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RDC : décès de la veuve de Patrice Lumumba à Kinshasa

par JAI 23 Décembre 2014, 21:40 RDC Pauline Lumumba Décès Kinshasa

RDC : décès de la veuve de Patrice Lumumba à Kinshasa
RDC : décès de la veuve de Patrice Lumumba à Kinshasa

JAI

Pauline Lumumba, la veuve de Patrice Lumumba, héros de l'indépendance de la RDC, est décédée mardi matin à Kinshasa.

De retour à Kinshasa depuis à peine une semaine, Pauline Lumumba, la veuve de Patrice Lumumba, le héros de la lutte pour l'indépendance de la RDC assassiné le 17 janvier 1961, s'est éteinte mardi 23 décembre au petit matin.

"Elle ne s'est pas réveillée", a confirmé à Jeune Afrique, Lambert Mende ministre de l'Information, de la Communication et des Médias, qui revenait à peine de la résidence des Lumumba à Kinshasa.

Âgée de 72 ans, Pauline Lumumba avait quitté Paris, où elle recevait des soins, il y a une semaine pour regagner Kinshasa.

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Congo La veuve de Patrice Lumumba a suivi avec émotion les excuses de Louis Michel

« Patrice aimait tant Baudouin »

Photo Pierre-Yves Thienpont

COLETTE BRAECKMAN

Mardi, fin d'après-midi, au Parlement. La Chambre vient d'achever le débat consacré au rapport de la commission parlementaire sur l'assassinat, en janvier 1961, de l'ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba. Point d'orgue : Louis Michel, le ministre des Affaires étrangères, présente au nom de la Belgique ses profonds et sincères regrets ainsi que ses excuses à la famille et au peuple congolais. Historique.

A Tubize, dans un petit appartement, une femme le suit en direct à la télévision. Elle est en larmes. Le lendemain, mal remise de son émotion, elle reconnaîtra : Je devinais ce que disait le ministre, mais je n'ai pas tout compris, car le son n'était pas bon.

Cette femme, qui porte courageusement ses 64 ans et se souvient avec précision des événements de 1960, c'est Pauline Opango. Elle fut l'épouse de Patrice Lumumba, à qui elle a donné trois enfants, Patrice, Juliana et Roland.

En Belgique pour des raisons médicales, elle séjourne actuellement chez sa plus jeune sœur. Et son principal souci de l'heure, c'est que les autorités communales de Tubize acceptent de prolonger quelque peu son séjour car, dotée d'un visa d'un mois, elle est censée quitter le territoire avant le 17 février.

Pauline Opango est la dernière épouse du Premier ministre assassiné et le souvenir qu'elle a gardé des derniers moments passés avec lui est à la fois pathétique et pitoyable : Alors que nous nous trouvions en résidence surveillée à Léopoldville (devenue Kinshasa), j'ai accouché prématurément à cause des émotions que j'avais vécues et ma petite fille, Marie-Christine, a eu la jaunisse. Nous avons été envoyées en Suisse mais elle est morte après huit jours. Je suis revenue avec le corps, mais Kasa-Vubu (le président congolais d'alors) a refusé qu'on l'enterre à Léopoldville.

Le corps de la petite est parti seul au Kasaï avec les militaires, poursuit-elle, je n'ai pas pu l'accompagner. Cette histoire avait profondément bouleversé mon mari. Il a décidé d'écouter ses partisans qui le pressaient, pour sa sécurité, de les rejoindre à Stanleyville (Kisangani) où se trouvaient des militaires qui lui étaient fidèles.

Nous sommes partis en convoi de plusieurs voitures, poursuit la dernière épouse de Patrice Lumumba, et c'est Mungul Diaka qui devait nous conduire à travers le Kasaï jusqu'à la rivière Sankuru.

Je crois qu'en cours de route Mungul Diaka nous a trahis : nous n'avons pas pris la route la plus directe, Patrice a été trop longtemps retenu pour un meeting improvisé, il a dû prononcer un discours et pendant ce temps, le « monpé » (missionnaire) du village de Bandundu a, par radio, indiqué notre présence à Mobutu... Nous entendions aussi l'hélicoptère qui nous recherchait.

« Est-ce que lui-même a jamais su pourquoi les Belges le détestaient autant ? »

Comme si c'était hier, Pauline raconte sa traversée de la rivière Sankuru, passée à l'histoire : Le Premier ministre - c'est ainsi qu'elle évoque encore son mari - a embarqué dans la première pirogue, avec des militaires, mais le bac ne pouvait nous contenir tous. J'ai attendu que la pirogue revienne nous chercher, mon fils Roland, le chauffeur et moi. Lorsque nous avons abordé, les militaires étaient là, et ils nous ont arrêtés. Même dans le bateau, il y avait déjà des traîtres. Après, je n'ai plus revu mon mari...

Lumumba en effet, dès sa descente d'avion à Léopoldville, est emmené dans un camp militaire. Quant à elle, après quelques heures de détention, elle est ramenée à la cité. Avec moi, les femmes des militaires étaient très agressives et je suis partie. Mais je ne pouvais même pas habiter dans notre maison, sur le Boulevard du 30 Juin, en face du golf, que Patrice avait achetée à ses frais en 1958. J'ai du aller vivre chez une cousine.

Par la suite, Pauline, n'aura plus de nouvelles du détenu : C'était fini. Je sais que depuis la prison de Thysville, où on m'a empêchée d'entrer, il m'a écrit une lettre, pour m'encourager. Mais j'en ai lu le texte bien plus tard dans les journaux. C'est un journaliste qui a eu cette lettre, il m'a dit qu'il l'avait donnée à François. Moi, je ne l'ai jamais vue.

Femme simple, venue de son village du Maniéma pour se marier selon la coutume, Pauline savait depuis longtemps son époux menacé. Un jour, il nous avait rassemblés, les enfants et moi, et il nous a dit qu'il allait probablement mourir, que plusieurs complots avaient déjà été déjoués. C'est pour cela que nous avions envoyé les aînés au Caire. Après la mort de Lumumba, qu'elle apprend avec retard, Pauline, accompagnée du cadet Roland, rejoint ses enfants en Egypte. Le président Nasser nous avait invités, et jusqu'à sa mort, il nous a pris en charge. Encore aujourd'hui, je peux retourner au Caire quand je veux, mon logement est assuré, mes frais médicaux aussi. En Belgique, ce n'est pas comme ça, pour tout, je dois payer...

« Il nous a dit qu'il allait probablement mourir, que plusieurs complots avaient déjà été déjoués »

Durant ses longues années d'exil, Pauline refusera que ses enfants retournent à Léopoldville-Kinshasa, où cependant le président Mobutu les invite. J'avais peur qu'ils les trahisse, qu'il les fasse tuer, comme mon mari, comme Pierre Mulele, je préférais qu'ils étudient en Egypte.

Si Pauline n'occupa jamais la belle maison achetée par les partisans de son mari et qui l'attendait à Stanleyville (Kisangani), devenue la capitale de la rébellion, elle vit passer tout le monde au Caire. Tous ces Congolais qui n'acceptaient pas la disparition de Lumumba et demandaient l'aide des pays non alignés pour reprendre la lutte. Laurent Kabila est venu aussi, mais pas longtemps. Je me souviens qu'il nous a dit qu'il allait aller se battre dans la forêt...

En 1967 cependant, Pauline Opango revient à Kinshasa, à l'invitation de Mobutu. Il avait décidé de réhabiliter la mémoire de Lumumba, de le proclamer héros national. J'ai retrouvé ma maison sur le boulevard et parfois, quand il y pensait, Mobutu me faisait porter un peu d'argent, pour mes besoins, mes frais médicaux. Mais je n'ai jamais eu de réelle pension, la vie était toujours compliquée... En plus, je n'étais pas à l'aise, car Mobutu envoyait tout le temps des gens pour nous espionner.

Elise, qui aujourd'hui accueille à Tubize sa sœur aînée qui l'éleva comme une mère, se souvient elle aussi de ces années difficiles. Ma sœur refusait de quitter le deuil. Tous les jours, elle pleurait son mari. En 1968, la famille a organisé une cérémonie de fin de deuil, mais Pauline a continué à pleurer. Jusqu'à aujourd'hui.

Ce n'est que lorsqu'elle évoque Mobutu que Pauline s'anime vraiment, qu'elle commence à parler avec ses mains, à sourire parfois. Nous le connaissions tellement bien Joseph avait rencontré Patrice alors qu'il suivait des cours de journalisme à Bruxelles, payés par notre parti. Dans notre maison, Joseph Mobutu était comme chez lui. Il entrait, sortait, ouvrait l'armoire et se servait lui-même un whisky. « Laisse-le faire », disait Patrice, « c'est mon ami ». Parfois mon mari lui disait : « Je sais que tu cherches l'argent pour aider ta famille, mais il ne faut pas trahir... »

Pensive, Pauline se demande si mon mari n'était pas un peu naïf, il faisait tellement vite confiance. C'était un homme bon.

Qui était-il finalement, ce Lumumba dépeint comme un démon par les Belges des années 60 et qui, quarante ans plus tard, est considéré comme un héros tragique, un prophète assassiné ? Chacun sait qu'aux yeux d'une épouse attentive, aimante, qui partage un quotidien parfois difficile, il n'y a pas de grand homme. Pour Pauline Opango, Lumumba était seulement un bon mari, un bon père. Chaque fois qu'il le pouvait, il jouait avec les enfants dans le jardin. Mais il était tout le temps en train de lire, d'étudier, et parfois, durant des heures, il ne nous parlait pas. C'est normal, il a dû apprendre par lui-même.

Etait-il vraiment le crypto-communiste dont on parlait à l'époque ? Pauline sourit enfin. Communiste ? certainement pas. Il n'avait même jamais voyagé dans les pays de l'Est. Et ses meilleurs amis étaient des Européens. Patrice était socialiste, oui, peut-être, car il voulait que le peuple vive mieux, que tout le monde puisse étudier. C'était un nationaliste.

« Peut-être était-il socialiste, il voulait que le peuple vive mieux, que tous puissent étudier »

Malgré les années qui ont passé, Pauline se demande toujours ce qui a pu fâcher les Belges, et surtout le Roi Baudouin. Dans son discours du 30 juin (1960, jour de l'indépendance), je crois que Patrice n'a dit que la vérité. Il aimait tellement le roi Baudouin Il le respectait. Je me souviens qu'ils avaient parlé longtemps ensemble, deux ans plus tôt, à Stanleyville. Moi, j'étais fière d'avoir été présentée au Roi, mais je n'osais rien dire. Pour Patrice, l'avenir devait se faire avec les Belges, il ne cessait de répéter qu'ils étaient les bienvenus au Congo.

Pourquoi ceux-ci ont-ils à ce point souhaité la mort de Patrice Lumumba ? Pauline se tait longuement. Elle n'a pas de réponse. En tous cas je peux vous dire qu'il n'a jamais tué ou volé, jamais pris la maison de personne, que quand il a pu, il a défendu les Belges, les a protégés. Est-ce que lui-même a jamais su pourquoi ils le détestaient autant ?

Pauline était au Caire lorsque Laurent Désiré Kabila, à la tête des hommes venus de l'Est, a chassé Mobutu en 1997. A la télévision, elle a reconnu quelques compagnons de son mari, mais ils ne sont pas venus la voir. Vous savez, il y a tellement longtemps que tout le monde m'oublie... Kabila père ne l'a pas aidée, mais avec le temps, Pauline est devenue l'amie de « maman Safi », l'épouse du président assassiné. Maintenant, il nous arrive de pleurer ensemble...

C'est le cœur serré, les larmes aux yeux, que depuis Tubize, l'épouse de Patrice Lumumba a suivi la séance de la Chambre, espérant que François et Roland viendraient bientôt tout lui raconter en détail. Elle remercie Louis Michel d'avoir reconnu les responsabilités de la Belgique, se réjouit de la création d'un Fonds qui portera le nom de son mari et qui soutiendra la démocratie au Congo.

Mais tout de même, cette femme modeste, dont la sœur émarge au CPAS et qui vient en Belgique pour se faire soigner, aimerait avoir l'occasion de dire sa vérité. Elle n'a pu le faire face à la commission d'enquête parlementaire, nous confirme le porte-parole du député Daniel Bacquelaine, parce que pour cette dernière, François avait été désigné pour représenter la famille.

Pauline Opango aimerait aussi être aidée un peu. Ne pas devoir supplier l'ambassade pour obtenir un visa d'un mois chichement accordé. Il semble que le ministre Michel ait décidé de se préoccuper rapidement de son sort.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002

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Le calvaire de Pauline Lumumba 
Le Messager
Par Samuel Malonga 

 

 

 

 

Le calvaire de Pauline Lumumba

Cela faisait quinze ans qu’ils s’étaient mariés. Le couple s’était constitué une petite famille. Mais voilà que brusquement les affaires se compliquent. Après avoir atteint le sommet du pouvoir en devenant Chef du gouvernement, la vie du couple bascula au lendemain de la proclamation de l’indépendance. Lumumba destitué fut contraint à résidence avant d’être arrêté puis assassiné.

 

Pauline ,femme puissante quelque temps seulement, passa du sommet du pouvoir à la déchéance, de la vie familiale pleine d’ambiance et de chaleur à la solitude. Patrice gisait depuis un bout de temps dans sa prison dorée. Et comme malheur ne vient jamais seul, une deuxième difficulté frappa à la porte du couple avec la maladie de leur bébé à peine âgé d’un an. Comme Lumumba ne pouvait se déplacer pour cause de restriction, les amis de la famille aidèrent Pauline et Roland pour se rendre à Genève au chevet du bébé qui malheureusement mourut quelques jours plus tard. L’ONU ayant refusé de l’aider, elle reçut l’accord d’une société aérienne pour le rapatriement du corps. Les restes de l’enfant n’atteindront jamais Léopoldville, perdus on sait où.

 

Elle qui a vécu dans le luxueux palais du dernier gouverneur-général belge, commença à mener une vie de nomade après l’arrestation de Patrice. Elle devait souvent changer de maison sur conseil des fervents supporters de son mari qui craignaient des représailles de la part des militaires de Mobutu. Elle ne passait jamais deux nuits sur une même place. Personne ne la connaissait dans ces villages où elle se cachait.

 

Elle était avec des parents lorsqu’elle apprit par radio à Léo la triste nouvelle de l’assassinat de son mari. Comme pour son bébé, elle ne verra pas non plus le corps de son amoureux. Elle vivait dans le dénuement le plus total et avait peur de ce qui pouvait lui arriver. Elle était seule avec le petit Roland, les autres enfants étant en sécurité en République Arabe Unie (Egypte). En R.A.U, le président Nasser leur avait donné la quiétude que le Congo leur refusait.

 

Lumumba avait même été déclaré "saint" par le Ghana Church of Africa comme en témoigne ce petit article du magazine américain Jet. Ce n’était pas un hasard, car le président ce pays, Kwame Nkrumah, était un ami du défunt.

 

Pauline Lumumba qui en l’espace de quelque temps perdit son bébé et son mari, avait connu des moments de très grande tristesse. Son cœur avait porté ce lourd fardeau pendant plusieurs mois et sûrement bien au-delà. Les enfants dans leur exile égyptien furent mis au courant du décès. Patrice junior promit de venger son père une fois grandi et qu’il tuerai les belges qui avaient assassiné son père. François, l’aîné criait chaque nuit en disant « papa est mort ». La R.A.U fidèle à ses convictions permit à Pauline Lumumba Opango de rejoindre ses enfants. La famille fut installée dans un appartement de cinq chambres à Zamalek où le gouvernement de Nasser leur donnait mensuellement 500 dollars américains pour vivre aussi longtemps que la veuve de Lumumba aurait voulu rester dans ce pays ami de son défunt mari. En Egypte, Patrice n’était pas là, mais la famille s’était reconstituée, loin des tumultes de la terre natale pour se refaire un avenir.

Samuel Malonga

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