ». Ainsi, ce dernier, après avoir rendu le service nécessaire pour balayer le régime de Compaoré, se voit rangé au placard de l’histoire. Pour le moment, du moins. Un tournant peu glorieux pour une organisation qui agissait comme moteur de la « révolution ». Mais on aurait tort de la considérer comme facteur décisif pour son succès. Sans l’appui de l’armée il aurait du mal à la faire aboutir. D’ailleurs, c’étaient bien ses chefs qui avaient invité les militaires à les rejoindre. « Confier le pouvoir à l’armée (…) a permis d’éviter de nombreux morts », expliquait Smokey, un des chefs du « Balai citoyen » immédiatement après la fuite de Compaoré.[117] C’était reconnaître que le « Balai » avait pratiquement frayé le chemin aux militaires pour s’emparer du pouvoir. Affaire délicate, voire gênante pour un mouvement de masse engagé dans la lutte pour la victoire de la démocratie dans le pays. Les mots : « Nous sommes inquiets, mais pas plus que ça »,[118] que le porte-parole du « Balai » Me Guy Hervé Kam avait prononcé en apprenant que le lieutenant-colonel Zida était devenu Premier ministre, pourraient être interprétés comme expression d’un certain embarras. Par contre le musicien Sams’K Le Jah ne semble pas avoir eu ce sentiment. Il affirmait tout bonnement que la nomination de Zida au poste de chef de gouvernement ne pose pas de problème en soi, car « Sankara a été militaire, pourtant il a travaillé pour ce pays. À l’inverse, des civils ont été pires que des militaires ».[119]

Toutefois, dans l’attitude du « Balai » envers l’Armée on peut observer une certaine évolution. Si encore au lendemain de la « révolution », Me Guy Hervé Kam affirmait qu’il fallait dire « merci » aux militaires pour avoir aidé le peuple « mais que leur tâche n’était pas de gérer le pouvoir »,[120] il avait, plus tard, reconnu que les contacts entre eux et le « Balai » existaient depuis les manifestations de fin octobre, car le lieutenant-colonel Zida représentait l’armée burkinabè. Ceci n’empêchait pas Me Kam de continuer à nier l’existence de tout autre rapport entre son mouvement et l’armée comme institution. Mais dès que Zida était devenu Premier ministre, il adressa à lui et « et à son équipe » de véritables louanges pour avoir effectué « un travail formidable en respectant leur parole (…) de transmettre le pouvoir aux civils ».[121] Cette affirmation révèle clairement que le rôle du « Balai » dans les événements au Burkina Faso n’était pas autonome, mais en fonction d’intérêts des cercles qui le maniaient. Ceux-ci étaient en apparence nationaux, mais de fait étrangers.
Pouvaient-ils faire autrement ? Certainement pas car le « Balai citoyen », ayant de fait été créé et manipulé par des filiales d’une fondation appartenant au magnat financier US Soros, ne faisait que jeter de la poussière aux yeux de la population burkinabè et de l’opinion publique mondiale. Le « Balai » mobilisait, certes, la population, mais la coordination des activités visant à renverser le régime de Compaoré était entre les mains de l’opposition politique et notamment de son chef de file Zéphirin Diabré qui en était le cerveau. Eux tous étaient engagés dans la même tâche: créer une situation favorable aux intérêts géopolitiques occidentaux (US et français en premier lieu) sans toucher au système socio-économique existant (néolibéral) imposé à l’humanité par les puissances anglo-saxonnes (le tandem Thatcher-Reagan) bien qu’il soit à l’origine de la misère non seulement du peuple burkinabè mais aussi du monde entier.

Cet objectif, supervisé de près par les ambassades des USA, de France et la représentation de l’Union européenne, avait été réalisé avec brio et la « communauté internationale » se sent certainement soulagée. Une révolution au sens strict (social) du terme, n’a pas eu lieu et, pour elle, c’est ce qui compte. Une équipe usée qui détenait le pouvoir depuis trop longtemps a été tout simplement échangée contre une nouvelle, de la même façon qu’on remplace un produit dont la date de péremption est passée par un plus récent pouvant fonctionner sans encombre jusqu’à la prochaine occasion. C’était, malheureusement, tout. Certes on continue de présenter ce changement au sommet du Burkina Faso comme une révolution, mais en réalité il n’a rien à voir avec elle. Ce n’était, en effet, qu’une simple action de sabordage d’un régime discrédité par ce qu’on désigne comme « révolution colorée ». Cette « révolution » était presque identique à celles que les USA ont déjà tant de fois fomenté dans d’autres pays par le biais des organisations non-gouvernementales à leur solde et dont le seul but n’est que le renforcement de leur hégémonie dans des régions instables qui risquent d’échapper à leur contrôle.

Quant à la couleur que certains médias avaient attribué à la révolution burkinabè de 2014 – noire – elle peut être considérée comme symbole de toute la tragédie d’un leurre propagandiste dont la population burkinabè et l’opinion publique mondiale commencent à devenir conscients. Mais les dés sont déjà jetés. Pour un changement de la donne à court terme il est trop tard. Une fois de plus, l’opinion publique mondiale a été dupée par la « communauté internationale » qui lui rit à la barbe.
Celle-ci, cependant, continue à imposer les règles du jeu. Au nom de la lutte pour la démocratie (et de renforcement de son emprise sur le continent), la « communauté internationale » aimerait bien en finir avec les derniers dirigeants autocrates en Afrique. L’appel que le président français François Hollande avait adressé à la veille de la réunion de l’Organisation internationale de la Francophonie à Dakar aux chefs d’État africains de ne pas s’accrocher au pouvoir résonne comme un avertissement.[122] Dans ce cas, la société civile burkinabè pourrait y être engagée, tout comme l’avait été le mouvement « Y’en a marre » du Sénégal au Burkina Faso.

Il est possible qu’un scénario semblable puisse être appliqué dans d’autres pays africains et que, dans ces cas, les expériences de la « révolution noire » ne seraient pas ignorées. Mais l’opinion publique internationale s’en rendra-t-elle compte ? On peut en douter, car le mécanisme de propagande des grands médias va certainement être de nouveau mis en branle. Son efficacité pourrait s’affirmer d’autant plus qu’elle utilise les arguments des mouvements qui se targuent d’être de la gauche et les transmettent par leur biais à l’opinion publique. Celle-ci étant bien intentionnée mais superficiellement informée, avide de contribuer à l’édification d’une société plus juste et plus humaine, avalera cet hameçon d’autant plus facilement que les dirigeants de la gauche sont depuis longtemps liés à la cause US-américaine portant la marque du Parti démocrate US. Les jeunes, en particulier des étudiants en sciences humaines, journalisme et beaux-arts sont surtout menacés par cet appât. Pourtant les « révolutions colorées » sont relativement faciles à détecter.

Il suffit d’observer le schéma selon lequel elles se déroulent, les symboles qu’elles utilisent, les slogans qui sont lancés, la publicité faite en leur faveur par la propagande officielle occidentale, la structure qui les dirige et les forces étrangères qui les appuient pour comprendre comment on les fomente et à quelles fins on les abuse. On remarquera, alors, que leur objectif ne va pas plus loin que de faire tomber un pouvoir autoritaire ou corrompu, désigné préalablement comme tel dans les grands médias. Mais l’exigence d’en finir avec le système néolibéral (et de sa variante socio-libérale), qui est la cause et la conséquence de l’effondrement social à l’échelle mondiale, ne se fait jamais entendre. En ignorant ce silence, on risque de se tromper de révolution et de soutenir celles qui sont fomentées par les pires ennemis de la société humaine.

Ceux-ci sont des experts en la matière. Réduisant leur activité à la lutte contre les régimes autoritaires ciblés par la « communauté internationale », leurs « révolutions colorées » ne font que dévier l’attention de l’opinion publique sur un problème d’abus de pouvoir afin qu’il ne lui vienne pas à l’esprit de mettre en cause le système néolibéral qui est la véritable raison de la détresse mondiale grandissante et de s’engager dans une vraie révolution sociale. Mais la « communauté internationale » a pris des précautions. Sachant que la véritable force de la société réside dans sa capacité à distinguer les mythes politiques de la réalité, elle a désarmé l’opinion publique intellectuellement en l’empêchant systématiquement, l’enseignement public et les médias aidant, d’acquérir les connaissances nécessaires pouvant stimuler l’esprit critique, la prise de conscience de sa condition et l’aptitude à résister contre l’emprise néolibérale en formant un réseau de solidarité sociale à l’échelle mondiale comme prélude d’une révolution capable de lui donner le coup de grâce.

Moins on connait les dessous des cartes du passé et du présent, plus on se laisse manipuler par des facteurs externes, moins on est uneopinion publique dans le sens strict du terme, c’est-à-dire consciente, plus on est foule qui ne réagit qu’aux excitations émotionnelles prête à suivre tout démagogue et se sacrifier pour des chimères. On a pu voir ceci une fois de plus dans le déroulement et l’interprétation de la « révolution noire » du Burkina Faso. Mais va-t-on savoir en tirer des leçons pour ne pas être une fois de plus aveuglé par une autre « révolution colorée » et entrainé par l’euphorie idéaliste dans le sillon des intérêts géopolitiques de n’importe quelle puissance aspirant à la domination du monde ? L’avenir le dira…

Ils s’empressent d'ailleurs de lui faire allégeance. À peine Compaoré parti, Zéphirin Diabré, en tant que chef de file de l’opposition, annonce que la transition qui se prépare respectera ses engagements nationaux et internationaux.[95] Il fallait, en effet, rassurer la « communauté internationale », qui se déclarait hostile à l’accaparement de la « révolution » par l’armée. En effet, c’est ce qui était en train de se passer au Burkina Faso. Dès le début des grandes manifestations du 28 octobre qui finiront par l’emporter trois jours plus tard, Compaoré avait de fait transféré le pouvoir à l’armée. Son chef d’État-major le général Nabéré Honoré Traoré s’affichait déjà comme dirigeant du pays. Mais en moins de 24 heures il avait disparu de la scène. En effet, le général Traoré était considéré comme trop proche du président déchu et avait été remplacé par son adjoint, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. Selon la « Lettre du Continent », bimensuel français confidentiel spécialisé dans l’Afrique de l’Ouest, cette manœuvre a été effectuée par le général Diendéré, le patron du RSP. Elle avait eu lieu le jour de l’évacuation de Compaoré par les militaires français suite à un coup de téléphone de François Hollande. Si la question du successeur avait été évoquée à cette occasion, ceci n’est pas mentionné.




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Notes

[1] « Le Balai Citoyen » : Smockey et Sams’k le Jah veulent assainir le Burkina !, in : droitlibre.net, 27 juillet 2013, http://droitlibre.net/le-balai-citoyen-smockey-et-sams-k-le-jah-veulent.html

[2]Justin YARGA, Le balai citoyen. Du Y’en a marre burkinabè, in : Burkina 24, 30 juin 2013, http://burkina24.com/2013/06/30/le-balai-citoyen-du-y-en-a-marre-a-la-burkinabe/

[3] Ibid.

[4] Abdel PITROIPA, Burkina Faso: ici aussi y en a marre ! in : Jeune Afrique, 13 septembre 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2748p040.xml0/

[5] BOA, Burkina Faso : «Le balai citoyen», un mouvement pour «assainir» la mal-gouvernance, in : koaci.com, 18 juillet 2013, http://koaci.com/burkina-faso-balai-citoyen-mouvement-pour-assainir-gouvernance-83932.html

[6] Justin YARGA. Le balai…

[7]http://www.semfilms.org/spip.php?rubrique3

[8]http://www.semfilms.org/spip.php?article176

[9] Dominic JOHNSON, Schwarzer Frühling gegen Autokraten, [Le printemps noir contre l’autocrate], in: taz.de, 30 octobre 2014, http://www.taz.de/!148651/

[10] Benjamin Roger, Burkina Faso: Droit Libre TV, une vigie sur le web, in : Jeune Afrique, 18 juillet 2014,http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2792p131.xml0/

[11] Ibid.

[12] Le chef de la diplomatie française expliquait ce geste par son « envie d’écouter le cœur du Sénégal battre ». À son avis « Le Sénégal n’est pas seulement le Sénégal officiel. Parmi les fautes principales à éviter, c’est de rester enfermer dans les palais officiels », (Cf. Sénégal : Laurent Fabius salue « l’exemple » du mouvement « Y’en a marre », in : Jeune Afrique, 28 juillet 2012, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120728103832/france-senegal-macky-sall-abdoulaye-wadesenegal-laurent-fabius-salue-l-exemple-du-mouvement-y-en-a-marre.html ).

[13] Thiebeu NDIAYE, Le bailleur de Osiwa à Dakar : Y en a reçu le milliardaire George Soros, in : Le Quotidien, 15 avril 2013.

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] Mehdi BA, Sénégal –Y-en-a marre: « Obama a été très attentif à notre discours sur la jeunesse », in : Jeune Afrique, 28 juin 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130628121411/senegal-barack-obama-macky-sall-abdoulaye-wadesenegal-y-en-a-marre-obama-a-ete-tres-attentif-a-notre-discours-sur-la-jeunesse.html

[17] Justin YARGA, op.cit.

[18] « Nous nous sommes inspirés très fortement du mouvement ‘Y’en a marre’. D’ailleurs, nous avons eu des contacts, des échanges avec ce mouvement. Nous avons beaucoup profité de ce que ‘Y’en a marre’ a fait. Je pense que c’est un exemple de coopération sud-sud, si l’on peut dire ainsi.» (Cf. Mor Talla GAYE, Me Guy Hervé coordinateur du « Balai citoyen » : « Ce que Y’en a marre nous a apporté dans la lutte pour le départ de Blaise, in : gfm.sn, 3 novembre 2014, http://www.gfm.sn/me-guy-herve-kam-coordonnateur-du-mouvement-balai-citoyen-du-burkina-faso-ce-que-y-en-a-marre-nous-a-apporte-dans-la-lutte-pour-le-depart-de-blaise/

[19] Appel du „Balai Citoyen“ pour une unité d’action citoyenne, pour la démocratie, la liberté et la bonne gouvernance, in : Pambazuka, N°295, 5 septembre 2013.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Ibid.

[23] Zéphirin Diabré avait déclaré à Radio France Internationale (RFI): „J’ai déjà dirigé deux manifestations le 29 juin et le 28 juillet ». (Cf. Christophe BOISBOUVIER, Zéphirin Diabré : Si le Sénat est mis en place, « nous opposerons une résistance républicaine, in : RFI, 22 octobre 2013) http://www.rfi.fr/afrique/20131022-burkina-faso-zephirin-diabre-rfi-senat-est-mis-place-resistance-republicaine/

[24] « Dès lors qu’il s’agit de questions touchant l’avenir du pays et que je suis en symbiose avec les attentes, les aspirations et les souhaits de mon peuple, je ne vois aucun inconvénient de le faire », affirma Zéphirin Diabré à RFI. (Ibid.)

[25] « Mais moi je ne me pose pas cette question aujourd’hui, parce que, pour moi, elle n’est pas une question importante pour le pays. […] Si je commence à parler de 2015, ce que je vais faire, me présenter, me pas me présenter… Cela entraînera d’autres débats qui vont nous faire oublier l’essentiel. Ce qui est important pour le Burkina aujourd’hui, c’est de pouvoir travailler dans la sérénité afin d’exécuter les tâches qui sont les nôtres, qui sont relatives au programme que j’ai annoncé pour avoir le suffrage du peuple.» (Cf. Karim LEBHOUR : Blaise Compaoré : « Je ne veux pas décevoir le peuple qui m’a élu »,in : RFI, 25 septembre 2013, http://www.rfi.fr/afrique/20130925-blaise-compaore-mali-senat-quatrieme-mandat/)

[26] Souleymane SAWADOGO, Chef de file de l’opposition politique: Zéphirin Diabré reçoi les bénédictions du Moogho Naaba, in : NetAfrique.net, 10 mai 2013, http://netafrique.net/chef-de-file-de-lopposition-politique-zephirin-diabre-recoit-les-benedictions-du-moogho-naaba/

[27] Voir la liste des partis exclus sur le portal: http://omegabf.net/index.php/actualite/item/61-opposition-politique-au-burkina-la-liste-des-partis-exclus-par-le-chef-de-file-de-l-opposition

[28] La liste des partenaires du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) peut être consultée sur : http://www.cgd-igd.org/?page_id=30

[29] Voir le programme du 10ème Festival du Ciné Droit Libre sur : http://festivalcinedroitlibre.blogspot.co.at/2008/06/cine-droit-libre-ouagadougou-2008.html

[30] Jean-Aimé ZOUGMORÉ, CFOP : l’ambassadeur de l’UE au Burkina, hôte de Zéphirin Diabré, in : L’Observateur Paalga, 12 avril 2014, http://news.aouaga.com/h/24923.html

[31] Ibid.

[32] Fulbert PARÉ, Référendum: l’opposition en parle avec les ambassadeurs européens, in: Lefaso.net, 17 mai 2014, http://www.lefaso.net/spip.php?article59242

[33] Ibid.

[34] Dimitri KABORÉ, Burkina Faso: Le « Balai Citoyen » reçu par l’ambassadeur des États-Unis, in : Fasozine, 17 juillet 2014, http://www.fasozine.com/burkina-faso-le-balai-citoyen-recu-par-lambassadeur-des-etats-unis/

[35] Ibid.

[36] Ibid.

[37] Valérie TIANHOUN, Ambassadeur des USA au Burkina Faso: « Les Burkinabès doivent se sacrifier pour prôner l’alternance », in : Le Pays, 7 juillet 2014, http://lepays.bf/ambassadeur-usa-au-burkina-faso-les-burkinabe-doivent-se-sacrifier-proner-lalternance/

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Dimitri KABORÉ, Article cité.

[42] France-Afrique:Avertissements, in: Jeune Afrique, 19 juillet 2011 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2636p008-009.xml4/

[43] Ibid.

[44] Burkina Faso:avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes, in : International Crisis Group, Rapport Afrique N°205, 22 juillet 2013, p.II, http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/africa/west-africa/burkina-faso/205-burkina-faso-avec-ou-sans-compaore-le-temps-des-incertitudes.pdf

[45] Ibid.

[46] Ibid.

[47] Newton Ahmed BARRY, Burkina: « Un coup d‘État probable » selon les services occidentaux, in : L’Événement, 17 mai 2014, http://www.evenement-bf.net/spip.php?article954

[48] John Kerry salue la contribution de Blaise Compaoré dans la recherche de la paix en Afrique de l’Ouest. Communiqué de presse, in : lefaso.net, 5 août 2014, http://www.lefaso.net/spip.php?article60357

[49] Fabbi KOUASSI, Présidence à vie en Afrique: John Kerry tire sur Blaise Compaoré, Sassou Nguesso et Joseph Kabila mais rate sciemment Faure Gnassingbé, in : info 27 avril, 6 août 2014, http://www.27avril.com/blog/actualites/politiques/presidence-vie-en-afrique-john-kerry-tire-blaise-compaore-sassou-nguesso-joseph-kabila-rate-sciemment-faure-gnassingbe

[50] Discours de Barack Obama à Accra au Ghana le 11 juillet 2009, (Version française), in : Grioo.com, 12 juillet 2009, http://www.grioo.com/ar,discours_de_barack_obama_a_accra_au_ghana_le_11_juillet_2009,17403.html

[51] Nicolas CHAMPEAUX, Blaise Compaoré: « Pas d’institutions fortes sans une construction dans la durée », in : RFI, 7 août 2014, http://www.rfi.fr/emission/20140807-blaise-compaore-histoire-usa-pas-celle-afrique/

[52] Rémi CARAYOL et Benjamin ROGER, Burkina : le récit de la chute de Compaoré heure par heure, in : Jeune Afrique, 18 novembre 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2809p020.xml0/

[53] Selon « Jeune Afrique » « Compaoré n’a plus le goût du pouvoir – l’ami qui l’affirme raconte : ‘Un jour, dans l’avion qui venait d’atterrir sur la piste de l’aéroport d’Ouagadougou, le regard perdu vers l’extérieur, il m’a dit : ‘Je suis fatigué de tout ça…’ Un autre compagnon des palabres qui lui rendait régulièrement visite à Kosyam déclare : ‘Il se donnait deux ou trois ans pour organiser sa succession et s’assurer que se proches ne seraient pas les victimes du nouveau régime.’ » (Ibid). En juillet 2014 Blaise Compaoré annonçait que « même si l’article 37 de notre Constitution venait à être modifié, que je m’arrête en décembre 2015, comme c’est pour l’instant prévu. » (Cf. Marwana Ben YAHMED, Burkina – Blaise Compaoré : « Il faudra bien partir un jour… », in : Jeune Afrique, 23 juillet 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2792p024.xml0/ ).

[54] Rémi CARAYOL et Benjamin ROGER, Burkina : le récit de la chute de Compaoré heure par heure, in : Jeune Afrique, 18 novembre 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2809p020.xml0/

[55] Ibid.

[56] Dialogue politique: Le Balai citoyen approuve, mais reste vigilant, Déclarationin : Le Faso net, 27 septembre 2014, http://www.lefaso.net/spip.php?article60986

[57] Il s’agit : « premièrement, de la question de la révision de l’article 37 de la Constitution ; deuxièmement, de la question de l’installation du Sénat ; troisièmement, des questions relatives à l’organisation de l’élection présidentielle de 2015 ; quatrièmement, des questions relatives à l’organisation et au fonctionnement du Conseil constitutionnel et cinquièmement, de la question de la contribution de la société civile à la recherche de solutions consensuelles en vue de consolider la paix ». (Cf. La Direction de la Communication de la Présidence du Faso, Dialogue républicain: un document cadre de cinq points pour les discussions entre la majorité et l’opposition politique, in : Bayiri.com, 30 septembre 2014, http://bayiri.com/politique/dialogue-republicain-un-document-cadre-de-cinq-points-pour-les-discussions-entre-la-majorite-et-l-opposition-politique.html ).

[58] Aymar POODA, Dialogue politique: Blaise met fin à la palabre, in : Bayiri.com, 7 octobre 2014, http://bayiri.com/politique/dialogue-politique-blaise-met-fin-a-la-palabre.html

[59] Ibid.

[60] Exclusif: la lettre de François Hollande qui mettait en garde Blaise Compaoré, in : Jeune Afrique, 30 octobre 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141030170335/

[61] Ibid.

[62] « En effet, selon ce qui se chuchote en haut lieu, l’inamovible Président du Faso serait le prochain président de l’OIF.» (Cf. Blaise Compaoré à la tête de la Francophonie, in : Tamtaminfo.com, 7 mars 2014, http://www.tamtaminfo.com/blaise-compaore-a-la-tete-de-la-francophonie/), Ces rumeurs n’étaient pas sans fondement car, comme l’affirme le quotidien français « Libération » du 29 novembre 2014, « Abdou Diouf [ancien président du Sénégal qui présidait l’organisation de la Francophonie] a révélé, la semaine dernière, que Blaise Compaoré avait ses faveurs et celles de la France pour lui succéder à la tête de l’OIF, avant que le dirigeant burkinabè ne soit chassé par la rue fin octobre. Une source dans l’entourage de François Hollande a confirmé que le président français avait suggéré début octobre à Compaoré de postuler à la tête de l’organisation internationale sans toutefois recevoir d’écho positif du Burkinabè ». (Cf. Sommet de la Francophonie : Hollande appelle les dirigeants au respect du jeu démocratique, in : Libération, 29 novembre 2014, http://www.liberation.fr/monde/2014/11/29/la-francophonie-reunie-a-dakar-pour-la-succession-d-abdou-diouf_1153222).

[63] La forme officielle de la lettre de Hollande avait été personnalisée par l’adresse « cher Blaise » et la formule « Bien à toi » ajoutées à la main. (Voir la photocopie de la lettre de Hollande à Compaoré dans « Jeune Afrique », Exclusif… cité plus haut).

[64] Modification de l’article 37: l’opposition invite la population à assister à la plénière, in : aOuaga.com, 30 octobre 2014, http://news.aouaga.com/h/36328.html

[65] « Ils ne sont certainement pas 1 million comme l’affirme l’opposition. Mais ils sont bien plus que les 50.000 manifestants que recense une police aveugle. On n’a jamais vu ça au Burkina, peut-être même dans toute l’Afrique de l’Ouest. » (Cf. R. CARAYOL et B. ROGER, Burkina :…)

[66] Zéphirin Diabré : ça passe ou ça casse (extrait du discours de Zéphirin Diabré, Chef de file de l’opposition, tenue à la place de la Nation ce 28 octobre 2014), in : Omega radio, 28 octobre 2014, http://omegabf.net/index.php/actualite/item/1216-marche-anti-referendum-ca-passe-ou-ca-casse-zephirin-diabre

[67] «Cette marche est la dernière que nous t’adressons pour que tu retires ton projet portant révision de la Constitution» affirmait Zéphirin Diabré dans son discours du 28 octobre 2014 devant les manifestants. (Cf. Ambèternifa Crépin SOMDA, Marche-meeting de l’Opposition : Dernier avertissement à Blaise Compaoré, selon Zéphirin Diabré, in : Notre Temps, 28 octobre 2014, http://www.notretempsbf.com/m-625-marche-meeting-de-l-opposition-dernier-avertissement-a-blaise-compaore-selon-zephirin-diabre.html

[68] Sur une des pancartes on pouvait lire : « Blaise, Ebola du Burkina Faso ». (Ibid.)

[69] « Nous demandons à Blaise Compaoré de démissionner », a déclaré le professeur Laurent Bado devant les manifestants. (Ibid.)

[70] Adama TRAORÉ, Le « dernier avertissement » à Blaise, in : aujourd8.net, 28 octobre 2014, http://aujourd8.net/index.php/8-a-la-une/848-place-de-la-nation

[71] « Notre marche est un succès mais comme tout le monde l’a dit, ce n’est que le début de la chose. Notre combat s’annonce long, notre combat s’annonce dur. Pour réussir ce combat, je lance un appel aux structures décentralisées du CFOP pour continuer à installer les comités contre le référendum. Une fois qu’on aura ça, on aura un instrument pour garantir le succès de la campagne de désobéissance civile », déclara Zéphirin Diabré à l’issue de la manifestation du 28 octobre 2014. (Cf. Fin de la manifestation de l’opposition :Zéphirin Diabré parle du succès de la manifestation, in : africahotnews.com, 28 octobre 2014, http://news.africahotnews.com/?idnews=792200&t=Fin-de-la-manifestation-de-l-opposition-:-Zephirin-Diabre-parle-du-succes-de-la-manifestation ).

[72] Ouagadougou : des affrontements après la marche-meeting pacifique historique de l’Opposition, in : meskoncepts.com, 28 octobre 2014, http://meskoncepts.com/2014/10/28/ouagadougou-des-affrontements-apres-la-marche-meeting-pacifique-historique-du-28-octobre-2014/ .

[73] Ibid.

[74] Hassatou BALDÉ, Burkina Faso, la révision de tous les dangers, Blaise Compaoré est-il toujours président ? in : Africacogen.blogspot, 31 octobre 2014, http://jafricacogen.blogspot.co.at/2014/10/burkina-faso-la-revision-de-tous-les.html

[75] Ibid.

[76] Voir le texte intégral de ce document signé le 29 octobre 2014 par Zéphirin Diabré dans : Modification de l’article 37: l’opposition invite la population à assister à la plénière, in : aouaga.com, 30 octobre 2014, http://news.aouaga.com/h/36328.html

[77] Rémi CARAYOL et Benjamin ROGER, Burkina : le récit…

[78] Ibid.

[79] Ibid.

[80] Ibid.

[81] Ibid.

[82][82] Diabré s’était entretenu le 30 octobre avec l’ambassadeur français à Ouagadougou Gilles Thibaut. (Cf. Antoine LEGOURDEL, Coup militaire lors des manifestations de masse au Burkina Faso, in : wsws.org, 4 novembre 2014, https://www.wsws.org/fr/articles/2014/nov2014/burk-n04.shtml)

[83] Élise BARTHET, Six jours qui ont changé le Burkina Faso, in : Le Monde, 3 novembre 2014, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/11/03/six-jours-qui-ont-change-le-burkina-faso_4517145_3212.html

[84] « J’ai fait une déclaration (vendredi [le 31 octobre 2014]) demandant à Blaise Compaoré de prendre les bonnes décisions, c’est-à-dire de partir. C’est ce qu’il a fait dans les heures qui ont suivi », avait déclaré François Hollande le 3 novembre 2014 lors de sa visite au Québec. (Cf. Burkina : La France a joué un rôle dans l’évacuation de Blaise Compaoré, in : Jeune Afrique, 4 novembre 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141104083248/ ).

[85] Parlant de l’exfiltration de Blaise Compaoré du Burkina Faso, le président français François Hollande avait d’abord affirmé que « cette évacuation, nous ne l’avons pas faite nous-mêmes, mais nous avons fait en sorte qu’elle puisse se faire sans drame ». (Cf. Burkina : la France a aidé au « départ sans drame » de Blaise Compaoré, in : RFI, 4 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141104-burkina-france-aide-depart-drame-blaise-compaore-francois-hollande/ ). Or, à peine vingt-quatre heures plus tard, il a donné la précision suivante : « pour permettre la transition, nous avons fait en sorte que le président, qui n’était plus président, puisse être évacué vers la Côte d’Ivoire ». à la question d’un journaliste, si Compaoré avait utilisé un hélicoptère francais pour quitter le Burkina Faso, Hollande avait répondu : « Nous avons veillé à ce qu’il soit évacué en mettant à disposition tous les moyens qui pouvaient être utiles ». (Cf. Burkina Faso : la France a bien exfiltré Blaise Compaoré, in : RFI, 5 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141105-burkina-faso-france-exfiltre-blaise-compaore-cote-ivoire-francois-hollande/ ).

[86] Le magazine « Afrique Expansion » évoque le cas de la compagnie canadienne Iamgold Corporation qui détient 90% des parts de la plus grande mine d’or au Burkina Faso. La part de l’État burkinabè n’est que 10%. (Cf. Vitrolle MBOUNGOU, Multinationales vs États : hold-up des compagnies en Afrique, in : Afrique Expansion, 16 novembre 2011, http://www.afriqueexpansion.com/multinationales-vs-etats-/3155-multinationales-vs-etats-hold-up-des-compagnies-en-afrique.html).

[87] Le Commandement des opérations spéciales françaises (COS) est basé à Ouagadougou depuis 2007. Selon des journalistes du quotidien français « Le Figaro », la France augmente constamment son arsenal militaire dans la région depuis 2010. Son objectif serait, outre la lutte contre le terrorisme, de garantir la sécurité pour la livraison des hydrocarbures et d’empêcher l’imposition financière et commerciale de la Chine sur le continent africain. En juin 2012, le quotidien américain « Washington Post » mentionnait l’existence d’un important « nœud d’espions américains en Afrique » dans la capitale du Burkina Faso. Des avions et des drones américains sont stationnés à l’aéroport d’Ouagadougou. Leur mission serait la réalisation du programme d’observation « Creek Sand » c’est-à-dire l’exploration de vastes zones dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. (Cf. Vadim FERSOVITCH, Burkina Faso : révolte au « paradis des espions », in : La Voix de la Russie, 8 novembre 2014, http://french.ruvr.ru/2014_11_08/Burkina-Faso-revolte-au-paradis-des-espions-1342/).

[88] Selon le rapport de l’International Crisis Group, le Burkina Faso serait le seul pays de l’Afrique de l’Ouest qui avait accepté de cultiver le coton OGM de Monsanto. Le coton OGM y est cultivé depuis 2004. (Cf. Burkina Faso: avec ou sans Compaoré, in : International Crisis Group, Rapport Afrique N°205, 22 juillet 2013, p.28).

[89] Selon les statistiques de la Direction des Douanes, la Chine continentale était dans la dernière année du règne de Compaoré le second partenaire du Burkina Faso (le premier était la Côte d’Ivoire). Les rapports commerciaux entre les deux pays, malgré la rupture des relations diplomatiques, était en croissance constante. Entre 2009 et 2013, les droits et taxes douanières collectés par l’État burkinabé sont passés de 30,777 milliards de francs CFA en 2009 à 53.678 milliards de francs CFA en 2013. Le poids des produits importés depuis la Chine continentale était passé à cette même époque de 142 millions de tonnes à 370 millions de tonnes. Quant à la valeur des produits taiwanais écoulés sur le marché burkinabé, elle avait atteint 13,396.000 de dollars USA en 2011. Ce niveau était considéré comme trop bas par les autorités des deux pays. (Cf. Francois Z. BAMBIO, L’Offensive commerciale chinoise : 370 millions de tonnes de produits écoulés sur le marché burkinabé en 2013, in : Investir au Burkina, 16 août 2014, http://investirauburkina.net/index.php/2013-03-31-18-00-13/139-l-offensive-commerciale-chinoise-au-burkina-faso-plus-de-370-millions-de-tonnes-de-produits-importes-en-2013 ). Fin 2013, Compaoré avait déclaré à la chaine française « TV5 monde » que « la Chine a la capacité d’accompagner l’Afrique dans son développement. Nous le voyons au niveau des infrastructures, nous avons pris beaucoup de retard et la Chine accompagne beaucoup de pays d’Afrique ». (Cf. Compaoré : la Chine nouveau partenaire de l’Afrique, in : TV5 Monde, 8 décembre 2013, https://www.youtube.com/watch?v=CgfRFXIg65g).

[90] Burkina-Taiwan, l’idylle va-t-elle encore durer ? in : Refletnews, (Editorial), 11 avril 2012, http://refletnews.net/?q=content/editoburkina-ta%C3%AFwan-l%E2%80%99idylle-va-t-elle-encore-durer . La représentation taiwanaise au Burkina Faso était d’ailleurs en colère lorsque le ministre burkinabè des affaires étrangères Youssouf Ouédraogo avait, en juillet 2006, à la veille de l’arrivée d’une importante délégation chinoise au Burkina Faso, reçu les membres du FASIB. Cette délégation chinoise, qui avait séjournée au Burkina du 23 au 28 septembre 2006, avait incité certains analystes à se demander si le Burkina Faso n’était pas en route vers un rétablissement des liens avec Pékin. (Cf. Importante délégation de la Chine populaire à Ouagadougou, in : Panapress, 23. Septembre 2006, http://www.panapress.com/importante-delegation-de-la-Chine-populaire-a-Ouagadougou–13-638659-17-lang4-index.html ). Toutefois, le Ministère des Affaires étrangères s’était empressé de rassurer le Taiwan de sa fidélité en publiant au « FasoNet » un communiqué de la Cellule de communication et d’information du syndicat autonome des agents de cet établissement. (Cf. Burkina – Taïwan : Les raisons d’une fidélité durable, in : lefaso.net, 5 octobre 2006, http://www.lefaso.net/spip.php?article16741). Il est à noter que l’agence chinoise Xinhua informe que l’hôte de la délégation chinoise était « le président du FASIB [le banquier] François Bognini » et ne mentionne pas le nom de Diabré. (Cf. Renforcement des liens d’amitié entre les peuples chinois et burkinabè, in : Le Quotidien du Peuple, 28 septembre 2006, http://french.peopledaily.com.cn/International/4869573.html). Mais en 2007 Diabré, devenu président d’honneur du FASIB le 11 avril 2006, dirige la délégation de cette organisation au 102ème Foire internationale d’import-export de Canton et visite la Chine du 14 au 21 octobre 2007. (Cf. Le FASIB en République populaire de Chine : Voyage d’affaires dans l’usine du monde, in : lefaso.net, 25 octobre 2007, http://www.lefaso.net/spip.php?article24157). À la question d’un journaliste comment le FASIB arrive-t-il à concilier son action avec la position du gouvernement burkinabè qui n’entretient pas des relations diplomatiques avec Pékin, Diabré a répondu : « Du reste, le Fasib a reçu son récépissé des services du ministère de l’administration du territoire. Si le gouvernement était opposé à la création du Fasib, rien ne l’obligeait à délivrer ce récépissé. » (Cf. Bernard ZANGRÉ, Interview : Zéphirin Diabré : « Je ne suis pas du RPC mais rien ne me l’interdit », in : lefaso.net, 19 janvier 2008, http://alliance-democratie-progres.over-blog.com/article-15790863.html).

[91] Une source, d‘ailleurs problématique, affirme que la décision de renverser Compaoré aurait été prise lors de la rencontre « d’une cellule de la CIA et certains agents du Mi6 et de la DGSE française » lors d’une réunion secrète tenue le 16 janvier 2014 à West Roxbury près de Boston aux USA. « Il est dit au cours de cette réunion, que Blaise Compaoré, après de bons et loyaux services, doit débarrasser le plancher pour un nouvel homme de main.» (Cf. F.F. DEREKSSEN, Les crimes de la communauté internationale, IIIème partie, in : eburnienews.net, 14 novembre 2014, http://eburnienews.net/wp-content/uploads/2014/11/Les-crimes-de-la-communaut%C3%A9-internationale-3%C3%A8me-partie.pdf ). Il est à noter que le nom de l’auteur est un pseudonyme et qu’il se présente comme « ancien agent des illuminatis ». Aucune autre information sur cette réunion présumée à West Roxbury n’a pu être trouvée sur la toile à ce jour.

[92] ICG, Rapport cité, p.28.

[93] Sur les rapports entre Sankara et Kadhafi, voir: Abdoulaye LY, Kadhafi et le Burkina, une histoire d’amour et d’intérêts, in : Thomas Sankara Website, http://www.thomassankara.net/spip.php?article1164&lang=fr, Article initialement paru dans le mensuel burkinabè « Mutations », septembre 2011.

[94] Selon l’avant-projet du rapport du Comité ad hoc soumis au Premier ministre de la transition Isaac Yacouba Zida le 20 novembre 2014, le nombre des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre et des manifestations qui se sont suivies jusqu’au 2 novembre est évalué à 24 morts et 625 blessés. Le chiffre des blessés est certainement plus élevé, car certains d’entre eux ne se sont pas rendus dans les centres de santé, précise ce rapport. Des 24 morts 19 sont liés à des manifestations insurrectionnelles, les 5 autres sont décédés dans la prison d’Ouagadougou suite à une tentative d’évasion. Des 19 décès liés à l’insurrection, 14 ont perdu la vie dans des structures sanitaires et 5 à leurs domiciles. Les causes de ces décès sont liées aux complications de blessures par balles, à une noyade, à des asphyxies, aux complications de traumatismes et de brûlures graves. (Cf. Insurrection populaire au Burkina : 24 morts, 625 blessés in : lefaso.net, 26 novembre 2014, http://www.lefaso.net/spip.php?article61980). Or, la Coordination des structures pour l’assistance et le secours populaire (CAASP) a répertorié 33 morts. Cette information a été présentée lors d’une conférence de presse tenue à Ouagadougou le 3 décembre 2014. Le président de la CAASP, le Pr. Séni Kouanda a précisé que le rapport officiel n’avait pas pris en considération les décès dans les établissements de cette organisation. (Cf. Aimée Florentine KABORÉ, Safiatou OUÉDRAOGO (Stagiaire), Insurrection populaire : la CAASP fait état de 33 morts, in : panafricain.com, 4 décembre 2014, http://www.panafricain.com/?page=detail_article&art=99135&lang=fr&pi=16).

[95] Antoine LEGOURDEL, Coup militaire…

[96] Maureen GRISOT, Le jour où le colonel Zida a pris le pouvoir à Ouagadougou, in : Le Monde, 1er novembre 2014, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/11/01/le-jour-ou-le-colonel-zida-a-pris-le-pouvoir-a-ouagadougou_4516457_3212.html

[97] « Si vous avez compris, il ne s’agit pas d’un coup d’État. Il s’agit d’une insurrection populaire ».(Cf. Burkina Faso :qui est Isaac Zida, adoubé par l’ermée et déjà contesté ? in : RFI, 2 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141101-burkina-faso-isaac-zida-regiment-securite-presidentiel-etat-major-arm%C3%A9e-transition/).

[98] LEAD 1-L’Union africaine demande une transition civile au Burkina, in : Reuters, 1er novembre 2014, http://fr.reuters.com/article/idFRL5N0SR0MZ20141101

[99] Crise au Burkina: Washington maintient pour l’instant son aide bilatérale, in : AFP, 4 novembre 2014, http://news.aouaga.com/h/36677.html

[100] Burkina Faso: sans transition civile, l’UA menace de sanctions, in : RFI, 4 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141104-burkina-faso-sanctions-ua-absence-transition-civile-colonel-Zida-compaore/

[101] Burkina Faso: la Cédéao s’oppose à des sanctions, Macky Sall médiateur, in : RFI, 7 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141107-burkina-faso-cedeao-oppose-sanctions-ua-transition-compaore-zida/

[102] Burkina Faso:le colonel Zida refuse d‘être contraint par l’U.A., in : Afrik.com, 8 novembre 2014.

[103] Me Guy Hervé Kam du « Balai citoyen » du Burkina Faso : « L’Union africaine ne mérite aucun respect », in : leral.net, 3 novembre 2014, http://www.leral.net/Me-Guy-Herve-Kam-du-Balai-citoyen-du-Burkina-Faso-L-Union-africaine-ne-merite-aucun-respect_a128348.html

[104] Ibid.

[105] Burkina : visite surprise de la sous-secrétaire d’État américaine à l’Afrique, qui rencontre Zida, in : aouaga.com, 8 novembre 2014, http://news.aouaga.com/h/36932.html

[106] Burkina: cruciales tractations pour une transition civile, Washington maintient la pression, in : La Croix, 8 novembre 2014, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Burkina-visite-surprise-de-la-sous-secretaire-d-Etat-americaine-a-l-Afrique-qui-rencontre-Zida-2014-11-08-1261580

[107] « Nous appelons instamment à la poursuite de progrès dans les discussions entre ces groupes et l’armée afin qu’un terme soit rapidement mis à cette crise et que le processus de reconstruction de la démocratie au Burkina Faso commence ». (Cf. Burkina Faso : les États-Unis saluent l’adoption d’une constitution intérimaire, in : AFP, 11 novembre 2014, http://www.afp.com/fr/info/burkina-faso-les-etats-unis-saluent-ladoption-dune-constitution-interimaire).

[108] Oumar L. OUÉDRAOGO, Transition politique au Burkina : les trois (3) exigences des USA, in : lefaso.net, 13 novembre 2014, http://www.lefaso.net/spip.php?article61512

[109] Saidicus LEBERGER, Gestion de la transition : Michel Kafando « n’est pas seul », in : Burkina24, 19 novembre 2014, http://burkina24.com/2014/11/19/gestion-de-la-transition-michel-kafando-nest-pas-seul/

[110] Ibid.

[111] À l’université de Ouagadougou, joie et frustration mêlés après la nomination du président de la transition, in : africatime.com, 17 novembre 2014,

[112] Ibid.

[113] Francis KPATINDE, Michel Kafando : qui est le président de transition burkinabè ?, in : rfi.fr, 18 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141118-michel-kafando-pompier-revolution-burkina-sankara-houphouet-boigny/

[114] Sankara lui a rendu la monnaie de la pièce lorsqu’il était revenu au pouvoir en août 1983. Peu après s’être réfugié en Côte d’Ivoire, Kafando aurait failli être enlevé, mais avait réussi à échapper à ses ravisseurs. (Ibid).

[115] Ibid.

[117] Burkina : le « Balai citoyen » reste prêt à faire le ménage dans l’après-Compaoré, in : aouaga.com, 14 novembre 2014, http://news.aouaga.com/h/37770.html

[118] Burkina : Zida Premier ministre, la société civile inquiète mais attend de voir, in : aouaga.com, 19 novembre 2014, http://news.aouaga.com/h/38037.html

[119] Ibid.

[120] Guy Hervé Kam, coordinateur du mouvement „Balai Citoyen“ Du Burkina Faso: „Ce que ‚Y en a marre‘ nous a apporté dans la lutte pour le départ de Blaise, in : gfm.sn, 3 novembre 2014

[121] Herman Frédéric BASSOLÉ (Stagiaire), Les héros de l’insurrection populaire : Me Guy Hervé Kam, in : Le Faso.net, 23 novembre 2014

[122] Assanatou BALDE, La chute de Compaoré doit servir de leçon aux chefs d’État africains, selon Hollande, in : Afrik.com, 28 novembre 2014, http://www.afrik.com/la-chute-de-compaore-doit-servir-de-lecon-aux-chefs-d-etat-africains-selon-hollande

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