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La Libye, l’Égypte et l’EI : La troisième guerre mondiale pourrait-elle commencer avec une vidéo ? (21st Century Wire)

par Patrick Henningsen 28 Février 2015, 23:35 Libye Egypte Syrie EI Guerre

Ce qui s’est passé en Libye cette semaine ne devrait pas surprendre ceux qui ont prêté attention à ce qui s’est passé durant les quatre dernières années.

Géopolitiquement parlant et en considérant sa proximité avec l’Europe, ce nid de vipères a le potentiel pour devenir encore plus périlleux que la Syrie. Au début de la nouvelle année, nous avions prédit que la Libye deviendrait le prochain théâtre important pour l’EI, ouvrant la voie à une éventuelle intervention des États-Unis ou de l’OTAN. A la fin de l’année, 21WIRE avait fait paraître un article intitulé Game Changers: 2015 Prediction[Changer la donne: prédictions pour 2015], qui expliquait :

«Parmi tous les fronts de conflits potentiellement émergents selon la planification centrale de l’OTAN, celui-ci est de loin le plus prometteur. D’une manière hégélienne classique, le désastre libyen que l’OTAN a engendré en 2011, est maintenant mûr pour une deuxième tournée de nettoyage. Tout comme pour l’Irak, le pays a été effectivement séparé en trois régions. Les seigneurs de guerre et les gangs terroristes se sont emparés du pouvoir laissé vacant par la décapitation bâclée du régime de Kadhafi en 2011, et le gouvernement fantoche de l’OTAN s’est déjà mis à l’abri, utilisant ce qui reste de sa force aérienne pourbombarder ses propres villes.»

Dès le commencement, la couverture médiatique de la Libye a été infestée de détournements et de dissimulation. Les signaux d’alerte étaient visibles dès la fin de 2011 (voir ci-dessous).

Comment ont-ils pu se tromper autant? Presque tout ce qui s’est passé en Libye ces quatre dernières années était connu des médias alternatifs, mais censuré dans les médias dominants. Il se passe la même chose aujourd’hui. La raison en est très simple. Comme ils ont renoncé à pratiquer le journalisme d’investigation, les médias de masse se sont contentés de réagir à l’histoire officielle. Lorsque les événements ont lieu, Washington annonce ses thèmes de discussion, les journaux répètent ce qui est dit, les agents de renseignement infiltrés à l’intérieur de ces médias préservent le script, le Département d’État tient des conférences de presse tandis que la CIA dépêche ses experts pour parader sur CNN, FOX, etc… La narration est rationalisée. Toute information ultérieure ou tout thème contredisant la ligne officielle est sommairement écartée ou supprimée et, dans la plupart des cas, complètement ignorée.

Au début de 2013, 21WIRE a publié un article sur la façon dont Chris Stevens supervisait un programme états-unien de trafic d’armes entre Benghazi et la Syrie. Dès 2011, j’avais rapporté que les combattants islamiques libyens étaient transférés en Syrie pour la prochaine guerre par procuration. Si seulement les médias de masse avaient alors fait de même.

L’EI est-il vraiment en Libye ? Eh bien, oui et non. L’EI est devenu une espèce de marque en open source, avec une ligne complète de marketing de mode saisonnière, un logo et toute une gamme de marchandises. En fait, quiconque en a envie peut hisser un drapeau de l’État islamique ou imprimer une page en format A4, l’accrocher à un mur tout en réalisant une vidéo sur le martyr, comme l’a fait Amedy Coulibaly à Paris. En Libye, il ont fait quelques folies, ils ont imprimé de grandes décalcomanies, qu’ils ont ensuite collées sur leurs pick-ups et ils ont exhibé leur nouveau drapeau à franges dorées. Il semble que l’EI n’ait pas de structures hiérarchiques ou d’organisation et qu’il existe en Syrie et en Irak comme une confédération de milices paramilitaires et de groupes d’al-Qaida. Nombre d’entre eux reçoivent, en quantités variables, des fonds et des armements de la part de pays alliés à l’OTAN et en provenance de monarchies du Conseil de coopération du Golfe. Il y a aussi beaucoup de mercenaires aguerris ou de membres des forces spéciales qui entraînent les rebelles ou les membres de l’EI se rendant en Syrie. Sinon, les brigades terroristes fonctionnent bien plus comme des groupes mafieux ou des Pirates du désert franchisés que comme une véritable organisation terroriste. Donc, en théorie, tout le monde peut être EI et EI est partout. Cela ressemble à un prétexte ultime pour une guerre internationale illimitée et sans règles.

Nous avions été préparés en janvier à la campagne officielle de relations publiques d’EI de la semaine, afin de lancer les événements en Libye, lorsqu’un coup monté mineur sous faux drapeau à été mené – une attaque avec des armes légères de l’Hotel Corinthia, accompagnée d’un attentat à la voiture piégée. Nous avons été informés de cet incident par l’organe de presse Pentagon SITE Intelligence Group, qui a dit que l’attaque avait été perpétrée par la branche EI de Tripoli. Nous étions supposés faire totalement confiance à SITE et surtout ne pas nous questionner sur la provenance de ses nombreuses exclusivités sur le terrorisme.

Les guerres vidéo d’EI

La plupart des personnes saines s’accordent sur le fait que le genre vidéo terroriste est officiellement hors de tout contrôle. La population y devient insensible, jusqu’à un certain point, mais d’un autre côté, les politiciens et ceux qui produisent les médias l’ont bien accueilli parce que cela rend leur travail plus facile. Si cela terrorise la population, alors c’est au service d’un plan fasciste des transnationales, ainsi que des médias. Notre monde a été transformé en un mélange cinématographique où Batmanrencontre Iron Man III jouant Le Mandarin.

En septembre, 21WIRE avait publié un article indiquant que les premières édition de vidéos de décapitation d’EI étaient probablement fausses, filmées sur un écran vert, complétées par des accessoires, des costumes et des voix off. Il se trouve qu’au moins deux des principaux réseaux d’information états-uniens, CNN et FOX News, l’ont finalement admis il y a trois semaines. Voici un exemple, signalé par Dahboo77:

Si les médias de masse se sont trompés durant si longtemps, pourquoi devrions-nous croire ce qu’ils affirment à propos des productions cinématographiques d’EI?

Il y a une autre chose incroyable au sujet de ces vidéos, c’est leur efficacité à entraîner les États-nation du Moyen-Orient à bombarder leurs voisins. La formule ressemble à une pure dialectique hégélienne, introduite par un problème – une vidéo horrible d’EI apparaissant sur internet – suivie d’une réaction prévisible, celle de scandaliser la population, et d’une demande d’expiation par le sang; et pour finir, la solution, une campagne de bombardement contre l’ennemi prétendument sans visage.

Le pilote jordanien Kasasbeh, face à des membres d’EI dans ce qui semble être une mise en scène. Prêtez attention au floutage de la photo du plan avant au plan arrière.©counterjihadnews.com

Le pilote jordanien Kasasbeh, face à des membres d’EI dans ce qui semble être une mise en scène. Prêtez attention au floutage de la photo du plan avant au plan arrière.©counterjihadnews.com

Pour commencer, il y a eu la Jordanie. Juste après la diffusion publique d’uneproduction cinématographique d’EI hautement suspecte et supposée montrer un pilote jordanien, Moaz al- Kasasbeh, brûlé dans ce qui semble être une cage accessoire de scène, le roi de Jordanie à répondu en lançant une séries de frappe aériennes de haute intensité à titre de revanche, à l’intérieur du territoire syrien. On a dit aux médias que ces sorties étaient menées contre des cibles d’EI. En réalité, nous ne pourrons jamais savoir si c’est vrai ou pas. Si l’on en juge par le battage médiatique, il est plus probable qu’il s’agissait d’un raid aérien symbolique, destiné à influencer l’opinion publique au sujet d’un régime qui une semaine avant, n’était pas très populaire. Pour ajouter à la confusion, quelqu’un à ajouté, c’était commode, l’histoire de la prétendue otage féminine Kayla Mueller. L’EI a déclaré qu’elle avait été tuée par les frappes aériennes jordaniennes, alors que Washington et Amman affirment que c’est l’EI qui l’a tuée – et dans la grande tradition d’absence d’autopsie d’EI, les médias occidentaux avalisent tout cela sans réserve et acceptent ensuite que les photos JPEG envoyées par EI à ses parents soient authentiques. Surréaliste.

EI en Libye: Image fixe de la dernière production d’EI, montrant l’exécution de 20 chrétiens coptes égyptiens, assassiné par des militants masqués d’EI, portant les mêmes robes de ninjas, alors que les prisonniers portent eux, les combinaisons oranges de Guantánamo.

EI en Libye: Image fixe de la dernière production d’EI, montrant l’exécution de 20 chrétiens coptes égyptiens, assassiné par des militants masqués d’EI, portant les mêmes robes de ninjas, alors que les prisonniers portent eux, les combinaisons oranges de Guantánamo.

Ensuite, ça a été au tour de l’Égypte. Tout comme son camarade dictateur en Jordanie, le dirigeant suprême, le général Abdel Fatah El Sisi, a ses propres problèmes domestiques. Il s’est débrouillé pour obtenir 98 % des voix lors des élections de l’été dernier, mais de nombreuses personnes pensent que ce score a été obtenu enéliminant toute opposition et en effrayant les électeurs de l’opposition pour qu’il n’aillent pas voter (il semble parfait pour devenir le nouveau Hosni Moubarak, destiné à diriger pour encore 25 ans). Soudainement, hier, est apparue une nouvelle vidéo horrible montrant la décapitation en masse de 20 chrétiens coptes égyptiens qui se trouvaient en Libye et qui flânaient (c’est ce que l’on nous dit) dans une zone dangereuse où rôde l’EI, le long de la côte Nord de la Libye. Quelques heures après que la vidéo avait été diffusée, El Sisi ordonnait des frappes aériennes contre la Libye. Et les médias montraient des F16 d’origine états-unienne appartenant à l’Égypte et volant en formation en direction de leur nouvelle cible, une zone civile voisine de la ville côtière de Derna, exigeant la vengeance après la production cinématographique horrible d’EI. Le film a-t-il réellement été tourné à Derna? En fait, c’est invérifiable. Tout ce que nous savons est qu’il a été filmé sur une plage, quelque part sur la planète.

Les médias états-uniens et britanniques ne parleront pas des civils tués lors de ces glorieux raids aériens et, s’ils le font, ce ne sont que des dommages collatéraux. Mais cette sombre campagne de relations publiques générée dans des lieux comme la Syrie ou la Libye ne fait que garantir que plus, toujours plus, d’extrémisme va s’enraciner, nourrissant la boucle hégélienne. Cette équation est la raison même (frappes aériennes de la coalition?) pour laquelle la Libye est aujourd’hui infestée de paramilitaires extrémistes, mais jamais vous n’entendrez admettre cela de la part du brain trust des médias de masse, ou du panel des experts en sécurité nationale de CNN.

Imaginez ça, une industrie de l’armement mondiale sponsorisée par des vidéos de YouTube? Nous en sommes presque là. Tout ce que Washington a à faire est de lever le doigt, diffuser la vidéo et dire: regardez-les se bombarder les uns les autres comme à l’époque ottomane.

Dans le même temps, les médias occidentaux deviennent hystériques et disent qu’il s’agir d’une attaque d’EI aux portes de l’Europe. Même la presse italienne panique, craignant qu’EI n’opère une percée en Italie et n’atteigne Rome ou d’autres villes importantes.

Des articles à sensation de la presse britannique propagent la nouvelle crainte de bateaux remplis de membres d’EI traversant la Méditerranée et débarquant sur les plages d’Europe. Ces histoires sont placées dans les médias pour pousser l’opinion publique à accepter une guerre permanente.

Dans toutes ces vidéos de décapitation d’EI, outre le fait que nombre d’entre elles ne montrent même pas la mise à mort des victimes à l’écran, il n’y a jamais eu de preuves d’autopsie permettant de vérifier s’il y a eu mort d’homme, ni arme du crimes, ni lieu, ni heure de la mort ni même aucun corps. Les élites politiques politique et les médias nous disent de prendre les vidéos pour argent comptant. Qu’est ce qui distingue ces vidéos de grande qualité des productions hollywoodiennes? Réponse: rien. Finalement, il n’y a pas de scène de crime réelle, uniquement une vidéo YouTube.

Le moment idéal pour une nouvelle déclaration de guerre des Etats-Unis

Le chronométrage de l’épisode de la semaine des vidéos à la demande d’EI en Libye est assez troublant, sinon suspect, si l’on considère le débat constitutionnel actuellement en cours aux Etats-Unis. Ne s’agit-il que d’une nouvelle étrange coïncidence de plus, lorsque seulement 24 heures après que l’Égypte a lancé une frappe aérienne en Libye, le président états-unien Barack Obama propose une nouvelle autorisation du Congrès pour recourir à la force militaire [AUMF, NdT] contre l’EI – que les experts du milieu ont qualifié de rare moment d’unité parmi les membres démocrates et républicains du Congrès?

En utilisant ce dernier épisode de la crise EI, le gouvernement des Etats-Unis tente de réécrire et même de redéfinir l’intégralité du processus de déclaration de guerre. Le journaliste de 21WIRE, Shawn Helton, a expliqué hier la signification historique de cette action de l’exécutif :

«La Résolution 1973 des Nations Unies autorisant la guerre (War Powers Résolution) a été une source de débats acérés avec la direction états-unienne depuis qu’elle est passée et la constitutionnalité de la loi du Congrès a été remise en question par tous les présidents états-uniens depuis sa mise en place.»

«Bien que l’autorisation de l’utilisation de la force ne soit pas une déclaration de guerre officielle, elle fournit le vademecum législatif nécessaire pour conférer davantage d’autorité au président états-unien

La Libye avant EI

Il devrait apparaître clairement à quiconque ayant une compréhension même superficielle de l’Histoire récente que Washington et ses partenaire de l’OTAN, la Grande Bretagne et la France, ont embobiné tout le monde suffisamment longtemps pour accélérer la douteuse Résolution 1973 des Nations Unies, qui imposait une no fly zone en Libye en laissant le champ libre aux avions de chasse de l’OTAN pour fournir une couverture aérienne aux insurgés. Ouvrant ainsi les portes de l’enfer en Libye, transformant rapidement le pays en un chaudron le plus infecté par al-Qaida au monde. Cet arrangement a été plus ou moins formalisé cette semaine, lorsque Obama à signé pour permettre aux rebelles syriens modérés d’appeler les frappes aériennes des bombardiers états-uniens B-1B. Si ce n’est pas la guerre, alors je ne sais pas ce que c’est.

Les frères musulmans d’Égypte, fortement soutenus par les Etats-Unis (et nous savons maintenant pourquoi) sont restés au pouvoir juste assez longtemps pour remplir leur fonction dans l’opération de l’OTAN en Libye. Ils ont joué un rôle crucial à ce moment-là, en faisant passer des armes et des combattants à travers leur frontière avec la Libye, puis par la mise en réseau et le recrutement par l’intermédiaire des branches libyennes, tunisiennes et syriennes de la confrérie, afin d’aider à inonder la Syrie de combattants étrangers, dont beaucoup brandissent aujourd’hui le drapeau d’EI.

Dès que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a été exécuté à la fin du mois d’octobre 2011 par une foule de membres d’al-Qaida armés (qui deviendra vite l’EI) – à ce que l’on nous dit; avec surtout des membres des forces spéciales états-uniennes en arrière plan pour les superviser –, la Libye était destinée à être la Somalie ravagée par les seigneurs de guerre de la Méditerranée qu’elle est devenue.

Entre les bombardements de l’OTAN et les nouveaux seigneurs de guerre, après que tout a été dit et appliqué, on estime que 30 000 Libyens ont été tués à la suite du soulèvement artificiel et de la campagne de bombardements. Les divisions tribales se sont accrues et, avec elles, l’instabilité. Une semaine seulement après la mort de Kadhafi, on pouvait voir le drapeau d’al-Qaida (le même que celui d’EI) flotter au dessus du vieux tribunal de Benghazi. Nous l’avions dit à l’époque, ainsi que beaucoup d’autres experts des médias alternatifs. Dans le même temps, les réseaux d’information états-uniens et européens répétaient ad nauseam le mantra sur la naissance de la démocratie en Libye. Finalement, les États-Unis et leur gang de l’OTAN avaient menti au sujet de la résolution de l’ONU et avaient transformé la mission en changement de régime. En octobre 2011, Pepe Escobar avait expliqué ce qu’étaient en fait les plans de l’OTAN, tout comme il avait prédit avec justesse le chaos de la guerre civile pour les années à venir.

Le résultat final est que si vous attendez des médias de masse qu’ils vous disent la vérité sur la Libye après s’être autant trompés, je vous fais une remise de 50% sur l’achat de la Tour Eiffel. Achetez maintenant, vous payerez plus tard.

L’autre point essentiel que le gouvernement états-unien, l’OTAN et l’industrie des médias (ou les médias des industriels, NdT) essaient désespérément d’effacer est la porte tournante entre la prison de Guantánamo Bay et la Libye islamique et les groupes al-Qaida. Les Etats-Unis ne peuvent légitimement se plaindre d’al-Qaida ou d’EI en Libye alors qu’au moins deux de ses dirigeants ont été rapatriés en Libye dans le seul but de mener l’insurrection spirituelle et militante pour faire partir Kadhafi et déstabiliser le pays de façon permanente.

Comme nous l’avions rapporté en 2013, Abdel Hakim Belhadj avait été emprisonné à Guantánamo Bay autour de 2002, après avoir été capturé par les forces états-uniennes en Afghanistan. Il avait été relâché et exfiltré dans des zones de combats pour organiser des groupes de type al-Qaida en Libye. Après la chute de Kadhafi, Belhadj a été récompensé par le poste de gouverneur militaire de la ville de Tripoli. Il commande aujourd’hui les mêmes forces terroristes (EI?) que celles qui l’avaient mis au pouvoir en octobre 2013 à la suite de l’OTAN.

L’autre diplômé de Guantánamo, dont avait parlé 21WIRE en janvier 2014, est appelé Abu Sufian Ben Qumu. Cet autre ancien détenu, originaire de Libye, a joué un rôle dans l’attaque de Benghazi, selon un témoignage direct confirmé par les représentants états-uniens. Dans le même temps, le département d’État des États-Unis a affirmé être sur le point de désigner comme organisations terroristes les trois branches d’Ansar al-Sharia qui étaient situées dans des lieux comme Dernah, Benghazi en Libye, et en Tunisie. Ansar al-sharia est déclaré avoir été dirigé par Qumu. Des sources de renseignement, dans les deux semaines suivantes ont impliqué Qumu dans l’attaque de Benghazi, en le désignant comme un des principaux suspects. Qumu avait aussi été impliqué avec le groupe de Belhadj, le Groupe de combat islamique libyen, largement responsable du renversement de Kadhafi aux côtés de l’OTAN en 2011. Comme l’agent états-unien Belhadj, son camarade Qumu est toujours à la tête des forces qu’ils commandait en 2011.

Ces deux exemples ne sont pas les seuls, mais vous pouvez au moins tirer vos propres conclusions au sujet de la véritable nature de Guantánamo.

Le film sur Mohammed de Sam Bacile, intitulé L’Innocence des musulmans, avait provoqué un tollé dans toute la région du Moyen-Orient. Il s’agissait en réalité d’une autre coûteuse campagne de relations publiques sur le Choc des civilisations des néoconservateurs, à 5 millions de dollars, et dont, selon le Wall Street Journal et le Daily Beast, le financement avait été assuré par 100 donateurs juifs états-uniens. Il est finalement apparu que le réalisateur égyptien chrétien était en fait un homme de 55 ans appelé Nakoula Basserey, un copte californien condamné pour fraude envers la Banque fédérale; probablement une info.

L’Innocence des musulmans était un faux; autrement dit, le produit final n’avait rien à voir avec la production originelle. Basile avait en fait récupéré une ancienne production sur un sujet et une intrigue complètement différents, avait ré-édité le film, ajouté des voix et ensuite changé le titre. En dépit des mensonges de Susan Rice et d’Hillary Clinton en 2012, le film n’était pas la raison pour laquelle la villa de la CIA à Benghazi avait été attaquée par une foule d’insurgés armés, qui avaient laissés derrière eux trois morts, en plus de Chris Steven, l’ambassadeur des Etats-Unis. Pourtant, le battage médiatique suscité par ce film (grâce en partie à Ben Rhodes et Susan Rice) avait déclenché une série de manifestations anti-américaine mondiales, qui s’étaient rapidement répandues en cascade sur toute la planète, en temps réel. Comme nous l’avions démontré, le film avait été conçu comme une provocation et tout comme le magazine Charlie Hebdo, il avait rempli sa fonction.

La chaine mondiale d’information RT m’avait demandé de faire un commentaire sur le film, deux jours après l’attaque de Benghazi, le 11 septembre 2012. J’avais alors déclaré que le film était une gigantesque opération médiatique de propagande. J’avais raison, même s’il a fallu des mois avant que les médias de masse comprennent ce qui s’était passé en réalité. La même chose se répète avec le dernier coffret d’EI. Il ne s’agit que d’une campagne de relations publiques conçue pour entraîner ladite opinion, afin que les principaux intervenants puissent imposer leurs plans.

Finalement, après que le battage médiatique s’est apaisé et que les gaz lacrymogènes se sont évaporés, l’objectif final de pareils coups et de ceux produits par l’EI est la progression de la politique internationale du diviser pour mieux régner, dominée par les Anglo-étasuniens.

Est-ce que tout est faux ? Ou certaines choses sont-elles réelles ? Il est difficile de le dire avec certitude, mais comme nous vous l’avons montré, tout ceci est très stylisé et il a déjà été démontré que certains documents étaient des faux. Ce sont des raisons de nous interroger et d’analyser tous les films qui sont présentés au public comme les preuves d’un acte perpétré par des terroristes.

Si, comme le disent certains analystes, la crise de l’EI nous oblige à entrer dans une guerre à fronts multiples, alors il est plus que possible que la Troisième Guerre Mondiale sera déclenchée par une vidéo YouTube. Et le plus triste est qu’il importera bien peu qu’elle soit vraie ou fausse. Ce pourrait tout aussi bien être un dessin animé.

Le terrorisme n’est pas la plus grande menace envers la civilisation moderne. L’humanité se trouve au bord d’un précipice appelé santé mentale.

A moins que nous ne puissions nous guérir de cette obsession de masse avec des vidéos de propagande religieuse – et faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux –, nous n’avons aucune chance dans cette nouvelle salle aux miroirs digitaux.

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