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Chris Coleman, un corbeau plane sur le régime marocain (Mediapart)

par Jérôme Hourdeaux et Ilhem Rachidi 23 Décembre 2014, 08:19 Maroc Chris Coleman Sahara Occidental Polisario

Chris Coleman, un corbeau plane sur le régime marocain (Mediapart)
Chris Coleman, un corbeau plane sur le régime marocain

Par Jérôme Hourdeaux et Ilhem Rachidi
Mediapart

Depuis près de trois mois, un hacker nommé « Chris Coleman » publie quotidiennement, sur Twitter, des informations sensibles sur le fonctionnement de la diplomatie marocaine. Les documents, des correspondances diplomatiques, des courriels mais aussi des dossiers classés confidentiels, concernent principalement le ministère marocain des affaires étrangères. Ils proviennent des boîtes mails de personnalités politiques et médiatiques que le hacker serait parvenu à pirater, notamment celles de l'actuel ministre des affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, et de sa ministre déléguée Mbarka Bouaida.

Chris Coleman accuse également, à travers des échanges d'agents supposés de la DGED (le contre-espionnage marocain), des journalistes français, américains, mais aussi italiens, de défendre les intérêts du Maroc dans le conflit du Sahara moyennant rétribution financière.

Il cite par ailleurs trois fonctionnaires de l'ONU qui auraient partagé des informations confidentielles avec des diplomates marocains, notamment l'ex-ambassadeur à Genève, Omar Hilale, devenu en avril représentant permanent du Maroc aux Nations unies à New York. Il les accuse d'avoir influé sur l'ONU, et plus précisément sur la question de la protection des droits de l'homme au Sahara. Il met aussi en lumière des liens étroits entre les lobbies juifs américains et les autorités marocaines, tout ceci dans le but de défendre la position de Rabat sur le Sahara.

Ces documents sont difficiles à authentifier dans leur totalité – ils sont plusieurs centaines –, mais ils détaillent des aspects de la diplomatie marocaine qui ont, en fait, peu surpris les connaisseurs de la vie politique du royaume. Au Maroc, la question du Sahara à elle seule détermine la politique étrangère. Aux yeux de la classe politique marocaine, tous les moyens sont bons pour défendre l'intégrité territoriale du pays et ce que tous considèrent comme une cause sacrée : la marocanité du Sahara. Dénoncer cette politique et certaines pratiques du pouvoir marocain : c'est l'objectif essentiel du hacker, qui entend défendre l'autodétermination du Sahara.

Très vite, Chris Coleman a été surnommé le « Wikileaks », ou le « Snowden marocain ». Il n’a en fait rien d’un lanceur d’alerte. Dans le cas de Chelsea (anciennement Bradley) Manning, le soldat américain avait justement contacté Wikileaks qui avait endossé la responsabilité de la diffusion des documents, tout en tentant de protéger sa source. En 2013, lorsque les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras sont contactés par un mystérieux internaute se faisant appeler « Citizen Four » et prétendant détenir des documents confidentiels sur la NSA, l’une des conditions qu’ils posent à leur source est de connaître ses motivations. Ils iront jusqu’à Hong Kong pour interviewer longuement celui qui se révélera être Edward Snowden.

Edward Snowden a d’ailleurs plusieurs fois insisté sur la nécessaire séparation des rôles entre lanceurs d’alerte et journalistes, ces derniers étant chargés de vérifier, analyser et décider au bout du compte de la publication des documents. Mais Chris Coleman et ses supporters ne s’embarrassent pas de ces considérations. Les documents sont vrais, affirment-ils, et ceux qui doutent de leur authenticité sont des vendus à la solde du Makhzen (le palais royal). Les journalistes, notamment français, sont ainsi régulièrement vilipendés sur Twitter pour leur couardise supposée, comme en témoigne ce tweet s'en prenant au journaliste d'Arrêt sur images, Jean-Marc Manach :

Chris Coleman, un corbeau plane sur le régime marocain (Mediapart)

Un tweet adressé au journaliste Jean-Marc Manach après son premier article

Rapidement suspecté d'être un agent algérien, Chris Coleman s'érige en défenseur des Sahraouis. Ses révélations seront d'ailleurs relayées par un site défendant l'autodétermination du Sahara, Diaspora Saharaui, ainsi que par quelques médias algériens. Pour autant, rien ne permet pour l'instant de savoir si ce – ou ces – hacker(s) travaille(nt) seul(s) ou pour le compte d'un service, marocain ou étranger, ou s'il(s) défend(ent) un agenda politique réel.

Depuis octobre, un mystérieux Chris Coleman diffuse via Twitter un flot de documents, mails piratés, photos volées qui visent le pouvoir marocain. Mettant en cause des journalistes français, dénonçant la politique marocaine au Sahara, ces documents sont souvent difficilement authentifiables. Le régime crie au complot et montre du doigt les services algériens...

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