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Syriza : le changement dans la continuité ? (Marianne.net)

par Thibaut Corneloup, Pierre Allioti et Jérémie Lorenter 25 Janvier 2015, 07:11 Grèce Syriza Elections UE Allemagne Euro FMI BCE

Syriza : le changement dans la continuité ? (Marianne.net)
Syriza : le changement dans la continuité ?
Par Thibaut Corneloup, Pierre Allioti et Jérémie Lorenter
Marianne.net 

 

Les auteurs de cette tribune sont Thibaut Corneloup, étudiant ingénieur agronome (MRC), Pierre Allioti, diplômé d'un master en Aménagement et Développement territorial (Droite populaire), Jérémie Lorenter, étudiant à HEC Paris (sans étiquette)

Ce dimanche 25 janvier, le peuple grec prend le chemin des urnes. L'Union des jeunes euroréalistes déconstruit la présentation qui est faite de Syriza en parti de gauche radicale. Selon eux, son programme relève beaucoup plus d'une gauche traditionnelle et keynésienne. D'ailleurs, selon eux, Angela Merkel pourrait sortir gagnante d'une victoire de Syriza. La"déception rapide" qui pourrait suivre la victoire de Syriza, expliquent-ils, "couperait court à toute velléité de changement réel dans l’Union européenne."

Ce dimanche 25 janvier 2015 le peuple grec va s’exprimer à l’occasion des élections législatives, dans un contexte économique pour le moins critique. La politique d’austérité dictée par la troïka (Union européenne, FMI et BCE), consistant à baisser les salaires et le niveau de la protection sociale, est à présent arrivée à son terme. Les recettes fiscales auraient augmenté, représentant désormais 37 % du PIB mais d’autres sources indiquent que le ministère des Finances grec n’aurait perçu que 20 % du total (de nombreux grecs attendraient le lendemain des élections pour payer leurs impôts). Malgré les sacrifices consentis par le peuple hellénique, la dette a augmenté jusqu’à atteindre 175 % du PIB. L’activité est au plus mal puisqu’un tiers des entreprises ont fait faillite. Le bilan est donc lourd pour une économie grecque déjà fragilisée.

Dans ce contexte la campagne menée par Alexis Tsipras à la tête de Syriza, parti de coalition de gauche, a fait couler beaucoup d’encre. Toujours en tête des sondages à quelques jours du scrutin, Syriza, présenté à tort (ou stratégiquement) comme un parti de gauche radicale, propose pourtant un programme de gauche traditionnel, keynésien, basé sur la relance de la croissance, la lutte contre l’évasion fiscale, et des mesures sociales (gratuité dans les transports, aides au logement, investissements dans les domaines de la santé et de l’enseignement supérieur). Surtout, contrairement à ce qui est souvent dit, Syriza ne propose pas une sortie de la Grèce de la zone euro. Alexis Tsipras l’a ainsi affirmé: « Nous voulons une solution dans la zone européenne qui nous sorte des politiques d’austérité ». Syriza est soutenu par Podemos, mouvement espagnol prônant une décentralisation accrue, dénonçant lui aussi les effets de l’austérité, et souhaitant redéfinir la souveraineté espagnole, transférée pour l’essentiel à l’Union européenne via les principaux traités européens (Maastricht, Lisbonne).

Syriza : quelles stratégies, quelles conséquences ?La victoire annoncée de Syriza semble avoir des augures paradoxaux. Sur le papier, le parti de coalition compte mettre en œuvre sa politique « par tâtonnement » sur les traités, c’est-à-dire qu’à chaque fois qu’une de leurs propositions contrevient à un traité ou une obligation internationale quelconque, ils entendent le renégocier voire, hérésie suprême, le dénoncer. Or ils n’entendent pas sortir du logiciel européen.

Dans un premier scénario, Syriza opte pour une application stricto sensu de son programme, ce qui implique une remise en cause des traités. En effet un programme keynésien ne peut pas fonctionner dans un monde sans frontières (c’est le cas de l’UE avec la libre circulation) avec des Etats ayant des déficits commerciaux énormes. Impossible de mener le combat avec l’Allemagne à l’intérieur de l’UE et en restant dans l’euro. Nous avons pu l’observer en 1981 ; de la même manière que la politique de relance de la gauche française avait bénéficié à l’industrie automobile allemande, une politique de relance keynésienne grecque profiterait aujourd’hui aux « vrais » exportateurs germaniques. De plus, en restant dans la zone euro, la Grèce ne peut rétablir sa compétitivité, alors même que la dévaluation intérieure provoquée par la baisse des salaires n’a pas engendré les résultats escomptés.

Plus globalement, le gouvernement grec nouvellement formé, et qui n’a de radical que le nom, risquerait fort de reculer face à la crainte du prodigieux « mur de l’argent » qui lui serait opposé. La confiance des marchés financiers serait définitivement perdue et l’impossibilité d’emprunter à quelconque acteur privé ou extérieur à la Grèce deviendrait quasi-absolue, ce qui rendrait difficile - mais pas impossible - la réalisation de la « sortie de crise humanitaire » voulue par le parti de gauche. Néanmoins si toute cette hypothèse se révélait effective, on pourrait bien imaginer une rupture avec le dogme européen dans tous les pays ne bénéficiant pas de l’imperium allemand : ce serait une révolution des esprits presque aussi spectaculaire que la Réforme protestante ! On verrait probablement des chefs de gouvernements évoquer un retour à la souveraineté nationale, proposer des référendums ou encore des partis euro-critiques connaître des victoires spectaculaires.

Or comme dit plus tôt, ce scénario reste de l’ordre du fantasme et il demeure plus crédible que Syriza choisisse, quitte à ne pas pouvoir gagner sur les deux tableaux, la conformité européenne, tout en la maquillant de mesures sociales a minima qui ne seraient pas sans nous rappeler les grandes heures de « renégociation » de ce qui ne fut finalement pas le « hollandisme révolutionnaire » imaginé un temps par Emmanuel Todd. C’est d’ailleurs ce qui semble se profiler puisqu’au fur et à mesure que l’échéance électorale se rapproche, le programme de Syriza se « recentre ». Ce second scénario, le plus probable donc, pourrait avoir pour conséquence une cruelle décrédibilisation de toute la gauche « radicale » européenne : le Front de gauche français verrait son déclin actuel se muer en chute et Podemos pourrait même perdre de sa superbe actuelle de façon conséquente. On pourra en conséquence redouter en Grèce le transfert de voix vers Aube Dorée, parti fasciste au projet national intégral....

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