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Le Nouvel Observateur, soutien inconditionnel de l’opposition armée au « régime » syrien (Arrêt sur info)

par Un lecteur du Nouvel Observateur 27 Janvier 2015, 23:29 Nouvel Observateur France Fabius Syrie Hollande Propagande CNS Guerre Bachar al-Assad

Le Nouvel Observateur, soutien inconditionnel de l’opposition armée au « régime » syrien 

Un lecteur du Nouvel Observateur | le 27 janvier 2015

Arrêt sur info

Le Nouvel Observateur dans ses reportages et éditoriaux se présente, depuis le début des événements dramatiques de Syrie, comme un soutien inconditionnel de l’opposition armée au « régime » et un adversaire féroce du président Bachar al-Assad. Lors des attaques au gaz en août 2013, attribuées au gouvernement syrien par l’ensemble des médias français et européens, le Nouvel Observateur était en pointe dans ces accusations. Rappelons-nous que l’aviation française était prête à décoller pour bombarder les positions militaires du « régime », et que, seul, le recul in extremis du président Obama a évité « d’ajouter la guerre à la guerre » selon l’expression du Président Mitterrand. A remarquer qu’aucun média ne s’est interrogé sur les raisons de ce recul, sinon pour le mettre sur le dos d’un président velléitaire et manquant de courage.

Deux articles récents parus dans le Nouvel Observateur méritent quelques commentaires

 « Bachar doit partir » clamait avec arrogance le chef de la diplomatie française en 2012 au Liban

« Bachar doit partir » clamait avec arrogance le chef de la diplomatie française en 2012 au Liban

Dans l’édition n°2618 du Nouvel Observateur du 8 au 11 janvier 2015, plusieurs journalistes du magazine recueillent les propos de Laurent Fabius à propos de la conférence mondiale sur le climat prévu à Paris en décembre 2015. Après des observations variées sur l’environnement (on ne manquera d’ailleurs pas de s’étonner que le ministre des Affaires étrangères cumule aussi le ministère de l’environnement), les journalistes posent une question surprenante dans ce contexte :

« En Syrie, face au danger de Daech, la France est-elle tentée de renouer le dialogue avec Bachar al-Assad ? »

Réponse de M. Fabius : « Certains gouvernements ont cette tentation, pas nous. Le principal responsable de la mort de plus de 200 000 Syriens ne peut pas être l’avenir de son peuple ! Comprenez bien que le groupe terroriste Daech et Bachar al-Assad sont les deux faces d’une même médaille. Ils se combattent – et encore pas toujours – mais ils se légitiment réciproquement. Nous devons lutter contre Daech, soutenir l’opposition modérée et continuer à chercher une solution politique »

On notera les poncifs repris en chœur par tous les médias : C’est Bachar al-Assad qui est le responsable principal des 200 000 morts, les opposants armés n’ont tué personne bien évidemment !

Laurent Fabius avec les faux « Amis de la Syrie », Abdel Basset Sayda, Georges Sabra et Bassma Kodmani – 2012

Laurent Fabius avec les faux « Amis de la Syrie », Abdel Basset Sayda, Georges Sabra et Bassma Kodmani – 2012

Laurent Fabius avec les faux « Amis de la Syrie », Abdel Basset Sayda, Georges Sabra et Bassma Kodmani – 2012

L’affirmation que Bachar al-Assad et Daech, « se légitiment réciproquement » reprend l’accusation rebattue selon laquelle le régime aurait fait libérer les terroristes les plus dangereux pour ensuite accuser l’opposition des crimes que ne manqueraient pas de commettre ces derniers.

La quadrature du cercle : lutter contre Daech, soutenir l’opposition « modérée » (M. Fabius peut-il parler des groupes armés « modérés », mais où sont-ils ?) et chercher une solution politique.

On dit pourtant que l’ennemi de mon ennemi est mon ami, il nous semblait que c’était bien le groupe terroriste Daech qui représente le plus grand danger pour l’Occident et de manière générale pour toutes les communautés du Proche Orient, certainement pas le président syrien, qui, sauf preuve contraire, n’a jamais commis d’épuration ou de génocide à l’encontre des minorités de Syrie (chrétienne ou autres), et n’a jamais menacé l’Occident d’attentats terroristes.

Mais les journalistes ne relèvent pas cette contradiction fondamentale, ils continuent dans leur rôle de faire-valoir du ministre :

« En attendant, on meurt tous les jours en Syrie ….. »

« Et même massivement ! »

Et le ministre ose prononcer ces paroles, lisez avec attention :

« Un jour est à marquer d’une pierre noire pour la communauté internationale, c’est celui où il a été décidé de ne pas réagir fortement alors qu’il était avéré que Bachar al-Assad avait fait usage d’armes chimiques contre son peuple. Quand les historiens dresseront le bilan de cette période, ils établiront, je crois, que cette attitude, qui n’est en rien le fait de la France, mais plutôt la conséquence du vote du Parlement britannique et de la décision américaine, a marqué un tournant non seulement dans le conflit syrien, mais probablement aussi dans l’attitude de plusieurs dirigeants sur la scène internationale. Le président russe lui-même n’a-t-il pas interprété cela comme l’autorisation d’intervenir ailleurs en toute impunité ? »

Il est absolument sidérant de constater qu’un ministre du gouvernement français persiste et signe dans une accusation qui ne repose sur aucune preuve, mais dont, bien au contraire, une enquête, conduite par un journaliste américain d’envergure mondiale, a apporté les preuves qu’il s’agissait d’une provocation. M. Fabius ignore, ou feint d’ignorer, les conclusions de l’enquête de Seymour Hersh.

Ce journaliste indépendant est, depuis 46 ans, par ses enquêtes exemplaires, l’empêcheur de tourner en rond de tous les présidents qui se sont succédés à la Maison Blanche. Il est, notamment, connu pour sa révélation du massacre de My-Lai au Vietnam en 1969. Ses enquêtes sur les tortures infligées aux détenus de la prison d’Abou Ghraïb en Irak ont fait le tour du monde. Dans un ouvrage publié en 2004 sous le titre Dommages collatéraux, la face cachée de la guerre contre le terrorisme, Seymour Hersh dévoile, entre autres, l’écheveau des manipulations qui ont conduit à la guerre contre l’Irak, guerre qui sera la matrice du chaos actuel au Proche-Orient.

Le reportage de Hersh, « Le sarin de qui ? » lui avait été commandé par le New Yorker qui l’a refusé, puis présenté au Washington Post, qui l’a refusé à son tour, pour être finalement publié au Royaume-Uni par la London Review of Books. Il est vrai qu’aucun média français n’a jamais accordé la moindre attention à cette information, sauf, semble-t-il, François-Olivier Giesbert, qui, dans un billet dans Le Point en juin 2014, y faisait une simple allusion mais sans s’appesantir sur le sujet.

Tous les médias français, et occidentaux, avaient, sans exception, considéré le gouvernement syrien comme le seul responsable des attaques au gaz chimique, mais aucun n’a jugé utile d’informer ses lecteurs de son erreur. C’est dire le mépris avec lequel les médias traitent leur public. Le vieux dicton « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » est plus que jamais d’actualité. Mais ce qui est encore plus sidérant, c’est qu’aucun journaliste ne réagisse à une affirmation mensongère du ministre, ne serait-ce qu’en lui rappelant l’existence d’une enquête prouvant le contraire !

L’affirmation par M. Fabius que le recul des Etats Unis dans le dossier syrien aurait été interprété par le Président russe comme « une autorisation d’intervenir ailleurs en toute impunité » est purement gratuite et ne repose que sur des suppositions, mais bâtir un discours sur des suppositions n’est pas digne d’un ministre des affaires étrangères de la France.

Ce qui est culotté c’est la suite des propos du ministre :

« Certes il faudra discuter avec les éléments du régime syrien, car il n’est pas question de favoriser un effondrement de l’Etat en Syrie, comme cela s’est produit en Irak.… ». M. Fabius s’est bien gardé d’ajouter « comme aussi en Libye, suite à l’intervention militaire de l’Otan ».

Ce ministre, dont nous ne doutons pas de l’agilité intellectuelle, sait parfaitement que cette campagne de bombardement telle qu’elle avait été envisagée par les militaires US et leurs alliés, aurait affaibli considérablement l’armée syrienne (et c’était le but recherché, puisque nos gouvernants parlaient « d’infliger une punition »), et par voie de conséquence, ouvert un boulevard aux groupes d’Al-Nosra, Daech et autres. L’exemple de l’effondrement de l’armée irakienne devant Daech est à cet égard un avertissement. Et pourtant M. Fabius persiste à regretter que cette campagne de bombardement n’ait pas eu lieu… Un dirigeant politique est-il incapable de se remettre en cause, quitte à persister jusque dans l’absurde ? Ou bien est-ce l’application de la tactique mentionnée précédemment, selon laquelle une affirmation mensongère doit être répétée à satiété pour devenir, dans l’opinion des lecteurs et du public, une vérité ?

Hollande et Fabius reçoivent (juillet 2012) les représentants du CNS arborant le drapeaux à trois étoiles des groupes rebelles

Hollande et Fabius reçoivent (juillet 2012) les représentants du CNS arborant le drapeaux à trois étoiles des groupes rebelles

Ainsi dans le numéro 2919 du Nouvel Observateur daté du 14 au 21 janvier 2015, le magazine invite Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Politiques à Paris et bien connu des lecteurs du journal. Spécialiste du Proche-Orient, M. Jean Pierre Filiu est désormais présenté comme un « spécialiste du djihadisme », selon l’expression de la rédaction. Notons en passant que ce même « spécialiste » qui véhicule la propagande officielle de la diplomatie française avait, en son temps, pronostiqué une chute rapide du régime syrien. Mais passons. Complaisamment interviewé par Sara Daniel, M. Filiu, en réponse à la question : « Comment les combattre ? » (les terroristes), se livre à de longues digressions, mais une remarque doit être relevée :

« Cela fait trois ans et demi que nous n’avons pas de politique en Syrie. Cela n’est pas la faute de la France, dont l’élan a été brisé par Obama en août 2013, lorsque les Etats-Unis ont renoncé à intervenir, alors même que la « ligne rouge » de l’utilisation des armes chimiques de Bachar al-Assad contre son peuple avait été franchie. Le refus d’aider la révolution syrienne a créé le « djihadisme ». On ne fera pas l’économie d’une collaboration avec la Turquie et de l’élaboration d’une vraie stratégie avec établissement d’une zone de sécurité à l’intérieur même de la Syrie ».

J’espère que les étudiants de Sciences politiques rafraîchiront la mémoire défaillante ou sélective de leur professeur, en lui mettant sous le nez l’article de M. Seymour Hersh. Si nous suivons la rhétorique guerrière de M. Filiu, c’est la faute à Obama. La France était prête à matraquer l’armée syrienne, et à ouvrir la route aux gentils démocrates syriens. Cela ne vous rappelle rien ? Le fameux Comité National de Transition (CNT) reconnu par la France, et par la soi-disant communauté internationale, et qui aujourd’hui a accouché d’un monstre, au point que l’intervention de cette même communauté internationale est réclamée pour rétablir la stabilité en Libye !

J.P. Filiu

J.P. Filiu

Monsieur le professeur nous ressort l’affirmation classique que c’est le refus d’aider la révolution qui a créé le « djihadisme ». Il ne lui vient pas à l’esprit qu’en Libye malgré l’aide immédiate apportée par les Occidentaux à la révolution démocratique, ce sont les djihadistes extrémistes qui l’ont emporté ! Comment, par quel miracle, en aurait-il été autrement en Syrie ?

Ensuite, M. Filiu se démasque, en proposant une collaboration avec la Turquie dont on connaît aujourd’hui le double jeu.

Pour qui roule donc M. Filiu ? Avis aux étudiants : si vous souhaitez vous procurer l’article de M. Seymour Hersh, peut-être pour une séance de travaux pratiques avec votre professeur, n’hésitez pas à le demander à Arrêt sur info !

Un lecteur du Nouvel Observateur | le 27 janvier 2015

URL: http://arretsurinfo.ch/le-nouvel-observateur-soutien-inconditionnel-de-lopposition-armee-au-regime-syrien/

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