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Crash Bancaire dans les Pyrénées (Bakchich)

par Woodward Et Newton 28 Mars 2015, 21:52 Andore France Espagne Banque Banca Privada d'Andorra Blanchiment FinCEN USA

A l'origine d'une tempête en Catalogne, les soucis de la blanchisserie d'Andorre pourraient bien provoquer une méga avalanche de ce côté-ci des Pyrénées...

Crash Bancaire dans les Pyrénées (Bakchich)

FinCEN, l'un des bras armés de la lutte contre la délinquance financière aux Etats-Unis, vient de siffler la fin de partie pour la Banca Privada d'Andorra (BPA). Tout s'est joué le 10 mars, lorsque est paru le communiqué du Financial Crime Enforcement Network :

« FinCEN dénonce la Banca Privada d'Andorra comme une institution financière étrangère posant des problèmes prioritaires en matière de blanchiment ».

Si les autorités américaines tergiversent à l'infini pour sanctionner les sorties de route de leurs banksters domestiques, elles ont la gâchette autrement plus sensible lorsqu'il s'agit d'ouvrir la chasse à l'étranger. Et la sympathique affaire majoritairement contrôlée par les frangins Higini et Ramon Cierco i Noguer, opérant en Andorre, au Panama, au Luxembourg, en Suisse et en Uruguay, présente toutes les caractéristiques d'une victime expiatoire du courroux yankee. D'autant qu'elle a eu l'imprudence de favoriser des ressortissants d'états pour lesquels, politiquement, les USA n'éprouvent en ce moment aucune sympathie…

Stop ou Andorre ?

Signe que les gnomes d'Andorre ont poussé le bouchon trop loin, Joan Pau Miquel Prats, l'administrateur et directeur Général de la Banca Privida Andorra, a été arrêté vendredi 13 – mauvaise pioche – en fin de journée. Dimanche 15 mars, deux autres directeurs passaient également par la case prison. Quant à Banco Madrid, sa filiale madrilène achetée en 2011, il s'agit d'une petite banque privée spécialisée dans la gestion des grandes fortunes qui compte quelques 15 000 clients possédant au moins un demi-million d'euros chacun sur leur compte. Dès le 16 mars, et sous la menace d'un nombre croissant de ses clients venus récupérer leur fric, elle a jeté l'éponge et déposé le bilan. Le même jour, la BPA était officiellement reprise en main par les autorités financières de la Principauté d'Andorre qui vont avoir du pain sur la planche pour faire le ménage à en croire le rapport transmis par Washington. Ce rapport désigne le crime organisé russe, chinois et vénézuélien comme les trois mamelles principales auxquelles les dirigeants ripoux de la BPA seraient venus s'abreuver discrètement, en échange des services de blanchisserie quasi industrielle qu'ils mettaient à disposition de voyous patentés.

Andorre adore la crème catalane

Enclavée entre l'Espagne et la France, la minuscule principauté et sa banque infréquentable, aux dires de la patronne de FinCEN, ont déjà déclenché un raz de marée en Catalogne. Il faut dire que les donneurs de leçon d'autonomie voire d'indépendantisme vis à vis de Madrid, qui dénonçaient le prétendu vol en bande organisée que pratiquait le gouvernement central au préjudice de sa Province la plus prospère, sont aujourd'hui gênés aux entournures.

D'abord parce que le président de la BPA Higini Cierco, personnalité publique du monde des affaires jusque là au-dessus de tout soupçon, est vice-président et administrateur du mythique FC Barcelone (le « Barca »). Tout le monde sait que le duel qui l'oppose à son rival le Real de Madrid pour la suprématie sur le football ibérique, dépasse largement les enjeux sportifs. Que le club catalan puisse compter à sa tête, une personnalité impliquée, même à l'insu de son plein gré, dans le blanchiment de capitaux d'origine criminelle avérée, est une distinction dont il se serait bien passé.

Ensuite parce que la chute annoncée de la BPA remet en lumière tout un pan de l'histoire politique contemporaine tourmentée de la Catalogne au travers du naufrage de son ancien tout puissant président Jordi Poujol. Le patriarche de 84 ans est en effet tombé en disgrâce le 29 juillet 2014 après avoir admis 4 jours plus tôt, avoir fraudé le fisc espagnol pendant 34 ans, en omettant de déclarer un prétendu héritage paternel de 1980. La thèse de « l'héritage oublié » avait été sérieusement battue en brèche lorsqu'en février 2013, une sale affaire d'espionnage révélait l'existence d'une conversation téléphonique bien embarrassante dans le clan Pujol : on y entendait une certaine Victoria Alvarez, ex-fiancée de Jordi Pujol Ferrusola, l'un des fils de Pujol Senior, confier à la patronne du Parti Populaire Catalan, Alicia Sanchez Camacho, que Pujol-Junior-chéri se rendait régulièrement en Andorre pour le compte de son père, afin d'y déposer des valises entières de billets de 500 € provenant de commissions occultes perçues sur des marchés de travaux publics concédés par le gouvernement catalan.

Un pactole d'une centaine de millions d'Euros amassé par Papy Pujol en 30 ans de pouvoir et déposé entre autres, à la BPA, ce que des employés de la banque, entendus dans le cadre des enquêtes sur Jordi Pujol et ses trois fils, Jordi Ferrusola, Oriol et Oleguer, ont largement confirmé.

Enfin parce que la chute de la BPA va mettre un terme – sans doute provisoire – à plusieurs années d'intense pénétration dans l'économie catalane, du crime organisé russe, ou d'Europe de l'Est. Un inquiétant processus, déjà mis en évidence au travers de deux câbles diplomatiques (textes confidentiels), envoyés à la maison-mère du State Department, par l'ambassade US à Madrid, respectivement datés des 15 octobre 2009 et 8 février 2010 et rendus publics ultérieurement par l'effrontée Wikileaks.

Quand la mafia russe se prélasse sur la Costa del Sol

Le premier document passe rapidement en revue l'étendue du désastre annoncé : notamment par Fernando Bermejo, le Procureur anti-mafia pour la ville de Barcelone « qui affirme qu'il y a un réseau de blanchiment à grande échelle qui sévit en Catalogne, que de très très nombreux membres de la mafia russe sont actifs dans la région, et que les déclarations officielles espagnoles de mi-2008 selon lesquelles le raid ayant permis d'appréhender Gennadios Petrov et ses complices avait décapité la mafia russe en Espagne, étaient des déclarations optimistes faites dans un moment d'euphorie qui ne reflétaient pas la réalité ». Une sinistrose hélas amplement confirmée par l'arrestation en 2007 d'un certain Eduard Planells, ex-délégué adjoint en Catalogne du gouvernement central espagnol. Une mise à l'écart un peu rude pour avoir facilité l’obtention de permis de travail et de résidence a des membres présumés de la mafia russe dont les demandes avaient déjà été rejetées par les circuits administratifs usuels, du fait de leurs casiers judiciaires...

Le second câble daté du 8 février 2010, est consacré au compte-rendu d'une réunion du 13 janvier d'un groupe de travail hispano-américain sur le contre-terrorisme et le crime organisé qui s'était tenu à Madrid. Il ne fait pas non plus dans la dentelle : on y relate les déclarations explosives de Jose « Pepe » Grinda Gonzales, Procureur Spécial contre la corruption et le crime organisé qui se lâche de manière peu diplomatique : « ...Grinda a déclaré qu'il considère le Belarus, la Tchétchénie et la Russie comme des états quasi-mafieux et que l'Ukraine est sur le même chemin. Il a affirmé pour chacun de ces pays, qu'il est impossible de faire la différence entre les activités gouvernementales et celles du crime organisé...En passant il a évoqué la possibilité que la mafia russe détienne une participation significative dans la General Motors au travers de ses intérêts dans le fabricant canadien de pièces détachées automobiles Magna International...La seconde raison tient à la question de savoir dans quelle mesure le Premier Ministre Poutine est impliqué dans la mafia russe et s'il contrôle ses activités... ». Ambiance...

Preuve que l'Oncle Sam a longuement mûri son coup, le fait que l'un des reproches adressés par FinCEN dans son communiqué du 10 mars 2015 ayant ouvert les hostilités contre la banque Andorrane, soit d'avoir notamment apporté une aide significative au fameux Petrov évoqué dans le câble du 15 octobre 2009, dans ses basses besognes de blanchiment massif des recettes du crime organisé russe…

Le fait que le Petrov en question ait été arrêté à Lloret de Mar le 27 janvier 2013 ne semble pas avoir entamé la détermination des américains à mettre un point final aux pratiques présumées criminelles des dirigeants de la banque Andorrane.

Et la France dans tout ça ?

De ce côté-ci des Pyrénées, on semble avoir pris l'affaire avec philosophie. Une erreur d'appréciation ou une feinte ? Le fait que l'opération Clotilde du début d'année 2013, ait notamment ramené dans ses filets, outre l'entreprenante Development Diagnostic Company et ses 45 millions d'euros en provenance de Lettonie et de Chypre chouchoutés par la BPA, un certain Josep Valls, à l'époque maire-adjoint de Lloret de Mar, en charge de l'urbanisme sous les ordres de son boss le maire Xavier Crespo, lui-même grand bénéficiaire de la générosité de Petrov, expliquerait-il la frilosité hexagonale pour commenter l'affaire BPA ?

Le câble US du 8 février 2010 évoqué plus haut ne prêtait-il pas d'ailleurs au Procureur Spécial Grinda, la satisfaction de voir une coopération hispano-française prendre timidement corps sur le sujet (« ...Il a ajouté que l'Espagne commence à coopérer avec la France sur ces sujets, mais il a souligné l'absence de coopération du Royaume Unis…. »)

Toujours est-t-il que la violence de l'avalanche qu'elle pourrait déclencher sur le versant nord Pyrénéen, ne doit pas être sous-estimée. Depuis le 13 mars, l''intensité exceptionnelle du trafic routier en provenance de France sur la CG2 entre le Pas de la Case et Escaldes-Engordany où se situe le siège de la banque, suffit à s'en convaincre...

A Toulouse mais pas seulement, on connaît bien, pour ne pas dire on appréciait énormément, la 4ème des cinq banques d'Andorre où des chefs d'entreprises de prestations de services, avec une petite préférence inexplicable pour ceux faisant dans le travail temporaire, avaient pris l'habitude de faire prospérer les revenus occultes qu'ils sont parvenus à soustraite aux griffes acérées du Ministère du Budget Bleu Blanc Rouge.

Certains d'entre-eux, d'origine ibérique, ayant réussi dans leurs entreprises de ce côté-ci des Pyrénées, se sont même faits parfois les ambassadeurs zélés de la banque Andorrane auprès d'épargnants français désireux de conserver leur pécule clandestin – du moins le pensaient-ils jusqu'au coup de Calgon de FinCEN – à quelques heures de route de leur domicile plutôt que dans des paradis tropicaux, aussi ensoleillés qu'éloignés.

Nul doute que le coup de pied de FinCEN et ses porte-flingues dans l'une des alvéoles de la ruche bancaire de la Principauté d'Andorre, risque, contre toute attente, de susciter autant de migraines en France qu'en Espagne. Les semaines qui viennent ne devraient pas tarder à le confirmer, quand bien même les médias francophones feraient mine de l'ignorer...

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