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Au Qatar, le béton se compte en litres de sang (Mondafrique)

par Jacques Marie Bourget 25 Mars 2015, 14:36 Qatar Esclavage BTP Vinci France Sherpa

Au Qatar, le béton se compte en litres de sang (Mondafrique)
Au Qatar, le béton se compte en litres de sang
Jacques Marie Bourget
Mondafrique

La plainte que vient de déposer l’ONG « Sherpa » contre le groupe de BTP français « Vinci » agite le petit monde des médias qui comptent. Comment cette association, qui n’est une puce de l’humanitaire, ose-t-elle s’en prendre à l’une des enseignes porteuses de notre orgueil national ?

Si on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, on ne fait pas, à Doha, de grandes tours et de vastes stades sans casser des hommes. C’est le prix et la mort y est comprise, comme la TVA. Personne n’ose le mettre noir sur blanc mais, au Qatar, il est possible d’établir un ratio entre les ouvriers assassinés par leur travail, et les tonnes de béton et de ferraille qu’ils ont brassées, dressées. Sur les autoroutes de Vinci on compte la consommation en litres d’essence aux cent, à Doha c’est le béton en litres de sang.

Chaque année au Qatar, une dictature où personne n’imagine que l’on puisse dresser la statistique des accidents du travail, les estimations les plus sérieuses nous disent qu’au moins 400 ouvriers tombent chaque année sur le front des chantiers. Bravo à « Sherpa » de lancer le premier uppercut, mais il arrive bien tard. Depuis plus de 5 ans des associations comme Human Rights Watch dressent des rapports, prennent des risques et impriment du papier en pure perte : personne n’écoute leurs complaintes. Il ne faut pas déranger la construction du paradis… au Qatar. Avec mon ami Nicolas Beau, en mai 2012, nous avons publié chez Fayard « Le vilain petit Qatar. Un ami qui nous veut du mal ». Nous avons consacré un chapitre à la honteuse mise en esclavage d’un million et demi de travailleurs étrangers, par ces potentats inhumains qui gouvernent la micro dictature. Mais nous aurions pu consacrer tout l’ouvrage à ce scandale. Et là encore, que s’est-il passé ? Rien. Les ouvriers ont continué de souffrir, de mourir au boulot, de pleurer en travaillant 12 heures par jour.

Pourquoi cette indifférence qui pousse, par exemple, Anne Hidalgo à louer « les avancées montrées par le Qatar »… Non seulement on ne respecte pas les morts par un silence qui s’impose, mais on se moque d’eux. Dans le même temps, l’homme ordinaire, sans qualité, celui qui ne se déplace plus pour voter, lui, il sait ce qui se passe là-bas et est capable de le dénoncer en déroulant une banderole lors d’un match du PSG. Pas besoin d’être énarque, ou gonflé aux hormones du Quai d’Orsay, pour connaitre la réalité de ce petit pays sans lois et sans pitié. La différence entre les élus qui roulent en limousine et ceux que les limousines écrasent dans la rue, c’est que les premiers ont, presque tous, des intérêts, des espoirs, des vues, des bourses, des comptes liés au Qatar. Se fâcher avec Doha c’est se brouiller avec le père Noël.

Par l’organisation de forums bidons, de réunions grotesques et inutiles, de médiations qui ne règlent rien, avec à chaque fois l’invitation gratuite de politiciens ahuris, le Qatar a médusé nos élus qui ne forment plus qu’une grosse statue de sel, un chœur unique et repus qui chante « Hosanna à l’émir des cieux ! ». Imaginez alors que l’on va gourmander un si bon ami pour la mort de quelques prolétaires, les nôtres ne disparaissent-ils pas du champ de vision des français ? Paris vaut une messe et Doha que l’on détourne les yeux du charnier, celui des quatre cents morts.

La plainte de « Sherpa » qui remet sous le nez des politiques et des « entrepreneurs » les horreurs qu’ils tolèrent, à la vertu, en cette période de vote à valeur de sondage, d’indiquer pourquoi il n’y a qu’un français sur deux qui va vers l’isoloir. Les gens ordinaires voient le monde tel qu’il est, alors que ceux qui les guident voit le monde qui lui convient qui leur convient. L’esclavage, le travail forcé, les conditions terribles de survie sont des péripéties qu’un politicien moderne, donc loin de l’émotion, ne retient plus. Ces ouvriers de Doha devraient savoir combien nos élus souffrent pour que notre monde devienne meilleur.

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