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Cecil Rhodes ou la statue qui pue (Renapas)

par Renapas 26 Mars 2015, 17:34 Afrique du sud Colonialisme Cecil Rhodes Statue Le Cap

Depuis plusieurs semaines les étudiants de l’Université du Cap mènent campagne pour que Cecil Rhodes, assis bien tranquille sur sa chaise, cesse de surveiller leurs allées et venues dans l’enceinte du campus universitaire. Pourquoi tant de bruit et fureur autour d’une statue ? Cecil Rhodes vivant, ou Cecil Rhodes coulé dans le bronze, incarne le pillage du continent africain et plus particulièrement des richesses minières de l’Afrique du Sud. L’érection ou la démolition d’une statue n’est pas qu’une question artistique

Tout a commencé par une initiative spectaculaire et odorante. Des étudiants, las de n’être pas entendu à propos de cette statue qu’ils jugent offensante, ont déversé des seaux d’excréments sur la statue de Cecil Rhodes le 9 mars dernier. Ils refusent d’entendre la version des autorités qui justifient la présence de la statue par le fait que l’université a été construite sur un terrain généreusement donné par Cecil Rhodes. « Comment un colonisateur peut-il faire don d’un terrain qui ne lui jamais appartenu ? » demandent avec pertinence les manifestants.

C’est bien là le cœur du problème : Cecil Rhodes est le parfait symbole du colonisateur prédateur. Né en Angleterre en 1833, il partit à 17 ans rejoindre son frère déjà installé comme fermier dans la région du Natal. Mais c’est la découverte des mines de diamants à Kimberley qui va faire sa fortune.

Il devient en quelques années propriétaire de la quasi totalité des mines de diamants et il fonde la compagnie De Beers. Il ajoute à sa carrière d’homme d’affaires, une carrière d’homme politique et il est élu Premier ministre de la province du Cap en 1890 en sachant se rallier les suffrages des Boers.

Cette alliance politique entre la population blanche d’origine néerlandaise et celle d’origine britannique va permettre d’installer pour longtemps une politique d’exploitation systématique de la population indigène. L’adoption de la loi Glen Grey met en place la politique du travail migrant, qui offre aux patrons de l’industrie minière la main d’œuvre à bon marché dont ils ont besoin.

Insatiable, Rhodes part à la conquête de nouvelles terres au nom de la couronne britannique et grâce sa compagnie la BSAC, dans les années 1890, ils installent des colons sur des territoires, au nord du fleuve Zambèze, qui deviendront la Rhodésie du Nord et la Rhodésie du Sud, aujourd’hui le Zimbabwe. Rien ne lui résiste, sauf sa santé et il meurt à 62 ans près du Cap, mais c’est au Zimbabwe qu’il est enterré, près de la seconde ville du pays, Bulawayo.

Ce survol d’une vie particulièrement riche a valu à ce héros de la conquête coloniale bien des honneurs ; le nombre de rues portant son nom est impressionnant, tout comme celui des statues le représentant à cheval, assis ou debout. Cecil Rhodes veille toujours sur ce qu’il considère comme ses terres.

Mais les temps ont changé et en Afrique du Sud, comme dans d’autres pays, le temps est venu de faire disparaître les symboles des temps révolus. L’Anc a eu une approche sage et mesurée si l’on compare avec les destructions des statues des tyrans vaincus ailleurs dans le monde. Des aéroports, des avenues portent aujourd’hui les noms d’OR Tambo, Nelson Mandela, ou King Shaka, mais ces changements se sont faits sans action violente, ni volonté d’humilier les vaincus.

Mais la statue de Cecil Rhodes à l’entrée de l’Université du Cap symbolise la toute puissance du colonisateur blanc, prêt à tout pour asseoir son autorité sur les peuples et les territoires conquis. Il avait fait sienne la pensée de John Stuart Mill qui assurait dans son essai sur la Liberté que « le despotisme est un mode légitime de traiter les Barbares » et c’est pourquoi les débats font rage aujourd’hui sur le maintien ou la disparition de sa statue.

Les articles se multiplient dans la presse et chacun apporte son argumentation. Cecil Rhodes est une référence aux heures noires de l’histoire de l’Afrique du Sud, pourquoi alors garder la statue de Rhodes alors que le pays essaie d’éradiquer l’héritage de l’apartheid ? Faut-il faire un référendum pour savoir ce qu’il faut en faire ? La mettre dans un musée ou l’envoyer à la fonderie ? Faut-il soutenir la volonté des étudiants, qui en barbouillant la statue d’excréments, ont montré qu’ils voulaient de vrais changements, non seulement dans les programmes universitaires, mais dans leur vie quotidienne ?

La réponse semble évidente. Le vice chancelier de l’Université vient de dire aux étudiants que la statue serait déplacée et que l’ensemble du personnel et des étudiants déciderait de savoir où la mettre. Les étudiants membres de l’Alliance démocratique ont apporté leur soutien à leurs confrères étudiants alors que leur parti est pour le maintien de la statue.

Dans la pétition (www.change.org) qu’ils ont lancé, les étudiants veulent être clairs sur la portée de leurs revendications. « Cette statue a un grand pouvoir symbolique ; elle glorifie un criminel de masse qui a exploité le peuple noir et volé leur terre aux indigènes. Sa présence efface l’histoire noire et c’est un acte de violence contre les étudiants noirs, les travailleurs et le personnel - par noir nous faisons référence à tous les gens de couleur. Cette statue est donc le point de départ naturel de ce mouvement. L’enlever n’est pas une fin en soi, mais le début d’un long processus de décolonisation de cette université que nous attendons depuis longtemps ».

Le Ministre des Arts et de la Culture dans un communiqué très mesuré ne désavoue pas les étudiants, tout en dénonçant la violence. « En tant que gouvernement, nous encourageons les citoyens à participer aux efforts pour trouver une résolution à l’amiable de cette question par le dialogue et la négociation ». L’ironie de l’histoire fait de la statue de Cecil Rhodes le point de ralliement des "barbares" qui veulent construire du neuf dans leur pays.

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