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SwissLeaks : quand les forêts d'Afrique remplissent les comptes secrets d'HSBC (Le Monde)

par Le Monde 20 Février 2015, 06:39 Swissleaks Françafrique HSBC Suisse Grande-Bretagne Afrique Pillage Forêt Banque

Exploitation forestière au Nigeria. Pierre A., homme d'affaires français, dit avoir fait fortune en achetant et revendant des forêts au Gabon et en Centrafrique. Crédits : REUTERS.

Exploitation forestière au Nigeria. Pierre A., homme d'affaires français, dit avoir fait fortune en achetant et revendant des forêts au Gabon et en Centrafrique. Crédits : REUTERS.

C'est un homme d'affaires éreinté, les yeux mi-clos, cernés par des nuits d'insomnie. Pierre A., 52 ans, a perdu la verve et l'aplomb qu'il a déployés de Kinshasa à Bujumbura où il cherche du pétrole. Cofondateur d'une société pétrolière junior domiciliée en Grande-Bretagne, il parle vite, s'emporte, s'agace mais ne regrette rien.

Les autorités fiscales françaises, pourtant, considèrent que Pierre A., l'un des 3 000 titulaires français de comptes chez HSBC Private Bank à Genève, s'est rendu coupable de fraude fiscale caractérisée et ont déposé une plainte pénale contre lui. Son cas, comme celui de quatre autres contribuables indélicats, est géré par le nouveau parquet national financier. « Liliane Bettancourt avait près de 100 millions d'euros sur des comptes à l'étranger non déclarés et le fisc n'a pas porté plainte, se défend Pierre A. Pourquoi mon cas, avec cinq millions de dollars, est-il singularisé ? ». Sans conviction, il dénonce un acharnement « inique, car ils ont vu que je faisais des affaires en Afrique. Alors, ils se sont dit, c'est louche ».

Affaires en Afrique, compte en Suisse, société-écran à Tortola

Selon les documents auxquels a eu accès Le Monde Afrique, cet entrepreneur disposait en 2007 de 8,9 millions de dollars sur un compte ouvert dix ans plus tôt chez HSBC Private Bank à Genève. Sur conseil de son gestionnaire de fortune, il avait créé, pour se protéger davantage, une société écran reliée à ce compte, Basic International, dont le siège était à Tortola, dans les îles Vierges britanniques.

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Il parlait à son banquier environ « une fois par an », selon ses dires, sous le nom de code « Manivelle » en raison d'éventuelles écoutes téléphoniques. « C'était un compte caché, certes, mais dormant. Il abritait l'héritage de ma grand-mère pied-noire et le fruit de quelques bonnes opérations d'achats et de ventes de forêts au Gabon et en Centrafrique dans les années 1990, se justifie aujourd'hui Pierre A. Il n'y a pas eu un seul mouvement sur ce compte depuis 1999 ».

Sur les documents bancaires consultés par Le Monde Afrique, il apparaît pourtant que Pierre A. suit avec attention les fluctuations des cours des monnaies fortes. En janvier 2005, il achète pour six millions de dollars. Le mois suivant, il convertit huit millions de dollars en euros. « J’ai fait HEC et j’ai travaillé dans la finance en Afrique, je faisais travailler un peu l’argent, voilà tout », explique-t-il sans ciller.

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Aujourd’hui, Pierre A. dit se « contenter » d’un salaire de 5 000 dollars par mois. Sa junior pétrolière, détenue avec trois associés et comptant moins de quinze salariés, a obtenu des permis d’exploration pétrolière au Burundi, au Malawi, ou encore en République démocratique du Congo où il a bénéficié de l’aide d’un « ami » haut placé au Sénégal, ayant un réseau international. Mais le cœur n’y est plus. « HSBC a bouleversé ma vie et l’infernale machine judiciaire française m’a broyé », lâche-t-il.

Sa grand-mère lui disait : « Place ton argent en Suisse »

Tout a basculé pour lui en octobre 2011. Il découvre qu’une plainte a été déposée contre lui par le fisc au cours d’une perquisition à son domicile parisien de Saint-Germain-des-Prés. Son père Charles, alors âgé de 79 ans et dont le nom figurait aussi sur son compte HSBC, sera brièvement placé en garde à vue. « Mon redressement fiscal s’élève à près de 1,5 million de dollars. J’ai régularisé ma situation en janvier 2012, puis j’ai été convoqué par le juge d’instruction. Malgré cela, je suis toujours sous le coup d’une plainte pénale déposée plus tôt », déplore-t-il.

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