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L'affaire des «BongoLeaks» : Gabon, le braquage du siècle (Mediapart)

par Fabrice Arfi 13 Mars 2015, 17:27 Affaire Bongoleaks Françafrique Gabon France Ali Bongo Delta Synergie Bolloré

L'affaire des «BongoLeaks» : Gabon, le braquage du siècle (Mediapart)

Mediapart a obtenu plusieurs documents confidentiels sur la holding familiale des Bongo au Gabon, baptisée Delta Synergie. Ils révèlent un système de prédation probablement inégalé dans l’histoire de la Françafrique. Une poignée de membres du clan au pouvoir s'approprie des pans entiers de l’activité économique du pays. L'actuel président Ali Bongo en est le principal bénéficiaire.

Révélations. Il s’agit de l’un des secrets les mieux gardés du Gabon. Il se nomme Delta Synergie, du nom d’une holding financière détenue par une partie de la famille régnante, les Bongo. Mediapart a pu avoir accès à des documents confidentiels portant sur l’actionnariat secret de la société et l’ensemble de ses prises de participation – le plus souvent dissimulées. Ces documents révèlent un système de prédation probablement inégalé dans l’histoire de la Françafrique. Grâce à lui, une poignée de membres du clan au pouvoir, au premier rang desquels l’actuel président gabonais Ali Bongo, tire des bénéfices personnels de toute l’activité économique du pays.

Depuis le décès en 2009 du dictateur Omar Bongo (le père d’Ali, arrivé au pouvoir en 1967), il se murmurait beaucoup de choses au Gabon et dans les chancelleries occidentales sur Delta Synergie. Mais rien n’était vraiment su. Dans les faits, cela dépasse tout ce qui avait pu être imaginé.

C’est l’histoire d’un pillage digne de l’Ancien Régime. Pas un secteur de l’économie gabonaise n’est épargné par le système Delta Synergie : assurances, banques, agroalimentaire, sécurité, transport, médicament, BTP, agriculture, matières premières, immobilier, aviation d’affaires, textile, média, vente de gaz et de pétrole, bois… Au moins quatre multinationales françaises présentes au Gabon – Bolloré, Bouygues, Eramet et la BNP – sont citées dans les documents en notre possession. Au total, ce sont 35 sociétés majeures de l’économie gabonaise au capital desquelles Delta Synergie est partie prenante, à des degrés divers. Tous ces éléments d’informations sont issus de la succession d’Omar Bongo. Mediapart a déjà raconté la découverte par la justice française d’embarrassants comptes offshore à Monaco (dotés de 34 millions d’euros) et l’étourdissante emprise foncière du clan Bongo aux quatre coins du Gabon (de nouveaux documents détaillés sont téléchargeables ici et là). La face cachée de Delta Synergie offre désormais un panorama inédit de la corruption gabonaise.

La répartition du capital de Delta Synergie n’est connue que d’une poignée de personnes à Libreville. La voici : jusqu’en 2009, Omar Bongo détenait 37 % des parts de la société (soit 114 700 actions), d’après deux déclarations de succession rédigées les 10 juin et 1er octobre 2014. Ali, son successeur, et sa fille Pascaline s’étaient vu secrètement gratifier de 10 % chacun à titre personnel. Six autres membres de la famille se partageaient le reste. La mort d’Omar Bongo a totalement rebattu les cartes. Ali Bongo, élu en 2009 à l’issue d’un scrutin très contesté avec le fervent soutien du président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, a vu au terme de la succession sa part personnelle grimper à 19,25 %. Tout comme sa sœur aînée Pascaline, qui fut aussi la plus proche collaboratrice de son père à la présidence de la République. Six ans après la disparition du patriarche de la Françafrique, l’équation est donc simple : l’actuel chef de l’État gabonais en exercice et sa sœur sont aujourd’hui les principaux bénéficiaires de la mine d’or que représente Delta Synergie. Le tout avec l’assentiment d’avocats et de notaires – parfois français – qui ont pris activement part à la succession Bongo. Appliqué au règne animalier, le système Delta Synergie équivaut au fonctionnement d’une sangsue ; il s’agrippe partout où il le peut et il pompe. Le tableau des prises de participations de la holding familiale montre l’ampleur du phénomène : Le secteur d’activités le plus représenté est celui des matières premières et des mines. On retrouve ainsi Delta Synergie au capital d’Ank Gabon (à hauteur de 39,2 %), une société spécialisée dans le traitement du manioc. En novembre 2008, à l’occasion de l’inauguration par Omar Bongo en personne de l’usine Ank Gabon, la présidence gabonaise avait diffusé un communiqué pour souligner que la création de cette entreprise était une illustration du « souci permanent d’assurer l’autosuffisance alimentaire dans notre pays ». Elle oubliait de dire qu’elle assurait, aussi, l’autosuffisance financière du clan au pouvoir. Il n’est pas inutile de préciser qu’un actuel conseiller du président Ali Bongo, Jean-Pierre Lemboumba, ancien ministre des finances surnommé « coffre-fort » au Gabon, est actionnaire pour sa part d’Ank à hauteur de 10,05 %. Un petit monde.

Delta Synergie apparaît aussi au capital de Gabon Mining Logistics (30 %), une filiale du groupe Bolloré qui offre un soutien logistique au secteur minier gabonais. Sollicité, le groupe Bolloré n’a pas donné suite à nos questions. La holding des Bongo est également actionnaire de Ragasel (29,1 %), une raffinerie de sel, qui partage quant à elle son capital avec l’actuel ministre des sports du Gabon, Blaise Louembé (1,7 %).

On peut également citer la Somipar (28,5 %), la société Petro Gabon Holding (17 %), spécialisée dans la commercialisation des hydrocarbures, Les Carrières de Makora (13,04 %), Maboumine (5 %), qui gère un immense projet d’exploitation de gisement polymétallique au sud-est de Libreville, la Somivab (2,68 %), laquelle œuvre dans le bois, ou encore la Comilog (0,03 %), une filiale du géant français des mines et de la métallurgie Eramet – qui n’a pas répondu à nos questions...

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commentaires

Franck 13/03/2015 19:36

Mediapart...mais qui finance Mediapart? Nos chefs d'états africains tout comme ailleurs ne sont pas parfaits...mais que les français s'en mêlent...cela me pousse a soutenir nos chefs d'états. Quel genre de chef d'état la France et l'occident veulent voir en Afrique? Le genre Lumumba, Sankara...? Mais dès qu'on les a ils les tuent. Avant que la France ne parle...elle devrait d'abords stopper le Franc CFA, arrêter les crimes et les pillages en Afrique...puis s'excuser, depuis l'esclavage jusqu'à aujourd'hui.

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