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L’accord de paix de Minsk : Farce ou abandon ? (PCR)

par Paul Craig Roberts 15 Février 2015, 07:51 Ukraine Accords de Minsk France Allemagne Russie

A en juger par le rapport publié par RT [1] , je conclus que l’accord de paix pour l’Ukraine élaboré à Minsk par Poutine, Merkel, Hollande et Porochenko a peu de chances de succès.

Comment pourrait-on faire respecter un accord de paix, alors que Washington, qui a pris des décisions politiques pour intensifier le conflit et l’utiliser comme une guerre par procuration contre la Russie, n’est pas un des partenaires de cet accord?

L’accord de Minsk ne fait aucune référence à l’annonce faite par le Lieutenant-Général Ben Hodges, commandant en Europe de l’armée américaine, déclarant que Washington va envoyer un bataillon de troupes américaines pour former les forces ukrainiennes à lutter contre les forces russes et les rebelles. La formation est supposée commencer en Mars, dans environ deux semaines. Le Général Hodges dit que c’est très important de considérer que les forces de Donetsk et Loubansk « ne sont pas séparatistes, elles sont mandatées par le président Poutine. »

Comment peut-on parler d’un accord de paix lorsque Washington a des plans en cours pour envoyer des armes et participer à de la formation au profit du gouvernement fantoche soutenu par les américains à Kiev?

En analysant la transaction elle-même, on ne peut que constater qu’elle est vouée à l’échec ; les seules parties qui ont dû signer l’accord sont les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk, un représentant de l’OSCE -qui est le groupe européen qui est censé surveiller le retrait des armes lourdes par les deux parties-, l’ancien président ukrainien Viktor Koutchma, et l’ambassadeur russe à Kiev. Ni la chancelière allemande ni les présidents français, ukrainien, ou russe, qui ont négocié l’accord, ne l’ont signé.

En d’autres termes, les gouvernements de l’Allemagne, de la France, de l’Ukraine et de la Russie ne semblent pas être habilités à, ni tenus de, faire respecter l’accord. Selon RT, « la déclaration n’était pas supposée être signée par les dirigeants, selon les déclarations du ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier. » http://rt.com/news/231571-putin-minsk-ukraine-deal/

Les termes de l’accord dépendent d’actions à mener par le parlement ukrainien et par son Premier ministre, dont aucun n’est sous le contrôle de Porochenko, ce dernier étant lui-même sous le contrôle de Washington. En outre, l’armée ukrainienne ne contrôle pas les milices nazies. Sachant que certains éléments à Washington et dans l’extrême-droite en Ukraine veulent un conflit avec la Russie, la paix ne pourra pas émerger.

L’accord n’est rien de plus qu’une liste de souhaits des uns et des autres, mais qui n’ont aucune chance de se réaliser.

L’une des attentes exprimée est que l’Ukraine et les républiques puissent négocier les conditions d’organisation des futures élections dans les provinces, afin de les ramener légalement sous contrôle de l’Ukraine. Le jour suivant les élections locales, mais avant la réforme constitutionnelle qui donnera l’autonomie aux régions, Kiev prendra le contrôle des frontières avec l’Ukraine et entre les provinces. J’estime pour ma part que c’est un abandon total des républiques de Donetsk et de Lougansk. Apparemment, c’est aussi la façon dont les dirigeants des républiques le voient, si bien que Poutine a dû leur forcer la main afin d’obtenir leurs signatures à l’accord.

Une autre attente est que l’Ukraine adopte une législation sur l’auto-gouvernance qui soit acceptable pour les républiques, et déclare une amnistie générale pour les dirigeants des républiques et des forces militaires.

Des négociations entre Kiev et les régions autonomes doivent avoir lieu afin de rétablir la fiscalité ukrainienne dans ces régions, ainsi que les prestations sociales et les services bancaires.

Après une réforme constitutionnelle globale en Ukraine, garantissant une autonomie acceptable (mais toujours pas définie) pour les républiques, Kiev va prendre le contrôle sur les frontières des provinces et avec la Russie.

À la fin de l’année 2015, Kiev mettra en œuvre la réforme constitutionnelle globale qui décentralise le système politique ukrainien et fournit des privilèges d’autonomie aux régions de Donetsk et de Lougansk.

Tant Poutine que Porochenko ont indiqué que l’essentiel est atteint à travers un cessez-le à partir du 15 Février.

Le cessez-le feu n’est pas principalement en faveur des républiques de Donetsk et de Lougansk puisqu’elles sont en position de force dans le conflit. En outre, l’accord exige que les forces des républiques abandonnent le territoire conquis et se retirent aux frontières de Septembre dernier, et qu’elles rejettent les combattants français et d’autres pays qui leur sont venus en aide. En d’autres termes, l’accord efface toutes les pertes subies par Kiev, pourtant à l’origine du conflit.

Tous les risques de l’accord pèsent sur les républiques sécessionnistes et Poutine. Les provinces sont tenues d’abandonner tous leurs avantages, tandis que Washington entraine et arme les forces ukrainiennes pour les attaquer. Les républiques doivent renoncer à leur sécurité et faire confiance à Kiev longtemps avant que les autorités à Kiev ne votent, en supposant qu’elles le fassent un jour, l’autonomie pour les républiques.

En outre, si les termes iniques de l’accord de Minsk finissent par échouer, Poutine et les républiques en seront tenus pour seuls responsables.

Pourquoi Poutine accepte-t il un tel accord, pourquoi l’impose-t il aux séparatistes? Si l’affaire se termine par un abandon des républiques, cela nuira à l’appui nationaliste dont Poutine bénéficie en Russie et le rendra plus facile à affaiblir pour Washington, au risque même d’un changement de régime. Cela ressemble plus à une soumission qu’à un accord équilibré.

Peut-être que la stratégie de Poutine est d’abandonner tous les avantages dans l’espoir que l’accord échoue tout de même, permettant au gouvernement russe de dire «nous vous avons donné toutes les cartes, et pourtant c’est un échec. »

Le coup d’état à Kiev et l’attaque contre les Ukrainiens russophones à l’est et au sud font partie de la stratégie américaine pour réaffirmer sa position hégémonique. Une politique étrangère indépendante, de la part de la Russie, et des relations économiques et politiques croissantes entre la Russie et l’Europe deviennent des problèmes pour Washington. Washington utilise l’Ukraine pour attaquer et diaboliser la Russie et son chef, et pour nuire à l’équilibre des relations économiques et politiques entre la Russie et l’Europe. C’est à cela que servent les sanctions. Un accord de paix en Ukraine sur des termes autres que ceux fixés par Washington est inacceptable. Le seul accord acceptable est celui qui représente une défaite pour la Russie.

Il est difficile d’éviter la conclusion que le gouvernement russe a fait une erreur stratégique en n’acceptant pas les demandes des provinces séparatistes d’être unis avec la Russie. Les populations de Donetsk et de Lougansk souhaitaient autant l’unification que celle de Crimée. Si les provinces avaient été unies avec la Russie, le conflit aurait pris fin immédiatement. Ni l’Ukraine ni Washington n’auraient attaqué le territoire russe.

En se privant de mettre fin au conflit par l’unification, Poutine s’est lui-même exposé à la propagande occidentale. Avec la conséquence de voir son image et sa réputation dans l’Ouest détruits pendant les nombreux mois au cours desquels le conflit s’est inutilement prolongé. Il est le «nouvel Hitler. » Il « manœuvre pour restaurer l’Empire soviétique. » « La Russie se classe avec le virus Ebola et l’État islamiste parmi les trois plus grandes menaces. » « RT est une organisation terroriste, au même titre que Boco Haram et l’État islamiste », et ainsi de suite. Cette interview CNN d’Obama menée par le « presstitué » de Washington qu’est Fareed Zakaria, montre l’image de Poutine telle qu’elle est présentée en Occident.

Poutine ne pourrait être plus diabolisé, même si l’armée russe avait envahi et conquis l’Ukraine, pour la réincorporer en Russie dont elle a fait partie pendant des siècles jusqu’à l’effondrement soviétique et la séparation de l’Ukraine de la Russie, à l’insistance de Washington.

Le gouvernement russe pourrait vouloir examiner attentivement la situation, dans le but de déterminer si Moscou n’est pas en train d’aider Washington à obtenir une autre victoire, en Ukraine.

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