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Obiang et les biens mal acquis«Plusieurs centaines de millions d’euros» blanchis à Paris, selon la police (MdP)

par Fabrice Arfi 22 Janvier 2015, 09:18 Guinée-Equatoriale France Françafrique Obiang Société générale Biens mal acquis

Obiang et les biens mal acquis«Plusieurs centaines de millions d’euros» blanchis à Paris, selon la police

Par Fabrice Arfi
Mediapart

En Guinée-Équatoriale, 77 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Soit deux dollars par jour. En France, son vice-président, Teodorin Obiang, a blanchi « plusieurs centaines de millions d'euros », d'après un rapport de police accablant. Les enquêteurs mettent également en cause la Société générale.


Au bout d’un moment, les policiers n’ont plus pu compter. C’était trop. Ils ont fini par parler de « plusieurs centaines de millions d’euros ». Il a fallu l’écrire et l’écrire encore, comme pour saisir l’ampleur de la corruption d’une seule personne. L’expression revient telle quelle à de nombreuses reprises dans un rapport de synthèse que l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a consacré, le 23 juin 2014, aux détournements de fonds dont l’actuel vice-président de la Guinée-Équatoriale est soupçonné par la justice française dans l’un des volets de l’affaire dite « des biens mal acquis ».

Depuis 2007 et l’offensive judiciaire de plusieurs ONG (Sherpa, Transparency International, CCFD-Terre Solidaire), la justice cherche à établir par quel miracle plusieurs dignitaires africains, du Congo-Brazzaville, du Gabon ou de Guinée-Équatoriale, sont parvenus à se constituer en France un patrimoine dont l’opulence peut difficilement être regardée autrement que comme une insulte aux situations de pauvreté endémique constatées dans les pays qu’ils dirigent.

Sept ans plus tard, pour ce qui concerne la Guinée-Équatoriale et la dynastie des Obiang qui y règne d’une main de fer depuis 1979, la justice a trouvé au-delà de tout ce qui pouvait être imaginé. Mieux, les enquêteurs vont désormais jusqu’à mettre en cause noir sur blanc l’une des principales banques françaises, la Société générale, dans le système d’évaporation de l’argent sale.


Teodoro Obiang, président de Guinée-Équatoriale, et François Hollande, le 23 septembre 2014, à New York. © Reuters

Teodoro Obiang, président de Guinée-Équatoriale, et François Hollande, le 23 septembre 2014, à New York. © Reuters

L’enquête s’est essentiellement concentrée sur un homme clé du système, Teodoro Ngumea Obiang Mangue, surnommé “Teodorin”. Fils du tout-puissant président de la Guinée-Équatoriale (Teodoro Nguema Obiang Mbasogo, en photo), Teodorin, 45 ans, est aussi depuis trois ans le vice-président de son pays, après avoir été son ministre de l’agriculture, des eaux et des forêts entre 1996 et 2012. Officiellement, il gagne 80 000 dollars par an. Et d’après le code pénal guinéen, il n’a pas le droit d’exercer une activité commerciale.

Les centaines de procès-verbaux dressés par la police judiciaire, les perquisitions menées dans des appartements, des banques, des cabinets d’avocats ou des études de notaires, les missions menées à l’étranger et les nombreuses auditions de témoins brossent une tout autre réalité. Celle-ci pourrait se résumer ainsi : depuis une dizaine d’années, la France est devenue, grâce à des acquisitions immobilières à Paris et des dépenses somptuaires dans des magasins de luxe et des galeries d’art, la place privilégiée du blanchiment reproché à Teodorin Obiang — il est mis en examen depuis mars.

En conclusion des dix-huit pages de leur rapport de synthèse, les enquêteurs de la PJ sont catégoriques : « Les fonds utilisés par Téodorino Obiang (…) ne peuvent être d’origine légale eu égard les montants considérables constatés (plusieurs centaines de millions d’euros) lors de certaines opérations dont la principale origine est le Trésor public de Guinée-équatoriale ». Ils ajoutent : « La dimension internationale (France, USA, Brésil) des investissements et leur volume (plusieurs centaines de millions d’euros) ne peut s’expliquer que par des commission illicites versées par des sociétés souhaitant travailler en Guinée-équatoriale et/ou par des détournements de fonds dont l’origine est le Trésor public de Guinée-équatoriale. »...

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