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Libye : Le risque d’une nouvelle intervention (Afriques en Lutte)

par Paul Martial 25 Janvier 2015, 14:28 Libye Kadhafi France USA Françafrique Américafrique OTAN Grande-Bretagne Armée française

Libye : Le risque d’une nouvelle intervention (Afriques en Lutte)
Libye : Le risque d’une nouvelle intervention
par Paul Martial 
Lu sur Afriques en Lutte

L’intervention militaire conjointe de la Grande Bretagne de Cameron et de la France de Sarkozy en Libye n’a pas seulement détruit le pays elle aura aussi déstabilisé toute une région.

Après avoir fait amende honorable, Kadhafi est devenu un partenaire pour Sarkozy, y compris financier, si on en croit les révélations du journal en ligne Médiapart, concernant le financement de sa campagne présidentielle. Autre scandale, celui d’Amesys, cette société française qui a fourni le matériel de surveillance d’internet permettant au régime d’emprisonner et de torturer les opposants. Dans le même temps, Kadhafi jouait son rôle de gardien des frontières européennes contre les tentatives d’émigration venant essentiellement d’Afrique subsaharienne.

Le printemps arabe et les révoltes populaires en Libye ont provoqué le changement de politique de la diplomatie européenne et ont conduit la France et la Grande Bretagne à intervenir militairement sous mandat de l’ONU officiellement pour éviter un bain de sang. Mais la France et la Grande Bretagne vont outrepasser leur mandat pour faire tomber le régime au grand dam de l’Union Africaine.

Une déstabilisation profonde.

Cette intervention a ravi aux masses un processus révolutionnaire qui aurait put permettre une émergence d’une direction politique et une unification des combattants forgées dans la lutte. Elle a aussi déstabilisé les pays de la bande sahélo saharienne. Beaucoup de Touarègues qui avaient fui les différentes répressions au Niger et au Mali avaient trouvé refuge en Libye, certains se s’étaient engagés notamment dans la légion islamique, une sorte d’équivalent de la légion étrangère en France. Ces Touarègues sont revenus dans leurs pays respectifs. Si au Niger ils ont été tout de suite désarmés, ce ne fut pas le cas au Mali où ils vont fonder le MNLA et le groupe islamiste Ansar Eddine qui, avec AQMI, vont provoquer la guerre au nord du Mali. Kadhafi savait attiser les rébellions touaregs, mais il savait aussi jouer un rôle de médiation qui désormais n’existe plus.

La Libye est devenue un véritable discount des armes. En effet, la quincaillerie amassée pendant des années par Kadhafi sera vendue à toutes sortes de bandes armées qui sévissent dans la région. Le pays lui-même est désormais en proie à des violences entre différents groupes souvent à connotation communautaire, djihadiste ou parfois les deux, qui se combattent avec des lourdes conséquences pour la population civile. Quant à la situation des africains subsahariens elle est dramatique. Souvent ce sont des réfugiés qui tentent de passer par la Lybie pour ensuite atteindre l’Europe. Ils sont victimes de racket et de mauvais traitement. C’est aussi le cas pour les Toubou, population noire, qui sont en butte aux violences racistes.

La France dans une spirale belliciste

Depuis plusieurs mois la France fait du lobby pour une nouvelle intervention militaire en expliquant la nécessité de casser le hub que la Libye constitue pour les djihadistes. Lors du forum de Dakar, le« Davos » de la sécurité en Afrique, les dirigeants du Continent ont critiqué l’intervention en Libye : "Les désordres actuels ont pris racine en 2011. Nos amis occidentaux ne nous ont pas demandé notre avis quand ils ont attaqué la Libye ou quand ils ont divisé le Soudan en deux." Mais ces dirigeants, inquiets des menaces des différents groupes djihadistes à leurs frontières, sont les premiers à réclamer que la France - pour reprendre l’expression de l’un d’eux - termine le travail

Ce n’est qu’une fuite en avant qui non seulement ne réglera rien mais ne fera qu’empirer la situation. Aucune intervention occidentale n’a amélioré en quoi que ce soit la situation des populations. Le Mali, souvent présenté comme un succès, n’échappe pas à la règle. Les attaques se font quotidiennes, les groupes armés se fragmentent et se livrent une guerre sans pitié, les services administratifs sont quasiment absents de cette région.

L’ordre impérialiste, avec son cortège de misère d’injustice et de violence imposées aux peuples, ne fait qu’encourager les sectes islamistes qui à leur tour entrainent les interventions militaires occidentales. C’est ce cercle vicieux qu’il s’agit de briser.

Paul Martial

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