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Mémona Hintermann : «Les télés ont peur de montrer des Noirs et des Arabes» (Le Figaro)

par Xavier Allain 25 Février 2015, 18:12 Mémona Hintervman Télévisions françaises Racisme PAF

Elle dénonce. Dans une interview pour l'Agence France Presse, la journaliste Mémona Hintermann n'hésite pas à appuyer là où ça fait mal à la télévision française: la diversité. Selon elle, «les télévisions ont peur que montrer des Noirs et des Arabes dans des rôles importants n'éloigne les téléspectateurs».

La membre du CSA depuis 2013, où elle préside un groupe de travail dédié à ce sujet, n'hésite d'ailleurs pas à dénoncer les clichés véhiculés par certains groupes à l'heure où, pourtant, le gouvernement appelle à une plus grande écoute entre les communautés. Ainsi, selon elle, «année après année, on se rend compte que ça bouge très lentement sur la représentation des minorités, notamment des Noirs et des Arabes.

Quand on les voit, ils sont quoi? Ils sont délinquants! Lorsqu'on réunit tous les patrons de télévision, ils se ressemblent tous. Tous sont blancs, tous viennent de la même société. Est-ce qu'ils ont déjà pris le bus 128 qui va à Bagneux? Est-ce qu'ils vont faire leurs courses à Auchan?».

L'ancienne grande reporter de France 3 se dit d'ailleurs «effarée» sur la frilosité - parfois assumée - des télévisions publiques et privées. «Lorsque je rencontre, dans le cadre du CSA, tous ces grands hiérarques des télévisions, ils s'assoient très poliment dans mon bureau. Quand je leur parle de la question de la diversité, en privé ils reconnaissent qu'il y a un problème, mais ils ne bougent pas, parce qu'au niveau politique, la France n'a pas donné le signal. Les gouvernements, de droite ou gauche, n'ont jamais travaillé en profondeur sur ces sujets».

14% de personnes «non-blanches» à la télé

Une «simple» question de politique? Pas si sûr. Depuis l'arrivée du gouvernement socialiste, le nombre de personnes «non-blanches» présentes à l'écran est en baisse, comme le démontre le dernier baromètre de la diversité du CSA. Ainsi seuls 14% de ces personnes passent à l'antenne (en tant que journalistes ou en tant que sujets): un recul de 2 points par rapport au précédent sondage.

Réponse agacée de la «sage» du CSA: «En France, nous parlons beaucoup, nous faisons beaucoup de rapports, beaucoup de réunions, nous nous gargarisons de la diversité mais à l'arrivée qu'est-ce qu'on fait? Très peu! Il suffit de regarder les écrans. La diversité de la population, on la croise dans les transports, dans les hôpitaux, dans les écoles.

Il faut qu'on la croise aussi à la télévision ou à la radio. La diversité doit se distiller à travers les chaînes! Si la télévision publique donne le la, les autres ne pourront pas rester à l'écart. Mais je crois qu'ils n'ont pas envie de prendre ce qu'ils estiment être des risques. Qu'ils aillent dans les écoles, qu'ils aillent dans les universités, qu'ils aillent dans les hôpitaux, ils verront qu'il y a bien des médecins avec des gueules d'Arabes, ou des gueules de Noirs ou de Réunionnais! Il y a vraiment urgence...»

Pourtant, TF1 va lancer une plateforme consacrée au cinéma «afro»... «Ça ne peut pas être une mauvaise chose, réplique-t-elle. Cependant, je suis résolument contre les «chaînes ghettos». Ce que j'attends de la télévision, ce sont d'abord des programmes qui nous rassemblent. A la télévision allemande, vous avez une présentatrice d'origine turque avec un co-présentateur de culture hébraïque. Les Allemands parlent beaucoup moins de la diversité que nous, mais qu'est-ce qu'ils font comme boulot!».

Le Figaro

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