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L’Âge d’Or des « Opérations noires » (Tomdispatch)

par Nick Turse 15 Février 2015, 09:35 USA Impérialisme "Opérations noires" Somalie Afghanistan Pacom

L’Âge d’Or des « Opérations noires » (Tomdispatch)
L'Âge d’Or des « Opérations noires » 
Par Nick Turse
"The Golden Age of Black Ops", Tomdispatch
Tomdispatch
Traduction de l’anglais par Muhammet Asa pour Investig’Action

Lu sur Investig'Action

Les Missions d’Opérations Spéciales ou "Opérations noires" (opérations couvertes par le gouvernement des Etats-Unis, à caractère clandestin et qui sont contraires à la loi) existent dans déjà 105 pays en 2015...

L’Âge d’Or des « Opérations noires » (Tomdispatch)

En plein cœur de la nuit, ils sont montés à bord du Boeing V-22 Osprey « tilt-rotor » (1). Après avoir atterri dans une région reculée de l’un des pays les plus violents du monde, ils ont attaqué un village et se sont rapidement retrouvés dans un échange de coups de feu mettant leur vie en jeu. En deux semaines, c’était la deuxième fois que « l’US Navy SEAL » (la principale force spéciale de la marine de guerre des États-Unis) avait tenté de sauver le journaliste américain Luke Somers. Et c’était la deuxième fois qu’ils échouaient. Le 6 décembre 2014, près de 36 des meilleurs commandos américains, lourdement armés, utilisant les renseignements fournis par les satellites, les drones ainsi que les systèmes d’écoutes de haute technologie, équipés de lunettes de vision nocturne et soutenus par les troupes élites du Yémen, se sont affrontés avec six militants d’Al-Qaeda dans la péninsule arabe. Une fois les affrontements terminés, Somers était mort, de même que Pierre Korkie, un professeur sud-africain qui devait être libéré le jour suivant. D’après des sources locales, huit civils ont également été tués par les commandos, alors que la plupart des militants se sont enfuis.

Dépendant de votre point de vue, cet affrontement sanglant fut soit la fin honteuse d’une année marquée par un record de déploiement des forces d’opérations spéciales américaines, soit le début désespérant d’une nouvelle année qui est déjà sur le point d’atteindre des records similaires, voire même de les battre.

Selon les propos de Robert Bockholt, un Lieutenant-colonel et responsable des affaires publics en relation avec les Forces Spéciales US (SOCOM), les forces d’opérations spéciales américaines auraient été déployées dans 133 pays (ce qui représente près de 70 % du nombre total de pays dans le monde) au cours de l’année fiscale (référence américaine, NDTR) qui s’est terminée le 30 septembre 2014. Durant trois années, les forces d’élites du pays étaient en activité dans plus de 150 pays différents, menant des missions diverses telles que des massacres, des captures pendant la nuit ou encore la formation des troupes. Ils pourraient battre le record cette année. Un jour précédant l’attaque manquée qui a mis fin à la vie de Luke Somers (le 6 décembre 2014, soit le 66ème jour de l’année fiscale 2015), la plupart des troupes d’élites américaines étaient déjà présentes dans 105 nations, ce qui équivaut à près de 80 % du nombre total de pays « envahis » en 2014.

Malgré ses énormes et importantes conséquences, cette guerre globale et secrète, menée à travers le monde, est inconnue des Américains. Mise à part le fiasco au Yémen en décembre dernier, la grande majorité des missions d’opérations spéciales sont maintenues secrètes, à l’abri de tout contrôle externe ou d’analyse approfondie par la presse. En fait, à part les quelques bribes d’informations (fortement sélectionnées) fournies par les services militaires, les divulgations officielles par la Maison blanche, mettant encore une fois en avant les membres du SEAL ou nous présentant les propos rapportés par des journalistes privilégiés qui étaient sur les lieux au moment propice, une grande partie de ce que font les forces spéciales n’est jamais soumise à une analyse minutieuse, ce qui ne fait qu’augmenter les chances d’avoir des conséquences catastrophiques ainsi qu’un retour de manivelle inattendu.

L’Âge d’or

« Le commandement est à son paroxysme. C’est en effet un âge d’or pour les opérations spéciales », explique le Général Joseph Votel III, diplômé de l’Académie militaire de West Point (2) et Rangers de l’armée américaine, alors qu’il était à la tête du commandement du SOCOM en août dernier. Bien que son discours puisse paraître ampoulé, il n’exagère absolument pas : depuis le 11 septembre 2001, les forces d’opérations spéciales ont connu une croissance considérable, que ce soit en termes de nombre de membres, de budget, de leur influence à Washington et de la place qu’elles occupent dans l’imagination des Américains. Les membres du commandement sont deux fois plus nombreux qu’en 2001 (ils sont passés de 33 000 à 70 000 aujourd’hui), et il y a eu 8000 personnes de plus pendant les trois ans durant lesquels le chef amiral du SOCOM William Mcraven (qui a récemment pris sa retraite) était en fonctions.

Ces statistiques, aussi impressionnantes qu’elles soient, ne donnent pas une idée complète de la nature de l’expansion et de la portée mondiale grandissante de la majorité des forces d’élites des États-Unis. Pour cette raison, il est indispensable de présenter un résumé de la structure du SOCOM, structure qui est en forte croissance et où chaque acronyme a son importance. La liste peut paraître ennuyante, mais c’est le seul moyen de capter sa portée dans sa totalité.

Les membres les plus importants des troupes du SOCOM sont les Rangers, les bérets verts et les autres soldats de l’armée, suivis des commandos de la Air Force, les SEALs, Special Warfare Combatant-Craft Crewmen (3) et le personnel de soutien de la Navy, de même qu’un petit nombre provenant de l’infanterie de marine. Cependant, vous ne vous ferez une idée de l’étendue du commandement que si vous tenez compte de l’ensemble de « commandements sous-unifiés » parmi lesquels sont divisées ces troupes d’opérations spéciales :

SOCAFRICA, SOCEUR, le groupe européen ;

SOCKOR, qui est essentiellement dédié à la Corée ;

SOCPAC, qui couvre les régions de l’Asie-Pacifique ;

SOCSOUTH, qui mènent des missions en Amérique centrale, en Amérique du Sud, et aux Caraïbes ;

SOCCENT, le commandement sous-unifié de l’US Central Command (CENTCOM) au Moyen-Orient ;

SOCNORTH, qui s’occupe de la « défense nationale » ;

Enfin, impliqué un peu partout dans le monde le JSOC (Joint Special Operations Command), un sous-commandement clandestin (précédemment dirigé par McRaven et ensuite Votel), composé de membres provenant de chaque branche, notamment les membres du SEALS, les soldats de l’air de l’Air Force et la Delta Force de l’armée, qui se spécialise dans le traçage et l’assassinat de personnes soupçonnées de terrorisme.

Et ce n’est pas encore fini. En raison de la volonté de McRaven de créer « un réseau global de SOF (Special Operation Forces) composé d’inter-institutions d’alliés et de partenaires ayant la même mentalité », les officiers de liaison des forces spéciales sont désormais incorporés dans 14 ambassades importantes des États-Unis pour conseiller les forces spéciales des nations alliées.

Selon Votel, le SOLO, déjà en activité en Australie, au Brésil, au Canada, en Colombie, au Salvador, en France, en Israël, en Italie, en Jordanie, au Kenya, en Pologne, au Pérou, en Turquie et au Royaume-Uni, est sur le point de s’étendre jusqu’à 40 pays d’ici 2019. Le commandement, et en particulier le JSOC, a aussi établi des liens étroits avec la CIA, le FBI et la NSA, entre autres.

Opérations dans l’ombre

La portée mondiale du commandement des opérations spéciales est toujours plus grande, avec des groupes plus petits et plus vifs qui sont impliqués dans des opérations secrètes à partir de bases se situant aux États-Unis ou dans des régions isolées de l’Asie du sud-est, du Moyen-Orient ou encore dans des camps austères africains. Depuis 2002, le SOCOM est autorisé à créer son propre Joint Task Forces (forces unies), une prérogative normalement réservée à de commandements plus importants comme le CENTCOM. Prenez, par exemple, le Joint Special Operations Task Force-Philippines (JSOTF-P) qui, à son apogée, disposait de 600 membres soutenant les opérations de contre-terrorisme menées par leurs alliés philippins contre les groupes d’insurgés tels qu’Abu Sayyaf. Après plus d’une dizaine d’années de combat, leur nombre a diminué, mais le personnel est toujours en activité, alors que la violence est toujours extrême dans la région.

D’ailleurs, une suppression progressive avait été annoncée en juin 2014. « JSOTF-P ne sera plus actif et l’opération OEF-P [Opération pour la liberté des Philippins] se terminera durant l’année fiscale 2015 », expliquait Votel devant le Comité du Services des Armes le mois suivant.

« Un petit nombre de soldats de l’armée américaine faisant partie de la PACOM continueront d’aider les PSF [forces spéciales philippines] à améliorer leurs compétences dans les missions contre le terrorisme… »

Cependant, des mois plus tard, la Joint Special Operations Task Force-Philippines mène toujours des opérations. « La JSOTF-P est toujours en fonction bien que le personnel ait été réduit », explique le porte-parole de l’armée Kari McEwen au journaliste Joseph Trevithick de War is Boring (média de communication).

Une autre unité, nommée Special Operations Joint Task Force-Bragg, agissait dans l’ombre pendant des années jusqu’à ce que le Pentagone annonce officiellement son existence en début 2014. Selon Bockholt (membre du SOCOM), son rôle est de « former et armer les membres des services américains préparant leur déploiement en Afghanistan pour soutenir le commandement Special Operations Joint Task Force-Afghanistan. » Celui-ci a passé plus de dix ans à mener « des opérations “noires” afin d’empêcher toutes révoltes venant de l’autorité et de la souveraineté du gouvernement afghan ». Cela implique des attaques aériennes pendant la nuit, des missions de capture (souvent réalisées avec l’aide des forces d’élites afghanes), qui ont causé la mort de civils et de combattants, le nombre de victimes étant inconnu. En réponse à l’indignation du peuple contre ces attaques, le président afghan Hamid Karzai les a bannies en 2013.

Les forces d’opérations spéciales américaines étaient supposées passer à un rôle de soutien en 2014 et laisser les troupes d’élites afghanes prendre les choses en main. « Nous voulons les laisser prendre les commandes », explique, dans un entretien avec USA Today, le colonel Patrick Roberson, membre de la force afghane. Cependant, d’après LaDonna Davis, porte-parole de la force opérationnelle, des membres des opérations spéciales américaines conduisaient toujours des missions l’année passée. La force américaine refuse de dévoiler le nombre de missions qui ont été menées ou le nombre d’opérations dans lesquelles étaient impliqués les commandos ; cependant, d’après certaines sources, les forces d’opérations spéciales afghanes auraient participé à 150 missions chaque mois durant l’année 2014.

« Je ne suis pas en mesure de vous donner le nombre exact d’opérations qui se sont déroulées », déclare à Tomdispatch le Major Loren Bymer de la Special Operations Joint Task Force-Afghanistan. « Cependant, les Afghans sont à la tête de 96% des opérations spéciales et nous continuons de former, de conseiller et d’aider nos alliés pour assurer leur réussite. »

Et si vous pensez que la charte des forces d’opérations spéciales s’arrête ici, détrompez-vous ; la Special Operations Joint Task Force-Afghanistan dispose de cinq groupes consultatifs « chargés d’encadrer et de conseiller nos alliés de la force spéciale de sécurité afghane », affirme Votel. « Afin que nos partenaires puissent continuer de combattre nos ennemis, les forces d’opérations spéciales américaines doivent être en mesure de les conseiller sur le plan tactique avec des unités spécifiques dans des lieux spécifiques », explique-t-il à la commission des services armés du sénat américain. En effet, en novembre dernier, Ashraf Ghani, qui avait succédé à Karzai, avait levé l’interdiction des attaques durant la nuit, ce qui a de nouveau donné la permission aux conseillers américains de mener des missions en 2015.

Cependant, le nombre de troupes d’opérations spéciales diminuera en ce qui concerne les missions tactiques. Selon le Vice-amiral Sean Pybus, commandant adjoint du SOCOM, près de la moitié des pelotons du SEAL déployés en Afghanistan étaient supposés être retirés à la fin du mois dernier et redéployés afin « d’apporter leur soutien en Asie, en Méditerranée, dans le Golfe de Guinée ou encore dans le Golfe persique ». Toutefois, le colonel Christopher Riga, commandant du 7ème groupe de forces spéciales, dont les hommes ont combattu de concert avec le Combined Joint Special Operations Task Force-Afghanistan près de Kandhar l’année dernière, a manifesté sa volonté de continuer les combats. Lors d’une cérémonie de remise de prix en fin d’année, il expliquait que « beaucoup d’affrontements ont encore lieu en Afghanistan, et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Nous allons continuer d’éliminer l’ennemi jusqu’à ce que l’on doive quitter les lieux ».

Nous pouvons ajouter à toutes ces forces le Special Operations Command Forward (SOC FWD) : ce sont de petites équipes qui, d’après les propos de l’armée, « coordonnent la sécurité de coopération et d’engagement des forces d’opérations spéciales afin de soutenir les commandements dans l’atteinte de leurs objectifs. » Le SOCOM refuse de confirmer l’existence de ce commandement, bien qu’il existe plusieurs preuves à son sujet. Nous ne connaissons pas le nombre d’équipes déployées dans le monde, mais ces équipes sont déjà impliquées dans des pays comme le Pakistan, le Yémen, le Liban, l’Afrique de l’Est, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest.

En fait, l’Afrique est devenue un endroit-clé pour les missions secrètes menées par les forces spéciales américaines. Au printemps dernier, le général Votel expliquait aux membres du 352ème Groupe d’opérations spéciales que « cette unité particulière a fait des choses impressionnantes. Que ce soit en Afrique ou en Europe où vous faites face à des événements imprévus, votre participation est très significative ».

Les commandos de l’air sont rarement seuls lors de leurs exploits sur ce continent. Au cours des dernières années, les SEALs ont mené à bien une mission de sauvetage en Somalie et ont effectué une mission d’enlèvement qui fut un échec. En Libye, les commandos de la Delta Force ont capturé un militant d’Al-Qaeda lors d’un raid en matinée, pendant que les SEALs réquisitionnaient un pétrolier qui transportait des marchandises provenant de Libye et que le gouvernement soutenu par les États-Unis considérait comme étant volées. Par ailleurs, les SEALS ont conduit une mission d’évacuation dans le sud du Soudan qui s’est soldée par un échec et durant laquelle leurs membres ont été blessés quand leur avion a été touché par des coups de feu. Pendant ce temps, l’unité navale pour les opérations spéciales (NSWU-10), qui est une force élite capable d’intervenir rapidement, est impliquée dans des « pays stratégiques » tels que l’Ouganda, la Somalie et le Nigéria.

Un groupe clandestin d’opérations spéciales en Lybie a implosé lorsque des forces « terroristes » ont attaqué à deux reprises leur camp qui était gardé par l’armée libyenne, et ont volé des équipements de haute technologie appartenant aux Américains, des centaines d’armes (Glock, M4), de même que des appareils de vision nocturne et des lasers spécialisés qui peuvent seulement être détectés avec ces équipements spécifiques. Par conséquent, le groupe avait avorté la mission et avait abandonné le camp, qui aurait apparemment était repris ensuite par la milice.

En février dernier, les troupes d’élites se sont rendus au Niger pour trois semaines d’entraînement militaire dans le cadre de Fintock 2014, un exercice annuel de contre-terrorisme qui a rassemblé les forces du pays hôte, le Canada, le Tchad, la France, la Mauritanie, les Pays-Bas, le Nigéria, le Sénégal, le Royaume-Uni et le Burkina Faso. Plusieurs mois plus tard, un officier du Burkina Faso, qui avait reçu une formation de contre-terrorisme en 2012 aux États-Unis sous l’égide de l’université du SOCOM, s’est emparé du pouvoir. Toutefois, les forces d’opérations spéciales n’ont pas été intimidées : l’année dernière, sous les auspices de la SOC FWD West Africa, des membres du 5ème bataillon et du 19ème groupe de forces spéciales ont rejoint les troupes d’élites marocaines pour s’entraîner dans une base se trouvant hors de la ville de Marrakech.

Un monde d’opportunités

Cependant, les déploiements dans le continent africain n’expliquent qu’en partie l’augmentation de la portée du commandement des opérations spéciales en outremer. Alors que la présidence de G. Bush touchait à sa fin, les forces d’opérations spéciales auraient été déployées dans près de 60 pays. D’après Karen DeYoung et Greg Jaffe du Washington Post, ce nombre serait passé à 75 pays en 2010. En 2011, le porte-parole de la SOCOM le colonel Tim Nye déclarait à TomDispatch que 120 pays seraient concernés à la fin de cette même année. Ensuite, en 2013, Robert Bockholt affirmait que ce nombre montait à 134 pays. Sous le commandement de McRaven et Votel en 2014, toujours d’après Bockholt, il y aurait eu une légère diminution à 133 pays. Cependant, le secrétaire à la défense Chuck Hagel faisait remarquer que sous le commandement de McRaven (août 2011-août 2014), les forces d’opérations spéciales étaient déployées dans plus de 150 nations différentes ;

« En fait, le SOCOM et l’armée américaine dans son ensemble n’ont jamais été aussi impliqués ; toujours dans des lieux différents et dans des missions très variées », a-t-il déclaré lors d’un discours en 2014.

Et ce n’était pas une plaisanterie : d’après Bockholt, au cours des deux premiers mois de l’année fiscale 2015, les forces d’opérations spéciales étaient déjà déployées dans 105 pays.

Le SOCOM a refusé de s’exprimer sur la nature de ses missions ou sur les avantages d’être présent dans autant de pays. Le commandement n’a même pas voulu nommer un seul pays où les États-Unis ont déployé leurs forces au cours des trois dernières années. Toutefois, un aperçu de quelques opérations, activités et exercices qui ont été mis à jour présente le commandement comme un « globe-trotter » qui cherche toujours à s’allier avec les forces dans chaque recoin de la planète.

En janvier et en février, des membres du 7ème groupe de forces spéciales et le 160ème régiment d’aviation des opérations spéciales se sont entraînés dans le cadre du Joint Combined Exchange Training (4) pendant un mois avec des forces armées de Trinidad et Tobago, pendant que des troupes du 353ème groupe d’opérations spéciales rejoignaient les membres de la force aérienne royale thaïlandaise pour des exercices de sauts en parachute à Udon Thani en Thaïlande. En février et en mars, les bérets verts du 20ème groupe des forces spéciales se sont entraînés avec les troupes d’élites en République Dominicaine dans le cadre du Joint Combined Exchange Training (JCET).

En mars, des membres du Commandement des opérations spéciales de la marine et l’unité 1 de guerre navale ont participé à des opérations à bord du navire de guerre à missile-guidé, l’USS Cowpens, dans le cadre de Multi-Sail 2014, un exercice annuel mis en place afin de maintenir « la sécurité et la stabilité dans le bassin indopacifique. » Dans le courant du même mois, des soldats d’élite, des marins et des aviateurs ont participé à l’exercice appelé Fused Response avec des membres de l’armée bélizienne.

« Des exercices comme celui-ci forgent les rapports entre les forces américaines et béliziennes », affirmait le lieutenant-colonel de la force aérienne Heber Toro.

En avril, des soldats du 7ème groupe des forces spéciales ont effectué des sauts en parachute avec les forces honduriennes sur la base aérienne de Soto Cano. Ils ont également mené des opérations secrètes dans le sud de l’Afghanistan au printemps 2014. En juin, des membres du 19ème groupe d’opérations spéciales ont mené une JCET en Albanie, pendant que des opérations lancées par la Delta Force avaient lieu en Afghanistan afin de libérer le sergent Bowe Bergdalh. Les commandos de la Delta Force ont également enlevé Ahmed Abu Khattal, soupçonné d’avoir mené les attentats terroristes de 2012 à Benghazi (en Libye) qui avait causé la mort de quatre Américains ; dans le même temps, les bérets verts étaient déployés en Irak en tant que conseillers dans le combat contre l’État islamique.

En juin et en juillet, 26 membres du 522ème escadron des forces d’opérations spéciales ont mené une mission d’une durée de 4 semaines et qui s’étendait sur les cinq continents, notamment au Sri Lanka, la Tanzanie et le Japon, parmi d’autres pays, où ils ont dû escorter trois « avions à un endroit situé dans le Pacific Area of Responsability. » (5)

En juillet, les forces américaines se sont rendues à Tolemaida, en Colombie, afin d’affronter les troupes d’élites provenant de 16 autres pays (lors d’épreuves tels que la traque à l’aide d’un sniper, tirs sur cible et course d’obstacles) dans le cadre de la compétition annuelle appelée Fuerzas Comando.

En août, des soldats du 20ème groupe des forces spéciales ont conduit une JCET avec des unités d’élites du Suriname. « Nous avons beaucoup progressé ensemble en un mois. Si nous devions coopérer ensemble à l’avenir, nous savons que nous avons des amis et des partenaires sur qui l’on peut compter », déclare un sous-officier appartenant à cette unité. En Irak, les bérets verts ont mené une mission de reconnaissance sur le Mont Sinjar dans le but de protéger les Yazidis des militants de l’État islamique ; dans le même temps, les commandos de la Delta Force ont attaqué une raffinerie de pétrole au nord de la Syrie afin de sauver le journaliste américain James Foley et les autres otages capturés par le même groupe (État islamique). La mission s’est soldée par un échec cuisant et Foley a été violemment exécuté peu après.

En septembre, près de 1200 membres des opérations spéciales et de l’équipe de soutien ont rejoint les troupes d’élites de pays tels que les Pays-Bas, la République Tchèque, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Lituanie, la Norvège, la Pologne, la Suède et la Slovénie, dans le cadre d’un exercice d’entraînement allant du combat rapproché et tactiques de sniper en passant par des opérations en bateau et des missions de sauvetage.

En septembre et en octobre, des Rangers du 3ème Bataillon se sont rendus en Corée du Sud pour des exercices comme dégager la voie dans les tranchées et exploser des bunkers. En octobre, les commandos de l’Air Force ont également effectué des missions de sauvetage de manière simulée dans la zone d’entraînement de Stanford à Thetford en Angleterre. Pendant ce temps, dans le sud de la Chypre, les soldats de la Navy réquisitionnaient le pétrolier situé dans un port encerclé par les rebelles en Libye. Le mois suivant, les SEALs ont mené la mission qui a fait couler beaucoup de sang et qui a causé la mort de deux otages (parmi lesquels se trouvaient Luke Somers) et de huit civils. Bien entendu, ce sont seulement quelques-unes des missions qui se hissent, difficilement, dans les journaux.

Ils veulent vraiment être partout

Pour McRaven, le monde est aussi instable qu’interconnecté. L’année dernière, lors du Geolnt, un rassemblement annuel qui réunit les cadres du secteur de la surveillance et les membres de l’armée, McRaven affirmait, avec certitude, que « ce qui se passe en Amérique latine a des conséquences sur ce qui se passe en Afrique de l’Ouest, qui à son tour a des effets sur les évènements se déroulant dans le sud de l’Europe, ce qui a des répercussions sur ce qui se passe en Asie du Sud-est. »

Leur solution pour pallier cette instabilité ? Plus de missions dans davantage de pays ; quand McRaven était à la tête des opérations spéciales, ces missions concernaient trois quart de la planète. Et la situation actuelle laisse supposer qu’ils vont continuer sur leur lancée au cours des années suivantes. « Nous voulons être partout », déclarait Votel lors du Geolnt. Les forces d’élites ont effectivement bien commencé l’année 2015.

« Notre pays attend beaucoup des forces d’opérations spéciales » déclarait-il en Angleterre au printemps dernier. « Ils espèrent qu’on les soutienne dans leur missions qui se déroulent dans des conditions très difficiles. » La nature de ces missions et les endroits où elles se déroulent demeurent inconnus, et Votel n’est pas prêt de nous donner la moindre information. « Désolé, mais ce sera non », telle était la réponse qu’a donnée le SOCOM à TomDispatch lorsque nous leur avons demandé un entretien sur les opérations futures et celles qui sont en cours. En fait, le commandement n’a permis à aucun membre de parler des opérations qu’ils effectuent au nom des États-Unis et par le biais des revenus des impôts. Il n’est pas difficile de deviner pourquoi…

Votel est actuellement « l’exemple de réussite » d’une armée post 11 septembre qui est embourbée dans des guerres sans victoires, qui est touchée par les répercussions négatives de ses interventions, qui mène des activités criminelles sans limite, qui laisse filer des informations embarrassantes et qui est impliquée dans des scandales des plus choquants. A travers la combinaison intelligente de bravade et de confidentialité, la divulgation des informations à des moments-clés, le marketing adroit et le maintien des relations publiques, la socialisation du mythe en les présentant comme des super-héros et des assassinats ciblés assez notoires, les forces d’opérations spéciales sont devenu les chouchous de la culture populaire américaine et le commandement jouit d’un bénéfice financier très important, sortant toujours vainqueur des batailles de budget à Washington.

C’est particulièrement frappant, tenant compte de ce qui s’est réellement passé : en Afrique, ils ont fourni des armes et des équipements aux militants et ont entraîné un meneur de coup d’État ; en Irak, les forces d’élites étaient responsables de torture, destruction de maisons et de meurtres d’innocents ; même chose pour l’Afghanistan, où des civils ont perdu la vie ; au Yémen, au Pakistan et en Somalie, pareil. Et ce n’est qu’une partie des erreurs commises par les forces d’opérations spéciales.

En 2001, avant que les forces "black ops" américaines ne lancent leur guerre massive et clandestine contre le terrorisme, il y avait 33 000 membres du commandement des opérations spéciales et près de 1800 membres de l’élite de l’élite, le Joint Special Operations Command. Il y avait également 23 groupes terroristes, allant du Hamas à l’armée républicaine irlandaise véritable, reconnus par le Département de l’État, y compris Al Qaeda, dont le nombre de membres était estimé à entre 200 et 1000. Ce groupe avait sa base en Afghanistan et au Pakistan, bien que des petits organes mènent des opérations dans de nombreux pays comme en Allemagne et aux États-Unis. Après plus de dix ans de guerre secrète, de surveillance massive, d’attaques aériennes secrètes, d’arrestations et d’assassinats, sans mentionner les milliards de dollars dépensés, l’on voit bien que les chiffres parlent d’eux même. Le SOCOM a doublé en termes de membres et le JSOC pourrait être aussi éminent que l’était le SOCOM en 2001. Depuis le mois de septembre de la même année, 36 nouveaux groupes terroristes ont émergé, y compris les différentes branches d’Al Qaeda, leurs alliés…

Aujourd’hui, ces groupes opèrent toujours en Afghanistan et au Pakistan (il y existe une quinzaine de groupes affiliés), et ils opèrent aussi au Mali, en Tunisie, en Lybie, au Maroc, au Nigéria, en Somalie, au Liban et Yémen, parmi d’autres pays. Une ramification, née de l’invasion américaine de l’Irak, a mûri dans un camp prisonnier américain et, connu aujourd’hui sous le nom d’État islamique, contrôle une grande partie de ce pays et du pays voisin, la Syrie ; le rêve des djihadistes d’avoir un proto-califat dans le cœur du Moyen-Orient s’est réalisé. Ce groupe dispose, à lui seul, de 30 000 soldats et est parvenu à s’accaparer une grande partie du territoire irakien, comprenant la deuxième plus grande ville d’Irak, bien qu’elle ait été attaquée sans relâche au début par le JSOC.

D’après Votel, « il faut continuer de coordonner le déploiement des forces d’opérations spéciales à travers le monde. Nous devons tous agir de manière synchronisée, coordonnée et être prêts tout au long du commandement ».

Le peuple américain est cependant constamment laissé dans l’ignorance en ce qui concerne les motifs et la localisation des opérations spéciales, sans mentionner les conséquences qu’elles engendrent. Mais si l’on se fie aux enseignements de l’histoire, le silence médiatique face aux opérations noires garantira que cette période demeure un« âge d’or » pour le commandement des opérations spéciales américaines.

Nick Turse est le chef d’édition de TomDispatch.com.

Notes :

1. Le terme « tiltrotor » désigne un aéronef muni de rotors basculants, qui combine ainsi l’ascension verticale d’un hélicoptère à la vitesse de croisière et à la charge utile d’un avion. C’est un des types d’avion à décollage et atterrissage vertical.

2- L’Académie militaire de West Point est une base et une académie militaire de l’Armée américaine, une des écoles militaires les plus prestigieuses aux États-Unis.

3. Unités spéciales qui utilisent les bateaux de plus haute technologie pour aider les SEALs et d’autres opérations spéciales.

4. Programme qui permet aux États-Unis de s’entraîner dans des pays dans lesquels ils pourraient un jour mener des missions, offrant dans le même temps la possibilité aux forces du pays hôte de participer aux exercices.

5. L’United States Pacific Command (PACOM, USPACOM ou CDRUSPACOM : « Commandement du Pacifique ») est l’autorité suprême pour les divers corps d’armée des États-Unis opérant dans son aire d’activité.

Source :

"The Golden Age of Black Ops", Tomdispatch

Traduction de l’anglais par Muhammet Asa pour Investig’Action

Copyright 2015 Nick Turse

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