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Le président russe Poutine dit que la crise ukrainienne comporte le danger d’une guerre nucléaire (WSWS)

par Alex Lantier 19 Mars 2015, 21:25 Ukraine Russie Poutine Crimée Nucléaire

Selon un documentaire diffusé dimanche par la télévision publique russe et où figuraient des interviews avec le président russe Vladimir Poutine, la Russie s'était préparée à une guerre nucléaire après le putsch pro-occidental des 21 et 22 février l’an dernier à Kiev, la capitale ukrainienne.

Après une réunion ayant duré toute la nuit avec les responsables russes de la sécurité, Poutine avait décidé le 23 février à l'aube de préparer un retour de la Crimée à la Russie. Craignant que les milices nationalistes ukrainiennes d'extrême-droite n'attaquent la population de la Crimée, ethniquement russe dans sa majorité, et la base navale russe stratégique de Sébastopol, la Russie avait mobilisé des forces stationnées en Crimée conformément aux termes du bail dont elle dispose pour la base de Sébastopol.

La population de la Crimée a finalement voté en faveur d’un rattachement à la Russie, et les forces pro-Kiev de Crimée n'ont pas résisté et ont été autorisées à fuir la Crimée indemnes. « Nous avons surveillé la situation et avons été obligés d'apporter notre équipement », a déclaré M. Poutine. « Ils auraient été anéantis dès la première salve. »

Mais selon Poutine, au moment où le Kremlin et les militaires russes commençaient leur planification, ils ne savaient pas si l'OTAN réagirait par une guerre: « Cela ne pouvait être immédiatement compris, donc à la première étape du travail, j'ai été forcé de fournir des conseils à nos forces armées. Pas seulement de fournir des conseils, mais aussi de donner des instructions directes, des ordres relatifs à la conduite éventuelle à tenir par la Russie et nos forces armées au vu de l'évolution des événements. »

Poutine a déclaré qu'il était prêt à faire face à « l'évolution des événements la plus défavorable. » Comme l’indique clairement l'entretien, cela fait allusion à une guerre nucléaire véritable avec l’OTAN. Le Kremlin s'était préparé à armer ses forces nucléaires, a déclaré M. Poutine: « Nous étions prêts à le faire. Je parlais avec des collègues occidentaux et leur disais que [la Crimée] est notre territoire historique, que des Russes y vivent, qu'ils étaient en danger, et que nous ne pouvions pas les abandonner ».

Il a ensuite ajouté: « Quant à nos forces nucléaires, elles sont, comme toujours, à cent pour cent prêtes au combat ».

Les implications de la déclaration de Poutine selon laquelle il avait préparé l'armée russe à toute éventualité, sont sidérantes. Washington a toujours refusé de s’engager à un soi-disant « non recours en premier » à l'arme nucléaire. On doit supposer que les forces nucléaires russes avaient été placées en état d'alerte immédiate, prêtes à une riposte à grande échelle aux signes d’une attaque nucléaire de l'OTAN menée par les USA contre la Russie.

Bien que les détails d’une telle riposte soient, bien sûr, classés, on sait qu’elle impliquerait le lancement massif en quelques minutes de missiles russes avant que ceux-ci ne soient cloués au sol et anéantis par les missiles de l'OTAN. Des milliers de missiles, chacun bien plus puissant que les bombes américaines qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki en 1945, pleuvraient ainsi sur les bases militaires, l'infrastructure industrielle, les centres de communications et de contrôle partout en Amérique du Nord et en Europe tuant des centaines de milliers de personnes.

Les remarques de Poutine confirment les avertissements lancés par le World Socialist Web Site pendant toute la crise ukrainienne. Dans le contexte des provocations américaines après le crash de la Malaysian Airlines MH17, le WSWS écrivait: « Êtes-vous prêts pour la guerre, y compris éventuellement la guerre nucléaire entre les États-Unis, l'Europe, et la Russie? C'est la question que tout le monde devrait se poser ... »

Dès le début, le moteur de la crise ukrainienne a été l'intervention de Washington et Berlin pour soutenir un putsch contre le président pro-russe Viktor Ianoukovitch et installer un régime d'extrême droite à Kiev. Cela fait partie d'un programme agressif plus large visant à imposer l'hégémonie américaine sur l'Eurasie et qui présente le risque d'une conflagration nucléaire menaçant la survie même de l'humanité.

La réponse du régime de Poutine à cette offensive impérialiste, fondée sur le nationalisme et la défense de la propriété capitaliste, est réactionnaire et politiquement banqueroutière. L'oligarchie d'affaires russe corrompue qui est issue de la restauration du capitalisme en URSS en 1991 est incapable d'en appeler à ceux qui dans le monde entier s'opposent massivement à la guerre. Elle oscille entre menaces de guerre nucléaire et recherche d'un arrangement avec l'impérialisme.

L'interview télévisée suggère que Poutine avait initialement subi des pressions de l'armée russe pour l’adoption d’une ligne de conduite plus agressive. Elle cite des rapports du ministère de la Défense russe disant que les « spécialistes militaires » avaient proposé l’utilisation de « tous les moyens disponibles » pour démontrer la volonté de la Russie de se défendre.

Dans l'interview cependant, Poutine minimise la crise. Il dit que, « malgré la complexité et le caractère dramatique de la situation, la Guerre froide a pris fin, et nous n’avons pas besoin de crises internationales comme celle qui s'est déroulée dans les Caraïbes [la crise des missiles de Cuba, en 1962]. D'autant plus que la situation actuelle n'a pas nécessité de telles actions, et que celles-ci seraient en contradiction avec nos propres intérêts. »

Même au moment où Poutine accusait Washington d'avoir ourdi le putsch de Kiev et présentait les craintes russes d'une annihilation nucléaire aux mains de l'OTAN, il parlait, ce qui est grotesque, des responsables américains comme de « nos amis et partenaires américains. »

En fait, la situation est, il faut le dire, plus dangereuse aujourd'hui que pendant la majeure partie de la Guerre froide. L'année dernière, un groupe de réflexion de Londres a publié un rapport indiquant qu’en pleine extension militaire de l'OTAN en Europe de l'Est après le putsch de Kiev, quarante « quasi-accidents » avaient failli provoquer des affrontements directs entre avions de l'OTAN et avions russes. La revue allemande Der Spiegel et l’ancien premier ministre soviétique Mikhaïl Gorbatchev ont averti du risque de guerre mondiale.

Le bellicisme de l'impérialisme est mis en évidence par la discussion sur l'adoption d'une politique de guerre nucléaire agressive dans les milieux dirigeants américains. Cette discussion fut résumée par deux professeurs, Keir Lieber et Daryl Press, dans un article paru en 2006 dans Foreign Affairs, principale revue de politique étrangère de l'establishment politique américain.

« Les États-Unis seront bientôt en mesure de détruire les arsenaux nucléaires à longue portée de la Russie et de la Chine par une première frappe », écrivaient-ils. En raison de la désintégration de l'infrastructure russe après la restauration du capitalisme, la Russie ne dispose que de quelques bases de bombardiers nucléaires ou de lanceurs mobiles de missiles; ses sous-marins à missiles balistiques passent le plus clair de leur temps à quai. Tout ceci pourrait être anéanti par une frappe nucléaire préventive massive des États-Unis.

Selon Lieber et Press, Washington pouvait envisager à présent une attaque nucléaire préventive pour désarmer la Russie et la Chine. Citant des modèles informatiques de guerre nucléaire, ils écrivent qu'une « attaque [nucléaire] surprise aurait une bonne chance de détruire toutes les bases russes de bombardiers, de sous-marins et de missiles balistiques intercontinentaux. » Ils ajoutent que l'arsenal nucléaire de la Chine, qui manque de missiles nucléaires mobiles terrestres et de sous-marins à missiles balistiques efficaces, « est encore plus vulnérable à une attaque américaine ».

Mais ils relèvent aussi des préoccupations dans certains milieux de la politique étrangère des États-Unis au sujet d'une telle politique: « La Russie et la Chine vont travailler avec acharnement pour réduire leur vulnérabilité en construisant davantage de missiles, de sous-marins et de bombardiers; en mettant plus d'ogives sur chaque arme; en gardant leurs forces nucléaires à des niveaux d'alerte plus élevés en temps de paix; et en adoptant des politiques réactives de rétorsion... [L]e risque de guerre nucléaire accidentelle, non autorisée, ou même intentionnelle, surtout dans les moments de crise, peut s'élever à des niveaux jamais vus depuis des décennies ».

Les remarques de Poutine sur la crise ukrainienne montrent clairement que ces risques sont en effet d’actualité. La course aux armements nucléaires s’intensifie en relation avec le risque de guerre.

Avant que les Etats-Unis et la Russie n'annoncent officiellement qu'ils allaient mettre fin à leur collaboration sur le désarmement nucléaire en janvier, le gouvernement Obama avait dévoilé le projet de dépenser plus de mille milliards de dollars pour la modernisation de l'arsenal nucléaire américain.

La Russie et la Chine sont elles aussi en train d’investir des milliards de dollars dans leurs arsenaux nucléaires, dans l'espoir de pouvoir développer la capacité de dissuader une première frappe nucléaire américaine. La Russie a entamé une modernisation complète de son arsenal nucléaire qui devrait arriver à terme au début de la prochaine décennie. On s’attend à ce que la proportion de missiles nucléaires installés sur des lanceurs mobiles passe de 15 à 70 pour cent, et la Russie est en passe de lancer une nouvelle classe Borei de sous-marins armés de missiles nucléaires.

La Chine lance la fabrication de missiles balistiques DF-31, installés sur des lanceurs mobiles, qui fonctionnent au combustible solide et sont donc plus rapides à préparer au lancement. Elle a également construit la base navale de Yulin, qui abrite le nouveau missile balistique sous-marin de type 094 sur l'île de Hainan en Mer de Chine méridionale. Elle s’efforce d'accroître la portée de ses missiles balistiques nucléaires lancés depuis des sous-marins, qui n’ont pas encore la portée nécessaire pour une attaque de représailles contre les États-Unis à partir de positions de lancement en Mer de Chine méridionale.

Cette évolution souligne les dangers immenses pour la population du monde entier que créent les opérations irresponsables et incendiaires de l'impérialisme américain. La question de la guerre nucléaire n’est pas juste une possibilité théorique, mais un danger de plus en plus immédiat. Nous devons répondre à ce danger par la construction d'un puissant mouvement de la classe ouvrière internationale, fondé sur la perspective du socialisme international.

(Article original publié le 17 mars 2015)

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