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EI : la Russie veut couper les vivres ... en jugulant la manne pétrolière (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 6 Février 2015, 17:43 Syrie Irak EI Russie Terrorisme Financement Pétrole

La finance ? Encore et toujours le nef de la guerre. Et qui plus est la manne pétrolière.

C’est fort de ce principe que selon des diplomates, la Russie devrait proposer prochainement dans une résolution que le Conseil de sécurité de l’ONU coupe les financements du groupe Etat islamique issus des revenus pétroliers, des ventes d’antiquités, ou du paiement de rançons, ont rapporté mercredi des diplomates.

Allusion à peine voilé aux informations laissant entendre que certains pays membres de l’UE s’approvisionneraient en pétrole de l’EI ? Il n’est pas interdit d’y penser …

Ce qui, le cas échéant pourrait s’apparenter à une manœuvre de la Russie pour tenter de maintenir ses parts de marché, en oeuvrant pour que ses clients potentiels disposent d’un moindre choix en terme de fournisseurs ?

En tout état de cause, la résolution pourrait être présentée au Conseil de sécurité cette semaine. Notons qu’elle fait suite à une ferme condamnation, par ses 15 pays membres, de l’exécution d’un pilote jordanien, brûlé vif par les jihadistes de l’EI.

Déjà, en novembre dernier, un rapport de l’ONU, rédigé par l’équipe chargée du suivi du réseau Al-Qaïda, avait recommandé que des mesures soient prises par le Conseil en vue de de couper les revenus pétroliers de l’EI. Moyens proposés : arrêter tous les camions citerne en provenance des territoires contrôlés par l’organisation jihadiste.

Selon ce rapport, la vente de pétrole à des intermédiaires privés, eux-mêmes à la tête d’une flotte de camions citerne, rapporterait aux jihadistes de l’ordre de de 850.000 à 1,65 million de dollars. Des revbneus qui seraient toutefois en diminution.

« Il y a un marché pour ce pétrole, et nous espérons des mesures plus sévères à son égard », a ainsi déclaré un diplomate du Conseil de sécurité.

En août dernier, le Conseil de sécurité avait adopté une résolution visant à couper les fonds de l’EI, en menaçant de sanctionner les pays qui achèteraient du pétrole aux jihadistes.

Au final, la Turquie pourrait être particulièrement ciblée par de telles mesures, le pays étant considéré comme un important point de transit pour le pétrole en provenance de l’EI et à destination de l’Irak et la Syrie après transformation en produits raffinés.

Des experts de l’ONU ont également mis en garde contre le pillage d’objets d’art sur les sites archéologiques et prôné l’interdiction du commerce d’antiquités en provenance de Syrie ou d’Irak.

En septembre dernier, après avoir indiqué que du pétrole du Kurdistan était exporté depuis janvier 2014 vers la Turquie, laquelle assume pleinement ses relations économiques avec cette région d’Irak, affirmant même haut et clair destiner ce pétrole au marché international, Anadolu news agency rapportait que Jana Hybaskova, ambassadrice de l’Union européenne en Irak avait affirmé lors du Comité des Affaires étrangères du Parlement européen que certains pays européens avaient acheté du pétrole à « l’Etat islamique » . Néanmoins, en dépit des questions pressantes de certains députés européens désireux d’en savoir plus, cette dernière a refusé de divulguer la liste des pays impliqués.

En août 2014, le site d’information « Jutarnji List », cité par l’agence de presse Reuters, indiquait quant à lui qu’un pétrolier transportant du pétrole brut du Kurdistan irakien, contenant 80.000 mètres cubes de brut, était entré dans le port croate d’Omisalj. Ajoutant qu’il s’agissait de la quatrième cargaison d’une telle envergure de brut en provenance du Kurdistan irakien, chargée dans un port de Turquie, à destination de la Croatie.
L’ambassadrice avait par ailleurs déclaré que les tankers chargés du pétrole acquis auprès de l’Etat Islamique étaient arrivés dans plusieurs pays membres de l’UE, exhortant l’Union européenne à faire pression sur Iran, Kurdistanet Turquie en vue de faire stopper ces transactions.

En ce qui concerne tout particulièrement l’achat de pétrole, précisons que selon David Rigoulet-Roze, spécialiste des questions énergétiques au Moyen-Orient, s’exprimant sur TV5Monde, du pétrole du Kurdistan est exporté depuis janvier 2014, via des camions citernes vers la Turquie. Autre alternative en dehors de la voie maritime : depuis mai 2014, un pipeline ayant pour destination le port turc de Ceyhan permet également de fournir la Turquie en hydrocarbures. Laquelle assume pleinement ses relations économiques avec cette région d’Irak.

Le gouvernement du Kurdistan a en effet décidé d’octroyer des concessions pétrolières à des entreprises étrangères (Exxon Mobil, Chevron, Total) sans l’aval de Bagdad, avec l‘ouverture d’un oléoduc partant de Tak Tak (raffinerie dans la région d’Erbil), d’une capacité actuelle de transit vers la Turquie de 100 000 barils jour, pouvant atteindre à terme 400 000 barils jour.

Certes, l’intervention militaire américaine débutée le 8 août dernier a officiellement pour objectif de protéger les minorités religieuses du Kurdistan irakien, massacrées par les djihadistes de l’Etat islamique. Néanmoins, certains analystes soulignent que cette partie de l’Irak s’avère être particulièrement riche en pétrole, puisqu’elle constitue le deuxième pôle exportateur d’Irak.

Après être rentrés à Qaraqosh, et avoir massacré les populations chrétiennes, les miliciens de l’État islamique d’Irak ont accru leur pression sur les champs de pétrole du Kurdistan. Toutefois, ils pourraient se heurter, au sud du gisement de Kirkouk, aux populations yézidies. Lesquelles, de culture et de langue iranienne, viennent de recevoir l’aide logistique et militaire des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Cette région, située autour de la ville d’Erbil, disputée entre les Kurdes et l’ l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), suscite un intérêt particulier. Si l’on superpose la carte des gisements pétroliers du nord de l’Irak et celle des minorités, on s’aperçoit que le foyer yézidi, situé au sud de Kirkouk, pourrait constituer un territoire tampon susceptible de protéger les gisements pétroliers du nord contre les appétits de l’EIIL.

En août dernier, le site Atlantico indiquait pour sa part que le pétrole et les produits dérivés sous contrôle de l’Etat islamique étaient revendus à prix réduit sur le marché noir local, en Irak et en Syrie (à un prix variant entre 25 et 50 dollars le baril contre un prix sur le marché de plus de 100 dollars).
Le site indiquait alors que ces produits étaient également utilisés par l’EI pour ses propres besoins, tout en ajoutant que l’EI contrôle également les routes de contrebande et de transit du pétrole vers la Jordanie, la Turquie et l’Iran (via le Kurdistan).

« En raison de la complexité et souvent de l’opacité des réseaux de distribution, ces pays pourraient en effet devenir les clients involontaires et indirects de l’Etat islamique, s’ils ne le sont pas déjà » affirmait par ailleurs le journaliste d’Atlantico. Lequel ajoutait «à terme, on ne peut pas exclure que du carburant vendu par des intermédiaires de l’Etat islamique ne soit commercialisé aux Etats-Unis et même en Europe ».

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com - 04 février 2015

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