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Les confessions d'un «factotum» de l'UMP au Sénat: «J'allais chercher le pognon» (Mediapart)

par Mathilde Mathieu 28 Janvier 2015, 13:31 France Corruption UMP Sénat François Thual Valises Argent

Les confessions d'un «factotum» de l'UMP au Sénat: «J'allais chercher le pognon» (Mediapart)

Dans l'affaire des soupçons de détournements de fonds publics au Sénat, Mediapart a recueilli le témoignage d'un homme clef, ancien conseiller de l'ombre du groupe UMP. Sur demande, François Thual allait « chercher le pognon » dans une agence de la Société générale pour le redistribuer à des sénateurs. Il raconte.

rançois Thual est une grenade dégoupillée. Pendant trois décennies, cet ancien fonctionnaire du ministère de la défense, qui sait choyer et verrouiller des secrets, a oeuvré comme conseiller de l'ombre de la droite et des centristes au Sénat. S'il a produit moult notes sur des questions militaires et géostratégiques, il a surtout endossé, de 2002 à 2013, le rôle de secrétaire général de l'URS, une association semi-fantôche alimentée par des fonds publics théoriquement destinés au travail parlementaire. L'association en redistribuait en fait une partie à des sénateurs UMP sous forme de chèques ou d'espèces, en secret, et sans contrepartie connue.

«Moi, je signais les chèques qu'on me présentait et j'allais retirer l'argent liquide, témoigne aujourd'hui François Thual. Presque tous les mois, selon les besoins, on m'envoyait chercher 4 000, 5 000 ou 6 000 euros en espèces à la banque, que je ramenais au trésorier du groupe UMP (au palais du luxembourg). »

François Thual © DR

Convoqué par les policiers en 2013, il a dû parler une première fois. Un peu. Les investigateurs avaient déjà les relevés de compte de l'URS à la Société générale : environ 200 000 euros de chèques signés entre fin 2009 et début 2012 au bénéfice d'une trentaine de sénateurs, plus de 100 000 euros d'espèces retirées au guichet. Tuyauté par un signalement de Tracfin (la cellule anti-blanchiment de Bercy), le parquet de Paris venait d'initier une enquête préliminaire sur des soupçons d' « abus de confiance » et de « blanchiment ». Elle a débouché en 2014 sur l'ouverture d'une information judiciaire élargie à de possibles « détournements de fonds publics » (Voir notre précédente enquête).

François Thual, lui, n'a « pas revu » ses anciens « patrons » depuis son audition, à peine reçu un coup de fil. « Le factotum », tel qu’il se présente aujourd'hui, se sent pestiféré, lâché par ceux qu’il a servis. S'ils persistent à afficher « leur mépris » à son endroit, François Thual (déjà cité ici par Le Monde) pourrait bien se remémorer de nouveaux « détails », de nouveaux comptes bancaires, de nouveaux noms. Il n’est pas l’homme par qui le scandale arrive, mais l’homme qui peut faire changer le scandale de dimension. Déjà, ça lui revient. « J'ai cru comprendre que le vrai compte était chez HSBC au carrefour de l'Odéon, avance l'ancien conseiller. C'est là que se passait l'essentiel des opérations et qu'ils faisaient la salade. Moi je n'assume que la gestion du compte à la Société générale. »

Pour mieux faire passer le message, François Thual a accepté de répondre aux questions de Mediapart. Non pas à toutes, loin de là. Mais à quelques-unes. « Ils n’ont jamais eu l’élégance de me prêter une bagnole avec chauffeur pour aller chercher le pognon, grince l'ancien conseiller. Je devais aller à la banque en métro. »...


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