Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Libye : les Kadhafistes tentent un retour en grâce (MdP)

par Clément Fayol 28 Janvier 2015, 19:15 Libye Kadhafi Retour France Sarkozy

Libye : les Kadhafistes tentent un retour en grâce (MdP)
Libye : les Kadhafistes tentent un retour en grâce
Par Clément Fayol
Mediapart

La montée en puissance des milices islamistes, l’impasse politique et l’apparente polarisation des forces en présence redonnent espoir aux anciens du régime de Kadhafi. Les chancelleries occidentales semblent être tentées par ceux qui se présentent comme des alternatives au chaos.

La Libye est en proie au chaos. D’un côté le gouvernement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale mais invalidé par le Conseil Constitutionnel, de l’autre celui de la coalition Farj Libya (Aube de la Libye), installée à Tripoli. Alors que les premiers s’égosillent en traitant les seconds de terroristes pour recevoir le soutien des occidentaux, il est difficile d’affirmer qu’une partie est plus légitime que l’autre. Cette semaine, une réunion de la dernière chance s’est tenue à Genève sous l’égide de l’Onu et de son envoyé spécial en Libye, Bernardino Leon. Alors qu’un fragile cessez-le-feu vient d’être décrété, l’issue de la réunionrisque, une fois de plus, de décevoir. « Aujourd’hui personne ne veut discuter, il faut que les pays impliqués arrêtent de soutenir un camp ou un autre et envisagent des sanctions », propose, las, un diplomate et ancien haut responsable libyen de l’ère post-Kadhafi.

Face au désordre, les diplomaties occidentales cachent mal leur fébrilité. « En France, dès que nous sommes dans une situation non conventionnelle, nous perdons nos repères », regrette Patrick Haimzadeh, spécialiste de la Libye et ancien diplomate. De fait, en Libye, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la situation est tout sauf conventionnelle. Tous les interlocuteurs que les chancelleries occidentales avaient dans ce pays ont été écartés par la fameuse loi d’exclusion de juin 2013. Cette loi, adoptée sous la menace des armes par des groupes islamistes, interdit à toutes les personnalités en poste sous le colonel Kadhafi d’avoir un poste de responsabilité. Alors les diplomates occidentaux, y compris les Français, multiplient les contacts avec des personnalités ou mouvements pour tenter de mettre un pied dans le pays.

Au moment de l’insurrection en 2011, la France suit le mouvement enclenché par le Qatar et la Turquie et estime que certaines personnalités islamistes sont incontournables. C’est ainsi que le général Benoît Puga, chef d’Etat-major particulier de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, rencontre dès 2011 Abdelhakim Belhadj. Il est imité en mai 2014 par des hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay. Cet ancien proche d’Oussama Ben Laden en Afghanistan et au Soudan est courtisé par tous. Lui qui avait été livré par la CIA et le MI6 aux terribles moukhabarat (services secrets) libyens en 2004 recevra même personnellement les excuses du sénateur républicain américain John Mc Cain pour les mauvais traitements infligés à son épouse lors de leur détention dans une prison secrète de Bangkok… Ainsi va l’histoire, les ennemis d’hier sont devenus des interlocuteurs et Belhadj a réussi à se positionner.

Les observateurs de la Libye auraient tort d’affirmer pour autant que la France défend les islamistes. Depuis la chute de Kadhafi, les diplomates sont à la recherche d’acteurs à qui s’adresser, quelle que soit leur couleur politique. C’est ici qu’entrent en jeu les anciens du régime de feu « le Guide de la Révolution ». Alors même que certains figurent encore sur les listes des recherchés d’Interpol, les allers et venues d’hommes de l’ombre, d’affaires et même de certains diplomates annoncent un relatif retour en grâce des plus proches collaborateurs de Mouammar Kadhafi. « Sur la scène politique interne libyenne, la sympathie ou l’animosité vis-à-vis des anciens du régime de Kadhafi n’est qu’une nouvelle ligne de rupture parmi d’autres» explique Patrick Haimzadeh, auteur de « Au cœur de la Libye de Kadhafi ». Pour lui, les kadhafistes divisés ne constituent pas à proprement parler une force politique mais continuent à peser. « D’abord parce qu’ils sont les seuls à s’intéresser aux deux millions de réfugiés libyens en dehors du territoire national explique l’ancien diplomate. Et puis, il ne faut pas non plus négliger les importants réseaux et de moyens financiers très importants ».

« Quand on allait en Libye voir Kadhafi, la dernière personne que nous rencontrions c’était Bachir Saleh, se souvient un proche des anciens présidents centrafricains François Bozizé puis Michel Djotodia. On savait que c’était lui qu’il fallait convaincre pour obtenir ce que l’on voulait. » Le plus proche collaborateur de Mouammar Kadhafi est surtout connu en France pour son rôle présumé dans l’affaire des financements de la campagne de Sarkozy en 2007....

Lire la suite

commentaires

Haut de page