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Mali. Une intervention néocoloniale sous leadership français (Inprecor)

par Jean Nanga 29 Janvier 2015, 22:17 Mali France Françafrique François Hollande Guerre USA Touaregs Narco-salafistes Articles de Sam La Touch

Mali. Une intervention néocoloniale sous leadership français (Inprecor)
Mali. Une intervention néocoloniale sous leadership français
Par Jean Nanga
Inprecor

Le 11 janvier 2013, le président français François Hollande a annoncé, à la population française et au monde, l’intervention de l’armée française dans la guerre au Mali, qui n’opposait jusqu’alors que l’armée malienne, les indépendantistes touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad — nom donné à toute la partie septentrionale du Mali — (mnla), et les différents groupes jihadistes engagés, semble-t-il, à l’instauration d’un califat ouest-africain : les Touaregs maliens d’Ansar Dine, les internationaux du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (mujao) ainsi que les « narco-salafistes » d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (aqmi). Cette entrée en guerre de la France dans l’une de ses anciennes colonies, est présentée comme une réponse à un appel à l’aide du chef du gouvernement intérimaire du Mali, le président Dioncounda Traoré. Ce dernier doit son poste à un accord entre les militaires, dirigés par le capitaine Sanogo, ayant renversé le gouvernement légal d’Amadou Toumani Touré en mars 2012 (un mois avant les élections présidentielles auxquelles ce dernier n’allait pas se présenter), et une partie de la « classe politique » malienne, sous le patronage de la Communauté économique et douanière des États d’Afrique de l’Ouest (cedeao). Dioncounda Traoré, se sentait menacé par le mouvement des jihadistes vers la capitale malienne, Bamako.

L’intervention s’est produite alors que la « communauté internationale » — en l’occurrence le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a adopté le 20 décembre 2012 la résolution 2085, et la cedeao — discutait encore des modalités, voire de la nécessité, du déploiement d’une force armée sous-régionale, la Mission internationale de soutien au Mali (misma), sous conduite africaine, mais avec l’accord de certains États occidentaux, pour bouter hors du territoire malien les « terroristes islamistes ». Selon le représentant au Sahel du Secrétaire général des Nations Unies, l’ancien président du conseil italien Romano Prodi, ladite force ne serait prête qu’à partir de septembre 2013. En même temps l’Algérie et le Burkina Faso, pour certaines raisons géopolitiques et historiques, négociaient, au nom de ladite « communauté internationale » africaine, une solution politique avec les organisations touarègues maliennes — le mnla et Ansar Dine — et le gouvernement intérimaire malien. Les médiations algérienne et burkinabé étant, semble-t-il, en bonne voie (1). La cessation des hostilités a été obtenue entre, d’une part Ansar Dine et le mnla (décembre 2012) et d’autre part les autorités maliennes. Dès lors, l’attaque victorieuse, en ce début de janvier 2013, de la ville de Konna par les jihadistes, considérée par les médiateurs comme une trahison de la parole qui leur avait été donnée, était censée mener à la prise de la ville de Sévaré (quartier général opérationnel de l’armée malienne, avec un aéroport et une discrète assistance militaire française). Ce qui aurait ouvert la voie à la conquête de la capitale Bamako, vu l’état de l’armée malienne. Le Mali aurait ainsi été la première étape de l’instauration supposée d’un califat ouest-africain.

Avec la très mauvaise réputation des jihadistes, fondée sur les horreurs commises au nom de la sharia sur les populations — ne faisant pas toujours preuve de résignation face aux conquérants (2) — accompagnées d’une grande médiatisation et de la déroute rapide de l’armée malienne face aux milices jihadistes, l’intervention militaire française avait une base suffisante pour paraître légitime ou salvatrice, aussi bien dans la population malienne — qui l’a acclamée — que dans une partie de l’opinion africaine et internationale.

Dans une France métropolitaine qui se caractérise ces dernières années par une indéniable islamophobie ambiante, en plus du traditionnel soutien, par indifférence, de son opinion publique aux entreprises néocoloniales de la République, il a été relevé une approbation quasi unanime de cette intervention militaire. Elle passait pour une mission ne faisant que confirmer, une fois de plus, la réputation de « la patrie de défense universelle des droits humains ». D’ailleurs, certaines opinions se démarquant dudit consensus se sont contentées d’en relever le caractère « discutable », voire « condamnable » pour le fait présidentiel d’en avoir décidé « sans en saisir préalablement ni le gouvernement, ni le Parlement » (dans un État si républicain, si démocratique, évidemment !), alors que « les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause, selon le chef de l’État lui-même » (3). On dirait un mélange de traditionnel narcissisme républicain — pouvant même être auto flagellateur — et d’ignorance des intérêts de la France en Afrique dans la phase actuelle de la mondialisation capitaliste. Car c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’intervention militaire française, au-delà du cadre de l’acception courante, moralisante, de la « Françafrique ».

Rébellion des Touaregs

Une nouvelle rébellion armée post-coloniale des Touaregs, ce peuple berbère présent en Algérie, au Burkina Faso, en Libye, aux Mali et au Niger a été déclenchée dans le Mali septentrional, contre le gouvernement de Bamako, le 17 janvier 2012. Elle faisait suite à celles de 1962-1964, 1990-1995 et 2006-2009. Ces rébellions résultent, dans les différents pays, des frontières héritées de la colonisation française, dont le respect est un principe dit intangible de la défunte Organisation de l’unité africaine (oua) et de l’actuelle Union africaine (ua). Elles sont le produit des politiques de développement inégalitaire du territoire national que les États postcoloniaux africains ont prolongées, facteur de crispation identitaire ethnique/national des peuples des territoires défavorisés. Ainsi que du non respect par les gouvernements des engagements pris dans les accords de paix, facteur de cristallisation des frustrations, ou contournés par une politique de cooptation institutionnelle et de corruption des individus issus du peuple touareg, mus par leurs propres intérêts mais exhibés comme signes d’intégration nationale (4). C’est assez visible au Burkina Faso, au Mali et au Niger, pays appartenant à cette partie de l’Afrique que l’on persiste à dire néanmoins noire, pour la distinguer de l’Afrique du Nord, dite aussi à tort blanche (5).

Ces frustrations ethniques sont socialement déterminées. Leur cristallisation s’explique aussi bien par l’effacement des projets politiques alternatifs au néocolonialisme que par la violence sociale des politiques d’ajustement structurel (pas) néolibéral, menées sous le diktat du Fonds monétaire international (fmi) et de la Banque mondiale (bm), par les États africains surendettés. Le Mali a été ainsi saigné à blanc pendant les années 1990 et 2000, par le remboursement d’une dette héritée du régime autocratique. Par leur nature paupérisante, ces pas ont aggravé l’abandon des zones traditionnellement défavorisées et par conséquent favorisé l’exposition des individus démunis, condamnés aux stratégies de survie individuelle et à toutes les formes de corruption. Les « élites » n’étant pas, par ailleurs, les seules à être sensibles au principe néolibéral de course à l’enrichissement matériel, par tous les moyens. Telle est la situation générale du Nord-Mali, des zones habitées par les Touaregs en particulier.

La rébellion des Touaregs du Mali septentrional — habité aussi par d’autres peuples : les Arabes, les Peuls, les Songhaï, etc. (6) — déclenchée en janvier 2012 par le mnla se distingue des précédentes par, entre autres :

- l’importance des ex-soldats et ex-mercenaires de l’autocrate libyen défait par l’armée de l’otan (avec le président français d’alors Nicolas Sarkozy, en commandant en chef, et avec pour conseiller spécial non officiel, le très médiatique philosophe français Bernard Henri Lévy) ;

- l’implication des jihadistes (aqmi et mujao) — dont certains ont combattu dans la rébellion anti-Kadhafi — ayant fini par prendre militairement le dessus sur le mnla, non pas seulement à cause de leur aptitude à convaincre religieusement des jeunes des populations locales, déjà musulmanes, d’un islam différent, mais aussi à cause de leurs capacités financières.

En effet, la prise en otage des ressortissants « occidentaux » contre rançon, le convoyage très sécurisé, dans le Sahara, de la cocaïne (débarquée au large de l’arc maritime allant du Ghana au Sénégal, en provenance des cartels sud-américains, déjà devenus directement des acteurs de la croissance économique et indirectement des acteurs des changements politiques dans cette partie du continent, avec les récents putschs militaires en Guinée-Bissau, par exemple) destinée aux « gagnants » et « candidat-e-s gagnants » des sociétés néolibérales européennes, ainsi que bien d’autres trafics, sont des sources de revenus importants. Elles permettent aux dirigeants de ces milices islamistes de recruter des jeunes désœuvrés, « perdants », des sociétés du capitalisme néolibéral sous-développé, qui y trouvent un moyen de subvenir à leurs besoins élémentaires et de jouir, de façon inattendue au début, d’un pouvoir sur autrui, « le mécréant » ou le non musulman, voire d’appartenir à une organisation dont les actes sont assez médiatisés. Comme l’a dit, plus d’un an avant le déclenchement de la nouvelle rébellion, l’actuel porte-parole du mnla, Hama Ag Sid’Ahmed : « Les jeunes abandonnés par l’État et aussi souvent par leurs responsables politiques et militaires touaregs, ne savent plus vers qui se tourner (…). Certains sont tentés par les facilités offertes par l’AqMI, la seule entreprise du nord qui fonctionne et gagne tous les marchés sans faire de l’investissement. » (7)

Contrôler le Nord-Mali est donc une affaire très juteuse, pour ces jihadistes que l’on classerait bien dans l’islamisme de marché — celui qui est au pouvoir, de l’Iran à la Tunisie, en passant par l’Arabie saoudite —, mais du marché clandestin ou illégal ou d’une version du lumpen-capitalisme drapée de religiosité. Ce qu’exprime assez bien le terme « narco-salafiste ». Par ailleurs, la bonne marche de leurs affaires nécessite des complicités dans certains appareils des États qu’ils bordent ou dans lesquels ils ont créé des zones frontalières de non-droit. C’est ce qui explique non seulement les connivences de certains notables du Mali septentrional avec les « narco-salafistes », mais aussi l’inefficacité de l’armée malienne, dont de nombreux membres de la hiérarchie sont présumés liés aux réseaux côtiers — guinéens — du narco-trafic sud-américain et aux « narco-salafistes ». L’entourage immédiat du président malien déchu, Amadou Toumani Touré, au sein de la hiérarchie militaire surtout, étant montré du doigt dans une certaine opinion malienne (8). Ce qui se dit également des sommets politico-militaires de l’État voisin du Burkina Faso, dont l’armée est aussi aux avant-postes de la « lutte contre le terrorisme » menée par les États-Unis dans le Sahel. La cupidité, le principe d’accumulation primitive à partir d’une rente de situation et le consumérisme ont, entre autres, créé une situation qui a rendu possible les débâcles rapides de l’armée malienne aussi bien en janvier-mars 2012 qu’en janvier 2013.

Changer la donne de la « coopération » militaire avec le Mali

Une chose est sûre, au moins : pour la France, cette intervention, considérée comme salvatrice dans une grande partie de l’opinion publique malienne, y compris touarègue, va changer la donne de la « coopération » militaire avec le Mali. C’est l’une des rares anciennes colonies françaises à avoir décidé en janvier 1961, sous la présidence du non-aligné et socialisant Modibo Kéita, la fermeture des bases militaires françaises de Kati, Gao, Tessalit — très importante dans la guerre menée par la France contre le fln algérien. Cette décision relevait de l’abrogation des accords militaires, dont un accord de défense, signés en juin 1960. Une des conséquences de la dissolution en août 1960 de la Fédération du Mali, regroupant le Sénégal et le Soudan (ex-Soudan français). Au nom de la souveraineté nationale, la nouvelle République du Mali — le Soudan ayant conservé, à partir de septembre 1960, le nom de la défunte fédération — considérait incongru le maintien sur son territoire de l’ancienne armée coloniale. D’autant plus que la France avait soutenu le Sénégal dans sa sécession (9).

La présidence de Moussa Traoré, officier supérieur de formation française, ayant renversé le premier président, avait certes rétabli la « coopération » militaire, mais sans toutefois signer un accord de défense (outil qui permet à la France d’intervenir légalement « en cas d’agression extérieure » de son vassal africain). Il s’était limité à un accord de coopération militaire technique. Le Mali, même dirigé par le général autocrate Moussa Traoré n’était comparable ni à la Côte d’Ivoire, ni à Djibouti, ni au Sénégal (jusqu’en 2010), ni au Tchad, où les soldats français font partie du paysage national.

Les régimes issus des élections démocratiques depuis 1992, ceux d’Alpha Oumar Konaré (1992-2002) et d’Amadou Toumani Touré (1991-1992 — suite à un putsch, aboutissement d’un soulèvement populaire et ayant initié la « transition démocratique » — puis 2002-2012) ont conservé cette situation, avec toutefois un changement : le développement de la coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique. Depuis la fin de la guerre froide, sous la présidence de George Bush senior, la première puissance économique et militaire (impérialiste) mondiale avait décidé d’être plus présente sur le continent. C’est ainsi que le Mali a fait partie des États africains avec lesquels s’est développée la « coopération » militaire, à partir de la Joint Combined Exchange Training (jcet) instaurée en 1993. Par sa position géographique, elle est devenue, dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme » islamiste, l’un des laboratoires de la politique militaire états-unienne en Afrique subsaharienne, particulièrement dans la zone sahélo-saharienne où se déroulaient différents exercices militaires dans le cadre de l’African Crisis Response Initiative (acri) — que l’on avait considérée, avant leur collaboration sur le tard, comme une initiative concurrente du programme français de Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (recamp) — devenue par la suite l’African Contingency Operations Training Assistance (acota).

L’armée malienne a bénéficié, de ce fait, pendant la dernière décennie du XXe siècle et la première du XXIe, d’une attention particulière des départements du gouvernement états-unien impliqués dans la « lutte contre le terrorisme ». Ledit terrorisme étant incarné ici par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (gspc), algérien, métamorphosé récemment en aqmi, se mouvant de façon quasi libre et souveraine dans l’espace frontalier entre l’Algérie, le Mali et le Niger — des États à l’avant-poste de la campagne états-unienne. C’est dans ce cadre qu’il a été question, au début du XXIe siècle, de l’ouverture au Mali du plus important bureau de la cia de la zone. En février 2007, un officiel malien du ministère des Affaires étrangères préconisait à l’ambassade locale des États-Unis d’installer au Mali le quartier général du commandement de l’armée états-unienne en Afrique (africom) (10) en cours d’institution. Il y a eu l’intensification de la formation des militaires maliens par l’armée états-unienne, la fourniture régulière en matériel de guerre. Le président Amadou Toumani Touré, souvent présenté comme celui qui privilégiait le dialogue dans la « lutte contre le terrorisme », apparaît plutôt, dans un document de l’ambassade états-unienne de Bamako — concernant une rencontre avec l’alors chef de l’africom, le général William E. Ward — comme celui qui se croyait le mieux disposé, par défaut, à assurer la sécurité de la frontière algéro-malienne, soupçonnant les responsables des services de sécurité du Sud-Algérie de complicité dans le trafic illégal et hors de contrôle de son ami Bouteflika (11). Il fallait à son armée plus de matériel approprié à cette mission de sécurisation de la zone. Ce qui ne manquait pas d’être entendu à Washington. Ainsi par exemple, « le 20 octobre 2009, le Mali recevait (…) de l’administration Obama plus de 4 millions de dollars de matériel militaire, dont trente-sept pick-up Land Cruiser, du matériel de communication, des pièces de rechanges et des tenues militaires au titre du programme ctte (Counter Terrorism Train and Equip’). Succédant à un programme américain d’entraînement militaire des troupes de trois bases maliennes, dont le 33e régiment de parachutistes (12), par des conseillers des forces spéciales américaines » (13).

Cafouillage états-unien

Avec toutes les formations, tous les exercices organisés depuis les années 1990 ainsi que le matériel reçu pour lutter dans le Nord-Mali contre la nébuleuse terroriste saharienne, sans oublier l’assistance en matière de renseignements (14), il est surprenant que l’armée malienne n’ait fait preuve de la moindre résistance, pour ne pas parler de déconfiture, pendant le premier trimestre 2012 face aux indépendantistes du mnla — supposés soutenus en sous-main par la France, voire par la Suisse [15.] — et aux différents groupes jihadistes, qui ne s’avèrent pas si combatifs eu égard à la faible résistance que rencontre l’armée française, appuyée par l’armée malienne. Celle-ci avait été entraînée toutes ces dernières années pour faire face à cette éventualité : la jonction entre les mouvements armés touaregs et les milices jihadistes. Confrontée à son effectivité, elle a battu en retraite. Ce qui est aussi une marque de l’échec de la campagne états-unienne de « lutte contre le terrorisme » dans cette zone. Pire, pour l’image des États-Unis, en plus du fait que des convois lourdement armés ont pu partir de la Libye jusqu’au Nord-Mali, en passant nécessairement par le Sud-Est algérien/Nord-Ouest nigérien, sans être repérés, voire interceptés, dans cette zone si surveillée à l’aide de la technologie la plus moderne, il y a d’une part la désertion, au profit du mnla, d’officiers supérieurs maliens touaregs formés par l’armée états-unienne. D’autre part, les putschistes — qui, par leur paralysie de l’armée, consécutive au renversement d’Amadou Toumani Touré, ont indirectement contribué à la partition du Mali par le mnla et les jihadistes — avec à leur tête le capitaine Amadou Sanogo, formé par l’armée états-unienne comme parachutiste, officier de renseignement et enseignant d’anglais aux militaires – bon instrument idéologique compte tenu du développement de l’assistance militaire états-unienne. Ce qui peut inscrire ledit capitaine dans une certaine tradition, contrairement à ce qu’a déclaré, à son propos, l’actuel chef de l’africom, le général Carter Ham (en misant sans doute sur l’ignorance de ses auditeurs de la Brown University, concernant par exemple les faits d’arme putschistes des produits sud-américains de « l’École des Amériques ») : « J’ai été très déçu qu’un militaire, avec qui nous avons eu une relation de formation, ait participé au renversement d’un gouvernement élu » (16). Un déni de la réalité historique dont la grossièreté peut alimenter les interprétations dites conspirationnistes, vu que dans le même article, est cité un officier malien qui évoque la défection, avec armes et troupes, des chefs de trois des quatre unités de l’armée malienne combattant alors dans le Nord-Mali, des Touaregs : « L’aide des Américains s’est avérée ne pas être très utile », a dit un autre officier supérieur malien, désormais engagé dans le combat. « Ils ont fait le mauvais choix », a-t-il dit, « de compter sur les commandants issus d’un groupe qui a conduit pendant 50 ans une rébellion contre l’État malien. » (17). Pour l’altermondialiste malienne Aminata Traoré, dans un texte co-signé par des intellectuel-le-s africain-e-s (18) : « c’est lorsque les rebelles du mnla ont déclaré qu’ils ont atteint leurs objectifs que les États-Unis leur ont demandé de “cesser” les opérations militaires ». Pour un général français, un ancien d’Afrique, qui ignore la sympathie pour le mnla exprimée entre janvier et mars 2012 par le Quai d’Orsay et plaide pour le maintien renforcé de la présence militaire française en Afrique : « Les Américains se sont investis en Afrique depuis cinq ans avec l’Africom. Ils auraient formé l’armée malienne pour 600 millions de dollars. Tout cela pour aboutir à un putsch réalisé par un capitaine… Tout le monde est donc content de se tourner vers la France qui a du savoir-faire, des connaissances régionales et culturelles, des liens. Nous sommes là un peu par délégation du monde occidental depuis cinquante ans. » (19)

Le bilan négatif de la « coopération » états-unienne avec le Mali s’alourdit avec le cafouillage de l’administration états-unienne concernant la misma, particulièrement portée par la France, bonne élève de la pratique états-unienne d’instrumentalisation des Nations Unies pour ses propres intérêts. Alors que Susan Rice, l’ambassadrice aux Nations Unies, s’opposait à l’activisme français pour une intervention rapide (jusqu’à traiter le plan français de « merde ») et le général Ham, qui déclarait l’impossibilité d’une intervention au Mali, Hillary Clinton, la dirigeante de la diplomatie états-unienne, pressait le président algérien de s’impliquer dans la préparation de l’intervention plutôt que de négocier avec le mnla et Ansar Dine, et allait jusqu’à rappeler à l’ordre le général Ham. Après avoir, elle-même, défendu quelques temps auparavant le préalable de réinstauration de l’État de droit, du retour à l’ordre constitutionnel, avant d’envisager tout déploiement d’une force militaire internationale, même sous conduite africaine.

Ainsi, l’intervention française, suite à la demande exclusive — « La France, aidez-nous » — contenue dans la lettre de Dioncounda Traoré, s’avérant ainsi françafricain –, telle que rapportée par Susan Rice la veille de l’entrée en guerre française (20), est un camouflet de la diplomatie états-unienne.

Les déclarations états-uniennes actuelles, d’approbation de l’intervention française et d’offre de soutien logistique, peuvent faire penser à la supposée nouvelle option, appliquée en Libye, selon laquelle, « les États-Unis ne prendront pas le leadership d’opérations militaires qu’ils estiment relever des intérêts européens avant les leurs, tandis que les Européens resteront dépendants des États-Unis pour pallier leurs déficiences capacitaires. » (21). Mais à la différence de l’intervention en Libye, les désaccords entre la France et les États-Unis, ont été exposés sur la place publique comme un duel inter-impérialiste à fleuret moucheté dont la France sort vainqueur, affirmant ainsi son leadership impérialiste dans la sous-région, au moins dans son ancienne aire coloniale. Il n’est pas évident que le Mali puisse demeurer un très bon client des exercices militaires états-uniens contre le terrorisme.

France : retour sur investissement militaire

Les combats réels, non pas ceux simulés pendant les exercices, étant menés au départ avec les Français exclusivement, c’est l’armée française (personnels et équipements) qui en sortira prestigieuse — y compris pour les soldats des autres pays de la misma, dont le commandant en chef nigérian est un francophone — en cas de victoire finale de la coalition néocoloniale (22). Il faut déjà noter la non opposition du capitaine Sanogo à l’intervention française. Pourtant, son bras de fer avec la cedeao (hostile à son putsch, qui pourrait inspirer des soldats dans les États voisins), avec le soutien de la copam (Coordination des organisations patriotiques du Mali), dont fait partie la principale organisation de gauche malienne Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance SADI, principal soutien malien des putschistes) avait porté, entre autres, sur l’exigence d’un commandement malien de la force africaine sous-régionale. Ce qui n’a pas été exigé à l’opération Serval de l’armée française, maîtresse sur le terrain des opérations. D’ailleurs, l’appel de Dioncounda Traoré à l’armée française ne peut avoir été pris sans l’aval de la junte, Sanogo se présentant comme le conseiller militaire du président par intérim, sous son contrôle.

La France va trouver là l’occasion de reprendre vraiment pied militairement au Mali après cinquante ans de relations militaires timides, françafricainement parlant. Ceci n’a pas été fait pour la défense du patrimoine culturel universel présent au Mali, ni par amour pour les Maliens et les Maliennes – celles et ceux qui sont sans papiers en France ne bénéficient pas du tout de cette générosité. La France a déjà obtenu la formation de l’armée malienne. Celle du Niger voisin, aussi exposée à la « menace » jihadiste, et dont le président était très aligné sur la position française au Conseil de sécurité, ne restera pas à l’écart. Ainsi, l’évolution de la crise malienne apparaît comme du pain béni, au moment où s’élabore le nouveau Livre blanc de la Défense. « L’avenir de notre présence militaire en Afrique est un sujet qui figure au cœur des réflexions de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » affirmait en octobre 2012 le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en réponse aux inquiétudes d’un sénateur concernant le Mali et le Sahel (23). Il n’est pas exclu que l’armée française veuille se réinstaller, avec quelques armées supplétives de la cedeao, à Tessalit, sous le prétexte de sécuriser la frontière avec l’Algérie.

Le principe des opérations extérieures, qui coûtent cher, c’est le retour économique sur investissement militaire. Surtout en cette période de « crise » économique, d’austérité, de « flexisécurité », de développement du chômage imposés par « les marchés », c’est-à-dire le grand Capital, aux moyens et petits salariés, à la jeunesse, à travers les gouvernements et les syndicats ayant tourné le dos à la lutte des classes.

Lors du débat sur l’intervention française au Mali, à l’Assemblée nationale, le 16 janvier 2013, des députés de l’opposition de droite (qui a légué son programme d’austérité à l’actuelle majorité), dont le chef de l’ump, Jean-François Copé, ont insisté sur la nécessité de ne pas réduire le budget de la défense 2013, malgré l’austérité. Bien au contraire, il faudrait, à la lumière de l’opération malienne, l’améliorer. Ce qui ne peut que réjouir le complexe militaro-industriel français, la décision de F. Hollande ayant été bien préparée par l’état-major de l’armée française dont le matériel de surveillance (Atlantique-2, Pléiades, etc.), était déjà en activité dans le ciel malien avant le 11 janvier (24). L’opération fait la promotion de l’hélicoptère de combat Tigre, et des Mirages, qui se vendront plus facilement peut-être que le chasseur Rafale mis en avant pendant l’expédition en Libye. Les opérations extérieures sont plus convaincantes, commercialement parlant, que le Salon du Bourget.

Cet aspect a souvent été évité y compris par les critiques de l’intervention française, s’en tenant même à l’absence d’intérêts évoquée par François Hollande, lors de son intervention radiotélévisée (25).

Leadership français d’une armée européenne ?

Par ailleurs, l’intervention française, participe aussi de la redéfinition de la Politique de sécurité et de défense commune européenne (psdc). Sujet sur lequel la présidence de François Hollande semble se démarquer de l’atlantisme très enthousiaste de son prédécesseur. Comme un retour à l’héritage gaullien de leadership français d’une armée européenne, relativement rivale de la puissance militaire états-unienne. L’opération Serval peut être alors considérée comme une anticipation, mais en version réelle et pratique, de l’Opération européenne Sahel 2013 qui envisageait « de former et d’aider les forces africaines à reconquérir le nord du Mali. Cette opération européenne pourrait être menée en agrégation avec d’autres États africains directement menacés et avec des organisations régionales » (26). C’est sans doute au titre de cette Opération Sahel 2013 que le ministre français de la Défense disait, que « Ces militaires [français, européens] ne participeront pas aux opérations de combat. Mais l’ue considère qu’il faut aider le Mali à éradiquer la menace djihadiste. L’initiative européenne est indépendante de la résolution qui a été adoptée par le conseil de sécurité des Nations Unies afin de permettre à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) d’intervenir militairement aux côtés de l’armée malienne. » (27) Dans cette opération européenne dont la légitimité ne peut être que celle que s’octroie l’impérialisme néocolonial, la France devait être la « nation-cadre ». Ce qu’elle est actuellement sur le terrain.

Il semble aller de soi qu’une part de l’aide de l’Union européenne au Mali va concerner indéniablement la « modernisation » des forces de sécurité, qui comprendra la dotation en matériel approprié, c’est-à-dire celui qui aura fait ses preuves lors de cette guerre contre les jihadistes. Chaque armée européenne participant à cette expédition voudra avoir son retour économique sur investissement militaire, en ce moment de pessimisme sur la croissance dans chacun des États. Il y a peut-être plus de chances pour les Européens qu’en Irak « démocratisé » ou qu’en Afghanistan — où les attentes ayant fondé la participation à la Force internationale d’assistance à la sécurité, la coalition accompagnant l’armée états-unienne, risquent de ne pas être satisfaites. Les États-Unis et le Royaume-Uni, rangés derrière la France, auront aussi leur part. L’Afrique demeurant encore le lieu où peuvent se réaliser bien des rêves impérialistes. Le principe du retour économique sur investissement militaire s’est appliqué en Libye, avec la course aux marchés dans laquelle s’étaient lancées les entreprises françaises soutenues par leur gouvernement. Il semble que l’attente est la même au Mali où la situation du capital français n’est pas des plus brillantes dans la zone monétaire du Franc CFA (franc des anciennes colonies françaises d’Afrique et quelques États voisins)

Intérêts français... menacés au Mali

Du Mali, ce que l’on sait souvent c’est sa place, parmi les derniers dans le classement mondial concernant l’idh ainsi que ses immigrés en Europe, particulièrement en France (où ils et elles sont médiatisés comme salariés sur-exploités, avec ou sans papiers de séjour) signes de sa pauvreté. L’on sait beaucoup moins que c’est l’un des principaux producteurs de coton africain, voire que c’est le troisième producteur d’or du continent, avec la perspective ces dernières années de piquer la place au Ghana ou à l’Afrique du Sud, les deux premiers. Cet or est exploité par, entre autres, AngloGold-Ashanti, Gencor, Société financière internationale. Bouygues, y était présente par une de ses filiales, la somadex (Société malienne d’exploitation) sous-traitante d’AngloGold, ayant épuisé avant terme la mine de Morila, à cause d’une intensification de la production et d’une surexploitation des mineurs (28). Ces transnationales ont ainsi plus d’une fois été confrontées à la lutte des mineurs sur-exploités ainsi que des communautés avoisinantes, victimes des effets collatéraux, sociaux et écocides, de l’exploitation minière. Situation sociale et écologique qui ne préoccupe pas particulièrement les dirigeants maliens qui se satisfont des dividendes — l’État étant en principe co-actionnaire minoritaire dans les entreprises minières — et de la rente, dont une partie est détournée, non seulement pour le consumérisme ou les jouissances niaises, mais aussi pour l’accumulation primitive du capital dans une société de très vieille tradition affairiste. La pauvreté de la majorité des Maliens n’est pas la conséquence d’un environnement naturel défavorable, malgré l’aridité certaine d’une partie du territoire, qui toutefois n’empêche pas la domination de l’activité agricole. La pauvreté malienne est une conséquence des choix économiques hérités de la colonisation française, reproduite par les « élites » néo-coloniales, avec la complicité principale de l’ancienne métropole coloniale pendant près de cinq décennies (exception faite des années Modibo Kéita, de tentative de sortie de la dépendance néocoloniale) et des organisateurs de l’ordre néolibéral mondial. Ceux-ci l’ont accrue ces deux dernières décennies avec les mesures anti-sociales des programmes d’ajustement structurel néolibéral imposés par les institutions financières internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international) comme remède à l’endettement public extérieur critique.

L’intervention française a lieu dans un pays réputé pauvre, pour l’état de ses classes populaires (au moins 51 % de la population vit avec moins de 800 fcfa par jour), mais dont les potentialités économiques ne laissent pas indifférents aussi bien le capital français que les autres acteurs du capital international. La réalité est contraire à ce qu’ont dit les experts parisiens, reprenant en chœur le mensonge officiel d’absence d’intérêt français au Mali, réitéré en pleine intervention par François Hollande, à Abu Dhabi : « Vous savez, il n’y a aucun intérêt français, sauf nos ressortissants au Mali. Cela n’a donc rien à voir avec je ne sais quelle politique d’un autre temps, où nous défendions un régime — quel régime ? — où nous défendions des entreprises qui pouvaient avoir des positions — quelles entreprises ? Nous ne défendons qu’une cause : l’intégrité du Mali… » (29) Il y a bel et bien des intérêts français au Mali, représentés par exemple par le Club des investisseurs français au Mali (cifam), une soixantaine d’entreprises, parmi lesquelles Air France (30), Air Liquide, ags, Gras Savoye, bnp Paribas, canalsat horizons, Sanofi Aventis, sdv, Allianz, Total, cfao (la doyenne des entreprises françaises d’Afrique, devenue japonaise au cours de cette année), Castel, Bouygues. Il va de soi qu’elles n’y sont pas par quelque générosité à l’égard de la population malienne. Certaines, à l’instar de Bouygues ou Orange, ont bien profité de la privatisation des entreprises publiques maliennes et de la libéralisation. Malgré la crise déclenchée en janvier-mars 2012, les entreprises françaises n’ont pas plié bagage et n’envisagent pas de le faire, vu que pour celles qui ne sont pas des filiales de transnationales, ce n’est pas évident, surtout en cette période, d’aller recommencer en métropole.

Concurrence chinoise

Bien au contraire, celles qui y sont confrontées à la concurrence chinoise craignent d’être, dans l’avenir, obligées de quitter le Mali, par « manque de compétitivité ». Crainte qu’avait clairement exprimée le « Monsieur Afrique » du medef International, Patrick Lucas, en visite au Mali et au Sénégal en 2009, à la veille d’une tournée du président chinois Hu Jin Tao dans ces pays : « Il y a une concurrence chinoise grandissante (…) Dans le domaine du btp, c’est un véritable souci. (…) Nous ne craignons pas la concurrence chinoise. Les entreprises françaises, y compris dans le domaine du btp, gagnent des marchés dans différents pays. Mais là, on a un vrai problème car nous ne sommes pas à armes égales (…) Il est quand même terrible de constater que nous laissons la place au moment où l’avenir pourrait, précisément être radieux. » (31). Inquiétante présence chinoise au Mali, en effet, pour le capital français : « En matière d’investissement, la Chine intervient au Mali, dans divers domaines. Ainsi, les plus grandes entreprises dans lesquelles les Chinois investissent au Mali, relèvent du textile, de l’agro-industrie, de l’industrie pharmaceutique, des travaux publics » (32). La crainte de Patrick Lukas, patron de Gras Savoye, et son appel, adressé à l’État français, à aider ses entreprises dans ces pays en particulier et sur tout le continent en général, est exprimée au moment où le stock d’investissement direct chinois au Mali était de 30,95 millions de dollars états-uniens, après 23,4 millions en 2007. La dernière année disponible, 2011, soit trois ans après, indique une remontée à 160,06 millions de dollars. Par ailleurs, « la Chine, à n’en pas douter, s’est installée avec force pratiquement dans tous les secteurs économiques du marché malien. Les importations maliennes de Chine portent sur les biens d’équipement et les biens de consommation même les plus ordinaires » (33). Ce qui n’est pas sans impact sur la balance commerciale de la France (quatrième fournisseur) avec le Mali, actuellement positive pour la France pour près de 270 millions d’euros. Ce n’est pas rien au vu du creusement abyssal du déficit français. Certes, les experts en insignifiance économique capitaliste de l’Afrique, de la colonisation à nos jours, sortiront des chiffres et des classements, en appui de leur condescendance à l’égard de l’Afrique. En fait, leurs compatriotes entrepreneurs au Mali ou dans quelque autre contrée africaine, arrivent à y gagner leur vie, aussi grâce à la sueur des autochtones.

Ce n’est pas un tel complexe de supériorité qu’exprime l’ambassade des États-Unis au Mali qui, bien avant le cri d’alarme de P. Lukas, avait jugé utile d’adresser un message au Secrétariat d’État, à la cia, au Millenium Challenge Corporation (mcc) à Washington, à l’ambassade en Chine, etc., au sujet du monopole du thé chinois au Mali (34). Ce qui exprime une inquiétude assez fondée, comme le dit la fin du titre dudit message. Car c’est « toute la région du Sahel qui est vitale pour les intérêts des États-Unis », selon le Secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines, M. Johnnie Carson (35). D’ailleurs, le ministre des finances de François Hollande, Pierre Moscovici s’est adressé presque martialement aux entreprises françaises en Afrique, lors d’une conférence de presse à Abidjan : « Il est évident que la Chine est de plus en plus présente en Afrique. Les entreprises françaises qui en ont les moyens doivent passer à l’offensive. Elles doivent être présentes sur le terrain. Elles doivent se battre. » (36) Le Mali, fort d’une très longue « coopération » dès l’aube de l’indépendance, est présenté comme l’un des terrains où les Chinois s’activent le plus, sans faire de bruit. Il est intéressant de noter que l’appel du ministre français est lancé non par quelque empathie avec l’Afrique, mais parce que, avait-il poursuivi, « le phénomène nouveau est que la croissance africaine a le potentiel de stimuler la croissance en France. Nous devons être présents. » Surtout, peut-on ajouter, quand il s’agit de croissance portée par des ressources stratégiques. Ce qui semble être l’avenir immédiat du Mali, avec le passage des premières explorations aux premières exploitations de pétrole et la longue liste des autres minerais avérés.

Certes qu’il y a, entre autres intérêts français dans cette Afrique de l’Ouest, l’exploitation de l’uranium du Niger voisin, souvent évoquée par les experts, dont la protection pourrait justifier du point de vue impérialiste une intervention pour la sécuriser, vu son importance vitale pour la France d’aujourd’hui. L’instauration d’un État islamique au Mali, considérée comme embryon d’un futur califat embrassant toute l’Afrique de l’Ouest à majorité ou à forte population musulmane, aurait certes modifié la donne. Par exemple le contrat néocolonial d’exploitation liant Areva et l’État nigérien, qui est resté léonin pendant cinquante ans aux dépens du Niger. Les « jihadistes » au pouvoir auraient peut-être révisé les contrats, exigeant des rentes plus importantes, ou privilégié dans certains secteurs économiques des capitaux qataris ou de quelques autres pétromonarchies du Golfe (financiers supposés du « jihadisme » international) aux dépens des concurrents français ou occidentaux. Mais n’auraient-ils pas fait comme les pétromonarchies du Golfe qui font bien coexister leur wahabbisme assurant de très fructueux partenariats économiques avec les principales transnationales occidentales ainsi qu’une forte assistance militaire de la part des puissances impérialistes ? À la lumière aussi de l’arrivée au pouvoir d’Ennahda en Tunisie et des Frères musulmans en Égypte, l’on peut dire qu’il n’y a pas de perspective anticapitaliste dans la dynamique islamiste actuelle. D’ailleurs des facultés de sciences économiques françaises, voire d’ailleurs, se sont mises à la finance islamique.

Cette explication de l’intervention impérialiste juste par la sécurisation des intérêts français, actuels sans se préoccuper du futur, au Niger et dans d’autres pays voisins, signifie que la France se désintéresserait des potentialités du Mali au moment où il est question de passer à l’exploitation des autres minerais du sous-sol malien, dont l’uranium. Il s’agit de l’exploitation des hydrocarbures :

— le gaz dont un gisement, contenant un produit d’une qualité très rare, a été découvert pas loin de la ville garnison de Kati et que l’on trouverait aussi ailleurs ;

— le pétrole, dont on peut se rappeler de l’implication française, pour s’en tenir aux faits parmi les plus récents, dans les tourments liés au pétrole dans la Mauritanie des années 2005-2009.

La France ne se préoccuperait pas de ses approvisionnements futurs, alors que le ministre français Moscovici avait rappelé que « nous devons être présents » là où il y a de la croissance en Afrique. Reprenant ainsi son président qui, dans son discours de Dakar (37) adressé à l’Afrique, avait rappelé la mission économique française : « aujourd’hui sur le commerce, sur le climat, sur les questions économiques, vous êtes notre premier partenaire et la France sera votre premier allié. Le devoir d’un pays comme le mien, est de vous accompagner dans les domaines d’avenir, pas simplement les ressources naturelles mais aussi l’agro-alimentaire, les télécommunications, les services. » Il avait aussi mis en garde l’Afrique contre d’éventuels « prédateurs » parmi les nouveaux grands investisseurs en Afrique. La France n’en faisant pas partie, bien sûr. Et l’un des secteurs qui intéressent le plus les investisseurs c’est celui du pétrole des nouveaux pays aux gisements avérés, dont le Mali.

Futur État pétrolier et gazier

Comme bien d’autres pays africains ces dernières années, le Mali est appelé à entrer dans le club des États pétroliers et gaziers. Grâce à la prospection menée d’abord par l’entreprise chinoise sinopec, avant l’algérienne sonatrach, dans le Nord-Mali et dont l’exploitation est sans cesse repoussée. Le dernier report a été causé par la guerre d’indépendance lancée par le mnla, en janvier 2012, sur la nappe pétrolière, alors que des entreprises algérienne (sonatrach, avec l’italienne eni, qui a finalement rendu son permis), australienne (Baraka), chinoise (China National Petroleum Corporation), voire total. Mais ce dernier n’avait pas le leadership pétrolier français traditionnel en territoire françafricain. À tel point que la sympathie de la France sarkozienne à l’égard du mnla a été interprétée comme motivée par l’avenir pétrolier du Nord-Mali, destiné à être détaché sous le nom d’Azawad. Les relations du Mali d’Amadou Toumani Touré avec la présidence française se sont parfois écartées de l’orthodoxie françafricaine, le général malien se voulant un peu plus autonome dans la dépendance. Des rapprochements ont pu être établis entre la rébellion du mnla et la dernière rébellion touarègue du Niger, menée par le Mouvement des Nigériens pour la justice (mnj) en 2007, au moment où la Chine s’est introduite dans l’exploitation de l’uranium nigérien (jalousement protégée par areva) et procède à l’exploration du pétrole depuis 2011, aux dépens d’exxon. Dans d’autres territoires françafricains, à l’instar du Congo-Brazzaville, pour le pétrole, et de la Centrafrique, pour l’uranium (ces dernières années areva est confrontée à une volonté de plus grande autonomie du régime de François Bozizé, un général originellement installé au pouvoir par la France chiraquienne), des coups d’État, voire des guerres françafricaines ont eu lieu suite à des tentatives de remise en question du monopole français au nom de la libéralisation.

Au Mali, l’exploitation d’une partie de ce qui est présenté comme la plus importante nappe on-shore africaine, a failli commencer avec total en situation marginale. C’est ce crime de lèse-Françafrique qu’aurait réparé une sécession ou une large autonomie du Nord-Mali avec l’aide de la France de Sarkozy (38). Une intervention militaire française sous François Hollande peut permettre de corriger le tir. Le retour économique sur investissement militaire ne se portera que mieux. La croissance française en a besoin. Par ailleurs, en cas de sécurisation des sites d’exploitation pétrolière et uranifère, la menace sur la sécurité de la France, voire de l’Europe, sera considérée comme écartée.

La Chine, idolâtre du productivisme et assoiffé de superpuissance capitaliste, est de plus en plus présente aussi bien dans les anciens bastions pétroliers des majors occidentaux que dans les nouveaux États pétroliers de toutes les sous-régions africaines, l’emportant même dans certains cas face à Total (la présence commune dans certains champs pétroliers, sous forme de consortium n’empêche pas aux pétroliers de se livrer à une rude concurrence). C’est aussi une période où l’on constate la baisse continue de la production de certains majors dont Total (39). Il n’y a pas que davantage de « fous de Dieu », il y a aussi plus qu’auparavant des « fous de la croissance », mais moins de pétrole, semble t-il. Ainsi, la bataille pour le contrôle de ce qui reste a déjà commencé. La « lutte contre le terrorisme », bien que les jihadistes et leurs horreurs ne soient pas une fiction, est un bon alibi pour justifier des appétits capitalistes impérialistes. Ni la France (guerrière et soutien principal de la violation des droits humains en Françafrique,) ni les États-Unis (guerrier universel content de soi, soutien des tortionnaires et des narco-trafiquants, tortionnaires et activistes de la peine de mort officielle à domicile), ne souhaitent pas la disparition des pétromonarchies du Golfe, qui accumulent aussi des horreurs, mais font partie des principaux clients de leur savoir-faire répressif. D’ailleurs, en pleine mission humanitaire impérialiste, François Hollande est allé accomplir la tâche présidentielle de représentant de commerce de Dassault, pour son matériel high-tech de mort, aux Émirats Arabes Unis. L’efficacité du Rafale au Mali finira peut-être par convaincre les éventuels clients encore hésitants. Comme l’a laissé entendre F. Hollande à Abu Dhabi au cours d’un échange avec un pilote de chasse français, stationné aux Émirats Arabes Unis, clients potentiel du Rafale : « Hollande : Il se peut qu’on ait besoin de vos Rafale au Mali … — En effet, monsieur le Président, l’escadron est prêt — [Hollande :] Il faudra leur montrer toutes les qualités du Rafale. » [40.]

Recomposition de l’ordre impérialiste

Ce qui se passe au Mali relève, comme ce qui se passe en République démocratique du Congo ou au Soudan, de la recomposition de l’ordre impérialiste qu’impose le néolibéralisme. La France, leader de l’impérialisme européen, qui en soutenant diplomatiquement au départ le MNLA, semble s’être inspirée de la situation soudanaise (une partition bénie par les États-Unis, assoiffés de pétrole, à partir de revendications populaires légitimes), se métamorphose (faisant même la sourde oreille à l’offre publique du MNLA de s’associer à la lutte contre les jihadistes) en restaurateur de l’intégrité territoriale du Mali, entraînant derrière elle la soi-disant « communauté internationale » en général et en particulier les satrapies africaines (classes dirigeantes nationales, cedeao, Union africaine), relais capitalistes sous-développés de l’impérialisme. Les monstres, produits en Afghanistan pendant la Guerre froide par leur système — qui comprend les pétromonarchies du Golfe, financiers de ces « jihadistes » — servent ces dernières années d’alibi permanent pour légitimer leurs propres horreurs impérialistes. Des puissances capitalistes émergentes telles que la Chine et l’Inde, qui en font autant à domicile contre leurs propres « islamistes », ont pour le moment en Afrique d’autres atouts qui sont aussi un des facteurs de l’agressivité des impérialismes traditionnels.

Ainsi, il ne peut être attendu de l’expédition militaire française — discutée ou non par un parlement français composé d’activistes de la croissance capitaliste, en versions de droite ou de gauche, de l’universalisme français, d’une France puissance par fidélité à une tradition impérialiste d’une certaine gauche — et de ses complices maliens, africains, européens, états-uniens, canadiens et d’ailleurs, une aide autre qu’apparente et perverse, au peuple malien qui lui aurait été apportée en n’empiétant pas sur sa quête de souveraineté, depuis l’octroi de l’indépendance formelle jusqu’aux politiques néfastes d’ajustement structurel néolibéral, en passant pas le soutien à une classe de prédateurs capitalistes locaux.

L’action de la « communauté internationale » sous leadership impérialiste français va bien au contraire consolider les liens de dépendance, dans leur version néolibérale. Elle va renforcer la domination idéologique de l’impérialisme considéré comme sauveur et porteur de démocratie, plutôt que prédateur. Il revient donc à la gauche anticapitaliste — donc anti-impérialiste — malienne, en particulier, à la gauche anticapitaliste africaine, voire à la gauche anticapitaliste internationaliste d’autres parties du monde, de mieux saisir la complexité actuelle de la dynamique de la domination capitaliste, davantage protéiforme. Afin de ne pas se retrouver en posture de supplétifs « patriotiques » confondant les revendications légitimes des peuples opprimés, Touaregs et autres, avec l’affairisme politique de certains de leurs membres, dépourvus de projets d’émancipation collective, de supplétifs « panafricanistes » — avec cette conception racialiste qui réduit l’africanité à la noirceur de la peau —, de supplétifs « orientalistes » ou « humanistes » du capitalisme réel, naturellement prédateur. La gauche anticapitaliste ne devrait pas négliger le constat, sévère mais nécessaire, qui ne concerne pas que la gauche malienne : « Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd’hui d’une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler. La société civile, dont le rôle est d’éduquer, de contrôler et d’interpeller la classe politique vit de compromis et de compromission. » [41.]

Soutien au peuple malien et particulièrement à celui du Nord, qui subit une guerre entre des forces qui, au-delà des apparences, sont fondamentalement hostiles à son émancipation à l’égard du néocolonialisme. Soutien aussi à tous ceux et toutes celles qui luttent partout en Afrique — particulièrement à ceux et celles d’Égypte et de Tunisie, victimes d’un détournement de leurs soulèvements populaires — et dans le reste du monde contre le capitalisme, qui n’offre plus partout qu’une alternative : soit se mettre en marche pour l’écosocialisme, soit contribuer au développement de la barbarie qui peut être enrobée d’humanisme-spectacle ou de démocratie-spectacle.

Jean Nanga

est un correspondant d’Inprecor en Afrique.

Notes

1. Djibril Bassolé : “Le Mali est en guerre depuis longtemps” », JeuneAfrique.com, 14 janvier 2013, http://www.jeuneafrique.com/Articleimp_A...

2. Dans des villes de référence de l’islam africain — Gao, Tombouctou — des individus et groupes d’individus ont, au nom de leur conception de l’islam, résisté au rigorisme des jihadistes auxquels ils reprochaient d’ailleurs de s’adonner en cachette à ce qu’ils interdisaient, comme fumer, consommer de l’alcool, avoir des rapports sexuels hors mariage… Des femmes touarègues se sont révoltées contre le manque de respect que leur manifestaient des jihadistes qui, forts de leur islam par défaut, n’attendaient des femmes, musulmanes de surcroît, que soumission.

3. Ce sont des extraits du communiqué de Jean-Luc Mélenchon (leader du Parti de Gauche et du Front de Gauche, député européen) du 11 janvier 2013, qui attendait peut-être de F. Hollande la franchise dont avait fait preuve V. Giscard d’Estaing pour justifier l’expédition française à Kolweizi (ville minière du Zaïre, à l’époque) pour sauver l’armée de Mobutu.

4. Il y a des élus touaregs dans les institutions nationales. Ainsi, par exemple, le deuxième vice-président de l’Assemblée nationale du Mali, Assarid Ag Imbarcawane, est un Touareg.

5. Moins de la moitié des pays de l’Afrique subsaharienne sont à population exclusivement noire, en dehors des individus nés des relations entre personnes de couleurs de peau différentes. De même, de la Mauritanie à l’Égypte, en passant par l’Algérie, il y a des Noir-e-s autochtones. De nombreuses organisations de gauche, y compris révolutionnaires, africaines demeurent prisonnières de l’héritage terminologique racial colonial qui a des conséquences sur la définition du panafricanisme.

6. Nous faisons ici l’économie des conflits entre ces peuples aux temps des empires Songhaï, Mandingue et de la traite négrière transsaharienne qui permettent aussi de comprendre le complexe de supériorité à l’égard des Noir-e-s parmi les Touaregs et les Maures et le ressentiment des Noir-e-s à leur égard de nos jours encore. Nous en avions fait « l’expérience » pendant un forum altermondialiste…

7. Interview d’Hama Ag Sid’Ahmed, porte-parole du Mouvement Touareg-Mali : « Quels liens entre les Touaregs du Mali et Al-Qaïda ? », 15 novembre 2010, http://www.afrik.com/article21194.html

8. Pour une bonne synthèse récente, concernant le Mali, cf. Georges Berghezan, Panorama du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest, Groupe de Recherche et d’information sur la paix et la sécurité (grip), Bruxelles, 2012/6, pp. 26-30.

9. C’est l’armée du fln qui en avait tiré profit, en faisant du Mali l’une de ses bases arrières, à partir d’une mission menée par Frantz Fanon, alias Docteur Omar. Le rapport de mission est publié sous le titre « Cette Afrique à venir » dans le recueil posthume d’articles de Frantz Fanon « Pour la révolution africaine (écrits politiques) », François Maspero, Paris 1964 (disponible en version électronique : http://classiques.uqac.ca/classiques/fan...).

10. Selon un câble de l’ambassade états-unienne adressé le 14 février 2007 au Secrétariat d’État à Washington, publié par Wikileaks : « cable 07 Bamako166, Mali on Africom : Put the Headquarters here » (http://wikileaks.org/cable/2007/02/07BAM...). Au moment où Africom était à la recherche d’un site d’installation de son quartier général sur le continent, l’Union africaine, dont la Commission était à l’époque présidée par Alpha Oumar Konaré, avait, à l’initiative de l’Afrique du Sud, pris la résolution de ne pas accueillir de nouvelles bases militaires étrangères sur le continent. Ce qui avait contrecarré certains États envisageant d’abriter ledit quartier général.

11. « Cable 08Bamako217, General Ward’s Meeting with President Toure », 03 mars 2008 (http://wikileaks.org/cable/2008/03/08BAM...). L’idée d’une complicité entre des responsables de l’armée et des services de sécurité algériens et les « terroristes » algériens est une explication courante de l’inefficacité des actions « anti-terroristes » de l’armée algérienne.

12. Ce bataillon est marginalisé par la junte militaire qui accuse certains de ses officiers supérieurs d’avoir, entre autres, préparé un contre-coup d’État étouffé dans l’œuf. Ainsi, jusqu’au jour de la reprise de Diabali aux milices jihadistes, le 33e bataillon n’a pas obtenu l’autorisation de participer à la reconquête de l’intégrité territoriale.

13. Jean-Christophe Servant, « Les errements de l’antiterrorisme en Afrique. Le Nord-Mali victime d’une prophétie auto-réalisatrice » (http://blog.mondediplo.net/2009-12-28-Le...). Au moins un avion de l’armée états-unienne avait approvisionné en carburants l’armée malienne en guerre contre les « rebelles » touaregs en 2009.

14. Un accident de la circulation au Mali avait révélé à l’opinion publique malienne la présence des agents états-uniens au Mali.

[15.]. Claude-Olivier Volluz La Suisse finance la rébellion touareg, Le Temps, 22 août 2012, repris par Courrier international, http://www.courrierinternational.com/art...

16. Cité par Adam Nossiter, Eric Schmitt and Mark Mazzetti, « French Jets Strike in Mali Supplant Caution of U.S. », « The New York Times », January 13, 2013. Ce qui laisse penser au moins, au-delà des condamnations officielles qui ne veulent pas dire grand chose, que le putsch n’a pas été avalisé par les États-Unis.

17. Idem.

18. « Mali : chronique d’une recolonisation programmée », avril 2012, (repris par plusieurs sites internet depuis l’intervention impérialiste)

19. Olivier Bergé, entretien avec le général Thomann (Directeur de la Mission Lille Eurométropole Défense et Sécutité) : « Mali : “On ne peut pas échapper à nos responsabilités en Afrique”, pour le général (2S) Jean-Claude Thomann », « Défense globale », 17 janvier 2013, http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/arc...

20. ««L’ambassadrice Rice aux consultations sur le Mali au Conseil de sécurité », Communiqué de presse, Mission des États-Unis auprès des Nations Unies (usun), 10 janvier 2013, (http://iipdigital.usembassy.gov/st/frenc...). Lors de sa présentation, le 16 janvier 2013, à Washington, du bilan du premier mandat de Barack Obama, en matière de partenariat Afrique-États-Unis, le Secrétaire d’État adjoint aux affaires africaine, Johnnie Carson, n’a évoqué le Mali que très lapidairement, en une phrase sur le soutien états-unien à la France et à la misma, puis en une autre, sur l’insécurité au Mali et en République Démocratique du Congo. Cf. « Allocution du Secrétaire d’État adjoint Carson sur le partenariat États-Unis-Afrique au Centre Wilson », 16 janvier 2013, http://iipdigital.usembassy.gov/st/frenc...

21. Alexandra de Hoop Scheffer (directrice du German Marshall Fund of the United States-France et ancienne conseillère auprès du commandant suprême des forces alliées en Europe et commandant des forces états-uniennes en Europe), Audition par la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat français, mardi 2 octobre 2012, (http://www.senat.fr/compte-rendu-commiss...). Dans un rapport d’information (n° 207, 16 décembre 2011) du Sénat sur la révision du Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale, on peut lire : « le continent africain, zone prioritaire des intérêts européens » (p. 12)

22. Le 15 janvier 2013, le ministre malien des affaires étrangères a annoncé aux députés français qui l’auditionnaient, que deux nouveaux-nés du Nord-Mali ont reçu pour prénom « Damien Boiteux », le nom du soldat français mort au début de l’intervention.

23. Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, « Compte rendu de la semaine du 15 octobre 2012. Loi de finances pour 2013 — Audition de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense », 16 octobre 2012, http://www.senat.fr/compte-rendu-commiss...

24. Claude Angeli, « L’état-major a convaincu Hollande d’ouvrir le feu », « Le Canard enchaîné », 16 janvier 2013, p. 3.

25. Cf. par exemple le communiqué de J.-L. Mélenchon déjà évoqué.

26. Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale (France), Rapport d’information n° 536 sur l’Europe de la défense à la veille du Livre blanc, 12 décembre 2012, p. 58-61.

27. « Jean-Yves Le Drian : “L’intégralité du Mali est essentielle pour la sécurité de l’Europe” », « La Croix », 23 décembre 2012.

28. Cf. J. Nanga, « Mali & Niger : la mondialisation néolibérale contre les plus pauvres », « Inprecor » n° 511/512 de novembre-décembre 2005

29. Ministère des Affaires étrangères et européennes, « Mali — Emirats Arabes Unis — Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande », Déclarations officielles de politique étrangère, Bulletin d’actualités du 17 janvier 2013, Direction de la Communication et de la Presse, www.diplomatie.gouv.fr

30. Air France « ayant le quasi-monopole sur le parcours avec l’Europe » selon Mathurin Doumbe-Epée et Abdoulaye Touré, « Étude des contraintes financières liées au commerce extérieur du Mali. Rapport d’analyse des contraintes », avril 2009, p. 30.

31. AFP, « France/Chine en Afrique : “nous ne sommes pas à armes égales” », 13 février 2009.

32. Professeur Abdrahamane Sanogo, « Les relations économiques de la Chine et du Mali », Consortium pour la recherche économique en Afrique, (crea), janvier 2008, p. 13.

33. Idem, p. 19.

34. Cable 07bamako70 : « All the Tea in Mali : A Look at Chinese Economic Expansion in Africa », 23. 01.2007, http://wikileaks.org/cable/2007/01/07BAM...

35. Philippe Kurata, « M. Johnnie Carson : Les États-Unis appuient la restauration de la démocratie au Mali », 10 juillet 2010 : http://iipdigital.usembassy.gov/st/frenc...

36. « La France doit concurrencer la Chine en Afrique, dit Moscovici », Reuters, 1 décembre 2012.

37. Le 12 octobre 2012, devant l’Assemblée nationale du Sénégal.

38. Il n’est pas inutile de rappeler que la sympathie pour la cause des Touaregs ne doit pas rendre aveugle au fait que le Nord-Mali est un espace partagé avec d’autres peuples. Une indépendance dans les limites de l’Azawad tracées par le mnla aurait, pour être bien légitime ou démocratique, exigé un referendum populaire.

39. Matthieu Auzanneau, « Exxon, Shell, BP, Total : les rois du pétrole sont-ils nus ? », « Le Monde », blog “Oil Man”, 8 janvier 2013, http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/01/0...

[40.] « De l’utilité de la guerre », Le Canard enchaîné, 16 janvier 2013, p. 2

[41.] Aminata Traoré, op. cit.

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