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Charlie Hebdo : décès de Bernard Maris, conseiller général de la Banque de France, homme engagé contre l’euro et l’annulation de la dette (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 14 Janvier 2015, 08:45 Charlie Hebdo Bernard Maris Banque de France

Charlie Hebdo : décès de Bernard Maris, conseiller général de la Banque de France, homme engagé contre l’euro et l’annulation de la dette (Blog Finance)
Charlie Hebdo : décès de Bernard Maris, conseiller général de la Banque de France, homme engagé contre l’euro et l’annulation de la dette

Blog Finance
Par Elisabeth Studer

C’est un blog italien qui pointe les faits, mettant le doigt sur ce qui, au delà des caricatures de Mahomet, aurait pu également en partie conduire à la tuerie perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo. Le site de Claudio Messora, Byoblu, n’y va pas par quatre chemins quant à lui, clamant que « Bernard Maris, l’économiste de la Banque de France qui voulait annuler la dette » est mort assassiné.

Dans un monde où la finance et la « fureur du capitalisme » - comme il le disait lui-même - règnent en maître, il n’est certes pas interdit que les motivations soient à la fois idéologiques, politiques … mais également financières.

Si certes, certains medias français nous rappellent que Bernard Maris, mort sous les balles d’humains déshumanisés était éditorialiste et actionnaire de Charlie Hebdo, brillant économiste et qui plus est, membre du conseil général de la Banque de France, peu nombreux sont ceux qui rappellent les récentes propositions qu’il avait faites, relatives à une sortie éventuelle de la France de la zone euro, omettant la plupart du temps d’ajouter la référence à son plaidoyer pour annuler la dette des pays membres de l’Union européenne.

A qui pourrait profiter le crime ? Si certes, il demeure indéniable que les caricatures de Mahomet ont pu motiver certains à se conduire tels des êtres inhumains, les récents propos du journaliste-économiste sur l’euro et l’annulation de la dette ne lui ont peut-être pas attiré que des amis au sein de la finance mondiale.

Ainsi, en octobre 2014, revirant sa cuti, il s’était au final prononcé pour une sortie de l’euro. « J’ai voté oui à Maastricht, oui au traité constitutionnel. Aujourd’hui, je pense qu’il faut quitter la zone euro », écrivait -il sous son pseudo d’ Oncle Bernard, dans Charlie Hebdo. Bernard Maris s’était alors attiré les foudres, y compris à gauche, après avoir pris position.

Ses arguments ? « À cause de la monnaie unique, les États allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire : ils allaient organiser leur budget à leur manière, sous le parapluie de l’euro. Les Grecs, par exemple, empruntaient en euros grecs, mais remboursaient en économie grecque, c’est-à-dire en feta et en fromage de chèvre. Les Allemands empruntaient en euro et remboursaient en Porsche et en Mercedes. » Avant de conclure : « Une dette grecque vaut du fromage, une dette allemande des machines-outils et de la technologie de pointe. »

En pleine crise financière, il avait également plaidé pour un effacement d’une partie de la dette des États membres de l’UE afin de leur permettre sur des bases assainies. « Tous les pays européens devront, tôt ou tard, se résigner à effacer une partie de leur dette. Il faut la renégocier au-delà du seuil de 60 % du PIB pour de nouveau respecter les critères de Maastricht. Les créanciers, et donc les banques, devront évidemment consentir un effort important. Même les grands pays comme l’Allemagne et la France n’y échapperont pas. C’est le seul moyen de permettre aux États de la zone euro de relancer leur économie », expliquait-il ainsi fin 2011 dans une interview au Journal du dimanche.

Ajoutant : « sans croissance, ils n’arriveront pas à faire face à leur endettement. Comme l’ont fait les pays africains pendant plusieurs décennies, ils rembourseront indéfiniment une dette qui étouffera l’Europe ». Pour lui, c’était « le seul moyen d’éviter quinze ans de stagnation de l’économie comme au Japon ou au Portugal sous Salazar. Le seul moyen aussi de prévenir une chute très forte du pouvoir d’achat des ménages et des conflits sociaux majeurs ».

Affirmant par ailleurs « le choix de l’Allemagne ruinera aussi son économie à long terme. Ce n’est pas un cercle vertueux mais vicieux. Elle préfère abaisser le niveau de vie des Allemands pour être compétitive. Cette politique, comme celle de la Côte d’Ivoire dans les années 1960, s’appelle la ‘croissance appauvrissante’. »

Le 15 décembre 2010, il s’exprimait ainsi dans Charlie Hebdo : « Moi-même, je pense qu’il y aura une nouvelle crise financière, que la zone euro éclatera, que l’Europe se balkanisera — elle est déjà balkanisée. Mais un certain nombre d’événements surgis depuis dix ans n’étaient pas prévisibles : la méga-crise financière, qui pouvait vraiment la prévoir ? Les Twin Towers ? ».

En 2011, le président du Sénat Jean-Pierre Bel avait créé la surprise en le choisissant pour intégrer le conseil général de la Banque de France.

Après le décès de Bernard Maris, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, pourtant d’une retenue et d’une timidité extrême, a lui aussi tenu à manifester son émotion dans le JDD.

« Nombreux sont ceux qui ont pensé que la nomination par le Président du Sénat d »Oncle Bernard’ au Conseil Général de la Banque de France relevait de la provocation et que son positionnement anti-libéral allait nous donner lieu à de fréquents conflits. C’était bien mal le connaître. Bernard Maris était un homme doux et pacifique, un homme de culture et de dialogue. […] Certes nous eûmes quelques échanges hauts en couleur mais la qualité de ses analyses et sa loyauté vis-à-vis de la Banque, – qui n’entamaient en rien la fermeté de ses idées – renforçait sa force de conviction. […]
Au cours de ces années de travail en commun, j’ai découvert un homme chaleureux, d’une grande bienveillance, qui privilégiait la relation humaine, un homme de conviction, un esprit libre qui choisissait toujours le dialogue plutôt que le conflit. Nos divergences économiques – bien réelles ces derniers mois – n’ont jamais entaché notre relation faite d’estime et de valeurs communes. D’une gentillesse absolue, esprit caustique et malicieux, toujours le sourire aux lèvres jusque dans l’adversité, cet homme courageux est resté fidèle à ses idéaux jusqu’à sa mort tragique. Bernard Maris était un homme de civilisation qui a été abattu par la barbarie. Il va nous manquer, il va me manquer. »

L’homme qui vient de perdre la vie sous les balles du fanatisme, cherchait simplement à nous préserver de « la fureur du capitalisme » écrit quant à lui Le Monde.

Sources : JDD, L’Express, le site de Claudio Messora, Byoblu, Le Monde

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 11 janvier 2015

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pour comprendre l’ampleur et l’impact de ses propos … et donc de sa mort
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La deuxième guerre civile [.... !!!!]
Par Bernard M
aris

En 1992, François Mitterrand a ouvert une deuxième guerre de 30 ans en croyant par la monnaie unique arrimer l’Allemagne à l’Europe.

L’Allemagne réalise sans le vouloir par l’économie ce qu’un chancelier fou avait déjà réalisé par la guerre : elle détruit à petit feu l’économie française. Certes, elle n’est pas responsable de cette situation, au contraire ; elle n’est jamais intervenue dans la politique intérieure de la France, elle a tendu la main aux Français du temps de Balladur pour réaliser un début d’unité fiscale et budgétaire (qui lui fut refusée).

C’est François Mitterrand qui a deux reprises a voulu arrimer la politique monétaire de la France à celle de l’Allemagne, détruisant une industrie qui n’allait pas bien fort : en 1983 d’abord, avec le tournant de la rigueur et la politique du « franc fort », en 1989 ensuite, en paniquant après la réunification Allemande, et en avalisant celle-ci au prix d’une monnaie unique et d’un fonctionnement de la BCE calqué sur celui de la Bundesbank.

Plus de vingt ans de guerre économique ont passé, et l’industrie Allemande a laminé les industries italienne et surtout française. Aujourd’hui la guerre est terminée et gagnée. La part des exportations de l’Allemagne en zone euro représente 10% du total. Le reste est hors zone euro, aux Etats-Unis et en Asie. L’Allemagne n’a plus besoin de la zone euro. Au contraire : la zone euro commence à lui coûter cher, à travers les plans de soutien à la Grèce, au Portugal, et à l’Espagne, à tel point qu’elle songe elle aussi à quitter l’euro.

Il est bien évident que ni la Grèce, ni le Portugal, ni l’Espagne, ni même la France et l’Italie ne pourront jamais rembourser leur dette avec une croissance atone et une industrie dévastée. La zone euro éclatera donc à la prochaine grave crise de spéculation contre l’un des cinq pays précités.

La Chine et les Etats-Unis contemplent avec ravissement cette deuxième guerre civile interminable, et se préparent (pour les Etats-Unis une deuxième fois) à tirer les marrons du feu. La Chine et les Etats-Unis pratiquent une politique monétaire astucieuse et laxiste. On pourrait ajouter à la liste des pays pratiquant une politique monétaire intelligente la Corée du Sud, et aujourd’hui le Japon. La Grande Bretagne, elle, prépare tout simplement un référendum pour sortir de l’Europe.

On a le choix : sortir de l’euro ou mourir à petit feu. Sinon, le dilemme pour les pays de la zone euro est assez simple : sortir de façon coordonnée et en douceur, ou attendre le tsunami financier.

Une sortie coopérative et en douceur aurait le mérite de préserver un peu de construction européenne, un tsunami sera l’équivalent du Traité de Versailles, les perdants étant cette fois les pays du Sud. Et au-delà des pays du Sud, toute l’Europe.

La sortie douce et coordonnée est assez simple, et a été déjà envisagée par nombre d’économistes. Il s’agit tout simplement de revenir à une monnaie commune, servant de référentiel aux différentes monnaies nationales. Cette monnaie commune, définie par un « panier de monnaies » nationales, atténue les spéculations contre les monnaies nationales.

C’est un retour au SME (Système monétaire européen) ? Oui. Des marges de fluctuations autour de la monnaie commune. Une stabilisation de la spéculation par des limitations des mouvements de capitaux, stabilisation qui pourrait être accrue par une taxe type Tobin sur ces mêmes mouvements de capitaux. Mais le SME a échoué direz vous… Oui, parce que le SME ne s’était pas donné de lutter contre la spéculation, et n’avait pas adopté une « Chambre de compensation » comme la souhaitait Keynes dans son projet pour Bretton Woods (abandonné au profit du projet américain).

Le meilleur moyen de rendre l’Europe odieuse, détestable pour longtemps, de faire le lit des nationalismes les plus étroits, est de poursuivre cette politique imbécile de monnaie unique associée à une « concurrence libre et non faussée » qui fait se pâmer de joie ceux qui en profitent, Chinois, Américains et autres BRICs.

Bien évidemment la mainmise du politique sur la monnaie ne suffit pas à faire une économie puissante : la recherche, l’éducation, la solidarité sont certainement aussi importantes. Mais laisser les « marchés » gouverner les pays est tout simplement une honteuse lâcheté.

(A suivre)

Bernard Maris

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