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Gazoduc South Stream : discussions stratégiques entre Grèce et Russie (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 12 Février 2015, 20:12 Grèce Russie Gazoduc South Stream

Les liens entre Grèce et Russie ? Pas simplement politiques … Comme on pouvait s’y attendre, règne entre les deux protagonistes une forte odeur de pétrole et de gaz …. Le conseiller diplomatique du chef de l’Etat russe Iouri Ouchakov a ainsi déclaré jeudi dernier que le président russe Vladimir Poutine et le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras avaient examiné par téléphone la situation en Ukraine et la décision récemment prise par Moscou d’abandonner le projet de gazoduc South Stream.

Un dossier qui concerne là aussi l’Union européenne toute entière … sa dépendance énergétique étant en jeu. L’Ukraine pesant fortement dans la bataille

Si certes Vladimir Poutine a de nouveau félicité le parti Syriza à l’occasion de sa victoire aux élections, tout en félicitant personnellement Alexis Tsipras « à l’occasion de son entrée en fonction », le Président russe a invité son interlocuteur à effectuer une visite en Russie. Avec en ligne de mire : le projet du gazoduc on ne peut plus stratégique.

C’est lors d’une visite en Turquie, qu’au début du mois de décembre 2014, le président russe a annoncé l’abandon de South Stream, évoquant une nouvelle alternative de rediriger le gazoduc en cours de construction vers le territorie turc.

« South Stream, c’est terminé », a ainsi déclaré lundi 1er décembre 2014 le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, au cours de la visite de Vladimir Poutine en Turquie, confirmant l’annonce faite peu avant par le président russe lors d’une conférence de presse avec son homologue turc, Recep Tayyep Erdogan.

Rappelons qu’initialement, South Stream devait relier la Russie à l’Italie en passant sous la Mer Noire … scénario qui permet d’éviter l’Ukraine par où transitent aujourd’hui près de la moitié des livraisons russes à l’Union européenne.

Car le conflit ukrainien constitue le nerf de la guerre qui opposent actuellement Msocou et Bruxelles. Réagissant à la position de la Russie envers l’Ukraine, la Commission a en effet estimé que le projet de pipeline ne respectait pas les règles européennes, arguant du fait que Gazprom refuse d’ouvrir l’accès du gazoduc à d’autres fournisseurs.

Vladimir Poutine a quant à lui justifié l’arrêt de South Stream par l’opposition de l’Union européenne (UE) au passage du gazoduc sur le territoire de ses Etats membres, notamment la Bulgarie. Rappelons que durant l’été 2014, Bruxelles avait exercé de fortes pressions sur Sofia afin que le gouvernement bulgare renonce aux premiers travaux de construction de gazoduc.

« Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens », avait alors souligné le président russe.

Long de 3 600 kilomètres et alimenté par du gaz de Sibérie, le pipeline est destiné à fournir jusqu’à 63 milliards de mètres cubes par an aux pays européens grâce à deux branches, l’une vers l’Autriche, l’autre vers les Balkans et l’Italie. Outre Gazprom (50 %), y sont associés plusieurs groupes énergétiques. Ainsi, en ce qui concerne le tronçon sous-marin dont le coût était estimé à 10 milliards d’euros (sur un total de 17 milliards d’euros), la compagnie pétrolière italienne ENI à l’origine du projet participe à hauteur de 20 %, le français EDF à hauteur de 15 % et l’allemand Wintershall, filiale du groupe chimique BASF, lui aussi à hauteur de 15 %.

Mais au final, au début du mois de décembre 2014, Moscou et Ankara ont signé un accord pour la construction d’un nouveau pipeline reliant les deux pays via la Mer noire , et la mise en place d’un hub gazier …. à la frontière en Grèce et Turquie, tout en offrant au gouvernement turc une remise de 6 % sur ses approvisionnements en gaz. La Grèce devenant ainsi dans ce scénario un pays stratégique pour permettre le transit du gaz vers l’Union européenne … la Turquie étant quant à elle le deuxième client de Gazprom derrière l’Allemagne.

Avec un enjeu associé et non des moindres : « nullifier » le rôle de l’Ukraine en tant que transit gazier entre la Russie et l’Union européenne, selon les termes mêmes employés par Alexei Miller en décembre 2014.

Sources : sputniknews.com, Le Monde, themoscowtimes.com

Elisabeth Studer – 10 février 2015 – www.leblogfinance.com

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